COUPE 4*. — SAINT-ACHEUL
1* Limon roux 1 m. »» e.
2* limon grisâtre avec quelques petits silex et
quelques morceaux de craie roulée 1 50
3* Banc de silex 1 60
4* Argile sableuse d'un jaune brun contenant des silex; sable blanc pur, puis entremêlé de sable jaunâtre avec de petits morceaux de craie roulée et des tests de succinea amphibia et d'hélix rotundcUa; craie blancbe 2 50
« Les ouvriers ont remis à M. Rigollot des ossements ayant plus de poids que dans l'état ordinaire, un fragment de dent d'éléphant, et des silex pyromaques noirs, évidemment travaillés mais non polis, tous objets trouvés dans le banc inférieur de silex. »
Dans le Supplément à ^Esquisse géologique du département de la Somme, par M. Butenx, page 6, ce savant dit aussi:
« Des silex travaillés ont, précédemment, été découverts à Abbeville dans les terrains diluviens par M. Boucher de Perthes, à qui reviendra l'honneur d'avoir le premier attiré l'attention sur ce snjet, dans son important ouvrage sur les Antiquités cdtiques et antédiluviennes. •
480 NOTES ET COBRESPONDANGE.
Le tonnerre effraie tous les animaux, même les plus féroces. Le capitaine Laplace, dans son Voyage avec VArtémise^ raconte , tome II, page 428, que les tigres qui viennent en grand nombre au bord de Lougly (Indes) pour y dévorer des cadavres , sont tellement terrifiés à Tapprocbe des orages, qu'ils vont demander protection à Thomme et se réfugient dans les maisons. Un énorme tigre royal entra un jour chez un habitant des environs de Diamond-Harbour et fut se cacher sous un lit où il se laissa taer sans essayer de se défendre.
L'approche des trombes , qu'ils sentent de fort loin , nVponvante pas moins les animaux, notamment les oiseaux, et ce n*est pas sans raison. Voici un fait dont j'ai été témoin :
Le 26 juillet 1840, une trombe qui se forma à T^bonchore de la Somme, à la hauteur de Crécy, arrondisseoMAt d*Âbbey9Iey enleva des miUiers de canards et antres oiseaux de marais. On en trouva par terre sur la ligne que parcourut la trombe, un grand nombre portant des traces de fen. Beaucoup avaient les pattes brisées; l'un avait le ventre ouvert; tons étaient morts.
M. le comte de Valanglart, dont l'habitation à Sailly-k-See se trouve dans la direction que suivit la trombe, m'a dit que plusieurs de ces oiseaux étaient venus frapper contre le château et qu'ils tombèrent morts au pied des murs. Un paysan du Toisinnge en ramassa trois dans sa cour. Un autre s'étant mis à parcourir ia campagne, en a rempli deux sacs.
Cette traînée de canards était de plusieurs lieues, k ceux qui ^nt été ramassés dans les champs et sur les chemins, j» on ajoute la quantité bien plus grande qui ^a dû tomber duM Ju iorét de Crécy ou se perdre dans les marais et les rivièns, on verra que la bande foudroyée a dû être fort considécable.
Les sujets que j'ai vus étaient de l'e^ièce analogue à noo. nards domestiques.
NOTES ET COREESPCniDANCE. 4lRi
Ui quantité énorme de vases cinéraires que j'ai rencontrés dans les terrains celtiques, et dont la plupart étaient malheureusement brisés par le tassement des terres ou décomposés par ^ suite de la grossièreté de leur pâte, tend à prouver qu'ils n'avaient pas tous été enterrés en même temps autour de Turne principale ou de celle qui contenait les cendres du défunt. Cette offrande, comme un tribut annuel, se repétant à certaines époques, on consacrait un nouveau vase où étaient de la nourriture ou peu^ être du lait, de la bière, du viu, de Teau, destinés au mort ou aux dieux.
Toute perturbation dans la situation de notre planète, toute modiBcation atmosphérique, quand elle devient permanente, agit en bien ou en mal sur la constitution des créatures. Elle ne peut pas changer leur degré intellectuel, mais elle peut hâter ou retarder les^ progrès de la forme.
Le même résultat doit arriver par des causes moins graves ou moins subites: en modiBant les besoins des animaux ou seulement \e% moyens d*y pourvoir, on doit à la longue modifier leurs formes.
Aux arguments que j'ai avancés à l'appui de la possibilité de la modification des formes animales et même de la forme humaine, on a opposé la persévérance du type juif qui reste identique partout. Cette persévérance de la forme vient de celle des habitudes. Le Juif a gardé sa figure parce qu'il a gardé sa religion, ses préjugés, ses mœurs, ses goûts de commerce et de lucre ; mais lorsqu'il en a changé , lorsquMl s*est fait chrétien et a franchement adopté les conséquences de son nouvel état , bientôt on a pu reconnaître en lui un changement quelconque: il n'y a plus eu autant de juif en lui. Il y en aura moins dans ses enfants et moins encore dans les enfants de ceux-ci. Déjà les Israélites français, qui jouissent de tous les droits politiques
(les autres citoyens , qui suivent les mômes carrières et ont reçu la même éducation, ont une ligure différente de celle des Juifs de Russie, de Pologne, de Rome, etc., et ou unira par les confondre dans la masse des autres Français.
•jQn s^est trompé quand on a dit que de nos jours on ne voyait pins de roches se former : il y a des terrains où les grès naissent comme les truffes; c'est du moins ce que vous diront vos payeurs ou ceux qui leur fournissent des grès.
Dans Cosmos, M. de Humboldt nous apprend que sur les côtes de Sicile, sur celles de l'Ascension, de l'Australie, etc., se forment, aujourd'hui encore, par voie de précipitation, d'attérissement et de cimentation, des bancs calcaires d'une dureté comparable an marbre.
Dans certaine fontaine, vous voyez en peu de temps des vases se remphr d'un précipité qui devient aussi fort compact, et c'est ainsi qu'au moyen de moules on fabrique des statuettes et des bas-reliefs naturels.
Sans aller si loin, regardez au fond de votre bouilloire: il s'y amasse un dépôt calcaire qui deviendrait un véritable banc» si cette bouilloire était grande comme un vaisseau de ligne.
Il se forme des dépôts calcaires dans la vessie de l'homme et de beaucoup d'animaux. 11 n'y a là encore de différence que du petit au grand.
Cette formation de pierres grosses ou petites, internes on externes, a lieu par couches et sédiments, à peu près comme nos craies et nos schistes, ou par agglomération attractive ou par pression; mais elle peut avoir lieu aussi par fusion, comme la lave des volcans, etc.
Nous avons aussi des roches anciennes qui nons apparaissent par soulèvement et viennent ainsi remplacer celles que la fermentation, le ramollissement ou tout autre accident décomposent et réduisent en poussière.
NOTES ET GORMSSPONDANGE. 4fô
Cest ainsi, d'après le nouveau système, que nos montagnes se sont formées. Elles seraient sorties de la masse terrestre et par un mouvement du centre à la surface. Le fond des mers même se serait exhaussé, et conséquemment kurs rivages.
Sans doute, nous avons vu des tles surgir de la mer et des mamelons remplacer des cratères, mais peut -on admettre ceci comme général? Nonobstant Topinion de nos géologues, la chose me paraît hypothétique.
De tous les systèmes géologiques, je n'en trouve pas de plus nettement et clairement présenté que celui de M. de Humboldt; il divise ainsi toutes les roches terrestres:
1* Roches d'éruption ou volcaniques sorties de la terre, dures ou en état de fusion ;
2* Roches de sédiment précipité ou déposé d'un liquide: tels sont les groupes secondaires ou tertiaires ;
3* Roches transformées dont la texture ou le mode de stratification a été modifié par le contact d'une roche d'éruption;
4* Les conglomérations, les grès, les brèches formées des débris des trois roches précédentes.
Les terrains tertiaires reposent immédiatement au-dessus de la craie.
En allant de bas en haut, on rencontre:
1* Le vieux grès rouge (granwacke);
2* Le calcaire des montagnes, les terrains houillers, le nouveau grès ronge (zechstein, trias inférieur);
3* Les grès bigarrés, le calcaire coquillier (trias supérieur);
4* Le calcaire jurassique (lias et colithe) ;
5* Le grès massif, la craie inférieure et supérieure;
6* Les formations tertiaires, calcaire grossier, charbon brun ou lignites, graviers sub-apennins ;
7* Terrains de transport contenant les grands mammifères de l'Ancien-llonde , les mastodontes , les dinothérium , puis les éléphants, rhinocéros, bœufs, chevaux et autres, à l'état de fossiles.
Toutes ces espèces: coquilles, poissons, vertébrés, mammifères, diffèrent des espèces actuelles.
Les animaux sans vertèbres se trouvent dans les plus anciennes formations, avec les crustacés.
Les crustacés appartiennent aux calcaires coquiUiers. Les bélon-
484 NOTES ET COBRESPONDANCB.
nites ont leurs limites au-dessous du calcaire jurassique (terrain secondaire); leur limite supérieure est dans la craie.
Les poissons de Tespèce des sauroïdes remontent de la formation carbonifère jusqu*à la craie (terrains secondaires).
Les plus anciens vertébrés se montrent dans toutes les formations, à partir des strates siluriennes (terrain secondaire) jusqn^aux couches de Tépoque tertiaire.
Les sauriens commencent au zechstein, terrain houîller« trias inférieur ou secondaire inrérieur.
La formation jurassique (schiste de stones-fidd) présente les premiers mammifères.
Le premier oiseau a été découvert dans la craie inférieure (terrain secondaire).
Les plus anciennes couches de transition on celles qui suivent les granits ne renferment que des plantes marines.
Les strates devoniennes (terrain secondaire) inférieures présensentent quelques formes cryptogames des lycopodes.
Les terrains houillers offrent des mêmes plantes, puis des liliacées, des palmiers, des conifères, des cycadées. On les retrouve encore dans les terrains tertiaires.
Ces plantes sont les mêmes dans toutes les parties de la terre: on Europe comme dans la Nouvelle-Hollande,
y aï rapporté les articles qui ont attaqué mon livre, je dois citer aussi ceux qui Font défendu. Voilà ce qu^en dit M. Charles Louandre dans la Revue des Deux-Mondes^ tome XI, 1851, p. 930:
« Sous le titre à^ Antiquités celtiques et aniidilum&nmis» ^ M. Boucher de Perthes a publié, à Âbbeville, un livre qui touehe tout à la fois aux questions les plus intéressantes de Farchéologie et aux plus hauts problèmes géologiques. Dans un ouvrage intitulé: De la Création, M. de Perthes s'était attaché à cette idée que Ton devait tôt ou tard trouver les traces d^une race d'hommes antédiluviens. Pour arriver à la preuve matéridle de cette assertion, il s'est livré aux plus actives recherdie», et le '
NOTES ET GOREESPONDAffCE. 485
résultat de ses recherches Ta conduit à conclure qu'il existait dans les bancs tertiaires, au milieu des débris de mastodontes et d^éléphants fossiles, des traces de la présence des hommes. Cette opinion, qui est en désaccord complet avec la science moderne, trouvera nécessairement des contradicteurs; mais ce qu'il y a de certain, c'est quMl est résulté des recherches de Fauteur une très- belle collection d'objets provenant de ces races fortes et vaillantes qui nous ont précéda sur la terfe de France quand elle portait un autre nom. Tous les objets décrits dans les Antiquiiés eeUiques et antédUumennes ont été réunis dans une vaste galerie que l'auteur a fait construire en 1848. Ce musée, unique en son genre, offre un spécimen complet de l'industrie humaine à l'époque où l'usage du fer notait point encore connu. On y trouve des haches de pierre emmanchées et montées dans des cornes de cerf, des silex taillés et tranchants comme nos couteaux modernes, des lances ou des javelots formés avec des tibias humains effilés et durcis au feu, des boîtes faites avec des rotules de bœuf, des scies, des coins, des marteaux en cailloux, des silex de forme annulaire, perc^ à leur centre d'un trou rond et régulier, et qui servaient à former des colliers et des bracelets. Le musée de M. de Perthes est, sans contredit, l'une des plus curieuses créations archéologiques qui aient été faites en France dans ces dernières années, comme son livre est un de ceux qui sont de nature à éveiller les discussions les plus sérieuses. »
Dans son livre des Sépultures gauloises, romaines ^ franques et normandes (1 vol. in-8*. Paris, chez Derache, rue du Bouloy, 7), le savant abbé Cochet, en parlant de l'industrie des générations passées, dit aussi:
« Il suffira de considérer cet étonnant musée lapidaire rassemblé à Abbeville par M. Boucher de Perthes , l'auteur des Antiquités celtiques et antédiluviennes. Cette collection de pierres travaillées sous . toutes les formes et à tous les états , vous initie a une civilisation véritablement inconnue. Elle ouvre devant vous un horizon tout nouveau ; elle vous transporte dans un monde dont on ne se doute plus au sein des aises et du confort de notre civilisation actuelle. Aussi cette génération d'hommes de pierres apparaît-elle à l'imagination comme une de ces créations fossiles a jamais perdues, ressuscitées par la géologie. »
La deslruction des êtres par les êtres est un grand mystère. Comment un être a-t-il le pouvoir d'en tuer un autre qui a le même droit que lui à la vie; être qu'il n^a pas fait naître et qu'il n'a pas la possibilité de faire revivre? Pourquoi une race ne peut- elle exister que par la destruction d'une autre race? Pourquoi aucun être ne peut -il vivre que de ce qui vit ou à vécu. La mort de l'un est donc la conséquence nécessaire de la vie de l'autre? Mais pourquoi cette mort est -elle accompagnée de terreurs et de souffrances? Pourquoi ne puis-je pas me nourrir de cette créature innocente sans lui imposer une douleur atroce et sans lui ravir cette vie sur laquelle je n^ai d'autre droit que la force, et qu'elle estime tout autant que j^estime la mienne ? Il y a là un mystère devant lequel on doit s^humilîer, car le mal ne peut exister pour le mal, et de cette destruction apparente il doit résulter un bien quelconque. La mort n^est et ne peut être qu'une crise de la vie et un pas en avant.
Aux découvertes d'ossements fossiles humains que fai rapportées dans la note 24*, je dois ajouter celles-ci que je lis dans an ouvrage qui vient de m'être communiqué, intitulé : La Cosmogam» et la Géologie^ par J.-B. Delmas, membre de la Société géologique de France, Lyon, 1852, un vol. in-8*:
« 1* M. le comte Razoumouski, aussi savant naturaliste qa*observateur consciencieux, a découvert dans les sables ossifères de Baden des têtes humaines qui se rapprochent de celles des races nègres, mêlées à d'autres àebrïs d'animaux perdus.
» 2* M. de Christol a trouvé, en 1829, dans la caTeme de Poudres (Gard) entièrement comblée par le Aép6i du transport que M. Bukiand appelle diluvien, des ossements humains et des fragments de poterie faite d'argile qui n'a été ni lavée, ni caite«
mais senlement séchée au soleil, et cela à toutes les hauteurs de ce dépôt et au milieu d^ossements dont le plus grand nombre appartient à des cerfs, des hyènes, des aurochs.
» M. A. Boue a découvert, en 1823, dans le pays de Bade (derrière Lahr) des ossements humains dans le dépôt alluvial de la vallée du Rhin, mêlés à des restes de mammifères perdus ; et les têtes humaines trouvées par M. Boue offrent de grandes ressemblances avec celles des Caraïbes et des anciens habitants du Chili et du Pérou, race« étrangères qui ont dû habiter FEurope avant la race caucasienne dont nous descendons.
» 4* M. le docteur Schmerling, de Uége, a découvert en 1831, dans une caverne située à Engelhout, près de la ville de Liège, à soixante-dix mètres au-dessous de la Meuse, au milieu d'un dépôt argilleux mêlé de cailloux roulés, de quartz, de silex, de calcaire, des ossements humains bien caractérisés, confondus avec des débris d'ossements d'ours, de rongeurs du genre rat, d'oiseaux de quatre espèces, etc. Un peu plus tard il découvrit des ossements de rhinocéros dans un dépôt semblable. Enfin, eu 1835, il trouva dans une autre caverne, près Chokieu, non-seulement des ossements humains mêlés à ceux de l'ursu^ spelœus et d'autres races éteintes, mais encore plusieurs objets travaillés, entr'autres une aiguille faite en arête de poisson, des silex taillés en flèches et en couteaux, etc.'
» Enfin, sans parler de la découverte par M. Lund, dans les cavernes du Brésil, d'ossements humains mêlés à des os de divers animaux appartenant les uns à des espèces éteintes et les autres à des espèces encore existantes, le jeune docteur Dirkerson a trouvé, au milieu des alluvions anciennes du Mississipi, le pelvis d'un fémur humain, qu'il a soumis, le 6 octobre 1846, à l'examen du président de la Société géologique de France et à celui de l'Académie des Sciences de Philadelphie. Voila des preuves matérielles de l'existence d'ossements humains dans les alluvions anciennes ou diluviennes que M. Cuvier lui-même ne pourrait récuser, s'il vivait encore, puisqu'elles résultent de faits positifs bien constatés par de savants naturalistes et des géologues distingués, très-dignes de foi sous tous les rapports. »
488 NOTES £T COBRESPONDANGE.
J*ai vu à La Haye , dans le beau musée japonais du docteur Siebold, des haches anciennes en silex et en jade, provenant du Japon, absolument semblables à celles qn*on trouve dans nos pays.
J^y ai remarqué aussi des disques de pierre contemporains de ces haches et qui ont servi de monnaie, ce qui confirmerait ce que j'ai dit des premiers signes dMchange et de remploi de certains silex ouvrés en disque que j'ai recueillis dans le diluvium.
Nous avons déjà parlé des pierres tournantes ; voici ce que m'écrit, le 1*' mars 1857, M. Ch. Gomart, de Saint-Quentin, auteur de plusieurs ouvrages estimés sur l'histoire et les antiquités de ce
pays:
« On rencontre dans les environs de Ham (Somme), dans une prairie de la commune d'Eppeville, baignée par la Somme, un énorme bloc de grès , depuis longtemps connu sous le nom de pierre qui pousse.
» Ce grès, qui sort de 2 mètres 50 au-dessus du sol actuel, porte 1 mètre 50 de largeur sur 50 centimètres d'épaisseur. 11 est entouré d'autres grès plus petits, plantés irrégulièrement. C'est là le produit du travail de l'homme, car on ne trouve de carrière de grès qu'à plus d'un kilomètre de là. Ce doit être un monument celtique , comme on en voit dans le Nord et l'Ouest de la France.
» La tradition prétend que ce bloc énorme fait tous les ans un tour sur lui-môme pendant la nuit de Noël. Est-ce un autel ou quelque monument destiné, soit à honorer la dépouille mortelle de quelque chef, soit à perpétuer la mémoire d'un grand événement historique, tel qu'une bataille? »
NOTVS ET COWMSPOtatANCK. 469
Mon liyrc des AiUiqmté$ ceUiqua et OÊUédiUwimaes fut imprime £D 1946 ; 4ad<pi^ exemplaires forent publiés à cette époque sous le Utie: De r/tuitisfrte prmUioe ou du Arte à leur origine. Ce ne fot qu'à la fin de 1847 que j'adoptai définitivement ie titre actuel: ÀnUquiUe eeUiquee et anMikemeimes. En 1848, eo raison des circonstances et de la nécessité de rectifier quelques plancbes, la publication fot momentanément suspendue; elle a recommencé définitiTcment au commencement de 1849.
Ce fot vers 1826 que, frappé de Tidée que le diluvium devait présenter des débris ou des traces de Tbomme, je commençai à y foire des recherches. Ces traces, je les trouvai quelques années plus tard; mais voulant opérer des fouilles dans d'autres localité, j'ai dA en attendre le r^ultat, et ce n'est que vers 1842 que je communiquai ma découverte i l'Institut. On trouvera ciaprès la suite de ma correspondance à ce sujet.
Àbbeville, 4 Septembre 1844.
A Monsieur de Blainyille, Memibre de V Académie des Sciences.
Monsieur,
M. le comte de Bonbers, mon compatriote et ami, m'a dit que vous désiriez quelques détails sur une découyerte de haches de inerre que j'aurais faite dans des gissements diluviens. En effet, j'écrivais Tannée dernière, à votre collègue M. L. Cordier, que j*ayais plusieurs haches en silex trouvées à Menchecourt près Âbbeville, parmi les os antédiluviens dont j'ai fait quelques envois au Muséum. Je le priais de donner connaissance de ce fait à l'Académie, afin qu'on pût le vérifier. Ce n'était pas, d'ailleurs, la première
490 NOTES ET GOBBESPONDANCE.
fois que je rencontrais dans le diluvium des pierres portant des traces de la main de Phomme , et j'ai fait à ce sujet plusieurs rapports à la Société d'Emulation. Ces nouvelles trouvailles ne faisaient donc que confirmer les premières.
MM. Bâillon et Brégeaud et quelques personnes encore, sont venus, à ma prière, pour s'assurer du fait. M. le docteur Ravin, auteur d'un mémoire sur la géologie du bassin de la Somme, Ta également constaté par un examen approfondi. Aucun de ces Messieurs ne doute que le banc ne soit diluvien.
Depuis, on a découvert dans une couche supérieure à celle où j^avais trouvé les haches, des dents fossiles d'éléphants et d'autres mammifères.
Je continue mes recherches et j'explore journellement le même banc et quelques autres du voisinage. J'ai fait de tout ceci un mémoire pour la Société d'Emulation et je le communiquerai à l'Académie, si cela peut lui être agréable, avec toutes les pièces à l'appui, c'est-à-dire les haches et autres pierres ouvrées que j'ai laissées dans leur couche de sable. J'y joindrai des échantillons des divers lits dont je les ai retirées.
Quand tout aura été dessiné et mis en ordre, mon intention est d'en former une collection que j'offrirai à l'un des musées de Pans, avec mon cabinet d'instruments celtiques, dont j'ai bon nombre. J'ai même réuni quelques ébauches d'animaux en pierre qui, si mon imagination ne me trompe pas, doivent appartenir à ces temps reculés. On en fait aussi les dessins.
M. de Boubers m'a dit encore que vous vouliez des détails sur les silex blancs qu'on trouve dans les tourbières. Voici ce que j'en disais à la Société d'Emulation, il y a quelque temps :
« Je* ne connais pas de terre qui altère visiblement le silex, a mais il en est qui changent sa couleur: j'ai une hache en silex » trouvée dans la couche d'argile de la sablière de Menchecourt; » elle est tout-à-fait blanche. Je croyais qu'elle avait été passée » au feu, mais tous les silex dépouillés de leur écorce, de cette » même couche, sont également blancs. J'ai vu aussi dans des tour- » bières, notamment celle qui est près de la porte du Bois et qui a » trois à quatre mètres au-dessous du niveau de la vallée, des silex » qui semblent avoir subi l'action du feu. Ont-ils été réellement » exposés à une combustion? Selon moi, la chose est certaine. »
NOTES HT GOftIIESPONDANCE. 491
rai remarqué, dans les tourbières des environs d'Abbevilk, on assez grand nombre de têtes a museau pointu , que je crois être celles d'une race de chiens dont je ne vois plus ici d'analogues vivants. Leur grand nombre m'a étonné; j'en ai réservé quelques-unes pour le Muséum.
Autre fait. La coquille fluviale drtKssena polymorpha était, il y a trois ans, des plus rares dans la Somme. J'ai offert moi-même un franc pour chaque coquille vivante que m'apporteraient les pêcheurs , et , dans l'ann^ 1840 , je m'en suis procuré deux à grand'peine. Aujourd'hui , on en trouve par milliers , et j'en ai sousjes yeux des grappes pesant plusieurs kilogrammes. Quelquesunes de ces bivalves ont trente-trois millimètres de longueur.
Pardonnez-moi ma mauvaise écriture et mon plus mauvais style : j'écris ceci à la hâte. Si vous avez besoin d'autres renseignements, je suis tout à votre service. Je compte, d'ailleurs, aller prochainement à Paris ; j'aurai certainement l'honneur de vous y voir.
Agréez, etc. J. boucheb de pebthbs.
NOTE lOO*.
Abbeville, 23 Novembre 1846.
A Monsieur Floubens, Patr de France, Secrétaire perpétuel
de l'Académie des Sciences.
Monsieur,
Diverses circonstances ont retardé le tirage des planches de mon livre de l'Industrie primitive, cependant elles sont à peu près terminées.
Depuis que j'ai eu l'honneur de vous voir, les travaux du génie militaire et ceux des chemins de fer m'ont permis d'explorer d'autres sablières et bancs diluviens, et j'y ai recueilli également des silex ouvrés. Je suis aujourd'hui convaincu qu'on en rencontrera à peu près partout, mais il faut de la patience et beaucoup, car on peut examiner sans succès des milliers de silex. Moi-même j'ai suivi pendant bien des jours et des mois, disons même bien
4S2 NOTES ET GOKBESPOMDAIfCE.
des années, Texploitation de ces bancs sans Foir cette trace huraûne que je cherchais, et pourtant j'étais convaincu qu^elle y étiil. Plusieurs haches que j'ayais, de loin à loin, rencontrées sur le sol ou dans des terres remuées , ne pouvaient provenir que de ces bancs: elles en avaient la nuance et en conservaient encore des traces.
lia prévision s'est enûn réalisée, et j'ai trouvé de ces hadies à la place même oh le torrent diluvien les avait jetées avec des ossements de rhinocéros, d'éléphants, etc.
Pour la décision d'une question aussi importante, je sens bieB que les dessins sont insufGsants; mais , ainsi que je Tai dit à MM. L. Gordier et A. Brongniart, si le Muséum pent disposer d'une salle, j'y déposerai ma collection d'instruments oeitîqiieSv et j'y joindrai toute la partie diluvienne avec les À^ntillons des terrains ; puis, si le tout est jugé digne de la science, j'en ferai don au Muséum.
Je crois que c'est une collection unique en Europe. Il y en a peut-être de plus riches en beaux objets , mais dans ceox de cette nature , ce n'est pas la beauté du travail ou le précieux de la matière que l'on recherche, c'est l'origine, et malheureosement, dans les collections que j'ai vues, c'est ce qu'on a oublié de constater. C'est pourtant le point essentiel. Aussi, quand je ne vois pas moi-même un morceau en place ou quand il n'a pas été trouvé par les ouvriers que j'ai instruits à cette recherche et qui ont ma confiance, je ne l'accepte que comme renseignement
D'ailleurs, avec un peu d'habitude on arrive bientôt à reconnaître à quelle couche ou à quel terrain ce morceau a appartenu. Le silex, quand il n'a pas été frotté, en conserve la teinte. Od distingue même ceux qui ont été placés entre deux coucbea é différentes nuances : ils seront jaunes dessus et blancs deaaov C'est , comme je vous le disais , ces nuances si différentes f celle des haches celtiques ordinaires qui m'ont fût préans d'abord et qui m'ont démontré ensuite que les premièKS provenaient pas des terrains celtiques ou supérieurs, mais couches plus profondes.
Agréez, etc.
AUMfvyfe, 6 Juillet 1847.
Eue wm BCAinMMfr. Membre de f Académie des Sctencef .
Bcatié iei ée^nn deux jo«s, wmk pfcancr soin csl de tin» rcmeracr de rolie bon accoeâ et plos.e«eore da coasiîl qve T««i B^arcz domé de TÎsiler ks bancs diloTiess des earâcHis de Paris: c^cst ce qae fai Ml da 2S a« 90 jnîii.
l'a d'abotd été à rtorene de b Motle-Piqeet, eatrée ■* 19. An prtBiirff coup-d^œQ, faî lecuBea des bases semblabies à ccn d'AbberiUe, mais ib D*élaieot pas asseï profondésMiit tressés pou* i|n'oD pftt espérer y décoarrir des silex traraillés.
Ceux qn^oB rencontre acddentrilenent dans les coedics sapérîeures s*y soot introdoils par des inliltratioiB de terre dites poteamx^ bien £Kiles à reconnaître en ce qn^dles eoopent perpendicnlaireaient les concbes borîiontries des bancs; mais les silex ouTrés qui appartiennent à répoqœ ceiliqne on gaoloise ne ressemblent en rien aox silex travaillés antédiloriens , qoi poHent presque toujours b couleur de b reine de sable dans bqnelle ib ont été enserelis, et parfois métee de deux reines.
Sauf des exceptions rares, ces silex dihnriens ne se montrent que dans les gissements des ossements fossiles on au-dessous et dans les lits qui précèdent b craie; ceux qui sont restés dans les couches moins profondes ont dû, comme les autres silex, y être râluits en petits fragments. Il est bcile de comprendre que les corps les plus profondément enfouis sont ceux qui Font été les premiers et qui, dès-lors, ont moins souffert par Feffet de rentraiuement des eaux, du cboc et du frottemeuL
ren reriens aux bancs de rarenue de la Motte-Piquet, n* IS. Voici ce que j^ai trouré:
Terre régétale » ■. 33«.
Sable jaune mêlé de petits silex brisés et roulés. ■ 70
Sable plus jaune id. id ■ 30
Sable gris id. id » 72
Quelques blocs erratiques en grès; des os, mais non fossiles, et provenant évidemment des terrains rapportés.
Du n* 12, après avoir traversé le Champ-de-Mars, je suis aHé au n* 24. Ici ie banc est plus ouvert; ii est de même nature que le précédent, mais il y a moins de silex, moins de sable jaune. Le sable gris y domine. Les blocs erratiques de grès y sont plus gros. L'excavation comblée en partie ne montre qu'une coupe de trois mètres de profondeur; ce n'est pas assez pour rencontrer les os fossiles.
Le propriétaire du terrain, M. Maréchal, à qui j'ai donné l'exemplaire des Mémoires de la Société d^Emulation où sont dessinées les haches celtiques, m'a promis de faire recueillir par ses ouvriers tous les silex qui ressembleraient à ces dessins et de vous les adresser ou de les conserver jusqu'à mon retour à Paris. Mais je compte peu sur les résultats de cette recherche» car ces silex travaillés ne sont pas toujours communs et ii faut une certaine habitude pour les reconnaître.
A quelques numéros plus loin, à l'extrémité de l'avenue, j*ai visité d'autres sablières appartenant à MM. Dufour et Francastei, entrepreneurs du pavé de Paris. Ces bancs oift^nt une coupe de sept à huit mètres de hauteur sans arriver au niveau de Peau parce que le terrain forme colline.
Les couches épaisses de sable gris ou jaune sont accidentées, comme au banc de THÔpital à Abbeville , d'un lit de matito noire dont je donnerai l'analyse.
Un ouvrier m'a dit qu'on avait aperçu beaucoup d'os dans ce banc. 11 m'en a indiqué la place, à sept mètres de la aurlace.
Une autre sablière, voisine de celle-ci, ressemble au banc de Menchecourt. Le terrain présente une coupe de huit mètres. Un mètre plus bas, on atteint l'eau. Une petite mare apparaît an fond de la sablière. Selon l'ouvrier Coquet, dont la maison domine cette mare profonde de deux à trois mètres» on y a troaré Tannée dernière des ossements et une grosse mâchelière (d^âéphant probablement), avec des cailloux assez forts. C'est abso* lument ce qui arrive à Menchecourt, à l'Hdpital, au MoDlm Quignon, enfin dans tous les bancs diluviens du bassin de la Somme. Si Ton doit rencontrer autour de Paris des silex travaillés, c'est principalement à ce point qui forme entonnoir.
NOTES ET COBAESPeNDANCE. ^S
J'ai fait a cet ouvrier comme aux autres une description des haches et couteaux de pierre, en lai recommandant de déposer tout ce qu'il trouverait en os et silex taillés chez M. Maréchal, le propriétaire du n* 24; il me Ta promis. S'il tient parole, c'est là où vous les trouverez. C'est un homme intelligent et rempli de bonne volonté, et si vous voulez lui donner des instructions, je suis convaincu qu'il pourra vous procurer des os fossiles et peut-être des silex ouvrés. Mais il serait important de lui en faire voir, car mes dessins sont une indication insuffisante.
Le 30 juin j'ai pris le chemin de fer de St-Germain-en-Layc et je me suis arrêté à la dernière station, au point que vous m'avez indiqué, dit le Vesinet,
Ce banc est encore la répétition de ceux des environs d'Âbbeville: mêmes sables, mêmes silex, mêmes blocs erratiques en grès. Voici, d'ailleurs, la disposition et l'épaisseur des couches principales :
Terre végétale » ». 30 *'.
Un à deux lits de petits silex formant une ligne mince ressemblant à un dépôt alluvien » 03
Sable jaune mêlé de silex brisés en petits fragments ou roulés » 50
Sable gris, peu ou point de silex » 30
Sable gris-blanc mélangé de silex, alternant avec des lits de sable pur 2 »•
Sur quelques points, les couches de sable gris sont coupées perpendiculairement par des inGltrations de sable jaune, descendant de un à deux mètres.
Dans le sable gris, à trois mètres de la surface, j'ai trouvé un petit silex portant quelques traces de travail humain, mais elles sont trop peu caractérisées pour faire preuve. D'ailleurs , un fait isolé est un indice, mais non une démonstration.
Revenu à Paris, je me suis fait conduire à la gare du chemin de fer d'Orléans, où vous m'aviez indiqué un autre banc, mais il a été probablement comblé, car il m'a été impossible de le découvrir.
11 me reste à voir les sablières de la plaine de Grenelle; elles doivent être semblables à celles de l'avenue de la Motte-Piquet.
Ayant eu soin de prendre des échantillons de tous les bancs
que j*ai yisités, je yiens de les rapprocher de ceux da iMunm de la Somme; ils sont idcntîqaes, et si yoqs pouvez venir à Abbeville, ce que je dësire vivement, il vous sera facile de vous en convaincre. J'ai engage aussi MM. Cordier, Flonrens, Dufirenoy et Jomard à faire ce voyage. Votre dëterminatioD pourra entraîner la leur. En attendant, je pense que renvoi de quelques silex évidemment travaillés et provenant des gissements diluviens contribueront à éclairer les deux commissions, c*est-à-dire celle de FAcadémie des Sciences et celle des Inscriptions. Je pourrais y joindre des échantillons des terrains d'où ces silex proviennent Agréez, etc.
Abbeville, SI Juillet 1847.
A MonHewr Eue db Bbaumont, Membre de VÀeadémie deê Sctenoet. Monsieur,
J'adresse aujourd'hui même , au secrétariat de Hnstitut , > M. Flourens , une petite caisse contenant douze boftes et quatorze paquets.
Dans les douze bottes sont des échantillons des bancs diluviens de Menchecourt et de PHOpital et autres sabhëres des environs d'Abbeville.
Dans les quatorze paquets sont des haches et couteaux en silex trouvés dans ce^ bancs , et quelques ossements fossiles avec lesquels ils étaient.
Dans les bancs de l'Hôpital et du Moulin Quignon, c'est en général à quatre ou cinq mètres de la surface qu'on trouve les silex travaillés. Dans ces deux bancs, les ossements fossiles sont rares; ils sont au-dessus de ces silex ouvrés ou à deux à trois mètres de la superGcie; ils consistent en fragments de molaires d'éléphants. Je n'en ai trouvé qu'une entière.
Dans ces deux bancs, ou rencontre la craie à moins de six mètres de la surface. Il faut creuser trois mètres encore pour arriver à l'eau.
Celte superBcic se compose de vingt-cinq à trente oentimètrei de terre végétale et à peu près autant de terrain remoé on
rapporté. Souvent même il n'y en a pas , et la terre végétale est posée sur la première couche diluvienne.
A Menchecourt, c'est à six et huit mètres de la superficie qu'on trouve les silex travaillés et le plus d'ossements fossiles; cependant, on en voit aussi à quatre et cinq mètres. A huit mètres cinquante centimètres on atteint l'eau, et la craie à neuf mètres.
Ce banc de Menchecourt est moins abondant en silex bruts que ceux de l'Hôpital et du Moulin Quignon. C'est pour cette raison qu'on y recueille plus d'ossements fossiles ; mais aussi les silex ouvrés y sont plus rares.
La couche de deux mètres de remblais qui recouvre le banc de l'Hôpital était, il y a dix à quinze ans, de sable semblable à cehii de Menchecourt, quatrième couche. Ce sable a été enlevé pour bâtir. Ce banc devait contenir des os fossiles en abondance, si j'en juge par ceux que j'ai trouvés dans ce qu'il en reste.
J'appelle l'attention de la commission sur un silex ouvré et revêtu d'un vernis blanc postérieur à l'œuvre qu'il a subie. Ce vernis annonce qu'il a été longtemps exposé à l'action de l'air avant d'être entraîné par le torrent et enfoui dans le banc.
Quand la question des haches et couteaux sera éclaircie, nous passerons à celle des signes et symboles, qui n'est pas la moins importante, car là sont, selon moi, les premiers hiéroglyphes ou la première langue écrite.
Si la commission se décide à venir à Abbeville , il ne lui restera aucun doute sur la question géologique.
M. Hecquet d'Orval se joint à moi |M>ur vous prier de faire ce voyage, auquel j'attache un intérêt très-grand.
Agréez, etc.
Abbeville, 13 Août 1847.
A Monsieur Jomard, Membre de V Académie des Inscriptions.
Monsieur,
Je vous remercie de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrira le 9; elle m'a fait un grand plaisir.
J'expédie à M. Elic de Beaumont un échantillon de la substance noire, dont la base est Foxide de carbone. L'analyse de cette matière, faite ayec soin par M. Brégeaud, chimiste habile, se trouve page 256 de mon livre des Antiquités antédiluviennes.
La substance rouge est de Toxide de fer; on en trouve assez fréquemment des morceaux de la grosseur d'un œuf de poule. Il n'en est pas de même de Toxide de carbone, il est répandu en poussière parmi les silex. Je n'en ai rencontré qu'une seule masse de 9 centimètres de longueur sur 7 de largeur et 2 d'épaisseur (voir page 265). Au surplus, on retrouve cette même couche noire à Paris, dans la sabUère de MM. Dufonr et Francastel» avenue de la Motte-Piquet. Ce banc diluvien, comme je le disais, dans ma lettre du 6 juillet dernier, à M. Elie de Beaumont, est semblable à ceux d'Âbbeville.
Je joins à l'envoi quelques tessons de poteries qu'on trouve dans la tourbe bocageuse, à quatre ou cinq mètres au-dessous du niveau de la Somme. Elles sont certainement d'une haute antiquité, mais je ne les présente pas comme antédiluviennes.
Le travail humain des silex joints à mon envoi du 31 juillet ne pouvait laisser aucun doute, comme l'a d'ailleurs reconnu la commission. Le gissement ou la partie du terrain qui les enveloppait ne lui en laissera pas davantage , si l'on rapproche ces silex des échantillons de sable contenus dans les bottes. Le temps seul, et un temps immense, peut communiquer au silex la teinte de la couche sablonneuse où il repose.
Que la commission fasse prendre des silex sur le sol ou dans leur gangue crayeuse, elle aura la preuve qu'ils n'ont aucun rapport de teinte avec ceux des bancs diluviens.
Qu'elle analyse des silex des bancs diluviens de Paris, die verra que ces silex non ouvrés sont imprégnés de la même substance que les silex ouvrés diluviens d'Abbeville.
Qu'elle examine ensuite une hache celtique ordinaire, dont je lui adresse aussi un exemplaire, elle reconnaîtra encore que par le travail et la couleur, ces haches diffèrent essentiellement de celles des bancs diluviens.
La question des silex ouvrés représentant des formes d'animaux et des têtes d'hommes, se divise en deux époques: cMquê et diluvienne.
Les figures troavées dans les sépaltures celtiques ne laissent aucun doute quant au travail.
Celles qui proyiennent des bancs diluviens n'en laissent pas non plus ; on ne pourrait discuter que rintention, car ces figures, de même que celles des hiéroglyphes, sont grossièrement faites ; mais cette intention même ne sera pas méconnue quand la commission les verra réunies. C'est le grand nombre des figures de chaque type et Fanalogie de Poeuvre dans chacune, qui font^ ici preuve, n serait à désirer que la commission les vît toutes ensemble. Je renouvelle donc la proposition d'envoyer à Paris la collection entière et d'en faire don au pays, à la seule condition qu'on disposera un local convenable pour la recevoir, et qu'on l'y laissera si l'on reconnaît que je ne me suis pas trompé. Mais la commission abrégerait beaucoup la besogne et obtiendrait une conviction immédiate, si elle voulait se transporter à Abbevillc, ou au moins y déléguer deux membres.
La pirogue celtique dont vous me parlez est encore au musée d'Abbeville ; elle est décrite dans le volume de 1835 des Mémoires de la Société d^Emulation^ page 81.
Cette pirogue n'a aucun rapport avec les temps diluviens; elle appartient à l'époque gauloise ou gallo-romaine, peut-être aux premières invasions des Normands. Ce n'est pas chose fort rare : on en rencontre de temps à autre dans les tourbières, et on en a trouvé plusieurs en Angleterre.
Je désire vivement que vos occupations vous permettent de venir à Abbeville; je serai très-aise de vous recevoir chez moi où je vous offre l'hospitalité , ainsi qu'à MM. les membres qui voudront se joindre à vous.
J'ai l'honneur, etc.
M. Jomard est en effet venu à Abbeville, ainsi que M. Constant Prévost, depuis membre de l'Académie des Sciences. Ils ont visité les bancs, les ont reconnus pour diluviens, et ils ont acquis la certitude que les silex examinés par la commission et qu'elle a déclaré travaillés de main d'homme, en provenaient.
Abbeviile, 26 Décembre 1847.
A Messieurs les Membres de la Commission de l'Académie des Sciences et de l'Académie des Inscriptions^ chargés de l'eoDamen de mon livre des antiquités celtiques et antédiluviennes.
Messieurs ,
Je dois vivement regretter que la commission tout entière n^ait pu voir encore les terrains où ont été découverts les silex travaillés cités dans mon livre, car elle n'eut pas hésité à se prononcer; au seul aspect des lieux, sa conviction eut été formée. En général, les terrains diluviens ne ressemblent à aucun autre, mais ceux de Farrondissement d'Abbeville ont surtout un caractère auquel il est impossible de se tromper: les couches diluviennes, telles que nos plus savants géologues les indiquent, nettement prononcées, frappent les yeux tout d'abord. D'ailleurs, ces bancs ont été souvent décrits : celui de Menchecourt notamment est , depuis plus de quarante ans, connu de MM. les professeurs du Muséum. Bien des débris fossiles sur lesquels a expérimenté Cuvier en proviennent, et Ton peut voir, dans la galerie du Jardin-des- Plantes, plusieurs beaux échantillons de rhinocéros et d'éléphants portant pour indication d'origine : sablière de Menchecourt,
La nature diluvienne de* ce banc est donc une vérité qn^on ne pourrait aujourd'hui mettre en doute sans annuler les assertions de Cuvier lui-même qui connaissait bien les localités.
Comme les bancs de l'Hôpital et du Moulin Quignon sont également vierges de toute infiltration et de tous travaux d*art, comme ils sont non moins bien caractérisés que celui de Menchecourt, il eut également suffi de les voir pour se prononcer. Cette solution n'eut demandé qu'un instant.
Puisque la commission ne peut se rendre à Abbeville» elle obtiendra le même résultat à Paris, en se transportant aux sablières qui sont autour des Invalides , rue de la Motte-Piquet , n*' 12, 24 et suivants, appartenant à M. Maréchal, aubergiste, et à MM. Dufour et Francastel, entrepreneurs du pavé de Paris. Ces
NOTES ET COBBESPONDANCE. 501
sablières sont absolument semblables à celles d'Abbeville. En prenant les coupes de terrain dessinées dans mon livre pages 23<, 253 ,254, on trouTfra exactciii{^nt les uitVjies couches de silei et de sable et on les trouvera daos le mi^mc ordre. On ; reconnaîtra m^mc (sablière de MM. Dufour et Francastel) la coucbe de matière noire dont l'Acadiimic a àd faire l'analyse.
D'après les renseigne me Dis que j'ai pris, les ossements fossiles des sablières de Paris appartiennent aux m^mcs espèces de mammifères que eeuï de la sablière de Mcncbecourt, ee qui est encore facile à rériljer, puisqu'il existe au Huséiim, comme je viens de le dire, beaucoup de morceaux provenant de Menchecourt et en- - Toyifs i diverses (époques par MM. Bâillon père et fds , par mon père et par moi. Nul n'a jamais mis en dauto ijue ces ossements de rbinoct^ros, d'ifléphunts, etc., ne fussent fossiles et antédiluviens: or, c'est dans les mêmes couches et souvent au-dessous que l'on rencontre les silex iravaiilt^s.
Croire que l'on ne trouve de ces silex que dans les bancs diluviens d'Abbeville serait une erreur : M. Rigollot vient d'en découvrir dans celui de Saint-Boch-Iès-Amiens, et j'en ai recueilli un dans la sablière du Visinet près Sain t-Ger mai n-en-Laye et je n'y suis resté qu'une heure.
Que l'on creuse, dans les bancs de Paris et de Saint- Germain, à la profondeur où gissent ordinairement les ossements fossiles, c'est-à-dire à deux ou trois mètres plus bas que l'excavation actuelle, on y trouvera, comme à Abbeville, des silex travaillés.
Je ne crois pas nt'ayancer trop en affirmant ceci , car j'ai ta conviction que partout où il existe de grands dépôts de mammifères diluviens , il doit y avoir des traces d'hommes et que tAt ou tard on y trouvera leurs ossements.
Pour en revenir aux terrains d'Abbeville, la commission reconnaîtra comme moi, quand elle pourra les visiter, les faits suivants:
1' Ces terrains identiques A ceux des environs de Paris, sont indubitablement diluviens.
S* Leurs couches, entièrement intactes, ne peuvent avoir donné passage à aucune iuGltration moderne ni d'une époque postérieure à la période diluvienne.
3* HM. Rigollot, Bnteni, Havin, bommes de science et de conscience, bien connus de l'Académie, auteurs d'ouvrages géologiques
sur le bassin de la Somme, ne se sont pas trompés quand ils ont signalé ces terrains comme diluviens (voir la brochure de M. Buteux, membre du conseil général de la Somme, intitulée: Esquisse géologique du département de la Somme, page 34, et le Mémoire géologique sur le bassin d'Amiens, première partie, pages 196 et 197, par M. le docteur Ravin, de T Académie de Médecine).
4* Ainsi les bancs de Menchecourt, de THÔpital, du Moulin Quignon, non plus que ceux de Tavenue de la Motte-Piquet et du Visinet, ne peuvent être des accumulations postérieures à Tépoque diluvienne ou des sables provenant des alluvions de la mer et des fleuves: la disposition seule des lieux le prouve jusqu'à révidence.
5* Ce n'est point dans les couches supérieures de ces bancs que Ton trouve les silex travaillés, mais à quatre et huit mètres au-dessous de la superficie, au-dessous même des ossements fossiles, et entourés la plupart de leur gangue de sable comme le sont encore plusieurs de ceux que j'ai envoyés à la commission. Il est donc impossible de croire que Tenfouissement de ces silex soit postérieur à la formation des couches et qu'ils ne soient pas contemporains du diluvium et des fossiles quil contient.
6* Ce n'est pas dans un seul terrain diluvien de la banlieue d'Abbeville que j'ai rencontré des silex travaillés, mais dans tous les bancs que j'ai depuis fait ouvrir; bancs qui, d'ailleurs, se ressemblent à tel point qu'il est à peu près démontré que ceux de cet arrondissement, ceux des environs d'Amiens, ceux de Paris et de Saint-Germain sont non-seulement de la même formation, mais probablement n'en forment qu'un.
Si l'on mettait en doute la réalité du travail des silex découverts, je dirais:
Que des silex brisés puissent être pris pour des silex taUlii et vice ' versa, c'est ce qui arrivera au début de cette étude, quand les silex auront été longtemps traînés par les torrents diluviens avant d'avoir été enfouis. Mais tous ne sont pas dans ce cas, et quand ils ont été enveloppés par le^ sables, ils ont conservé leurs arêtes comme les os fossiles des mêmes gissements. Alors, après quelques jours d'expérience, les ouvriers euxmêmes ne s'y trompent plus: la main de l'homme a un eauAei inimitable. Que la commission consulte les ouvriers qui
NO^ ET COBBESPONDANCE. 503
les si)tx pour la bâtisse ou tes armes à feu, <|ii'elle fasse tailttr et briser devant elle des siles ou un corps dur quelconque, qu'elle compare les uns aux nutres: elle recoDiiaîlra ([u'il est bien difficile de confondre l'accident avec le travail.
Ui commission a paru attacher (|uc!iiiie importance à deux écbaDtiJlons de substances ruuge et nuire, dont elle a deoiandé l'atialrse. Elle trouvera ces mêiues substances dans les sablières de Paris, allée de la Motte-Piquet, notamment la substance noire. Il ï en a une couche mince qui frappe l'œil tout d'abord. Je dois ajouter que c'est ordinairement à une plus grande profondeur qu'on rencontre les ossements fossiles et les silex travaillés, et que cette substance noire peut appartenir à une époque postérieure.
Une autre indication que je donnerai à la commission si elle veut faire des recherches, c'est que ce n'est pas dans les couches où les silex sont routés ou en petits fragments que l'on rencontrera des morceaux travaitlés, c'est plus bas, dans des masses épaisses de sable, parmi les os fossiles ou au-dessous, et dans les couches où sont les silex non brisés et peu ou point roulés. Dans le hanc de Henchecourt, c'est à sept ou huit mètres de la superficie et à peu près da niveau de l'eau que l'on recueille le plus de silex travaillés.
A l'HOpital et au Moulin Quignon , c'est aussi au niveau de l'eau, non loin du banc de craie et seulement à quatre ou cinq mètres de la superficie.
Dans le cas oii la commissioD ne pourrait se rendre aux sablières de la rue de la Hotte-Piquet, je la prierais d'y envoyer prélever des échantillons couche par couche, eu commençant par la superficie, et de les comparer également couche par couche à ceux que j'ai envoyés de Henchecourt, de l'Hdpital et du Moulin Quiguon. Je l'engage aussi à se faire apporter quelques silex de ces mêmes sablières de Paris et de rapprocher leur couleur et le sable qui les entoure de cenx des haches en pierre que j'ai envoyées.
Si cette dernière épreuve n'était pas concluante pour la commission, si elle n'était pas matériellement convaincue , je la prie d'ajourner sa décision jusqu'à ce qu'elle ait vu de ses propres yeux. Ici, entre le doute et la conviction, le oui 'et le non, il n'y
504 NOTES ET CORBESPONDAMCE.
a qae six heures de distance: en onjoar, elle poarra toucher au doigt ce qui fait Tobjet de ce doute. M. Rigollot, lui aussi, doutait ; il faisait pins , il refusait de voir les objets. Uidée de silex diluviens taillés et représentant des figures, lui paraissait surtout peu rationnelle. 11 s'est décidé à venir à Abbeville. Un ijuartd'heure après, il était convaincu : « Oui, c'est travaillé, me disaitil; c'est indubitable; L'intention est manifeste; il faudrait être aveugle pour le nier. » Depuis, il a trouvé lui-même de ces silex taillés dans les bancs diluviens d'Amiens. Si la conuDissiou veut lui en faire la demande, elle en aura la preuve.
Je renouvelle ici l'offre de donner et de transporter à Paris ma collection entière avec les échantillons des terrains. Ceci n^entrafnera le Muséum dans aucune dépense : transport, classement» enlèvement et retour si la collection est refusée, tout sera à mes frais.
Agréez, etc.
La forme est une chose tellement variable et qui dépend si fort des circonstances et des localités, que c'est bien plutôt par leur instinct, leur aptitude, enfin par la mesure de leur intelligenee qu'on devrait juger les êtres et déterminer à quelle dasse ils appartiennent.
Tel oiseau , par exemple , a tout-à-fait le même esprit d*ofdre et de surveillance que le chien de berger. 11 est impossible que dans la conformation du cerveau du chien et celui de l'oiseau, il n'y ait pas de ressemblance.
Tel être brut n'est en réalité que la larve d'un être Inlellîgent. Voyez un embryon humain : il vit, mais est-il intefligeat? Non. Le nourrisson commence à le devenir, Penfant Pest davantage, l'homme le devient tout-à-fait. Eh bien! une espèce intelligente est celle qui a subi une métamorphose de plus que eelle qui Test moins. Après une métamorphose encore, elle noiilen d'un degré jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à l'état hffunain, degré qui contient lui-même tous les échelons conduisant de TiioiDiiie ordinaire à l'homme supérieur.
Quand la forme a parcouru tous ces échelons, ai l*intelligawe
NOTES BT GCMttBSPONDANGE. SOS
contîniié à croître , il faut bien que cette intelligence trouye ailleurs une forme à sa mesure on des éléments propres à la constituer, et c*est hors de cette terre qu'elle est obligée de rallér chercher, parce que les éléments trop grossiers de notre planète ne sont plus en rapport arec Télération de son esprit et la finesse des organes que cet esprit enge. On comprend que Pâme serait paralysée, on du moins fort entravée dans son action, si ses organes n'étaient pas à sa mesure, en d'autres termes, si sa conformation physique ne répondait en rien à sa constitution morale. Telle serait une intelligence humaine dans un corps de poisson ou de quadrupède.
Le perfectionnement des corps est donc la suite de Fimpulsion de rame poussée elle-même par la volonté d'obtenir des organes toujours plus aptes à manifester cette volonté et à l'imposer à ce qui l'entoure. L'âme, la vie, l'individualité, car c'est tout un, doit , par sa nature même , tendre sans cesse à conquérir ou obtenir davantage. Elle ne le peut, dans la matière, que par des organes harmonies à cette matière, et c'est à cette harmonie, ou a la perfection de la forme relativement a la localité , qu'elle travaille incessamment.
Cette progression de la forme d'après celle de l'esprit, conséquence d'une impulsion première et de la marche de l'ensemble, doit échapper à l'être terrestre, car ce mécanisme de perfectionnement, conséquence naturelle de l'application de la volonté, ne peut avoir un résultat subit. Dieu a créé le premier homme et la première femme; depuis, il n'en a plus créé d'autres, il les a laissés se créer eux-mêmes: « Croissez et multipliez, » a-t-il dit. Mais cette croissance n'a pu être immédiate: rien ici-bas ne se constitue qu'à la longue, et toute forme complexe est la suite de nombreuses métamorphoses qui, elles-mêmes, ne sont que le résultat de la direction constante de la volonté vers un point donné. Par exemple : un être veut saisir un objet ; pour y parvenir ou accomplir sa volonté, il se servira de sa main. 11 usera également de cette main si die n'a pas de doigts, mais elle lui sera moins utile que si elle en avait. S'il a conçu cette utilité, s'il veut avoir des doigts aux mains , si cette volonté passe de génération en génération ou de métamorphose en métamorphose, si elle est toujours dirigée vers le même but et si la main est
exercée en conséquence, ce désir et cet exercice persévérants doivent, à la longue, modifier la forme de la main et lui donner des doigts.
Sans doute, nous qui ne les avons pas vus pousser, nous disons : un enfant a des doigts parce que son père et sa mère en avaient. Moi je dis : cet enfant a des doigts parce que son intelligence comporte une forme humaine et que les doigts font partie de cette forme. Le père et la mère figurent ici comme moyen, mais non comme cause. Cause, ils ne le sont pas plus que rimprimenr et les caractères d'imprimerie ne sont les auteurs de Tonvrage qu^ils impriment. La vie part d'un principe antérieur, principe divin et certainement étranger aux parents. L'esprit, émanation de Dieu père unique de la vie, ne peut jamais être le produit de la matière: donc la création d'un être avec son âme, ses facultés, ses penchants bons ou mauvais, son individualité, son immortalité ne saurait émaner d'un acte purement matériel. Soutenir le contraire, c'est se déclarer matérialiste et anéantir l'âme, car si l'âme est née de la matière, elle doit retourner à la matière.
La ressemblance physique des pères aux enfants n'est quHin cifet du moule, ou bien d'une analogie d'intelligence, de goûts, de penchants; c'est la conséquence de cette attraction qu^on retrouve partout dans la nature, qui appelle les semblables vers les semblables.
Résumons la question. Supposons ce principe de vie, d^esprit, de volonté, ce principe individuel parvenu au degré voulu pomr constituer un homme : ici, un intermédiaire humain est nécessaire comme moyen pour arriver à cette constitution, moyen, avonsnous dit, purement élémentaire et mécanique, servant comme l'humus , le soleil et l'humidité servent au développement d^ime graine ou d'un germe. La forme humaine doit donc servir de passage a la vie immatérielle pour rentrer dans la vie matéridle, en d'autres termes, c'est la forme d'un tiers qui aide rame i k constitution d'une autre forme, comme Dieu s'est aidé de Thomae créé pour créer la femme. Or, dans la forme humaine, il existe des types divers représentant chacun un degré différent d*intdhgence. La même impulsion qui pousse cette âme vers la forme humaine doit la porter vers celle de ces formes qui a le plus de rapport avec elle-même (l'âme), ou le degré intellectael oè
NOTES BT CORRESPONDANCE. 507
elle se trouve. C'est la forme immatérielle qui se réalise ainsi matériellement : la vie , jetée dans la matière , y prend son niveau. Il n'y a ici qu'un effet d'équilibre ou d'accord de la cause intellectuelle avec sa conséquence matérielle.
On le voit donc , l'âme crée la forme à son image , et pour ceci elle se sert d'une autre forme , parce que la nature , cette conséquence divine, prend toujours les voies les plus courtes, et qu'il est superflu de créer un type quand ce type existe et qu'il peut servir de moule au degré équivalent.
Cette attraction des semblables par les semblables est une des premières lois de la création. Nous la retrouvons partout: d'abord dans les êtres qui se réunissent en famille, en troupe, en tribu, en peuple. Cet instinct de réunion des analogues est commun à presque toutes les races qui vivent sur la terre, dans l'eau, dans l'air. Cette attraction n'est pas purement instinctive; il y a ici quelque chose de mécanique qui tient à l'entraînement des atomes vers les mêmes atomes , ou des éléments vers les éléments identiques.
C'est sur cette union des parties et leur tendance à revenir à la masse d'où elles sont sorties, qu'est fondée la constitution de l'univers et de tout ce qui y existe. La dilatation infinie des corps serait la fin des choses et l'annihilation universelle. D'un autre côté, l'union éternelle des parties d'où résulterait l'immobilité éternelle , serait également la mort , puisqu'elle arrêterait à jamais le mouvement ou l'action de la vie (voir mon livre de la Création, où toutes ces questions sont développées).
Ne nous plaignons donc pas de cette loi qui veut que la matière terrestre ou grossière retourne toujours à cette matière, ou la partie élémentaire à la masse dont elle a été distraite. La vie ne peut s'emparer que pour un temps d'une part de matière : de là vient la décomposition des corps ou ce que nous nommons la mort. Mais qu'importe! si la vie peut immédiatement se saisir d'une autre portion de cette matière et constituer un nouveau corps. La mort n'est donc en réalité qu'une apparence, puisqu'elle n'atteint que ce qui n'est qu'un emprunt fait aux éléments, et que cet emprunt peut se renouveler indéfiniment.
Notre foi religieuse aux peines et aux récompenses d'où Iretombe est fondée sur cette résurrection des corps. Ce bien ou
ee mal qui nous attend, ce résultat de nos œuvres, ne peut avoir prise sur nous s^il ne reste pas de nous un principe, nonseulement individuel , mais sensible et impressionnable. On ne peut pas admettre la possibilité d'une douleur matérielle sur une essence immatérielle. Il n'y a pas d'être sans corps et pas de vie sans individualité. Dès-lors, pas d'interruption dans la forme : ou l'âme en a une qui lui est propre et indépendante de la forme âémentaire et périssable ; ou cette ame, en quittant cette enveloppe transitoire et locale , se constitue immédiatement une autre enveloppe. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut concevoir l'immortalité de l'âme et la doctrine des récompenses et des peines; doctrine toute rationnelle, car la nier serait nier Dieu. Si le bien et le mal sont choses indifférentes, pourquoi le plaisir et la peine, le bonheur et le malheur? Pourquoi Dieu lui-même? À quoi serviraientils, comment seraient -ils? Si tout est égal, la conscience est absurde, elle n'est qu'un mensonge, elle ne peut exister, parce qu'il ne peut y avoir un effet sans cause, ni conséquemment un effet de la vie sans que la cause n'en soit dans cette vie. Qu'estce que l'individualité sans la conscience, et comment Tadmettre? Mais la conscience et l'individualité ne sont qu^un, — Cet tm , c'est la vie. — La vie , c'est Vétre, — L'être , c'est la pensée , la volonté , la liberté , Vimmortalité. Supprimez l'une de ces conditions, il n'y a plus d'être. Comme il n'y a plus d'être raisonnable là où l'idée de Dieu n'est plus. — C'est cette idée qui fait rhomme. C'est elle qui le maintient homme. S'il la perd, que reste-t-il? La brute.