FLÈCHES ANTEDILUVIENNES ET CELTIQUES
silex gris-blanc transparent. Sa longueur est de 33 millimètres, sa largeur à la base de 26. Les trois saillies de sa base sont larges de 5 millimètres.
Sous le n^' 8^ est une flèche du Danemarck , en même silex. Sa longueur est de 20 à 25 millimètres, sa largeur de 12. Elle n'a à sa base que deux saillies ou crochets qui ont dû finir en pointe, mais qui sont un peu endommagés. Cette flèche est fisiite avec beaucoup de soin et annonce un ouvrier habile. lAocée, elle devait se détacher du manche, et, retenue par le double crochet, rester dans la blessure.
Sous le n^^ 9 sont des flèches en os, provenant des tourbières et des sépultures celtiques de la Somme et des environs de Wisebaden. Leur longueur varie de 3 à 9 centimètres ; elles sont fSeiites avec des fragments de tibias de petits quadrupèdes. D'autres, n^ 9^ et 9*, sont des dents do rongeur longues de 4 centimètres, dont on a aiguisé la racine. Il est possible que ces instm* ments servissent de lancettes ou de poinçons.
Le n^ 10 représente une flèche en os , très-plate , jointe à un manche fait du même morceau, qui lui-même s'adapte à un deuxième manche. Cette flèche, sur laquelle je reviendrai, varie, y compris le premier mancbe, de 6 à 15 centimètres de longueur sur 1 à 3 de largeur et 3 à 6 millimètres d'épaisseur.
Tous les morceaux décrits dans «ce obapitre sont dessinés pi. 12 et 13, fîg. 1 à 10.
Co qui rannonccrait , c'est que la taille de la plupart n*a pas été faite avec des outils de fer. D'ailleurs, il est présumable que si le fer ne leur avait pas manqué, ces sauvages n'auraient pas confectionné ces flèches , notamment celles de silex et d*agate dont le travail a dû être long et difficile. Ces pointes en pierre auxquelles souvent on attachait des idées de fatalisme, passaient d'une génération à une autre.
Il en était de môme de celles en os: elles rappelaient l'animal dont la mort avait été un sujet de gloire pour le chasseur, et avec les os duquel il les avait fabriquées.
Elles étaient plus précieuses encore quand elles IV vaiont été avec ceux d'un ennemi, d'un chef rival taé dans le combat ou fait prisonnier, et dont on avait dévoré la chair: elles rappelaient à la fois la victoire et le festin.
Nonobstant cette vieillesse probable, je présente ces iliVhes comme termes de comparaison et non comme aniiquitos^ car s*il y a ici des présomptions, il n'y a )>as de prouves , et dans le nombre il s'en trouve néoossairomont de modernes, notamment celles en bois.
Los fltvhos on métaux ont une origine précise; on s:û( lour ài^o par los terrains dont elles sortent et par lour fonno. o;\r il en ost des flèches comme des laïKvs ot dos ô[Hvs : tel siècle les a vonin longues o( oiroiios « to! autre larges et courtes : la mode et lo oaprioo ouïrent aussi pour quelque chose dans la manière do s\>ntr'o4îor*rer.
Lo n' n« pi. l4« lonie lU est une pelite flèche
triangalaire en silex, longue de 11 millimètres, non compris la partie introduite dans le manche, et large de 11 millimètres à sa base. Ces pointes de flèches, qu'on prendrait volontiers pour antiques, sont assez UeB travaillées, travail que leur petitesse rendait assez difficile. Je les tiens d'un capitaine baleinier qaiy aux approches de la Terre de Feu, fut accueilli par une nuée de ces projectiles qui tombèrent sur le
pont de son navire ou restèrent pris dans ses agrès.
La longueur de leur^ bois, gros comme un tuyau de
pipe, est de 55 centimètres.
L'apparence antique est plus frappante encore dans
les flèches n^ 12, qui m'ont été rapportées de l'Inde,
sans que j'aie pu savoir à quelles peuplades elles ont
appartenu. Ces pointes en silex noir, longues de 5 à
S centimètres, larges de 18 millimètres dans toute
leur longueur, sauf la partie destinée à entrer dans
le bois, sont épaisses de 10 millimètres au milieu.
Tranchantes dans toute leur circonférence et traj/aillées
par petits édats transversaux, de manière à donner
à' leur tranchant le mordant d'une scie, elles ne sont
polies nulle part et ressemblent si bien à certaines
flèches celtiques» qu'on se demande si réellement elles
sont modernes? Quelque soit leur âge, elles sont d'un
travail curieux qui a dû, même avec des outils de
fer, demander bien du temps. Le bois sur lequel elles
sont ajustées est long de 75 centimètres. Plusieurs
de ces pierres au lieu d'être fichées dans le bois
le sont dans un harpon en os, dont elles forment la
pointe (fig. 12^ et 12>).
Dans d'autres, fig. i^ et 12», Tes lui-même est aiguisé. Sa longueur varie de 15 à 25 centimètres; il offre un double tranchant, souvent dentelé. Ces dents ou arêtes, placées en sens contraire de la pointe, retenaient l'arme dans la blessure. Ces Qèches-harp<His étaient employées à la pêche des mammifères marins, des os desquels elles sont faites.
Il y en a aussi à deux pointes, fig. 12*, formant une sorte de fourche comme l'instrument que nous appelons fouène. Tous ces outils de pêche sont trèsbien faits et l'arc avec lequel on les lançait, en bois doublé d'os et d'écaillé, devait avoir une grande force. Bien qu'emmanchées à neuf, la teinte de Tes annonce une certaine ancienneté; elles doivent provenir d'une terre dont les rivages sont abondants en gros poissons, et d'un peuple qui vivait sortoot de pêche.
Le n^ 13 présente des flèches au triangle aDengé. Elles sont faites d'une ardoise très- dure, bleue on violette. Aiguisées partout, sauf à leur base, elles sont fort tranchantes; leur longueur est de 4 œatimètres, leur largeur à la base varie de 3 à 2, leur épaisseur au milieu est de 3 à 4 millimètres. Tontes sont unies, moins par un travail que par la natore même du schiste qui est d'un grain très-fin. Quelquesunes de ces flèches, fig. 13^, sont percées de deax trous qui, d'après leur position, devaient servir i passer une ficelle descendant le long du bois oo du roseau et qui faisait l'effet du cordage attaché aa hai^ pon qu'emporte la baleine. C'était donc encore ta od
FtàcnCS 1SP0QUE BB TRANSITION. 289
mstraftient de péebe, mais seulement pmir des poisscms de moyenne taille en de très- petits cétacés. Plami ces tètes de flèdies on de liarpons, il en est d'un peo moins forges, "fig. 13^, mais faites avec ^s de soin et ^i sont amiMies vers leur centre, de manière à empêcher le mamiie de vacitler. Ces peintes de flèches ne paraissent pas avoir servi; km trmdiant est intaet. Ellea «^étaient pas emmanchées; peot-étre «nt-élles été retirées de quelque séfmltiire. Elles étaient •contennes dans une boite déjà vieille, longue de 16 centimètres et faite ^*un seul mopoeau 4» boia, -ereusé et i^résentant un morse ou one Tadie marine. Ces objets m'ont été rapportés du Groenland.
Sdos le B* 14 sont des flèehes à tète de bois. Cette méte «si longue de 40 eemîmètres , et le roseau au ftofit duquel elle est attachée varie de 1 mètre 20 à i mètre 40 centimètres. Les pointes très-aiguës sont plaies comme des feutHes de roseau. D*autres, fig. 14^, sont arrondies en queues de rats. Quelquesunes enfin, fig. 14", sont faites en branches de bois épineux, aiguisées, et dont les épines sont renversées en sens contraire de la pointe. Toutes ces flèches à tète de bois viennent du Pérou.
Sous le n® 15 sont dessinées <]es flèches -harpons en os, trouvées dans des tombeaux groënlandais , à Jacobshavn. Leur longueur est de 8 à 9 centimètres. Elles sont très -épaisses et très -fortes, et Ton voit qu'elles ont été munies de lames de fer, détruites par la rouille. Elles doivent remonter à une époque où le
fer était encore rare et cher, sinon on aurait employé le fer partout au lieu de Tos.
Sous le n^ 16 sont des tètes de flèches en cuivre retirées des tourbières de ce département; elles sont gauloises ou romaines. Elles varient de 3 à 14 centimètres de longueur.
Le n^ 17 en présente d*autres en fer, également romaines ou gallo-romaines, extraites aussi des tourbières. D'autres appartiennent au moyen âge et même à une époque plus récente. Elles proviennent des champs de bataille de Crécy, d'Azincourt et des ruines du vieux château de Noyelles, près de Blanquetaque , sur la Somme, où passa l'armée anglaise en se rendant à Crécy, en 1346.
L'un des moyens qu'employaient les hommes anciens, comme les sauvages de notre époque, pour fixer au manche leurs flèches, lances et casse-téte, était des cuirs mouillés.
Les flèches mentionnées dans ce chapitre sont dessinées tome il, pi. 14, n^' 11 â 17.
MBPSTBIE PBMmVE. TOME 2,CHAP. XXK. n.XIV
t pieiyr.en a*, en att^TT, ea- /èr, fyfifu^ A^è-anaitùm-'.
F16URBS m OUTILS EN 08. 293
est de 12 millimètres. Id, le travail n*est pas douleox , maïs n*ayant pas vu extraire ces os qui m'ont été remis dégagés de leur entourage de sable , je n'ai pas la certitude complète qu'ils proviennent da diluvium.
1^ s'arrête la liste des os travaillés provenaint des kancs tertiiures. Nous passons aux os des terrains celtiques.
Le n* ft eonsiste en bâtonnets de 12 à 24 centimètres, ayant de eireonférence , dans leur partie la piQs épaisse, de 2(^ à 35 millimètres. Courbés en arc, une de teors extrémités se termine par une pointe, tandis que l'autre finit en s'arrcnidissant. Quelques-uns ont une tête pareille à celle d'on clou. L'ensemble figure assez Uen un pcÂnçon romain ou style à écrire d'une dimension double de l'ordinaire. Ils étaient en- Um& sous la tourbe, à trois mètres de profondeur, près du canal de transit, à Abbeville, à trente-trois centimètres aunlessous du niveau de la Somme. J'en ai compté onie réunis dans l'g^pace d'un pied carré. Ils avaient dû y être placés en faisceau et tout entiers. Une partie s'est brisée lorsqu'on les a extraits de la tourbe, ce qui a exigé un certain soin, car ils sont d'une fragilité extrême qui semble leur avoir été donnée à dessein. Faits en bois de cerf, on a enlevé, au moyen d'un fort^ grattage, toute la corne solide, et on n'a laissé que la partie intérieure cassante et légère, que son apparence poreuse fait ressembler à de la pierre ponce. Etaient-ils destinés à en faire l'office? Non, car ils ne mordait pas sur le bois même
le plus tendre. Servaient-ils à quelqu^usage médicinal? Ou bien étaient-ce des signes, et leur enfouissement, comme celui des haches, tenait-il à quelque cérémonie religieuse? Peut-être un jour trouvcra-t-on Tesplication que j'ai vainement cherchée.
Le n^ 6 consiste en vertèbres et autres ossehnents dont les dessins donneront l'aperçu. Ils représentent des figures d'hommes et d'animaux. Evidemment ici la main humaine a aidé à la nature. D'ailleurs, recueillis dans les gissements celtiques, près des vases cinéraires et parmi des pierres taillées, on ne peut douter qu'ils n'aient été mis là avec intention.
Dans les mêmes lieux, on a trouvé aussi de ces vertèbres ne portant aucune trace de travail; mais leur isolement des autres parties de l'animal annonce assez que leur présence n'y est pas accidentelle.
Chacun a pu remarquer que les vertèbres, par leur coupe bizarre et les trous dont on peut faire des yeux et une bouche, présentent toujours des images plus ou moins fantastiques qui ont dû frapper les hommes encore barbares , et l'on comprend pourquoi ils en ornaient leurs sépultures.
Le n^ 7 a été trouvé au Groenland, dans on ancien tombeau. Il est fait d'os de baleine. Il a 23 centimètres de longueur sur 9 de largeur. Sa pointe manque. Il était destiné à rejeter la neige des cajacs ou canots.
Sous le n^ 7^ est un objet en bois de cerf scHgnen* sèment poli, de 12 centimètres, trouvé dans la toorbe en 1855, en creusant les fossés qui a voisinent le
ooavel embarcadère d'Abbeville. Le trou qui servait à remmancber, dont le diamètre est do 3 centimètres, est évidé avec beaucoup d'habileté. L*un des côtés a pa Ôlre une espèce de marteau ou casse-tôte. Trois andouillers coupés à quelques centimètres de leur base ont servi de gaines à autant de défenses ou portions de défenses de sanglier, dont on voit encore les restes. Mais pourquoi ces restes» aujourd'hui au raz du bois, ne présentent- ils aucune brisure et sont-ils parfaitement unis? Est-ce par Fusage ou par le polissage? Dans ce dernier cas , ce ne serait plus une arme , mais un outil dont il est assez difficile de concevoir l'emploi.
Depuis les fouilles qui, en 1837 et 1838, m'avaient fait découvrir , dans les tourbières qui environnent Abbeville et les tranchées ouvertes pour la défense de la place, tant d'ossements travaillés, de formes et d'usages ignorés jusqu'alors, mes recherches avaient été moins heureuses; et dans les vastes remuements de terre tourbeuse qui avaient eu lieu en 1854 et 1855, entre la perle Marcadé et la porte d'Hocquet, autant ma récolte en silex et en poteries avait été riche, autant celle en os l'était peu. Je désespérais donc de compléter mes études à cet égard, lorsqu'en avril 1856, un ouvrier vint m'apporter quelques petits os présentant des indices de travail, qu'il avait trouvés dans la tourbe, à l'extrémité du fossé qui vient aboutir à la Somme, non loin de l'ancien pont Rouge. Je me rendis immédiatement sur les lieux, et pendant tout le mois d'avril et une partie de mai , j'y ai fait
pratiquer des fouilles qui ont été très-fructueuses. Je vais donner la description des principaux objets recueillis.
Le n^ 8 offre des os humérus, fémurs, canon, tibia, radius, etc., de bœufs, cerfs, cbevretiils et autres mammifères. Ces os ont dû servir d'instruments de mesurage ou de mémento, cooune nos tailles de boulangers. Sur chacun sont des lignes tirées traesversalement et mesurant de Tune à Tautre une dîstanGe variant de 3 à 8 millimètres; la longueur de ces lignes est de 7 a 15 millimètres» et leur nombre, sur un môme os, est de 20 à 50, suivant sa dimension. Cependant, j'en ai compté 25 sur trois os d'inégales grandeurs. Sur presque tous, les lignes les plus grandes sont alternativement séparées par de plus petites, ee qui annoncerait qu'elles n'étaient pas jetées au hasard.
Parmi ces os, il en est un, long de 25 ceolimètres, qui a dû appartenir à un grand échassier. Sur les deux tiers de sa longueur, il porte 25 lignes; Taiitre tiers semblait avoir été gratté pour effacer celles qui s'y trouvaient. C'était probablement un compte aoquitté en partie. On avait réduit, en conséquence, le nombre des marques.
Tous ces os, dont les plus gros sont équarris, avaient été soigneusement préparés pour recevoir cette série de signes qui avaient leur importance : ils étaient une garantie de propriété ou le gage d'une dette.
Quelques-uns ont, a une extrémité, un ou deux trous transversaux, ayant de 3 à 12 millimètres de diamètre: ils servaient, sans doute, a y passer oa
FtGUUCS tfr OUTILS EU OS. Hff
Ueii pour les sns^dre. D^autres^ sont coupés en bi- . seM ftveo me hrge ourerfore qoi en feîsait sue sorte d'entonnoir on d^étui.
Le n^ 9 se rattache aax précédents. Eqnarri à dfeaqoe boot, il est également percé d'un trou. Les lignes qui y sont tracées ont 2 centimètres de haoldbr et sont à 3 centimètres les unes des autres. Enire chacune sont dès X de la même grandeur qui, peut-être, araienl aussi leur signification. Ne couvrant qn'one des faces, elles ne semblent pas y avoir été mises oomme simple ornement.
Sous te n^ 9^ sont des os portant des lignes irrégnlières et dont le dessin seul peut donner une idée. Un d'eux offre une cannefore faite avec un outil de pierre dont l'application est analogue à celle de certain rabot de menuisier ou ciseau de tourneur. On voit qo0 des înventimis, dont nons nons attribuons llionnenr, sont bien anciennes.
Le n^ 10 est une mâchoire longue de 31 centimètres^ qu'on a taillée de chaque côté, puis grattée parfont pour la réduire à une largeur de 6 eentimètres et loi donner la forme d*un arc. Toutes les iknts et même la presque totalité de leurs alvéoles ayant disparu, il est difficile de dire à qnel mammifère elte appartenait : peut-être était-ce un cerf de moyenne taille. A l'une de ses extrémités et sur le plat de l'os sont 6 lignes droites assez profondément gravées, distantes de 3 i 4 millimètres Tune de Tautre.
Sur la partie droite de la mftclKHre ou son tranchant sont trois autres lignes ayant la même sépa-
ration et allant rejoindre trois des lignes do côté pht. Je ne puis m'expliquer Temploi de ce morceao bizarre dont je n*ai jamais rencontré Tanalogae, peut-être portait-il nne pointe à son extrémité supérieure et servait-il à frapper et à tuer de petits animaux. Mais alors à quoi bon les lignes?
Le n^ Il offre des os de dimensions très-diverses; leur destination n'est pas douteuse: les dessins le feront comprendre. C'étaient des instruments à marquer, des sceaux ou des cachets qu'on imprimait sur des matières molles ou qu'on enduisait d'une oouleur. Cela seul indiquerait que les peuples d'alors avaient une sorte d'écriture.
Quelques-uns de ces sceaux ou cachets comme vous voudrez les appeler, finissent par une patte d'oie on une griffe, ayant de 3 à 8 pointes.
D'autres étaient à deux fins: ils ont leurs lignei transversales et servaient à marquer et à compter.
Les os n^ 12, dont j'ai pu réunir une douzaine d'analogues, ont de 4 à 15 centimètres de longueur « Ce sont des calcanéum choisis parmi les plus durs \ ils sont percés .de trous transversaux , du diamèCir^ '^ de 4 à 16 millimètres selon la taille de l'os, nombre de ces trous varie de 1 à 7; la plupart portent 3. Inégalement arrondies , ces ouvertui n'ont pas été percées avec des outils de fer ; elles dû servir à passer des cordages ou ce qui en tenaE lieu , et l'instrument devait remplacer nos poulit Peut-être l'employait-on comme filières à unir ces faites avec des nerfs ou des boyaux.
Le n^ 13 est an os taillé en hache ovale longue de 6 centimètres 1/2, large de 45 millimètres, épaisse de 30 au milieu. Faite en os I^er et poreux , cette hachette ne pouvait servir ni comme arme ni comme ondl : c'était sans doute une amulette. C'est la première hache en os, de forme bien caractérisée, que je rencontre.
Le n^ 14 représente des flèches triangulaires, en 06, soigneusement taillées et polies. Leur longueur, y compris le manche fait du même morceau, varie de 9 à 15 centimètres; la tète de flèche seule en a 4 à 6 de longueur et 2 à 3 de largeur; son épaisseur varie de 3 à 5 millimètres. Elle est destinée à être fixée dans un second manche en os, long de 12 à 15 centimètres sur 5 de circonférence, qui figure sur la même planche. Ce second manche fait avec uii canon ou tilûa poli comme la flèche elle-même, pouvait être allongé au moyen d'un bâton, ainsi que l'indique un trou ouvert à l'opposé de celui qui a servi à fixer la flèche.
D'autres manches finissent par une rainure ou fourche, propre à recevoir la corde de l'arbalète ou de l'arc à l'aide duquel on les lançait. Ces flèches qui auraient pénétré difficilement dans le corps d'un animal à la peau dure ou couvert d'un pelage épais , étaient sans doute employées comme harpons contre les poissons d'un certain volume.
J'avais trouvé, dans le gissement que j'ai indiqué, bon nombre de ces manches et de ces flèches, mais toujours séparés. Enfin, je fus assez heureux pour
obtenir les deux morceaux réunis. A cette trouvaille, j'éprottvai le roéne plaisir que j'avais ressenti quand, pour la première fois, je découvris une hache de piene avec sa gaine et son manche.
Le n® 15 est une corne de chevreail traversée an deux tiers de sa longueur par une oavettvre ovalo du diamètre de 14 millimètres d'un côté et àt It de l'autre. A la base de cette corne ou dans cette sorte de rosace qui touche à la tète de l'animal , m a ménagé une petite botte soigneusement arrondie et polie à l'intérieur et à l'extérieur ; son diamètre eit de 10 millimètres, sa profondeur de tK 11 est dilB^ cile de savoir à quoi cette eorne si soigneosemeal ouvrée pouvait servir.
Le n* 16 consiste en trois demi-»maxillaires inSS* rieiirg de castor, qu'on pourrait prendre pour àm outils à gratter, polir ou creuser le bois^ office auquel ces dents d'avant, ûngulièrement dures, sont trii* propres. Peut -être n'était-ce qu'une conséoration : ce nombre trois semblerait l'indiquer. Ces màchnhrei étaient enterrées ensemble^ non loin dn lieu. o& j'avais découvert les signes n® 5« Elles ont du subir Ma légère main-d'oravre, dont le but était de lea égaliser et de les rendre commodes à la main. Elles ont doue pu servir à la fois de symboles et d'outils, l'ai d^à remarqué des mâchoires d'animaux ainsi dispoisées*
Sous le n^ 17 est dessiné un instrument trouvé ^ juillet 1834, dans la tourbe, à une profondeur de deux mètres soixante^six centimètres, près do Pîe^ q^igny (Somme). 11 est composé de dix^neitf dénia, di
FIGUBSS JMP OUItiiS SM OS. SM
^anjlflier afaal, savf deux qui «ont phis pelHes^ «de t4 è 20 eentimètres de longueinr , eourbe ooiapnse , g«r 2 à 3 de krgeiir. Ces 4ixHDeuf dente n'en seiit ea réalité que des moitiés ou des dents séparées eu deux dftM leur bMtearet aytint mgati <^oii9ervé iotégralement leur loQgneur ^ ]mv largeur.. Tantes sont percées , à ebaque ^ttrémité » ^'un trou , Ba^tf deux qui en ont deux. Ces trous serTaîent & passer une ligature qui devait être «n jierf «u une oerde de boyau dont oa a, dit-oB, retrouvé las débris au moment de la découverte.
Cet objet a dû eoûter beaucoup de travail, car ces dénia sont soigneusement polies et percées. C'était donc un oliget de prix^ «me panure de chef 4m une décoration qu'on poiiait oottuose nn Jiausse-col et qui deseen*» dait sur Testomac.
Je tiens ce précieux moroeaa de mon ami H. Alfred de Mautort, ancien membre du Conseil Général de la Somme, qui était présent à la fouille et en a fait la description qu^on trouvera page 88 du volume de Tannée 1834 des Mémoires de la Société d'Emulation.
Voici l'analyse des terrains qui recouvraient celte parure:
1* Couche de terre végétale;
2^ Id. de tuf gras blanchâtre;
â<* Id. de gravier .fin mêlé de coquilles fluviales ;
4^ id. de tuf blanc mélangé de craie;
5^ Id. de tourbe blanche sulfiftreuse, d'une épaisseur 4l'environ deux mètres.
Depuis j'ai observé^ dans d'autres tourbières^ des dents ainsi séparées dans leur longueur , mais une
seule était percée. Une fois on en a recueilli, dans un gissement celtique, deux qui étaient disposées de manière à former un diadème ou un croissant presque fermé.
Ce fait n'est pas unique. J'ai bien soaveot rencontré dans les sépultures , avec ces défenses de sanglier, des dents de bœuf, de cerf, de cheval, de petits rongeurs, et plus rarement d'ours et de castor. Comme elles étaient isolées des mâchoires qa'on ne retrouvait pas, elles avaient probablement été mises \k.
Le n^ 18 offre une suite d'ustensiles qui échappent à la description et qu'on appréciera par les figures. Dans le nombre est un os qu'on prendra d'abord pour une flèche triangulaire dont les angles sont émoassées, mais ces pointes n'ont jamais existé: c'est une sorte de cuillère légèrement concave.
La planche 8, fig. 11 de mon premier volume, montre des os servant à emmancher d'autres os. Je citerai, entr'autres, des côtes aiguisées et tranchantes qui, à l'aide d'un manche, avaient pu remplacer la faucille lorsqu'il s'agissait de couper des tiges molles et isolées. Je compris alors l'usage qu'avaient adopté ces peuples de fabriquer, en réunissant plusieurs os , des ustensiles et des armes ; mais ce fait me fut mieax démontré encore par la découverte citée ci-dessus, d'une flèche en os fixée dans un tibia qui, lui-même, avait dû être allongé au moyen d'un bâton.
Des andouillers aiguisés et suppléant aux fers de lances, ne sont pas rares dans les tourbières. Un morceau de ce genre, assez remarquable, est celni dont la
FIGURES ET OUTILS EN OS. 3i03
description suit. Fait d*un os très-dur, légèrement recourbé, il est long de 22 centimètres et large de 35 millimètres à sa base, où Ton distingue trois petits trous qui ont servi à le fixer à un manche de bois au moyen de trois chevilles. Sa pointe a dû être acérée, mais elle est éoioussée dans sa partie concave. Il a été aiguisé sur une longueur de 10 cen* timètres, et il est encore fort tranchant. Cet instrument devait pénétrer dans les chairs presque aussi facilement que le fer: c^était une lance de combat ou un épieu de chasseur. Débarrassé de son manche, il pouvait. aussi servir de couteau. II a été trouvé à Abbeville, en 1855, dans une tourbière voisine du pont des Près.
D'une autre partie des fossés, j'ai extrait un certain nombre d'os travaillés fort différents de ceux-ci, mais le terrain avait été remué , et la teinte de ces os était moins foncée que la teinte de ceux que je viens de citer. Je n'ai donc pu m'assurer s'ils provenaient de la tourbe ni à quelle période ils pouvaient appartenir : j'attendrai la découverte de nouveaux analogues pour en donner la description.
Tous les morceaux décrits dans ce chapitre sont dessinés tome II, pi. 15, 16 et 17, n""' 1 & 19.