TROUVÉS DANS LE DILUVIUM DU BASSIN DE LA SOMME
« Les études géologiques et archéologiques ont pris, de nos jours, une direction dont Abbeville peut se flatter d^avofr été le point de départ. Les fouilles d'un de nos savants concitoyens.
M. Boucher de Perthes , ses recherches infatigahles , ont mis à tta un fait, d^abojd contredit comme toute vérité qui vient saper par sa base un système reçu, mais qui, aujourd'hui, rallie à sou évidence les convictions les plus rebelles.
» Les investigations souterraines, tentées jusqu'à ce jour, ont à peu près invariablement conduit a ce résultat, qu'il n'existe pas de fossiles humains dans les sédiments diluviens ; d'où la science a essayé de formuler cet axiome, que l'espèce humaine est postérieure à la période diluvienne.
» Dans la série des diverses formations géologiques, on a trouvé des débris d'animaux avec lesquels le savant a pu reconstituer les espèces et prouver le cataclysme qui les a détruites. On cou- MMMÎt les travaux de George Cuvier et l'impulsion qu'il a dounée âi ces recherches. On est ainsi parvenu à retrouver ÏEléphant, le Mdnocéros , le Mastodonte et autres animaux antédiluviens. Mais smcnn détritus humain n'est venu révéler la contemporanéité de l^homme avec ces espèces perdues.
» Tel était l'état de la question au point de vue des observa- 'fions purement géologiques, lorsque parut, en 1847, un volume ^ie M. Boucher de Perthes, intitulé : Antiquités celtiques et anté- ^Uwjiennes ou de l'industrie primitive, dans lequel l'auteur signalait la découverte faite par lui, aux environs d'Abbe ville, d'instruments «n silex évidemment travaillés de main d'homme. Trouvés dans le diluvium, à côté d'ossements de grands pachydermes, ils déipdontraient , sans réphquc, la coexistence de l'homme et de ces animaux. Partant, l'espèce humaine avait précédé la période diluvienne, et la vérité des récits bibliques était rétablie. Ce grand Ait que M. de Perthes développait avec talent dans son hvre , il rayait annoncé dès les années précédentes, dans des mémoires las à la Société d'Emulation d'Abbeville.
» Mais il venait combattre un préjugé puissant qui avait ses racines dans l'enseignement. Ardemment controversée, l'idée qu'il avait semée n'en fit pas moins son chemin ; témoin l'hommage que lui a rendu, du bord de sa tombe, le savant éminent qu'Amiens pleurait il y a quelques jours. Dans un mémoire publié en 1854, M. le docteur Rigollot , dont chacun connaît les consciencieuses recherches, annonce que des fouilles opérées à Saint-Acheul, au mois d'août dernier, ont amené la découverte d'instruments en
silex portant les traces de la main de Thomme , comme ceux dont M. Boucher de Pcrthes avait, dix ans auparavant, révélé Texistence à Abbeville et qu'on peut y voir dans sa magnifique collection. La déduction des mêmes faits le porta à soutenir la même thèse et à conclure, avec l'évidence et la tradition, que rhomme était contemporain des bouleversements diluviens. Il invita des membres de plusieurs sociétés savantes à venir constater avec lui le nouveau phénomène géologique. Ces délégués de la science vinrent- à Amiens et à Abbeville, et reconnurent dans le diluvium ce que M. Boucher de Perthes y avait rencontré. Plus d'un, qui avait été le contradicteur de son livre, dut incliner sa raison devant les preuves matérielles qu'il touchait
» A M. Boucher de Perthes est donc l'honneur d'avoir ouvert le nouveau filon que les géologues vont se hâter d'exploiter, d'avoir réconcilie la science avec la Genèse et tracé hardiment la voie large, rationnelle, dans laquelle M. Rigollot est entré le second , et dans laquelle entreront tour à tour , poussés par la force des choses, les observateurs attentifs et consciencieux. »
p. BRIBZ.
16 Féorier 1855.
« Nous lisons dans le dernier bulletin (mai 1855) de la Société des Antiquaires de Picardie, une lettre que feu M. le docteur Rigollot , membre correspondant de l'Institut , si justement regretté de ses amis et du monde savant, écrivait peu de temps avant sa mort à M. Boucher de Perthes, président de la Société d'Emulation , et qui confirme entièrement ce que nous disions dans notre numéro du 16 février 1855, de l'existence, dans le diluvium et parmi les ossements d'animaux antédiluviens, de silex taillés de main d'homme, découverte que Ton doit à M. Boucher de Perthes, et qu'il a constatée en 1847 par la publication de son livre des Antiquités celtiques et antédiluviennes. •
1*' Juin 1855.
(Voir la lettre dont il s'agit, page 11, tome II).
Les animaux comme les hommes ont, dans leur voix, des notes d*amour et des notes de haine; cela s'explique: la passion produit une contraction des organes et les organes manifestent cette sensation par un cri qui ne peut pas être le même quand la passion est différente ou les organes différemment affectés. 11 y a donc , chez les animaux comme chez nous , des exclamations ou manifestations de voix qui doivent être égales chez tous ceux dont la conformation est semblable et qui ne varient qu'avec les variations de cette conformation, c'est-à-dire avec Tâge, le sexe, la forme, la taille ou les accidents. La voix d'un bossu diffère de celle d'un homme droit; celle de certaines peuplades nègres se distingue de celle des blancs, par suite de la différence de leur mâchoire.
Or, ces sons, ces mots, résultat naturel du jeu des organes et jusqu'à certain point involontaires, ont nécessairement précédé toutes les langues, ils en ont été le point de départ. C'est donc là que l'on doit chercher les racines des mots primitifs et même de quelques phrases, qui ont dû se ressembler partout comme se ressemble le premier jargon de tous les enfants, quels que soient le pays, la famille et la nation auxquels ils appartiennent.
Si la langue d'amour comme la langue de haine a depuis varié selon les peuples, c'est la suite de Babel ou de la confusion des langues. Cependant, cette confusion n'a jamais été telle qu'on puisse s'y tromper et prendre l'amour pour la haine; la femme, en quelque langue qu'on lui parle, reconnaîtra toujours si on lui dit qu'elle est belle.
Ceci s'explique facilement et nous en avons donné la raison; mais ce qui se comprend moins, ce sont d'autres sous qui ne peuvent être produits en nous que par un mécanisme artificiel parce qu'ils ne sont pas la pure expression de la nature et qui pourtant, dans la plupart des langues, expriment la même chose. La manière de manifester son dédain est à peu près semblable chez toutes les nations, et huer est toujours une expression de mépris. Siffler n'est nulle part une façon d'applaudir; on s'en sert
pour avertir ou appeler, mais non pour exprimer un compliment « un bravo.
Que chaque peuple ait ses gestes et ses mots pour flétrir ce qu^il hait, c'est tout simple; mais pourquoi ces mots affectentils certaines rimes? Les Italiens finiront en accio leurs mots méprisants ; ils diront animalaccio pour exprimer un gros et vilain animal. Notre langue, moins riche ou moins malléable, ne permet pas ces additions pittoresques, mais nous avons aussi nos rimes dédaigneuses, et nous dirons : canaille, marmaille» racaille, gueusaille, valetaille.
Quel rapport ce son a-t-il avec le sentiment qu'il exprime? C'est ce que je me suis souvent demandé, et n'ayant pu trouyer de réponse satisfaisante, j'en ai conclu que le caprice et le hasard avaient plus souvent contribué à la formation des langues ûiodernes, que l'étude, la réflexion et même que l'inspiration de bk nature et l'accord du son avec le sentiment ou la passion qp^û a mission d'exprimer.
Il en est souvent ainsi de nos gestes, de nos usages et parfois de nos croyances. Le caprice, puis l'imitation et enCn l'habitude, tels sont les grands fondateurs de nos lois et de nos coutumes, coname de nos idiomes.
M. Yersin, dans un article intitulé : Mémoire sur qv^quet failU relatifs à la stridulation des orthoptères {BuUeHn 34, tome IV^ de la Société vaudoise des Sciences naturelles), a annoté le chant des grillons {gryllus), des sauterelles (locusta) et da stenobotknÊÊ. Chaque espèce, chaque variété a un chant différent, qai varie encore selon les heures ou les saisons, le temps da repot et des amours.
C'est en frottant leurs élytres avec leurs deux pattes postérieniet que ces insectes font entendre ces chants, ce qu'ils continuent quelquefois en mangeant et comme un témoignage de leur satisfaction. Ce sont les mâles qui chantent; cependant, il y a âane les locustes des espèces où les deux sexes chantent
Les cigales, qui appartiennent a l'ordre des hémiptères, ont chant plus fort mais moins vatié.
N0118 BT crausMm>AitcB. 4S^
n est certaine royauté qui résiste à toutes les révolutions et que la République et la Terreur die -même n^ont pu atteindre. Le roi d*TTetôt n*a jamais été détrôné, dans Topinion du moins. PkriB a sa reine des eitrouines et Ta toujours eue. Cest au cornmeneement d*oetd>re qu^elle se montre à son peuple et fut sa proneiMi^ friompliale au Mareiié des Innocents. Ce sont les cultiTtttfnrs de Sahlt-Mandé qui, presque toujours, obtiennent la pakne de cette antique câ^monie. La citrouille couronnée, c*est-à-dire œOe qui a été reconnue la plus grosse et la plus belle, est mise sur un riche brancard et couverte de rubans; elle est ainsi iwrtée dans H» balles et marchés de Paris.
La citrouille élue en 1851 était haute d'un mètre cinq centîtimètres; sa circonférence était de quatre mètres dix centimètres. Elle pesait deux cent quarante et un kilogrammes vingt-deux centigrammes et' demi. Celle ^e 1845 pesait un kilogramme et demi de plus. Cest la plus grosse connue.
Nous avons aussi le roi des potirons. Celui de 1854 venait de la vallée de la Loire et a fait le 1** septembre son entrée royale à la balle de Paris. 11 avait trois mètres vingt- huit centimètres de circonférence; il pesait deux cent dix -sept kilogrammes ou quatre cent trente-quatre livres. ^ Il aurait pu nourrir une personne pendant trois mois et fournir trente à trente-cinq kilogrammes de sucre. 11 a été vendu soixante-deux francs.
Dans quelques nûlliers d*anBées, on écrira peut-être des volumes pour prouver que les Parisiens descendaient des Egyptiens et qu'ils adoraient les citrouilles.
Les Celtes, et après eux les Gaulois et les Francs peut-être, jetaient une pierre sur la sépulture de leurs cheb, de leurs
parents, enfin de toutes les personnes qu'ils voulaient honorer. Un usage analogue existe encore aujourd'hui chez les Indiens de l'Etat de Guatimala (Amérique).
Mon livre de la Progression des êtres offre de nombreux exemples de l'association ouvrière chez les animaux, et des édifices que certains insectes, chétifs et inintelligents en apparence, parviennent à élever. Dans un article intitulé : Souvenirs d'un naiuralistô {Revue des DeuoD'Mondes, 15 mai 1853), M. de Quatrefarges nous dit:
« Il y a des nids de termites belliqueux qui ont cinq à six mètres de diamètre a la base, sur à peu près autant de hauteur. La pyramide de Chéops a cent quarante-six mètres de haatenr on quatre-vingt-onze fois la taille d'un homme « en prenant pour moyenne un mètre soixante. Or, les monticules des termites ont en hauteur environ mille fois la longueur des insectes qui les construisent. Un nid de termites est onze fois plus élevé que le plus haut de nos monuments. Tour être seulement son égal, la grande pyramide devrait s'élever a plus de seize cents mètres au-dessus du sol et dépasser la hauteur du Puy^e-Dôme. »
Nous avons déjà dit que beaucoup de nos mammifères «ctods n'étaient que des diminutifs des races anciennes. Parmi ks animaux antédiluviens qu'il a retrouvés, Cuvier cite les dents d*Qn individu du genre canis, loup ou chien, qui devait avoir hait pieds de longueur depuis le bout du museau jusqu'à la radne de la queue et cinq pieds de hauteur au train de devant
Ces dents ont été recueillies à Avaray, près Beaugency.
A l'Institut impérial de Vienne il a été exposé, en décembre 1855, le squelette complet du cerf géant d'Irlande (cenme megm ceros). Il a été trouvé près de Killowen, comté de Weiind.
Sa ramure, mesurée au-dessus du crâne, est de onze pieds sept pouces.
Cet animal n'était pas fossile, et la destruction de cette espèce ne remonte pas au-delà des temps historiques.
Les éléphants antédiluviens , si Ton en juge à leurs défenses , étaient plus forts que ceux d'aujourd'hui qui, pourtant, sont d^one belle dimension. Voici ce que dit de ces derniers M. Âdulphe Delegorgue, dans le récit de ses voyages de 1838 à 1844 dans l'Afrique australe :
« Les éléphants ou pachydermes acquièrent, en Afrique, jusqu'à douze et treize pieds de haut; les défenses des mâles pèsent de trente à soixante livres, mais on en voit de quatre-vingt-dix livres. On en cite même une paire qui pesait plus de deux cents livres. Elles sont recourbées en général, mais il y en a de droites. »
Lacépède assure qu'on a vu des baleines de cent mètres de long et qui, dressées contre les tours de Notre-Dame, les dépasseraient de trente à quarante mètres.
L^amiral Smyth, habile naturaliste, met en doute qu'aucun être vivant dans l'eau, meure de sa mort naturelle. Tôt ou tard il est dévoré ou tué. La baleine elle-même succombe sous l'attaque du narval et autres individus moins forts qu'elle.
Si la croissance de certains poissons s'arrête, ce ne peut être qu'à un âge très-avancé. Sans prétendre que les poissons vivent indéfiniment, il paraît prouvé qu'après les végétaux, ce sont icibas les êtres qui vivent le plus, et il n'est pas impossible que la mer contienne des créatures vieilles de plusieurs milliers d'années.
Parmi les oiseaux, il a existé et il existe encore des espèces vraiment gigantesques.
Dans une des séances de janvier 1851 de l'Académie des Sciences, M. Charles Bonaparte a présenté l'esquisse d'un oiseau inconnu, tué par le voyageur Parkins sur les rives du Nil blanc. C'est un échassier de quatre pieds de haut ressemblant à une cigogne, mais sa tête munie d'un bec très-massif a quelque chose de celle de la baleine. Cet oiseau a reçu le nom générique de balœniceps et spécifique de reœ.
Le notomis est un oiseau d'une taille extraordinaire, retrouvé vivant à la Nouvelle-Zélande.
Dans la séauce du 28 janvier 1850, M. Geoffroy Saint-Hiiaire a présenté les preuves de rcxistencc, à Madagascar, d'un oiseau dont les oeufs ont une capacité de huit litres. Chacun a un volume égale à six œufs d'autruche et cent trente -cinq œufs de poule. Deux de ces œufs ont été présentés à rAcadémie. Cet oiseau est distinct de Tautruche et du casoar. M. Geoffroy donne à ce genre le nom d'œpiornis et à Tespèce connue celui de maximius.
On peut voir aujourd'hui ces œufs à Paris au Jardin-des-Plantei (Muséum d'histoire naturelle).
Nous avons souvent parlé de la transformation, c^cst-à-dirc du changement d'une espèce ou de ce qu'on nomme ainsi, en une autre espèce. On n'a pas voulu nous croire, et ce qœ j'ai avancé a été traité d'hérésie scientiûque. Cependant, pour peu qu'on y réfléchisse, il faudra reconnaître que les choses se sont nécessairement passées de cette manière au début de hi population du globe terrestre. Sans doute, Dieu a voulu que le premier homme et la première femme parussent tout formés : il Va voulu aussi pour les premiers couples des animaux, mais il n'en a été ainsi que dans le Paradis terrestre, et ce n^est pas d'êtres parfaits que s'est ensuite couvert la terre. Dieu avait posé le principe de la vie et conséquemment de la forme sans laquelle cette vie isolée de la matière ne serait qu'une faculté siérik et sans action. A ce principe de vie, il a joint la volonté et Pindividuahté , c'est-à-dire la liberté. Puis , il a laissé cette forme suivre l'impulsion qu'il lui avait donnée et son développement. Or, ce développement n'a eu lieu qu'à la longue: Dieu avait mis sept jours ou sept époques à créer Punivers; l'organisation de la forme devait aussi avoir ses périodes. Une fois jetée sur la terre, la créature, quelle qu'elle fut, a eu son enfince, et elle a dû successivement être germe, embryon, fœtus, œuf, larve, chrysalide, etc., avant d'arriver à un état plus complet Dès-lors que In cheval, le lion, le tigre, Péléphant, le bœuf, tels que nous les voyons aujourd'hui, y aient vécu sans précédents; qu'en naissantf
NOTES ET CeMHBSPONDÀNCe. 477
ils se soient mis anssit^ à courir, à chasser, à broutter Ilierbe, cela ne saurait raisonnablement être admis. S'ils eussent, tout formes, peuplé les forêts dès le principe du monde, ce ne sont pas des moHusques et des crustacés dont nous trouyerions les empreintes ti les débris dans les premières couches terrestres, mais bien des ossements de quadrupèdes , ou si la mer eût encore couvert toutes les terres, ceux et leurs analogues ou des mammifères marins. Mais il n'était pas alors question de ces espèces perfectionnées, et pour y parvenir bien des degrés à parcourir restaient encore à la vie. Nous ne les rappellerons pas ici, mais nous dirons que ces animaux incomplets de fépoque secondaire n'étaient probablement que les larves ou les embryons de ceux de l'époque tertiaire, comme aujourd'hui encore une foule de créatures, notamment parmi les espèces marines et fluviales que nous prenons pour des êtres parfaits, ne sont que dans un état de transition. En examinant les fœtus et les embryons des races avancées ou intelligentes, nous reconnaîtrons, dans les degrés de croissance de ces embryons et les formes transitoires qui en résultent, d'étranges analogies avec les êtres non finis dont je parle.
Dans la plupart des espèces, le développement du germe, du fœtus ou de l'embryon est intérieur, mais il ne faudrait pas en faire une rè-gle générale, car chez d'autres elle est extérieure.
Il en est même dont la croiss»ice ne s'achève qu'à travers plusieurs générations, c'est-à-dire qu'une larve en engendre une pins perfectionnée qu'elle même; celle-ci eu produira 4'autres plus perfectionnées encore, et toujours ainsi jusqu'à ce que la forme soit arrivée au point où elle doit être, alors elle peut s'y maintenir pendant un nombre de générations et puis rétrograder en suivant en sens contraire la même Glière. C'est ici l'enfance, l'âge mur, la vieillesse et la décrépitude qui se font sentir, non sur une forme isolée, mais sur une série de formes qui Onissent par reprendre la mardie ascendante , car la vie n'est jamais longtemps en état de rétroaction, et lorsqu'elle semble l'être c'est qu'elle se prépare à un nouvel élan.
Je suis donc convaincu que le nombre d'espèces est bien moins grand qu'on le croit, et que là où nous voyons dix espèces ou dix individus divers, il n'existe souvent que dix degrés de transition d'une même espèce ou d'un même individu.
Qai sait même si telle production que nous prenons pour une plante n'est pas le premier jalon ou le premier embryon d*an animal qui commence à se développer ou qui achève de s'assoupir? Gardons-nous aussi de prendre pour des êtres entiers ce qui ne serait que des parties d'êtres unies par des liens qui échappent même à nos meilleurs microscopes. Tout ceci que j'ai déjà dit dans mou livre de la Création ^ paraîtra bien étrange , bien insensé peut-^tre , et pourtant je ne crois pas me tromper, et des expériences pratiques confirment ce que le raisonnement et l'aspect de l'ensemble m'ont fait entrevoir. Malgré les progrès qu'ont fait les sciences naturelles depuis soixante ans, nous n'en sommes encore qu'au programme : le principe et la marche de la forme vivante, dont nous ne voyons qu'une face, sont encore à connaître.
Dans la relation de son Voyage autour du Monde ^ tome III, p. 464, M. du Pctit-Thouars dit:
« Nos voyageurs ont remarqué des débris de poteries et des ossements humains dans la grande falaise de cailloux ronlës qui règne le long de la côte entre le Callao de Lima et le Moro- Solar; on les y voit a diverses hauteurs, mais surtout vers le sommet de la falaise qui n'a pas moins de vingt mètres d*â^ vation. Or, les vagues les plus élevées n'ont que six à hait mètres de haut. >•
En fouillant une tourbière, j'y rencontrai un jour nne piètre à repasser, semblable de matière et de forme à celles dont on se sert encore. Je crus qu'elle était tombée de la main d'un terrassier, mais depuis j'en ai rencontré d'autres, et j*ai pensé qu'elles pouvaient remonter à l'époque gallo-romaine. Rien d'étonnant, d'ailleurs, qu'elles eussent la même figure que ccUcs
NOTES ET GOBBESPONDANGS. 479
d^aujourd'hni : cette forme était la plus propre k Tusage qu'on en voulait faire, et la pierre qui est iamelleuse se divise facilement en aiguilles ou en carrés longs.
Dans nn travail inséré tome XIV des Mémoires de la Société des AfUiquaires de Picardie, M. Buteuz, ancien membre du conseil général de la Somme et géologue distingué, déjà cité, donne la coupe des terrains au sud d'Amiens. Voici ce qu'on y lit: