‹ Antiquités grecques (volume 2)Chapitre 148 sur 494 · RÉFORMES THÉORIQUES · texte numérisé non relu

RÉFORMES THÉORIQUES

longtemps sur les Étals de la Grande-Grèce, mérite une place dans l'histoire des réformes au \f siècle. Il était né à Samos. Après de longs voyages en Orient et en Eg^^pte, il s'établit à Crotone et fit de cette ville son centre d'action. Les leçons et le prestige de son éminente personnalité réunirent autour de lui une affluence de disciples et d'admirateurs, accourus de toutes les villes voisines. Ses élèves formaient entre eux une société étroite, dans laquelle nul ne pouvait avoir accès sans être initié et sans passer par de difficiles épreuves. Autant que nous en pouvons juger, l'enseignement de Pylhagore comprenait cependant toutes les notions relatives aux choses divines et humaines, c'est-à-dire toute la philosophie du temps, présentée sous des couleurs religieuses et mêlées de prescriptions sévères, presque ascétiques, qui faisaient de la vie un sacrifice agréable aux dieux. Comme ses auditeurs appartenaient sans exception à la classe la plus élevée, ils avaient le désir naturel d'obtenir dans l'Etat pour leur Institut la place qu'ils auraient pu réclamer pour eux-mêmes. Se considérant comme les meilleurs et les plus dignes entre lous les citoyens, ils ne doutaient pas qu'ils ne fussent appelés à composer une aristocratie vraie et non plus seulement nmninale. Jusqu'à quel point Pythagore eut- il un système politique et tonta-t-il de le réaliser, c'est une question que nous ne saurions résoudre ; toutefois l'Institut qu'il fonda fut certainement animé de cette ambition. Les associations pythagoriciennes devinrent dans les difiérenles viHes de véritables clubs qui, pendant un temps, eurent une intluence décisive sur la direction des affaires publiques. Mais l'esprit d'exclusion, on peut dire le mépris profond avec lequel ils traitèrent tout ce (]ui n'était pas affilié à leur secte, abrégea nécessairement leur règne ; les amours-propres blessés amenèrent contre eux une réaction générale. Les clubs fermés, non sans ellusion de sang, les survivants furent forcés de s'expati'ier.

Dans quelle mesure les premiers Pythagoriciens fundèreiilils une théorie de la politique; essayèrent-ils même de le faire, il est impossible de le dire. Tout ce qui, en ce genre, nous est parvenu sous les noms de quelques-uns d'entre eux était manifestement l'iruvrc de faussaires très postérieurs de

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dalo'. Non moins iniiigiiiairt^ est le lion quf l'on .1 vkmIii (''lal)lir ciilrc les [iirlcndiis (''crils pyLliagoricifns cl les lois d»; Z.ilciiciis ri (le ("Jiai'oiidas, voiro niAnie cidlcs do Niima. Kmpôdoclr d"Ai;ri^;<'iil(', <|iii m'tiiI près diin sii-clc [dus lard. |)i'iil ('lie ;i TiKulIciir I il iT ia|>j)i'()cli('' ilc IMIia.LîMrc, a\rc crllc r(''scr\c liiihd'ois (|n il ne Iniida jia:; d"ass(>ciali(jii coniiiii,' lin. <|ii" son iiilliK'iicc lui moins coiisiiIfTahlr ol s'exerça plnlnl dans lisons do la d«''niocraLie quo do l'arislocralie; car il osL corlain (|iril nv so liorna pas aux spoculations do la philosophie naluicllc, et (jnil jona aussi un rôle politique. Couinio d'ailleurs il posa le [tn'iiiin- les préceptes de la rhétorique, il r.'sl probable qu'il a|)pliqua également la Ihéorio à l'art de îionvorner". On peut faire la même conjecture au sujet de Parménid(^ dl'^lée (]ni avait devancé quelque peu Empédoclo et qui, de même que son disciple Zenon, passe pour avoir donné dos lois à ses concitoyens''. 11 est diflicilo do croire qu'il s'agisse ici d'un ensemble de lois et de constitutions rédigées sur l'invitalion dos chefs de l'Etat. Tout ce qu'on peut admettre, c'est que ces philosophes consignî'rent par écrit leurs vues sur le gouvernement et sur les lois (jui leur semblaient préférables. Je suis, pour mon compte, convaincu que le témoignage d'iiéraclide de Pont, d'après lequel le sophiste Protagoras d'Abdère donna des lois aux babitants de Tburii, à l'occasion de la fondation de celte ville sur les ruines de l'antique Sybaris, doit donner l'idée non pas de ce que nous entendons par code, mais d'un travail analogue au traité de Platon sur les lois\ Les Grecs avaient l'esprit trop pratique pour témoigner une confiance aveugle à un rêveur tel que Protagoras. Lorsqu'après la dispersion des Pythagoriciens^ les villes de la Grande-Grèce réclamèrent le concours d hommes expérimentés

l.,Voy. Gruppe, Ucbcr die Fraifincntn ih-s Arcln/fn^ und dci' ^Eltern Plltltagoreer, Berlin, 1840.

2. Diogène Laërte, Vlil, 57, 63 et (30, où il est dit qu'on lui offrit vainement la royauté. Cf. llnd.,c. 53. Voy. aussi Sextus Empiricus, p. 37U , Quintilien, lil, I, § 8.

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