CHAPITRE nXI
eHpbfcr.
Les solutions les plus simple no sont pas toiijoors celles où Ton arrive tout d'abord, elles nous échappent par leur simplicité même. Un fait nous frappe, noos en cherchons la cause : notre amour-propre nous dît que nous n'aurions pas besoin de la chercher si elle était naturelle. Alors, au lieu de la demander & cette nature ou au fait lui-même, notre knagînatioo ta courir au loin , ne doutant pas que cette cause ne soit à la hauteur de notre étonnement. Nons oubUens ici que cet étonnement ne vient que de notre ignorance, et que la chose qui nous semble une merveille , nous paraîtrait commune si , dès longtemps , nous avions Thabitude de la voir et de la mesurer.
Or, en ceci je n'ai pas été plus sage que les autres: quand j'écrivais ce livre, j'ai perdu bien des heures
ea demandant aux profondeurs de la science des soiulîons qui étaient sous mes yeux et que la plus petite circonstance me révélait dans toute leur simplicité, lorsque je m'y attendais le moins.
C'est ainsi qu'après maints calculs pour découvrir à quoi étaient bons ces nombreux silex de toute dimension, grossièrement taillés en triangle, en fer de lance ou de flèche, qui ne pouvaient être emmanchés ni servir à ia main, je reconnus qu'on les employait sans manche et que c'étaient des projectiles. Ce que j'avais pris pour un défaut de la pierre ou une maladresse de l'ouvrier était précisément la partie utile du travail ou ce qui facilitait l'impulsion. Or, avec un peu plus de réflexion j'aurais compris qu'un même accident ne pouvait se répéter sur tant de pierres différentes, ou qu'une faute semblable ne devait pas être commise par des ouvriers si divers.
Près de ces silex triangulaires à base coupée, j'en trouvais d'autres irrégulièrement tranchants, différant peu des copeaux ou éclats. Nonobstant cette ressemblance, j'y apercevais une auti^a. intention et même un travail moins imparfait : ce n'était plus ces ébauches informes faites pour être jetées autour des sépultures, chaque pierre paraissait avoir été reprise en sous-œuvre; plusieurs coups donnés sur les bords et quelques éclats enlevés longitudinalement prouvaient qu'on avait essayé d'en régulariser la forme. Hais dans quel but? Etait-ce des symboles? — Non, ils variaient trop de figure. — Etait-ce des projectiles? — Non encore, ils étaient trop minces, trop légers, pour frapper avec quelque force
et atteindre un but éloigné. — Etaient-ce des outils?— Tous les outils que j'avais vus étaient maniables. Or, ceux-ci étaient trop courts pour être commodes k la main : tranchants de tous les côtés, on se fui blessé en voulant s'en servir. A cause de ce même défaut de longueur, ils ne pouvaient, non plus, ôtre utilisés comme couteaux. EnCn, Ton reconnaissait qu'ils dV vaient pas été faits pour ces gaines en bois de cerf d'on travail si compliqué et qui, d'ailleurs, étaient réservées pour les haches.
Dans les gissements où se montraient ces pierres, je trouvais des tibias, des canons, des fémurs, des radius d'animaux de toutes dimensions. Ces os étaient divisés à peu près de la même manière, c'est-4-dire an milieu ou à l'une des extrémités : cette division était transversale.
Afin do faciliter la rupture, on avait quelquefois employé le feu et corrodé l'os à l'endroit où l'on voulait le couper; puis, cette séparation s'achevait i coups de masse. Mais l'os n'y résistait pas toujours, il se fendait et il fallait recommencer. Aussi prenaiton souvent un moyen moins prompt mais plus sûr: on usait d'une pierre tranchante ou d'une scie également en pierre.
Ce travail, assez pénible, surtout quand il s'agissait d'un os dur et fort comme sont ceux de bœuf et de cerf, ne pouvait être Teflet d'un pur caprice: il Cillait un motif. Ce motif était simple, et pourtant, il m'a fallu bien du temps pour le trouver.
Dans mon premier volume, page 306, j'ai parié
de manches en os qu*on ajustait & d'autres os, mais alors je n*avais pas vu qu* ils pouvaient aussi servir à emmancher des pierres; cependant, le voisinage eoDStant de ces pierres et de ces os devait avoir Une cause. Je me demandai s'il n'y avait pas quelques rapports entr'eux? Je pris donc un os et une pierre qui sortaient de la tourbe, et après avoir débarrassé Tintérieur de l'os de la tourbe qui le remplissait, j'y enfonçai la pierre. Il en résulta une sorte de ciseau. Tout le problème était là , la solution était trouvée : cses fémurs, ces tibias rompus ou sciés, n'étaient que des manches dont ces silex étaient les lames.
Je fis immédiatement l'essai de mon nouvel outil , ou plutôt de cet outil renouvelé, le père de tous les outils. 11 était très-propre à tailler le bois et môme à le creuser, à le gratter, à le polir.
Je ramassai d'autres os et d'autres silex , et je recommençai rexpérience : presque toujours elle fut heureuse. 11 suffisait, quand la pierre avait trop de jeu, de l'affermir avec un ou deux coins de bois.
En enlevant ces coins qu'on pouvait serrer ou desserrer à volonté, l'ouvrier avait l'aisance de retirer facilement la pierre quand elle se brisait ou s'émoussait, ou bien lorsque la nature du travail en exigeait une plus grande ou une plus petite.
Un manche servait donc à plusieurs pierres , et , s'il était fait d'un os solide, il devait durer indéfiniment. En effet ^ on en remarque dont le poli produit par le frottement de la main annonce le long usage.
Quant aux silex, la facilité qu'on avait, dans ce
pays, de les remplacer, faisait qu'on ne les réparait que dans des cas rares, c'est-à-dire lorsque la pierre était d'une très-bonne qualité ou qu'il s'agissait d'un oulil de choix. Ordinairement on abandonnait le silex émoussé. Chaque ouvrier, quand il travaillait, en avait donc une certaine quantité à sa portée: c'est ce qui explique leur grand nombre comparativement à celui dès manches, et la rareté des pierres trouvées emmanchées. Son travail terminé, l'ouvrier jetait les plus défectueuses et il démanchait celles qu'il voulait conserver, afin d'empêcher que le manche ne se fendit par suite du gonflement des coins ou d'une pression trop prolongée.
Nous avons dit que ces copeaux -outils variaient beaucoup dans leurs formes, ce qui m'avait d'abord empêché d'y voir un plan arrêté et une destination. Cette variété s'explique: il fallait de ces silex, nonseulement à la mesure de tous les manches, mais aussi à celle des pièces de bois qu'on voulait fouiller et polir. Il en résultait une multiplicité d'outils dont Fatelier de nos ouvriers modernes n'oflre pas d'exemple. La quantité remplaçait ici la qualité.
Il ne faut pourtant pas exagérer le mérite de Tinvention : le hasard y était pour quelque chose. Parmi ces nombreux éclats qu'on obtenait par le simple bris des silex, il était aisé à l'ouvrier de choisir ceux qui se prêtaient le plus à l'emploi qu'il voulait en fiiire. Quelques coups suffisaient donc pour amener cet outil improvisé à sa perfection relative : s'il coupait bien et faisait son office, il était toujours assex beau.
Il ea était de même des manches. Aussi la facilité do cette double conrection me fait croire que Temman-^ chement des copeaux a dû précéder celui des haches, et dès-lors la fabrication des gaines qui exigent, en raison de leur ouverture transversale, bien plus de combinaison et de travail.
Je compris aussi pourquoi certains outils étaient tranchants on piquants des deux bouts: c'étaient des ciseaux doubles. Quand ils étaient usés d'un côté, on lés faisait servir de l'autre; il suffisait de les retourmer et d'enf(Mic^ dans le manche la partie qui était ^iefaors.
La plupart de ces manches, arrondis ou équarris par un bout, ne recevaient la pierre que d'un côté; ils servaient pour les ouvrages de force ou qui exigeaient qu'on appuyât beaucoup sur l'instrument ; aussi sont-ils faits en os des plus durs.
D'autres manches étaient ouverts à chaque extrémité; ils pouvaient ainsi recevoir deux outils différents.
Les planches 17 et 18, tome II, présentent, sous le n^ 20, une suite de ces manches avec leurs pierres.
L'un de ces morceaux, n° 21, est remarquable en ce qu'ayant une ouverture à chaque bout, il en a, au milieu, une troisième qui est destinée à y introduire un manche de bois ou d'os, comme on le faisait dans les montures de hache en corne de cerf. Ce trou ovale, qui n'existe que sur une face, a 25 centimètres de%longueur. C'est la seconde fois seulement que je vois une gaine ou monture à ouverture transversale qui ne soit pas en bois de cerf. On conçoit pourquoi on préférait
ces bois : cette coupure dans la longueur de Vos était difficile n pratiquer, et comme Tes est moins élastique que la corne , il lui restait peu de solidité. On ren* contre beaucoup d'os percés transversalement, maisces trous, assez petits, ne servaient que pour passer un lien et ne subissaient pas la pression résultant de l'introduction d'un manche.
Quant au trou placé dans la longueur de Tos , comme il y existe naturellement, il suffisait de l'élargir à la mesure de la pierre. Le travail ici était facile , et le manche , de même que sa lame , était terminé à peu de frais. Quelques-uns de ces manches portaient des trous ayant à peine un centimètre de diamètre, et je ne rencontrais que peu ou point d*éciats de silex qui pussent y entrer. De ceci encore je trouvai l'explication : ces os à petites ouvertures servaient A emmancher des dents de rongeurs qui, dures, tranchantes et pourvues d'une racine longue et effilée , formaient ainsi des outils très-bons pour de petits ouvrages. On en faisait aussi des poinçons {n^* 22 et 22^).
Ces manches à bouches étroites pouvaient recevoir aussi les silex en hélice que j'ai déjà signalés comme étant la vrille primitive. Le coquillage qui porte le nom de vis et qu'on trouve à peu près partout, puisqu'il y en a de terrestres, de fluviatiles et de marins, peut avoir donné la première idée de la vis Q^ de la vrille.
Pour les instruments faits en dent, on évitait qaelquefois la façon du manche en laissant la dent dans son alvéole et en taillant une partie de la mâchoire
de maaière à ce qu'elle servit elie-méme de manche.
Telles sont les trois portions de tête de castor déerites dans le chapitre précédent sous le n^ 16, et ies deox iragnients de tète de cheval ou de cerf dessinés dans mon premier volume, n° 26, pi. 11. Mais ces objets , notamment les derniers , pouvaient £lre aussi des symboles et ne servir qu*accidentellesnent comme outils.
Quoique ma conviction fut entière sur la manière dofit s'emmanchaient les copeaux-outils, je désirais fort qu'une preuve matérielle confirmât mon opinion. Cette preuve vint enfin: je fis fouiller avec soin un des gissements où j'avais trouvé le plus grand nombre de manches, et l'on en découvrit- un qui portait sa pierre. On en déterra d'autres près desquels étaient les pierres qui avaient dû leur appartenir. La plupart s'y adaptaient si bien, que la certitude était complète. Je retrouvai même dans un manche quelques fragments de bois, restes des coins d'attache. On comprend pourquoi les manches sont si souvent séparés de leur lame : l'humidité a pourri les coins qui la retenaient , et la pioche des terrassiers , en séparant les parties de tourbe, a fait tomber la pierre. Nous av<ms dit aussi que les ouvriers, leur travail achevé, les étaient du manche.
On a vu qu'on préparait des manches de dimensions diverses et proportionnées a la grandeur des silex. Cependant, comme j'en ai eu depuis la preuve, il y avait de très -forts manches pour des pierres assez petites. Les meilleurs étaient ceux qui recevaient
dos outils de plusieurs tailles. Il est tel de ces maocbes dont Fouverture est faite de manière qu'on peut y ajuster une hache de 12 à 15 centimètres ou bien un petit ciseau de 5 à 6 : il sufOsait de changer les coins. L'avantage de ces manches, qui ont jusqu'à 25 centimètres de longueur sur 5 à 6 de diamètre, était de donner plus de prise à la main et conséquemment plus de force à Tinstrument.
Le travail qu'on peut faire avec un silex court, épais, taillé en biseau, ainsi emmanché, n'est pas, sans doute, comparable à celui qu'on obtiendrait d'un outil de fer; néanmoins, il étonnera les personnes qui voudront en faire l'essai.
La plupart de ces manches sont, comme on l'a vu, fort grossièrement faits : on a simplement brisé l'os pour en utiliser la cavité. Mais dans quelques-uns on y a mis plus de façon: après les avoir coupés carrément, on a arrondi l'extrémité servant à appayer la main. Il y en a méoie d'ornés d'un dessin (n^ 23).
Dans d'autres, n^ 24, l'ouverture a été disposée en bec de flûte ou taillée en fourche, afln que la pierre, qui reste entièrement visible sans en être moins solide, puisse être retournée plus facilement. On en voit aussi dont l'ouverture est divisée par une cloison, pour y loger deux pierres ou deux dents (n* 25).
Il en est enfin qui sont ornés d'une suite de lignes semblables à celles que j'ai décrites dans ce tome II, chap. XXVIII, n° 8. Us servaient à la fois d'outil et de mesure (n° 26).
Mais ce sont là des exceptions, et avec des dimen-
M ANCHES BN OS. 313
différentes , la grande majorité de ces manches ils des fémttfs, tibias, canons^ humérus, andouillers, ressemblent. Je n'en étendrai donc pas davantage description ; les dessins les feront suffisamment csMHHiaitre (ig. 20 à 26).
Tels furent les instruments primitifs et le point de
^iépart des outils qui ont aidé Praxitèle, Michel Ange,
«I soocessivement tous nos grands artistes, à exécuter
leoi^ chefs-d'œuvre. Mais que de siècles, que de ré-
^ototions, que de milliards d'hommes ont passé entre
eeox-oi et ceux-là!
Il n'est pas douteux qu'en continuant l'étude de oes premiers essais de l'industrie humaine on n'arrive a découvrir l'emploi de beaucoup d'autres objets, qui sembimt aujourd'hui n'avoir été que le résultat d'un caprice ou un jeu de l'ouvrier.
Lorsqu'une forme se rencontre souvent et qu'on s'aperçoit qu'elle a été faite d'après un modèle donné, ou un type constamment le même, il est visible qu'une même intention a dirigé ceux qui l'ont produite. Si cette intention leur a survécu , si elle est passée de génération en génération , elle a eu cer* tainement un mobile puissant, et cette forme toujours répétée répondait à un besoin ou à une croyance. Dans l'un et l'autre cas, elle était devenue nécessaire à ce peuple.
Partant de ce principe, la nécessité, il nous reste à distinguer ce qui appartient à la nécessité physique, de ce qui touche aux besoins de l'intelligence, dans lesquels je comprends la religion ou à défaut la superstition et ridolâtrie.
Dans la première catégorie ou celle des besoins matériels, nous mettrons les armes, les outils, les meubles, les ustensiles. Dans la seconde, les idoles, les signes commémoratifs, les symboles, les caractères.
La distinction entre ces deux catégories , qu'au premier aspect on croirait facile à faire, le devient moins quand on en est à l'expérience et qu'il s'agit d'un travail si imparfait, qu'il est à peine visible, et de formes tenant à des temps et à des usages si éloignés de nous. Les armes se confondent quelquefois avec les instruments de culture ; les symboles ou caractères avec des objets de parure ou de fantaisie; mais avec de la patience on s'oriente dans ce dédale, on finit par retrouver la voie, et l'on reconnaît qu'alors, comme aujourd'hui, l'homme avait un but quand il agissait*
Avec cette conviction, on ne dédaignera rien de oe qui touche à son principe, on attachera de l'importance même à ses essais les plus infimes et l'on se souviendra que c'est seulement par la progression de ses œuvres ou leur décadence que nous pouvons suivre les phases diverses de sa vie et de ses mouvements sur la terre.
Si l'on applaudit avec raison au savant naturaliste qui s'occupe à analyser une plante, un vermisseau, un petit insecte, à étudier ses mœurs, à compter ses travaux , pourquoi n'en ferions nous pas autant de l'homme quand il n'était encore qu'un embryon intellectuel, remuant un grain de poussière, ce grain avec lequel il devait plus tard bâtir Ninive, Babylone, Athènes et Rome?
L'homme était puissant quand il sortit de la main
KDCSTlllE FBIMITIVE TOME ii - CHAP. itXX .
f^urej. ■ yiane.< r/ Ûi////> ai a' . . /n/^i/^Ufie/u a CeOi^
NOUVELLES DÉGOUVEirrES. 317
Ces découvertes étaient consignées dans un rapport signé de M. Louis Douchet, docteur en médecine à Amiens, qui avait assisté aux fouilles et avait dessiné la coupe des terrains: dessin que M. Bouvier me mit ^^leijâent sous les yeux. Voici la position, l'épaisseur ^ la composition de chacune de ces couches, d'après la description et le dessin de M. Douchet:
Terre végétale l"» 33«
Argile à briques 1 »
Sable diluvien avec silex et galets peu
nombreux et très-petits .... » 66 Sable jaune-brun avec une grande quantité de petits silex roulés .... » 33 Sable jaune-brun, silex en galets trèsrares et par zones ou silos ... 1 33 Galets avec sable brun dans les interstices 1 »
Sable très-fin, gris-jaunâtre, faisant pâte comme la glaise nommée par les ouvriers terre de pipe, affectant des zones diversement inclinées les unes
dans les autres 1 »
"Gravier et silex avec galets entremêlés de zones de sable très-fin blanc et jaune. C'est là où l'on a trouvé les tessons, les grains^ de collier et les
silex taillés 2 90
Sable blanc très-fin et pur .... 1 »
Banc composé de rognons de craie roulés 3 » Craie mêlée de sable roux • . . 1 »
Total. . . 14»» 55c
H. Louis Douchet a exactement indiqué dans ia huitièaie couche les places où étaient les grains de collier et les silex taillés. Les détails dans lesquels il entre prouvent que tous ces terrains étaient vierges et qu'aucune infiltration des couches supérieures n*avait pu y pénétrer. M. Douchet a aussi observé sur les pierres taillées du diluvium ce méoie vernis que j*ai signalé ailleurs, qu'il compare k la patine des médailles antiques, en le considérant avec raison comme une preuve incontestable de Timmense ancienneté de ces pierres.
La découverte, dans un semblable terrain, de ces grains de collier devait vivement m'intéresser ; quelques-uns me furent donnés et bientôt je pus m'en procurer assez pour en former un collier composé de cent seize grains.
Leur couleur varie un peu. Ceux qui étaient dans le sable blanc sont blancs. C'est là, je crois, leur couleur primitive. Ceux qui ont séjourné dans les couches de sable jaune en ont pris en partie la couleur, qui s'est incorporée à la matière. Le diamètre de ces grains , très-irrégulièrement arrondis , varie de 7 à 20 millimètres et celui du trou qui les traverse de 2 à 5. Ils ont été plus gros qu'ils ne sont, on voit qu'ils ont été longtemps roulés, c'est ce qui u contribué à l'irrégularité de leur circonférence, les parties les moins denses de la matière s'étant usées plus vite que les autres.
La grande majorité avait acquis une dureté extrême, et J'étais à me demander s'ils étaient faits d'une pftta
JNOOVSLLES DEGOUVBBTES . 3 1 9
f«i'an aurait pa considérer comme analogue à notre ^rre de pipe et ensuite cuits au four, ou bien s'ils ttaitait réellement en craie, de cette craie compacte, r6s— lourde, très-solide, employée dans ce pays à la et qu'on nomme pierre de Caen, lorsque je une lettre de M. le docteur Doucbet qui me lonfirmait ratièrement ce que m'avait dit M. Bouvier Ht ee que relatait son procès- verbal. Il avait, en effet, iBsisté à l'ouverture du banc et il m'envoyait les haches 3t grains.de collier qu'il y avait découverts. Ils ne âLifféraient en rien de ceux que je tenais de M. Bouvier qui les avait trouvés à la même place.
- Parmi les grains recueillis par H. Doucbet, j'en distinguai un dont la perforation était seulement comfloimicée. Ce ^rain, à cela près, semblable aux autres, ^sne prouva qu'ils étaient bien de pierre: s'ils eussent ^té faits de pâte, on n'aurait pas attendu qu'ils fussent ^darcis pour les percer.
Je me rappelai alors que M. Rigollot, dans sa brochure déjà citée sur les instruments en silex trouvés près d'Amiens, donnait la description et les dessins de ces mêmes grains qu'il considérait comme antédiluviens et faits de pierre. Voici ce qu'il en dit pages 16 et 17:
« Au milieu des silex taillés et des os fossiles, on » a trouvé un certain nombre de petites boules » adroitement percées d'un trou et paraissant avoir » servi à former des colliers et des bracelets. J'en » ai réuni plus de soixante et leur destination n'est » pas douteuse. Ce qu'il faut remarquer, c'est que
320 yùowELLEB nÉGOuvnms.
B la plaptrf de ces perles oui été troavées 9 eo groupes coanne si elles avaient été déposées pr » rinondaiioo, avaol que le lien qoi les nlla^ail m'A 9 été rompu.
» Elles sont faites avec des pierres caleaires, pb
• ou moins dures, rarement avee des silex. On s'y 9 a trouvé mêlé aucune terre cnite on pète vîtrilée, 9 matières dont sont bits la plupart des eoUiers te
• sépultures gauloises on mérovingiennes. •
Les grains rencontrés par M. Rigollot sont absoboMSt semblables à ceux qui ont été recueillis à la orfne place par MM. Donchet et Bouvier; ils sont bien a pierre dure calcaire, comme le dit M. Rigollot, miit je n'ai reconnu aucun grain qui fut en silex.
Si quelques-uns de ces grains se trouvaient ensemble, un plus grand nombre étaient épars dans k banc, mais dans un espace assex circonscrit. Quant au petit vase cité par H. Doucbet, il est i cnb qu'il avait été creusé dans un morceau de la même pierre, ce que sa forme demi-ovoïde rendait assez facile.
Parmi ces grains, il en est un qui diffère des autres: il est ovale et strié dans sa longueur. C'est le plis petit de tous, il n'est long que de 7 millimètres et large de 5. Peut-être est-ce à cause de sa légèreté qu'il a moins souffert du frottement diluvien : alors il en faudrait conclure que les autres avaient aussi éié revêtus de stries, cependant la chose est doateosC) puisqu'aucun n'en présente aujourd'hui de trace.
Un autre collier, moins ancien que le précédent fluis non moins curieux et plus simple encore, a égalesieot
été découvert près d'Amiens, a une profondeur de deux mètres , dans une couche d*argile dont il porte les traces. Son origine ne peut donc être douteuse.
Cet étrange bijou consiste en trois silex percés BaturelleineQt dans toute leur longueur, mais dont V^ilrée a subi quelque léger travail d'égalisation; le x^ste est brut et couvert de son écorce. Deux de ces pierres sont ovales, en forme d'olive dont elles ont un peu plus que la dimension. L'une a 32 millimètres de longueur et 21 de largeur. La troisième a la forme cylindrique légèrement recourbée. On peut la comparer à un petit concombre, creusé dans sa <loDgueur^ Cette longueur est de 6 centimètres, sa largeur de 2. Ce qui le rend remarquable, c'est un fragment annulaire d'un métal jaune, cuivre probablement, enfoncé dans l'ouverture d'une des extrémités et où l'on peut passer un lien qui, sans doute, attachait aussi les deux pierres en olive entre lesquelles celle-ci était placée. Il en résultait un ornement que nos mœurs rejetteraient comme indécent, mais qu'on retrouve partout chez les peuples anciens, même chez les Romains, où il n'a cessé d'être en usage qu'après l'extinction du paganisme (voir tome P% pages 410 et 411, pi. 24 et 30).
L'usure de l'anneau à la place où le lien frottait prouve que cette singulière amulette a été longtemps portée. Elle doit être celtique , mais cette parcelle de métal annonce que c'est vers la fin de cette période qu'elle a été ainsi ajustée. Peut-être aussi l'addition métallique est-elle postérieure a la réunion
de ces trois pierres qui ont dû passer de génération en génération, car un singulier hasard ou de bien longues recherches ont pu seules les réunir, et cbei ces peuples qui les considéraient comme an symbole religieux ou au moins une garantie de bonhear et de fécondité, ce devait être chose de prix. On peat donc croire qu'après l'avoir portée longtemps suspendue aa moyen d'une simple attache de bois ou d'os, sujette à se briser, on aura plus tard, lorsque les métaux ont commencé à se répandre, trouvé plus sûr d'y mettre une agrafe de cuivre.
La réunion de ces trois pierres à la même place annonce qu'elles étaient encore retenues par un lien lorsqu'elles ont été entraînées par l'eau et enveloppées de la couche d'argile. Il n'est pas à croire qu'elles y aient été enfouies de main d'homme, car on eut aperçu des traces de l'excavation et la couche horizontale d'argile était unie et intacte quand on l'a mise à découvert.
Les colliers en émail, en verroterie, en terre cuite, sont moins anciens et moins rares que ceux en pierre. J'en ai rapporté d'Allemagne de beaux échantillons trouvés dans des ruines romaines, non loin de Wisebaden, duché de Nassau. Ces grains qui sont en terre grise, brune ou noire, semblent être de diverses époques. Quelques-uns sont revêtus d'un émail gris ou brun et paraissent avoir été faits dans un moule ou à l'aide d'un tour. Les autres, plus grossiers, façonnés à la main, doivent remonter & un temps probablement antérieur à l'invasion romaine. Lear
diamètre varie de 10 à 45 millimètres. Peu sont complètement ronds; les uns sont aplatis, les autres tournent à la forme de poire. Plusieurs sont ornés de lignes embrassant leur circonférence. D'autres présentent des marques grossières coupant cette circonférence. L'un, en terre rougeâtre, assez mal arrondi à la main, est couvert d'une multitude de petites figures ovales. Les trous servant à passer les liens varient de 5 à 15 millimètres de diamètre. Ces colliers, fort lourds, devaient être un ornement assez incommode. J'ai réuni un grand nombre d'autres morceaux en terre cuite, ornements, symboles, figurines, basreliefs, etc., dont quelques-uns sont fort anciens, ils feront , ainsi que les vases , le sujet d'un mémoire spécial.