‹ Antiquités grecques (volume 2)Chapitre 478 sur 494 · Démoslhène, c. CtMphon, p · texte numérisé non relu

Démoslhène, c. CtMphon, p

jusqu'à la conquête romaine GOo

modération du vainqueur, la défaite de Chéronée n'eut pas des conséquences aussi funestes qu'on eùtpu le craindre. Philippe traita mieux les Athéniens que ses anciens amis les Tliébains, devenus les alliés de ses adversaires. Il leur fit don d'Oropos, qui avait été souvent un objet de contestation entre Thèbes et Athènes, et leur laissa Tile de Samos occupée par des /j.r^zyy/y. d'origine attique*. Cela ne représentait sans doute qu'un faible reste de leur puissance maritime, mais à Tintéricur rien ne fut changé. La constitution et l'administration demeurèrent telles qu'elles étaient. En récompense de ces procédés, les Athéniens durent accéder à la ligue des Etats grecs unis sous l'hégémonie de Philippe pour servir ses projets contre la Perse, et s'engager à fournir leur contingent en hommes et en vaisseaux. Lorsque après la mort de ce prince, le moment parut favorable pour s'affranchir de la domination macédonienne, les Athéniens se soulevèrent à la voix de Démosthène et tentèrent de reprendre leur revanche de Chéronée, mais Thèbes avait succombé avant que leur armée se fût mise en marche, et ils n'y gagnèrent que d'avoir encouru le ressentiment d'Alexandre. Ils en furent, il est vrai, quittes pour la peur. Alexandre n'insista même pas pour se faire livrer ses adversaires les plus acharnés, Démosthène, Lycurgue et d'autres. Il comprit sans doute que dans l'état des esprits, il n'avait rien à redouter d'Athènes v>i\ tout le monde était unanime à souhaiter la paix, les démagogues comme Démade, par intérêt personnel, et les grands citoyens comme Phocion , parce qu'ils savaient trop bien que la nation n'avait ni matériellement ni moralement la force d'engager uni; nouvehe lutte pour la liberté. Athènes resta en repos, tant que vécut Alexandre. A sa mort Démosthène et ses partisans ravivèrent encore une fois le souvenir du passé, et tentèrent de secouer le joug d'Antipatcr avec d'autant plus de confiance qu'ils avaient gagné à leur cause une grande partie des Etals grecs. Les premières hostilités leur furent favorables, mais lorsque les Macédoniens eurent remporté en Thessalie la bataille décisive de Ivrannon,

1. Voy. An[\>i. Jiir. }nil)l . Gr., p. 355. Je renvoie tout ce ([iii suit au>c textes cités dans cet ouvraj^o (I. V, c. 9).

000 (lOCVKnMCMKNT D'ATIlfiNKS

les alliés (lé(;oura;^-6s (IcmandJM-crit la i)aix, el Alhèiics fut. contraiiil*' (le faite comme eux. ArUipalcr ne raccorda qu'à de dures condilious. Il exigea qu'on lui livrât les iiisligaleurs du soulèvement, entre autres Démosthène (jui échappa par le j)oison à la vengeance du vaincjueur, (jue Munycliie reçût une garnison macédonienne, qu'on lui versât une somme d'argent considérable, et que la constitution démocratique fût changée on une timocratie oii nul n'exercerait la plénitude do ses droits civiques, à moins de posséder au uioins vingt mines. Neuf mille citoyens seulement se trouvèrent assez riches. On oHVit aux douze mille qui restaient de les transporter en Thrace, où ' on leur donnerait des terres; un grand nombre acceptèrent cette proposition. La constitution ainsi modifiée subsista aussi longtemps qu'Anlipater régna sur la Macédoine. A sa mort, lorsque son fils Cassandre, pour faire échec à Polysperchon. tuteur du faible prince Philippe Arrhidée, promit la liberté aux villes grecques, et rappela tous les bannis, la démocratie releva la tête; mais elle fut bientôt écrasée par Cassandre qui rétablit la timocratie avec un cens de mille drachmes au minimum, par quoi il faut entendre non la totalité de la fortune, mais seulement le v.[}:c^\xol., c'est-à-dire le capital imposable ou le revenu*. Démétrius de Phalères fut mis à la tête de l'État, probablement avec le titre d'Epimélète ou d'Épistate, et revêtu des pouvoirs législatifs et exécutifs les plus étendus, mais à la condition de rendre compte de son administration au roi de Macédoine qui tenait la population dans sa main par la garnison de Munychie.

Les anciens ont porté sur Démétrius des jugements très divers,suivant qu'ils ont considéré ses premiers actes ou sa conduite ultérieure. Ce qui est venu jusqu'à nous do ses mesures législatives prouve, à n'en pas douter, qu'il se proposa d'aflermir le respect de la loi et le bon ordre dans la vie publique, ainsi que dans la vie privée. Il est signalé comme le troisième

1. Voy. Bergk', dans le hthibuch fur l'hilul. uivl l'ivldij., l.LXV, -impart., p. 398.

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législateur d'Athènes, après Dracon et Solon * , et effectivement , il ne leur céda pas en activité légiférante. On lui doit en particulier l'établissement d'un collège de Xomophylaques sur le modèle de celui qui, du temps de Périclès, avait été chargé, après que le droit de surveillance générale lut enlevé à l'Aréupage, de s'opposer aux motions illégales, soit dans le Sénat, soit dans l'Assemblée du peuple, mais qui n'était resté que peu de temps en fonction. Bien qu'un cens de mille drachmes eût exclu la multitude des all'aires publiques, ces offices de gardiens des lois n'étaient pas superllus, et il était plus naturel d'en investir quelques magistrats que de les rendre, comme on l'avait fait après la chute des Trente, à l'Aréopage qui, expérience faite, avait été sans doute reconnu impropre à ce rôle.

Nous ne sommes pas en mesure de fournir des détails plus précis sur les Nomophylaques Aq Démétrius, sur leur nombre ou la manière dont il élaiejit nommés, non plus que sur l'étendue de leurs attributions. Tout ce que nous pouvons certifier, c'est (|ue leur contrôle embrassait aussi les actes des magistrats, non pas seulement les délibérations du Sénat et de l'Assemblée populaire. Démétrius établit des lois somptuaires, pour prévenir les dérèglements de la vie privée, et en confia l'application au collège des (iynékonomes- qui, ainsi que leur nom l'indique^ devaient surtout surveiller les habitudes de vie des femmes. Ils étaient chargés aussi de s'assurer, de concert avec les aréopagites, que dans les banquets, les repas de noces et autres réunions du même genre, le nombre des convives et le montant des dépenses ne dépassaient pas les limites fixées. Une loi, qui plaçailles écoles des*sophistes sous l'inspection de l'Etal et qui n'en autorisait l'ouverture qu'après une requête adressée au Sénat et au peujilc, appartient également sans doute aux premières années de l'administration de

1. Gt'oi';,'e le Synccllo, Chruniiijnt})hic, 27o, 03. Il osL i|uostioii dans un docuiriLMit épigrapliiquo d'une rédaclion des lois (àvaypasïi vô(x«ov), mais seulement après le renvorsenienl de Démétrius; voy. Meier, Commt'nt. r/uV/r., no'i; l\anf,'alié, Anli((. hcllcn., t. II, p. 103; cf. liergk, dans la Zcilschrift fur ilir Xllhnili. Wissensch., 1853, p. 273.

2. Vuy. Bœckli, Ucber dcn Vltin dvr AK/ils. r. l'hUnrhnins, p. l'o.

<»0H GOIÎVRUNKMKNT D'ATfll'NKS

DriiKïlriiisi. Dans (oiilcs ces disposiliuiis, on rocoiinaîl la nirmo teiulaiico à relevor le niveau de la moralité publique, cl le reproche qu'on lui adresse d'avoir remplacé 1(; mouvement de la vie par des rouages mécaniques suppose qu'il eut été le maître de créer l'Etat à nouveau. Il est plus hienveill.iut rt plus juste de dire que IJéméIrius lit ce (juo seul il était capable de l'aire. Sous le rapport du bicii-élrc niatéiid. Alliènes n'eut pas non plus à se plaindre de lui ; dans la builièmu année de son gouvernement (Olymp. 117, 4; av. J.-(î. IJOD), la population s'élevait à vingt-un mille citoyens, dix mille résidents et quatre cent mille esclaves, ce qui suppose en tout environ cinq cent cinquante-trois mille âmes. Les revenus de l'État atteignirent douze mille talents, et l'on sait (ju'une grande partie de celte somme fut employée à d'utiles fondations. Démétrius malheureusement ne resta pas fidèle à lui-même. Il se laissa corrompre par l'abus de la puissance, les enivrements de la ilatterie et le spectacle de la corruption générale, prouvant ainsi qu'une culture factice remplaçait mal chez lui la force morale du caractère. L'érudit, modéré dans ses désirs, devint un libertin et viola impudemment les lois que lui-môme avait faites. Au lieu d'appliquer les revenus publics au besoin de l'État, il les prodigua pour ses satisfactions personnelles et, par un juste retour, finit par soulever d'autant plus l'opinion qu'elle lui avait été d'abord plus favorable. Durant les dix années où il se maintint à la tête des affaires, son gouvernement fut désigné, tantôt sous le nom de tyrannie, parce qu'un seul homme, uniquement soutenu par la puissance macédonienne, était l'arbitre de l'État, tantôt sous le nom de démocratie, parce que, malgré le tempérament de la timocratie, la volonté populaire faisait loi , quelquefois enfin sous le nom d'oligarchie pour cette raison que, en dépit des formes démocratiques, ceux-là seuls parvenaient aux magistratures, qui obtenaient l'agrément du maître. Il s'investit lui-même de la dignité d'Archonte (Olymp. 117, 4), deux ans avant sa chute, quand déjà depuis longtemps il avait démenti ses débuts, et cette année de magistrature fut appelée plus tard l'année sans lois. Il fut renversé à la suite

1. Voy. Schmidt, de Thcophmsto rhclore, Halls, 183'J, p. 9 et 10.

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do la guerre qu'Anligone entreprit contre Cassandre en 307, lorsque le fils d'Antig-one, Démétrius Poliorcète, s'empara du Pirée, et assiégea Munychie, défendue par une garnison macédonienne. A la suite d'une capitulation, Démétrius de Phalèrcs put s'éloigner librement. Le fort do Munychie fut rasé, et Démétrius Poliorcète entra en vainqueur dans Athènes, où il fut reçu avec des transports de joie et des flatteries hyperboliques. Nous nous bornerons à mentionner ici deux mesures qui avaient indirectement trait à l'organisation de l'Etat et qui furent alors populaires : Démétrius Poliorcète fonda deux nouvelles tribus qui furent placées à la tête des dix autres et s'appelèrent du nom de son père et du sien Antigonis et Démétrias. Ce changement en entraîna un autre dans la distribution des dèmes, dont le nombre sans doute dépassait déjà de beaucoup le rapport de dix par tribu. Il <'n résulta aussi un accroissement numérique du Sénat, qui compta six cents membres au lieu de cinq cents. Douze prytanios dun mois chacune remplacèrent les dixprytanies, dont la durée était, comme on sait, de trente-cinq ou de trente-six jours. Enfin, il est probable que le personnel de quelques collèges fut augmenté proportionnellement au nombre des tribus. Par un autre hommage plus excessif encore, les deux rois furent salués du nom de Dieux libérateurs (llwT^pï;), et un prêtre fut élu chaque année pour leur rendre les honneurs qui leur étaient dus à ce titre ; il est vrai que cette institution ne dura que ce que dura l'enivrement du peuple*. Démétrius Poliorcète fut forcé par les vicissitudes de la guerre de quitter Athènes. Son adversaire, Cassandre, vint mettre le siège devant Athènes, mais dut à son tour battre en retraite, la résistance de la ville ayant donné à Démétrius le temps de revenir (av. J.-C. 302). Délivrés une seconde fois, les Athéniens se surpassèrent et se livrèrent à de si basses llattories que celui qui en était l'objet dut en elVet se croire tout permis avec de tels hommes. S'abandonnant à sa nature sensuelle, il

1, L'assertion do Plularque [Drnh'lrius, 10) que le prôlro dos ïoTr.pç; avait pris la place du premier arclionle et était devenu l'oponynie de l'année repose sur une méprise, ainsi que l'a démontré avec évidence IxiroliofT, dans Yllcrmcs, t. Il, p. 101-173.

GIO GOL'VERNEMKNT d'aTHÈNES

tomba dans des dôportoments qui finirent par lui aliéner ceux mêmes qui avaient encouragé ses vices. Lorscjuo la guerre l'appela en Asie aux cotés d'Antigone, et que tous deux eurent été défaits à Ipsus, Athènes se crut dégagée de tout lien, cl déclara, au moment oii Démétrius approchait des côtes, sa résolution de ne recevoir à l'avenir aucun des rois qui se faisaient la guerre. Si les Athéniens s'étaient flattés de recouvrer leur liberté, leur espoir fut bientôt déçu. Les alternatives de la lutte générale les garantirent quelques années contre le danger de devenir la proie du vainqueur; mais ils y gagnèrent peu de chose, et tombèrent sous le joug d'un de leurs concitoyens, un certain Lacharès, qui s'érigea en tyran, on ne sait au juste par quel moyen, vraisemblablement avec l'appui de la Macédoine. Lacharès a été flétri parl'histoire comme un des plus elîroyables despotes dont elle ait conservé le souvenir. Sa tyrannie disposa de nouveau les Athéniens à se tourner vers Démétrius. Lorsque ce prince revint avec sa flotte et une armée de débarquement, le Pirée s'ouvrit à lui sans résistance, et Lacharès, qui défendit la ville avec acharnement, fut forcé de chercher son salut dans la fuite. Démétrius se montra plus généreux qu'on ne s'y attendait ; il mit des garnisons dans le Pirée et à Munychie et plus tard en établit uneautre sur le Musée, colline située à l'intérieur de la ville, mais il n'exerça aucune vengeance. 11 ne changea rien à la constitution, investit des magistratures les personnages les plus agréables au peuple, et pour remédier à la misère générale fit don de cent mille médimnes de grains. Athènes demeura quelques années sous le gouvernement paternel du vainqueur, jusqu'au moment oii Démétrius, que sa destinée changeante avait placé dans l'intervalle sur le trône de Macédoine, en fut précipité par Pyrrhus, roi d'Epire. Ses revers rendirent aux Athéniens le courage de se soulever contre lui. Les garnisons du Musée, du Pirée et de Munychie furent contraintes de capituler, et le peuple goûta de nouveau une liberté précaire, la seule qui fût alors possible. Les changements intérieurs comportent peu de détails; nous savons seulement qu'un neveu de Démosthène, Démocharès, futle plus considérable parmi les hommes d'Etat qui gouvernèrent Athènes, et qu'il ne se montra pas indigne de son oncle. Dans les années

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suivantes, les Athéniens furent forcés par le fils de Démétrius, Anligone, de recevoir une nouvelle garnison sur le Musée. Salamino, Munychie et le Pirée furent également occupés par les troupes de ce prince; les personnages mentionnés comme ayant exercé dans ces lieux une autorité tyrannique, Iliéroclès, Glaucus, Lycinus, sont ses lieutenants. La garnison de Munychie fut retirée plus tard (av. J.-C. 2o3) ; on peut toutefois juger à quel point Athènes se sentait encore sous la dépendance du monarque macédonien d'après ce fait que non seulement elle n'osa pas seconder les clTorts d'Aratus, mais que sur la fausse nouvelle de sa mort répandue eu 229, elle se mit en fête et se couronna de fleurs. Il fallut attendre la mort du second Démétrius. qui laissa le trône à un enfant, pour que, les circonstances aidant, les Athéniens crussent pouvoir tenter un dernier elîort en faveur de la liberté. Ils s'unirent à Aratus qui décida la garnison macédonienne à la retraite, soit qu'elle se sentît incapable de résister, soit que l'officier qui la commandait ait été gagné à prix d'argent. Depuis ce moment Athènes fut aussi libre qu'un État grec pouvait l'être encore. Elle s'appliqua à préserver cette liberté par une neutralité absolue, n'accéda ni à la ligue Achéenne,ni à la ligue Étolieune, et chercha dans l'amilié des rois d'Egypte un appui contre de nouvelles entreprises de la Macédoine. Ce fut dans ce temps que les deux tribus instituées par Démétrius Poliorcète changèrent de nom : la tribu Démétrias emprunta vers l'an 266 celui de Plotémaïs à Ptolémée Philadelphe, l'Antigonis s'appela la Nouvelle Erechtheis jusqu'à l'an 200, où AUale, roi de Pergame et l'allié des Romains dans leur guerre contre Philippe, étant venu visiter Athènes, elle prit en son honneur le nom d'Atlalis'. Dans la suite, les Athéniens restèrent fidèles à Rome; c'était en elîet le meilleur parti qu'ils pouvaient prendre. Ils avaient compris que le temps de la prépondérance politique était passé pour eux, aussi bien (jue pour le reste de la Grèce. Au lieu de s'obstiner ù jouer un rôle dons les alTaires du monde, comme

1. 11 n'osl pas possible d'oclaiiTir \n plus rompK-lomciU la question drs rhaii^'cmonls do nom par lesquels ont passé les nouvelles tribus. Je oip borne à renvoyer à ce qu'en dit Dillcnbcrgcr, dans Vllrrnv's, t. Il, p. 287.

G12 GOUVF.iiNEMKsr d'athiinks Ji:.sni:'.\ L\ a)\nv.{.\i: humais::

les Aclu'eus ou les Elolii'iis, ils se bornèrent a gouverner de leur mieux leurs aiïaircs intérieures, ce à quoi les Romains ne demandaient pas mieux que de les aider. Les {{nmains s'étaient épris depuis peu des sciences et des arts de la Tirèce, et les sympathies des esprits délicats s'attachaient surtout à la ville oiil'arl et la science avaient pris naissance, et avaient jeté le plus vif éclat, où on les cultivait encore, autant que cela était possible dans un temps où la fécondité créatrice avait fait place au désir de jouir des trésors acquis. Athènes futlonglemps l'école on les jeunes Romains venaient s'initiera la philosophie et à la rhétorique; elle lit tout pour rester l'asile des nobles études et le rendez-vous de la jeunesse curieuse de s'instruire ; mais là se borne son rôle au point où nous sommes parvenus, et l'examen de son organisation politique ou administrative serait désormais sans intérêt, alors môme qu'il serait possible de fournir sur ce sujet autre chose que des indications éparses, sans lien entre elles.

Page 110. — Un critique m'accuse de me placer trop complaisamment au point de vue moderne, pour juger les -constitulions grecques, et en même temps il me reproche d'appliquer à ces constitutions les règles de l'Étal idéal, suivant en cela de trop près Platon et Aristote. Ces affirmations sont contradictoires, car le critique en question ne peut prétendre à mettre d'accord le point de vue moderne avec les principes abstraits de la Cité modèle. Le reproche de trop sacrifier aux préjugés actuels n'est donc qu'une de ces façons de parler pour ne rien dire, dont se servent trop souvent les rédacteurs des Revues, afin de dissimuler l'absence de bonnes raisons sous une apparence de profondeur.

Page 259. — D'après la conjecture émise par II. Peter, dans le Xeues Bhcin. Muséum {l.XXU, 18G7, p. G5), le sens attribué à la rhétra, (ay) y^r,afia'. vôixo'î èyypâçoic, résulterait d'une faute d'orthographe; il faudrait lire au contraire : y-r\ "Xpii'TOî" v6[xoiî àypâfot;. Peler s'appuie surce que, dans un temps où les textes de lois ne se communiquaient que par la parole, où la jurisprudence était par conséquenl le privilège d'une minorité puissante, une opposition dut se former et réclamer que l'écriture, en fixant les principes du droit, mît fin à. des interprétations arbitraires. Sans doute, cela n'est pas impossible ; mais, d'un autre côté, il n'est guère croyable (jue Plutarque ou l'auteur chez lequel il a puisé ses renseignements n'aient rien su de celte protestation qui, si elle leur avait été connue, les eût mis évidemment en garde contre la confusion des mots àypâçoi; et èyypâ^ot;. La mention xi; xa),ouii£va; xpsU pYiTpa;, répétée en différents endroits par Plutanjue [L'jcwijio', 13; Ayi'silas, 2G ; de l''su carnium, II, 2) ne prouve nullement (ju'il n'ait eu connaissancee que de trois pr.xpai attribuées à Lycurgue; on doit admcllre (ju'il se referait à un recueil répandu dans le public où il était traité des trois articles de lois en question.

Page 261. — Le fait pour les deux maisons royales de Sparte de reraonler à Héraklès était chez les Spartiates cl même dans le reste de la Grèce

014 Ai'PKNDiri:

hors fie toute contestation. On ne doutait pas davantage que l'auteur en titre (le cetl(i(}%scen(lance fût le fils (rHéraklrs,llyllos, a'lo[)t('jpar le roi dorien .i^giniios, et à qui l'une des trois anciennes tribus doriennes avait emprunté son nom d'Ilylléens. Cette légende ne comporte qu'une seule interprétation,;! savoir (jue jadis une peuplade de ce nom, dont le chef se vantait d'être Héraclide, s'était réunie aux Doriens. Si plus lard les princes doriens furent tous considérés comme Iléraclides, c'est que tous descendaient de ces Hylléens qui s'étaient confondus avec les Dcriens d'yEgimios et dont les chefs étaient réputés Iléraclides, d'où il résulte que les descendants d'Hyllos avaient pris la première place chez les Doriens. On serait, il est vrai, fort embarrassé d'établir comment cela dut arriver. Ce que dit Apollodore (1. II, c. viii) touchant la mort des deux fils d'iEgimios est évidemment sans valeur; mais ce n'esta pas une raison de nier la prééminence que les Hylléens acquirent sur leur associés doriens, et le mélange qui s'opéra entre les deux races, surtout si l'on considère qu'elles n'étaient pas séparées par une différence essentielle d'origine. Quant à la qualité d'Héraclides dont se prévalaient les chefs Hylléens, il est bien difficile de démêler ce qu'il en était; tout ce que l'on peut admettre en sûreté de conscience, c'est qu'ils descendaient d'un ancien héros à qui l'on attribua le nom d'Hèraklès, et que l'on prit l'habilude de confondre avec le fils de Zeus et d'Alcmène. Sans doute, on peut regretter de voir identifiés deux personnages mythiques assurément distincts à l'origine, mais cette confusion n'est pas moins certaine, et il est également avéré que les Spartiates regardaient leurs rois, et que leurs rois se regardaient eux-mêmes comme les descendants d'Hèraklès, qui par sa famille humaine se rattachait aux Achéens. C'est en ce sens que l'on interprétait autrefois la réponse de Cléomène, rapportée plus haut (p, 2i4). On ne doutait pas qu'il se fût déclaré de race achéenne en tant que descendant de l'Héraklés achéen. La critique moderne explique différemment les paroles de ce prince et leur donne un sens en contradiction avec la croyance générale de l'antiquité, mais d'accord avec l'état des choses dont on se flatte d'avoir retrouvé le secret. Le tableau que, d'après les témoignages des anciens, nous avons tracé de la conquête dorienne et des effets qu'elle produisit en Laconie (voy. plus haut, p. 226) est déclaré aujourd'hui inadmissible, et a cédé la place à un autre système que l'on peut résumer ainsi : Au temps de la conquête dorienne, et comme conséquence de cette invasion, la race des Pélopides qui régnait en Laconie fut détrônée, et les princes qu'elle avait réduits à la condition de vassaux devinrent des chefs indépendants. Ils échappèrent à la domination des Doriens en faisant avec eux des traités par lesquels ils s'assurèrent leur appui en échange des pays qu'ils leur abandonnaient. Mais ces princes étaient loin d'être unis ; ils furent souvent en guerre, jusqu'à ce qu'enfin deux d'entre eux s'élevèrent au-dessus des autres et conclurent une alliance qui leur permit de réunir les Doriens épars ; ils les organisèrent en caste guerrière ou en colonie militaire, introduisirent de nouvelles divisions et un nouveau dénombrement, et procédèrent à un remaniement des territoires. Ainsi à la tête de l'État centralisé se trouvèrent placées deux maisons prin-

APPENDICE 6iD

cières qui n'étaient ni de race dorienne ni de race hylléenne ou héraclidique, mais appartenaient à la souche achéenne des souverains qui avaient régné jadis en Laconie. Que les choses aient pu se passer ainsi, personne ne le nie, mais il est permis de se demander si le système fondé sur les témoignages des anciens ne peut pas non plus se défendre, et s'il y a des raisons décisives de préférer le dernier venu. Sans doute on est souvent tenté ou même forcé, en étudiant les événements qui marquèrent l'enfance de la Grèce, d'appliquer une analyse sceptique à des récits qui ne supportent pas l'examen ou de combler les lacunes par des hypothèses, et une histoire qui se propose de mettre sous les yeux une image saisissante de la vérité ne peut guère se dispenser d'appeler la fiction à. son aide, dans une certaine mesure; mais la fiction est-elle de mise dans le cas particulier qui nous occupe? c'est ce dont je me permets de douter.

Les idées émises par un critique non moins profond qu'ingénieux s'écartent moins de la tradition. Suivant lui, l'une au moins des doux maisons royales, celle des Eurypontides, descendait d'Hérakiès et était venue dans le pays avec les Doriens vainqueurs. Il ne considère comme ayant précédé les Doriens que la dynastie des Agides qu'ils avaient trouvée en Laconie, et qui plus tard s'associa avec les Eurypontides pour gouverner en commun- A l'appui de cette thèse, il cite surtout un passage de Polyon (1. I, c. x) que personne n'avait songé à signaler jusqu'à ce jour, où il est question d'une guerre des HéraclidesProclès et Téménos contre les Eurysthides, alors en possession de Sparte, et qui ne font évidemment qu'un avec les Euryslhé- ■^ides. La famille des Eurysthénides, plus connue à l'origine sous le nom d'Agi, des, régnait donc à Sparte avant l'invasion et eut à combattre les Doriens, d'où il résulte que cette famille doit être considérée naturellement comme faisant partie de l'ancienne souche achéenne, et ainsi s'expliquerait la réponse de Cléomène à l'Oracle. Que ce prince n'ait pas songé, comme on l'avait cru jusqu'ici, à sa descendance du héros achéen, cela est probable puisque les Hylléens, qui se vantaient de remonter au fils d'Héraclès, étaient une tribu dorienne, ce que confirment ces paroles de Pindare {Pi/thiques, V, 05 àXxâevta; 'IIpaxXÉo? èxyôvo; A'cyiixiou te, et un passage de Tyrtée, qui appelle tous les Spartiates 'IIpaxXr,o; ylvo;. Ces textes prouvent en etTet qu'au temps de Tyrtée les souverains héraclides ne se distinguaient pas de la race dorienne, qu'on les y rattachait au contraire expressément, et que par conséquent Cléomène, en déclarant qu'il était non pas Dorien mais Achéen, impliquait simplement que la maison des Agides appartenait à l'ancienne branche achéenne et non à la descendance d'Héraclès. On voit d'après cet exposé que l'on attribue à Cléomène des vues sur les origines de sa famille en contradiction avec les idées généralement admises de son temps. Le frère même de Cléomène, Dorieus, partageait l'opinion commune, et ne mettait pas en doute sa descendance héraclidiquo, s'il est vrai, comme le dit Hérodote (1. V, c. xliu) qu'il appuya sur cette descendance ses protentions à fonder un établissement en Sicile, et si, suivant Thucydide (\- V, c. xvi), l'oracle de Delphes non seulement lui lit une réponse encourageante, mais

encore di'sipna plus tard un membre de la famille des Agides ou Eurysthénldes, It" roi IMoislonux, par ces paroles sitrnifi'îat.ivos : A-.b; O-.oO r,\i.:')io-j (T7îÉp(xa, ce qui pourrait bien aussi jeter quelques doutes sur les vues soidisant plus vraies que l'on prête à Cléomènc. Je ne poux [las non plus considérer le passage de Pindare comme une preuve à l'appui de ces idées; il y a plutôt lieu d'en conclure que le poèt'.* ne confondait pas les Héraclides et les descendants d'.l'^gimios et par conséquent ne considérait pas les premiers comme Dorions, de même que dans un autre passage le mémo poète iPylh., I, V, G2j distingue les descendants de Painpbyloset ceux des Héraclides. Parce que Tyrtée, pour enflammer les Spartiates, les appelle 'ilpa-x/.îio; yévoç, cela ne prouve pas qu'il les regarde comme des descondanls d'une même race et ne fasse pas de différence entre les Spartiates héraclidiques et les non héraclidiques ou Doriens ; il ne fait autre chose que saluer dans les Spartiates une race parente d'Héraklès en tant que leurs princes étaient de sang héraclidique. Il prenait en qualité de poète le même droit dont use Sophocle lorsque au début de l'CEdipe-roi, il appelle les Thébains Kao[Aou ToO TtâXat via TpoîpYi, suivant en cela l'exemple d'^Eschyle, qui qualifie l'armée thébaine de (TxpaTo; Kaoaoyevr,?, et nomme souvent les Athéniens Érecthides ou Thésides, — A propos du passage de Poiyen, principal point d'appui des récentes hypothèses, je tiens à indiquer d'abord l'opinion que s'en sont faite différents critiques. Manso {Spai't., 1. II, p. 169) propose de lire 'OpeattSai; au lieu de Eip-jaMcoiii;, et prétend que la nécessité de cette correction saute aux yeux. Clinton (Fasli hcllen., I, p. 333) rappello les longues hostilités qui d'après Hérodote (1. VI, c. lu) divisèrent les deux frères Proklès et Eurysthénès, et suppose que l'événement mentionné par Poiyen dut arriver à la suite d'une lutte dans laquelle Téménos avait pris parti pour Proklès. Enfin 0. Muller se borne à cette courte remarque (Dorfer, I, p. 58): <c Poiyen ne signale à Sparte au moment de l'invasion que l'existence des seuls Eurysthides. » Sous ce nom d'Eurysthides, Poiyen entendait certainement les successeurs du souverain perséide de Mycènes auquel la Laconie fut en effet soumise. Pour ma part, je me contenterai de faire observer que l'on ne fait pas injure à Poiyen, l'un des compilateurs les plus lourds et les moins intelligents que l'on ait jamais vus, en le soupçonnant d'avoir commis une méprise dans un passage où il s'agissait uniquement pour lui de rechercher d'où était venue chez les Spartiates la coutume d'attaquer leurs ennemis au son de la flûte. Il est certainement plus naturel de lui attribuer une bévue que de lui faire honneur d'une trouvaille à laquelle on devrait la véritable explication de l'état de choses existant en Laconie, au moment de la conquête. Peut-être cependant existe-t-il encore une autre tracs d'une apinion on désaccord avec le récit traditionnel. La chronique d'Eu, sèbe mentionne un Eurystheus qui aurait régné en Laconie avant l'invasion, et raconte qu'un certain nombre d'années plus tard, Eurystheus et Proklès prirent possession de Sparte. Cette répétition est-elle l'effet d'une négligence? Il est possible aussi qu'Eusèbe, mentionnant les débuts de l'histoire de la Laconie et l'invasion des Héraclides, ait rapporté sans choisir

entre elles deux dates différentes. J'espère donc en somme qu'on ne me saura pas trop mauvais gré de ne m'être pas décidé encore à sacrifier les idées qui ont généralement cours à l'autorité fort douteuse d'Eusèbe et de Polyen. — Le fait pour les deux maisons royales d'avoir emprunté leur noms à Agis et à Eurypon, non à Eurysthénès et à Proklès, fils de l'Héraclide Aristodémos, ne prouve pas que l'origine héraclidique de ce dernier prince ait été considérée comme douteuse. La cause en est vraisemblablement à ce que les listes des rois, authentiques ou considérées comme telles, ne remontaient pas au delà d'Agis et d'Eurypon, dont le règne tombe au commencement du xi* siècle, et qu'entre ces princes et les premiers rois Eurysthénès et Proklès il existait une lacune plus ou moins grande, suivant que l'on avançait ou que l'on reculait la migration des Hérachdes; car on sait que les chronologistes s'accordent fort peu sur ce point.

Page 270, n. 5. — Il n'y a pas lieu d'examiner ici la question de savoir si le passage d'Hérodote, bien interprété, est réellement en contradiction avec l'assertion de Thucydide, comme l'ont supposé quelques auteurs, entre autres Curtius [Hist. grecque, t. I, p. 223). Mais lorsque Curtius suppose que jamais un des deux rois ne pouvait seul assister aux séances de la Gérousie, et que tous les deux devaient ensemble être présents ou absents, je ne puis partager son avis. Il en résulterait en effet que toutes les fois qu'un roi aurait été forcé de s'éloigner comme chef d'armée, quelle que fût la durée de la campagne, l'autre se serait trouvé par là môme exclus de la Gérousie.

Page 312, — Je sais fort bien que l'on ne peut apporter aucune preuve à l'appui du digamma initial, dans la racine d'où je dérive les mots çiSixia ou çîoixia (car le mot àçéotTo; dans Ilésychius peut faire pencher pour la forme çEoixta); cependant je ne crois pas me risquer beaucoup en supposant que des mots appartenant à la même racine aient été prononcés avec un digamma dans des dialectes locaux. La racine ès {ëSw, é'dOw, èaôc'w) d'où l'on a tenté aussi de faire venir çEo-Tca, étymologie pour laquelle se prononce en parti, culier C. F. Hermann, ne laisse voir non plus aucune trace d'une aspiration initiale; voy. Curtius, Ktymol. Slw.lien, p. 511. Si l'on admet, d'après ï'Iityrnol. M., 'p. 195, 53, que les habitants d'IIermione désignaient une statue (aya).|i.a) par le mot êeOôo;, il est difficile de ne pas reconnaître là, avec Welcker [Syllogc Epigr., p. 3) et avec 0. MuUer {Dorier, t. H, p. 503), la présence d'un digamma. Je serais curieux pour ma part de savoir quelle interprétation plus juste on peut donner des mots ?£'.5w),tov Ôi^po;, dans Ilésychius, qu'en y voyant une corruption des mots FeSwXiov ou Fi5u)).tov, comme çeiûcTia est une corruption de FeôÎTia ou Fiôîtia. Le critique, un jeune homme probablement, qui a fait la recension de mon livre dans le Lilt. Centralblatl deZurncke, a été conduit, par le changement très naturel de çioitta ençîtSitta à cette conclusion erronée que la première syllabe de çiôitix était nécessairement longue: il aurait pu savoir déjà qu'il n'en est rien, et dans tous les cas je le renvoie aux Novx Lecliones de Cobet (p. 728). Les formes Cayd; pour àyô;, CopOayôpa; pour ôpOayôpac, Vil pour ïl sont autant de preuves que dans certains dialectes locaux la prononciation pouvait ajouter un Fau à des mots

qui n'en ont garrlr d'ailleurs aueun voslif^c. i3ç£!;oiia( est cité aussi par Flésychius comme l'équivalent de £Tri7.aO£Îo|j.a'.. Il peut n'y avoir entre ê^oixa-. et ffçfÇoiiat d'autre diffc^Tence que celle qui existe entre ê et t?é, êxopo; et stacura, v)Sjî et svada, tSpo); et svit, -jn/o alsvdpna, et aussi entre êÇ et <7?£Ç. Voy. Stier, dans KZ, X, p. 238. Le maître par excellence de la linguistique comparée, A. f'ott, regarde comme vraisemblable que çtoâtov vient de If.oî- Ttov. Je conjcclure qu'il n'a été amené à celles opinion que par crainte de tomber dans l'abus du digamma, et que lui-même a encouru dans ce cas le reproche d'abuser de l'aphérèse ; voy. Curtius, FAymol. Studien, p, 35.

A propos de l'usage adopt(5 par les Spartiates de choisir librement leurs compagnons de table, Peter se demande (iVeuM JJ/iem. Muséum, XXU, p. Go) ce qui arrivait lorsqu' un citoyen, faute de trouver place à aucune table, était dans l'impossibilité d'obéir à la loi qui imposait de prendre les repas en commun. Il n'y a pas lieu de s'arrêter à cette question. Le citoyen qui était assez généralement haï ou méprisé pour être repoussé par tous ses camarades avait nécessairement mérité cette réprobation par des méfaits qui l'avaient fait rayer du nombre des Sp-oioi et rejeter dans la classe des Cno-

[XEcove;.

Page 323. — Métropoulos [Untersuch. ueber. die Schlncht beî Mantinea, Gœtt., 1858, p. il) a tiré d'un passage de Thucydide (1. V, c. 66), oij les Polémarques sont présentés comme les supérieurs des Ao^ayo:', cette conséquence qu'il existait une division des forces militaires commandée par un polémarque, dont le lôxoi était une subdivision, et que cette unité n'était autre que la more. Partout, dit Métropoulos, où il est question d'un polémarque, il est aussi question d'une more. Cela peut être vrai, et le nombre des Polémarques, égal à celui des mores, est un argument de plus en faveur de cette conjecture.

Page 335, n. 3. — Sur une plaque de bronze, trouvée à Tégée, et paraissant remonter à la première moitié duv" siècle av. J.-C, est gravée une inscription qui mentionne une somme d'argent déposée à Tégée, dans le temple d'Athêna Aléa, non par un Tégéate, mais selon toute vraisemblance par un Spartiate. Voy. la savante dissertation publiée sur ce sujet par Kirchoff, dans les Monatsberichte der Berl. Acad., 1870, p. 51. — Plutarque rapporte dans la vie de Lysandre (c. xviii), sur le témoignage d'un Delphien, que ce général avait en dépôt dans le temple de Delphes un talent cinquante-deux mines et onze Statères.

Page 339. — On lit dans Suidas, s. v. A'.xa-'apxoî •* o-jto; ÏYpx<\iz ttiV 7io/.iT£;a, EuapTtaxwv • xa\ vôijloî è-zi^fj èv Aax£Ôat[j.ovi xa9' É'xaaiov é'to; àvayiyvwtîXîeîOa'. Tov Xôyov £t; to Ttov sçôpwv àp-/^zXov, Toù; oï tV r|6riTtxr,v £-/ovt£; ïi),txiav àxpoàdOac,

xoi toOto £xpâT/i(j£ [xlxp' itoXXoO. Il n'existe pas d'autre trace de cette coutume, et l'on ne peut deviner à quel moment elle s^établit. Ce n'est cependant pas une raison pour refuser toute créance au témoignage de Suidas. On peut revoir à cette occasion le passage où Cicéron {Orator, c. xliv) rappelle une loi dont l'existence n'est confirmée d'ailleurs par aucun autre témoignage, d'après laquelle on devait faire tous les ans une lecture publique à Athènes du discours funèbre qui compose le Ménexène de Platon.

Page 361.— Il est trop évident que l'aulochthonie ne saurait être raisonnablement prise dans un sens autre que celui que nous avons donné, et que des populations très différentes d'origine pouvaient à titre égal se prétendre autochthones. C'est donc à ses risques et périls qu'un critique a fait valoir comme argument contre l'origine ionienne des anciens habitants del'Attique réputés autochthones ce fait que les Arcadiens qui n'avaient assurément rien d'ionien se seraient qualifiés d'autochthones, d'où il faudrait conclure que les anciens habitants de l'Altique, autochthones comme eux, ne pouvaient par cela même être Ioniens. On a essayé aussi de faire du nom de Pélasges un argument contre l'origine ionienne des anciens habitants de l'Attique. Nul doute que le critique dont nous parlons n'ait des lumières particulières sur la valeur historique de ce mot.

Pour montrer combien peu l'origine ionienne des Athéniens est inconciliable avec ce qu'on a appelé leur autochthonie, il est bon d'ajouter quelques développements. Le principal argument des critiques d'après lesquels les Athéniens ne seraient devenus ioniens qu'à une époque postérieure, consiste en ceci que d'après les témoignages de l'antiquité, ils n'ont pas pris cette qualité dès le principe, d'où l'on a tiré la conséquence qu'une peuplade venue de l'Ionie aurait pénétré autrefois dans l'Altique et aurait conquis sur les premiers habitants une telle prépondérance que ceux-ci auraient dépouillé leur nationalité et se seraient trouvés transformés en Ioniens. Quelques critiques ont cru reconnaître dans les nouveaux venus qui auraient opéré ce changement les bandes qui envahirent l'Attique sous la conduite de Xoulhos, et ont fait valoir cet indice que l'éponyme de la race ionienne était désigné comme fils do ce chef. J'ai dit plus haut (page 362), et avec plus de détails dans ma dissertation de lonibus, ce qu'il faut croire de cette légende et de ce prétendu éponyme, et je ne pense pas que personne aujourd'hui soit encore tenté de faire honneur à Xouthos de ce rôle civilisateur. Plusieurs critiques l'attribuent à Egée ou à Thésée, c'est-à-dire aux populations d'immigrants que ces noms personnifient. D'après la tradition, ces peuplades seraient parties, Ips unes des îles de la mer Egée, en particôlier de Scyros, siège principal du culte de Poséidon, où Egée s'était embarqué, les autres de l'Argolide, surtout de Trézène, point de départ do Thésée que l'on donnait pour fils à Egée, mais qui en réalité était fils de Poséidon et tenait par sa mère ^thra à la race des Pélopidoa ; voy. Euripide, les Ilà'ixclidcs, v. 207. Il n'est pas douteux que ces invasions n'aient eu une influence décisive sur la condition de l'Attique, et que même une nouvelle maison royale n'ait exercé pendant un certain temps le pouvoir à la place de la dynastie nationale des Erocthides. Les anciens à la vérité ne donnent pas le nom d'Ioniens aux nouveaux venus; il est cependant très vraisemblable qu'ils appartenaient à la race qui sous ce nom fut opposée dans les temps historiques aux races éolienne et doriennc et que, en remontant les siècles, on trouve établie, autant qu'on en peut juger, sur les côtes de l'Asie Mineure et dans les îles de la mer Kgéc. Peut-être même leur présence en Argolidc estelle attestée par les mots "ladov "Apyo; qui, d'après le témoignagedes anciens,

020 APi'MMiicr.

aiiniicnt servi à désigner lo Péloponèso, ainsi nommé, comme chacun sait, (lo IV-'lups qui était parti de l'Asie Mineure. Cette contrée était surtout occu[>ée parles Ioniens, rien n'empêche donc de rattacher aussi Pélops à cetl'' race, et par suite Thésée lui-même serait ionien, comme fils de la Pélopide /Ethra; mais peut-être ceux qui attribuent cette qualité à Egée ainsi qu'à son père veulent-ils dire simplement que ces princes n'appartenaient pas à Tune des deux races opposées à la race ionienne, l'^n ce qui concerne en effet la qualification d'ioniens, qui est certainement d'orif,qne orientale et non licllénique, on sait que les Orientaux l'emploient dans un sens très vague et en font le nom collectif de diverses nationalités. Si elle a servi chez les Grecs à distinguer une race particulière, l'explication de cette singularité es^ que les Grecs qui habitaient sur les côtes de l'Asie Mineure proche des Orientaux, adoptèrent le nom dont ils s'entendaient appeler par eux. Peut-être ces Orientaux étaient-ils des lydiens, comme le pense A. Weber {Vei'fjleich, Sprachk., t. V, p. 222). Or, il est généralement admis aujourd'hui que les Grecs habitaient déjà ces parages depuis des temps fort reculés, qui précèdent de beaucoup ceux de Nélée et d'AndrokIès. On ne peut douter non plus que la Grèce d'Europe ait reçu ses habitants de l'Asie Mineure. Le voyage put se faire par deux routes différentes: par mer, en passant à travers les îles de la mer Egée, ou en gagnant la Grèce par la Thrace et la Macédoine, le long des côtes du l'Hellespont et de Bos}>hore. Il est présuraable que la route maritime fut la première suivie. Les populations qui s'y engagèrent sont celles qui conservèrent le nom qu'elles avaient reçu en Asie; les races éolienne et dorienne faisaient au contraire partie des expéditions qui prirent le chemin détourné. On peut reconnaître en Grèce, avant les temps historiques, quelques traces isolées et douteuses du nom d'Ioniens ; plus tard les Athéniens sont sur le continent les seuls qui le portent. Rien a mon sens ne prouve que cette désignation ne soit pas antérieure aux migrations d'Egée et de Thésée. Ces émigrants étaient sans aucun doute ioniens ; mais ils trouvèrent dans i'Attique une population qui n'était ni éolienne ni dorienne, qui par conséquent était ionienne comme eux. Qu'il se soit produit des différences dans les diverses branches de cette race, en raison des contrées qu'elles occupaient et des conditions d'existence par lesquelles elles passèrent, que leur régime de vie, leurs mœurs et leurs pratiques religieuses s'en soient ressenties, cela ne peut étonner personne. Ainsi les Ioniens d'Egée et de Thésée étaient un peuple maritime qui honorait entre tous le dieu de la mer, Poséidon; les anciens Athéniens avaient adopté un genre.de vie contraire; ils étaient adonnés à l'agriculture et offraient leurs hommages aux divinités dont ils partageaient les goûts. Depuis Thésée jusqu'aux guerres médiques, leur marine n'eut aucune importance. En somme, rien n'autorise l'hypothèse d'après laquelle un changement radical aurait été effectué chez les anciens Athéniens par les nouveaux venus qui les auraient subitement transformés en ioniens.

Page 385. — Plusieurs critiquesontadmisavecmoique le tirage au sort pour la nomination des archontes avait été introduit par Clisthène; voy. Sauppe,

de Créât. Arch. att.,i[). 4; Curlius,///.s^ grecque, t. I, p. 480; Droyseii, dans la traduction d'/Eschyle, 3' édit., p. 532. Duncker est d'avis différent {Gesch. des alterth.,lV, p. 475] :il pense que le tirage au sort ne put être adopté tant que les classes sujettes à l'impôt ne furent pas admises aux emplois, c'està-dire avant la loi d'Aristide. Suivant lui, aussi longtemps que l'archonlat ne fut accessible qu'aux pentacosiomédimnes, le tirage au sort n'eut pu être qu'une mesure aristocratique, toute en faveur de la noblesse, puisque la plupart des pentacosiomédimnes appartenaient à cette caste. Clisthène, opposé à ses prétentions, n'avait aucun motif de substituer la voie du sort à l'élection qui du moins laissait au peuple la ressource d'exclure ses adversaires déclarés. Mais de ce que les pentacosiomédimnes appartenaient en effet à la classe de la noblesse, il ne s'ensuit pas que tous fussent contraires aux idées libérales et partisans des privilèges oligarchiques. Il y a lieu au contraire de féliciter les Athéniens de ce que l'on ne trouve dans cette période de leur histoire aucune trace des menées des Eupatrides ni des défiances et des ressentiments populaires. Suivant Duncker encore, ce fut seulement après que l'archontat fut devenu accessible aux quatre classes que de riches marchands et des armateurs qui jusque-là avaient été rélégués dans les classes inférieures, exclues des fonctions publiques, entrèrent en concurrence avec les pentacosiomédimnes, et que la noblesse put souhaiter de voir le tirage au sort substitué à l'élection; ainsi du moins elle n'avait pas à craindre que les seuls démocrates parvinssent à l'archontat. C'est pourquoi, ;conclut-il, il est évident que le tirage au sort ne fut pas introduit par Clisthène; la seule chose évidente, c'est la confiance de Duncker dans la solidité de son argumentation. Il tire aussi avantage de la grande considération dont, suivant le témoignage d'Aristote {Polit. I. V. c. i:i, § 4), jouissait l'Aréopage durant les guerres médiques. Il n'est pas vraisemblable, dit-il, qu'un collège de magistrats tirés au sort ait pu se faire une telle situation. Il suppose que tout citoyen ayant rempli les fonctions d'archonte était par cela même membre de l'Aréopage; or il n'en était pas ainsi ; voy. plus b.aut, p. 505.

Page 394. — L'hypothèse que les Trente auraient supprimé aussi l'Aréopage (voy. Curtius, Ilist. gr., t. IV, p. 16) donne matière à quelques objections. Régulièrement, la compétence de ce tribunal ne comprenait pas toute la justice criminelle; elle se bornait à ce qui s'appelait proprement les causes sanglantes (Scxot-. çovixaî), dont la procédure était réglée par dos proscriptions religieuses auxquelles les Trente n'avaient aucune raison de porter atteinte. Ils devaient en être d'autant moins tentés que les cas soumis à la juridiction de l'Aréopage n'avaient le plus souvent aucune portée politique. Dans le' passage de Lysias si souvent cité, le mot àitoofooTai où à.~oiiào-x\. ne prouve nullement que la juridiction de l'Aréopage ait été supprimée d'abord puis rétablie ; Curtius le sait aussi bien que moi. Que li^ discours n» XII ait été prononcé devant un tribunal liéliastique et non devant l'Aréopage, cela est évident; mais en conclure avec Rauclienstoin {Philolofftis, t. X, p. 607) qu'au moment où le procès fut plaidé, l'Aréopage n'avait pas encore été réintégré dans ses fonctions, c'est ce qui me parait difficile, tant que l'on

622 Ai'PENDici:

n'aura pas prouvé que celte affaire rentrait furinelleuient dans les attributions de l'Aréopage; est-on en mesure de le faire?

Page AW, n° i. — Il est certain que la véritable expression pour marquer la 18" année est èm SieTè; yi6?,aat, et non, comme je l'ai imprimi- dans les précédentes éditions, Im ôii-cïz TiSàv. (Voy. Opiisc. academ., t. IV^ p. 129.) Dans un passage d'Hypéridc, cité par Ilarpocration, s. v. È7t\ ô'.eté;, on lit, il est vrai, xupîovc eîvat — toÙ; Ttaîôa; ÈitEtJàv InX Stetè; t|6ù><tcv, mais la thèse que soutient Ilarpocration prouve elle-même que les autres grammairiens avaient adopté l'aoriste. (Voy. en outre Isée, Or., Vlll, 31 ; X, 12 ; Fraf/m. in Lysibium, dans la collection des Orat. ait. de C. Mullor, t. II, p. 337, od. Didot, et Démoslhène, c. Stcphanos, II, p. H35, §20, et 1136, § 24.) Une loi insérée dans ce dernier paragraphe donne bien îtp'tv Itiï ôiztli •rioàv; mais on lit dans le texte même de Démosthène, à la ligne précédente, 7tp\v Tioriia;.

Page 412. — Suivant Preller [Gricch. Myihol., t. I, p. 254) Enyalio? serait simplement une épilhète qui s'ajouterait au nom d'Ares. Cette opinion a d'autres partisans et je ne voudrais pas la repousser d'une manière absolue. Un passage d'Aristophane (/(( Paix, v. 457) autorise cependant à croire que les Athéniens, du moins au temps de Démosthène, distinguaient entre Enyalios et Ares.

Page 423. — Il peut sembler surprenant que Thésée ne fut pas au nombre des Eponymes, et l'on a essayé d'expliquer son absence par ce fait que ce prince avait passé aux yeux des conservateurs du temps pour un usurpateur, et par suite avait été jugé indigne de cet hommage. On peut appuyer cette conjecture d'un passage de Plutarque (Tijésée, c. xxxv) où il estdit que ce prince fut chassé d'Athènes et chargea les Athéniens d'imprécations, ce dont témoigne la chapelle ( 'ApTq-cripiov) située dans le dême Gargettos ; mais d'autres part, comme le fds de l'usurpateur, Akamas, a trouvé place parmi les eponymes, je me rabattrais volontiers sur une autre explication, à savoir que Thésée étant considéré comme le fondateur de l'État, il n'avait pas paru convenable de donner 6on nom à une seule tribu.

Page 446. — Aux mesures imaginées pour remédier à la confusion et aux contradictions des lois, il convient de joindre l'enregistrement (àv^ypaor,) qui fut plusieurs fois mis en pratique, et que nous pouvons considérer comme une sorte de codification. Une tentative de ce genre fut faite sous Démétrius de Phalères. En ce moment nous nous proposons d'entrer dans quelques détails sur celle dont il est question dans le discours de Lysias contre Nicomaque. D'après l'orateur, Nicomaque avait été chargé, quelques années avant la fin de la guerre du Péloponèse, de transcrire les lois de Solon, c'est à-dire évidemment de rassembler celles dont l'origine était incontestable, et d'éHminer les superfétations qui en avaient altéré la sincérité. On lui avait donné quatre mois pour faire ce travail, mais il ne l'avait pas achevé au bout de six ans. Les événements sous lesquels Athènes succomba le forcèrent de le suspendre et même de quitter la ville. Si cette mission lui avait été confiée six ans avant la prise d'Athènes, cela nous amène au temps qui suivit de

près la chute des Quatre-Cents, et nous apprenons en elfel par Thucydide que l'on nomma à ce moment une commission de Nomolhètes: voaoOl-a; y.-x: TiXXa è'^r.^îtaavTo è; Tr,v TtoAtTcîav (l. VIII, c. xcvu). Mais cet historien n'ajoute aucun détail sur la composition de la commission ni sur le travail dont elle fut chargée. On lit à ce sujet dans Wattenbach, de Quadringent, Fact.. (Berol., 18i2), p. 64: «Ad leges Solonis probandas et ordinandas voiioOÉTaj electi sunt, qui intra quatuor raenses negotium absolverent; sedlS'icomachus per totos sex annos in magistratu mansit. » Nicomaque d'après cela aurait fait partie de la commission des Nomothètcs, peut-être en aurait-il été le [jrésident. Rien n'autorise ces conjectures. Nicomaque n'avait pas été élu Nomothète, mais chargé simplement de collalionner les lois existantes et, si on prend à la lettre les déclarations de l'orateur, de collalionner les lois de Selon, tandis que les Nomothètes devaient, après la chute des Quatre-Cents, restaurer la constitution de l'Etat et sanctionner les lois organiques, telles que celles qui avaient pour objet l'abolition des jetons de présence au Conseil et à l'Assemblée populaire, la suppression du traitement alTecté aux fonctions publiques, la limite posée au droit de suffrage et autres dispositions semblables. 11 est naturel que l'on ait à ce moment senti le besoin de réunir toutes les lois existantes, afin de décider, après un examen approfondi, celles qu'il convenait d'abroger, celles qu'il convenait de conserver. Le travail préparatoire était ce que l'on appelait àvaypaçvî, mais la décision à prendre, c'est à-dire l'abrogation ou le maintien des lois était confiée aux Nomothètes, non aux greffiers chargés de l'àvxypaçT,, On possède un document contemporain, malheureusement mutilé: c'est un décret datant (le la i" année de la 93* olymp. (av. J.-C. 409-8) que Koehlei a récemment publié et commenté dans le t. Il de ÏHennès. Sur la proposition d'un citoyen dont le nom paraît avoir été Alhénophanès, il est ordonné aux àvaypaçîî; twv vÔ[awv de graver sur une colonne de pierre et d'installer devant le portique royal la loi de Dracon sur le meurtre, que devra leur remettre le greffier des Prytancs du Conseil. Il existait donc dans les archives du Conseil des exemplaires authentiques des vieilles lois, et il y avait dans le temps où le peuple vota ce décret, des greffiers (àvaypacpîï;) dont l'emploi consistait à graver ou à faire graver par des tailleurs de pierre les loi? remises entre leurs rnains. Comme le document en question est un décret rendu par le peuple, il est évident qu'il ne s'agissait pas d'une conmiission de Nomothètes, comme celle qui fut établie peu après la déposition des Quatre-Cents, et qui sans doute n'était plus en activité. Le décret ne vise (ju'un statut particulier qui devra être remis aux àvavpa^iEl;, pour être par eux transcrit sur la pierre. Il est i»eu croyable que le pouj)le ail eu à prendre semblable disposition pour chaque loi; les greffiers sans doute étaient chargés d'une manière générale de réunir toutes les lois existantes, et de les transcrire dans leur forme autlienlique. Quant à en faire le triage, c'était l'affaire des Nomothètes, soit qu'ils fussent nommés cxtraordinairement, soit ([u'ils Jbrmassciil une Conmiission instituée dans les formes indiquées plus haut (p. 443). Il est certain que Nicomaque faisait partie des àvaypaf;;;

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«loiiL parle iiuLrc (locuuioiil, puiaqu'il n'avait pas encore rempli la mission fient il avait éti' chargé en l'an 411, mais il n'est pas douteux non plus qu'il ait eu plusieurs collègues, entre lf'Sf[uols la tâche avait rlù être partag/'C sous rlos rubriques dilTérentes. Nnlurdlcment on choisissait <les hommes versés flans les lois, et on les prenait «le préférence parmi les secrétaires qui, on relations avec les magistrats tle toute sorte, avaient roccasion de f;onnaitre exactement, ce qui n'était pas facile, la partie matérielle de la jurisprudence. Nicomaque était un des ceux-là; peut-être était-il à leur léte. Sans floute le flélai de quatre mois qui lui fut accordé, d'après le discours de Lysias, était insuffisant, mais il n'était pas lui-même à l'abri de tout reproche, pour être resté six ans sans l'achever. Il faut bien cependant qu'il ait paru excusable, puisqu'il ne fut pas relevé de ses fonctions et que, même après le renversement des Trente, il fut chargé du récolement général des lois. Une commission de Nomothètes fut instituée en même temps, comme après la révocation des Quatre-Cents. Le discours d'Andocide sur les Mystères contient au sujet de cette Commission (§§ 82-85) des indications quelque peu embrouillées, et d'où il est difficile de tirer des conséquences certaines. Des critiques modernes ont supposé qu'une place avait été faite aussi dans celte Commission à Nicomaque. Cette conjecture me parait dénuée de fondement. On lit en effet au § 2 : aÙTov vofioOirov y.aT£a9r,(ï£v, et au § 27 àvT\ (lEV 5o-j)vOu m/J-vt]^ Y£ylvr,Tai, àvTi ôï {nroYpafiiaaTla); vojaoOét/;;, oi!i Ton voil qu'on Ini reproche d'avoir usurpé des fonctions qui ne lui appartenaient pas. La seule opération dont il fut chargé était ràvaypacpr,, mais il sut se poser de telle façon qu'en plusieurs circonstances il fit fonction de Nomolhèle. Il ne faut pas prendre à la lettre la qualification de magistrature (ipx'o) donnée à son emploi; nous avons vu plus haut (p. 457) combien était vague et indéterminé le sens de ce mot. — Après tout, je ne veux pas dissimuler que ce discours contre Nicomaque est un sujet épineux. Denys d'Halicarnasse, dans son chapitre sur Lysias (§ 18), reproche à cet orateur d'avancer beaucoup de mensonges, auxquels il donne l'apparence de la vérité (i'ff/j '^/t-joix 7to)>)>à )iy wv ÈvjiLO'.ijv^ ôfioia. ]\Lais ce discours est rempli de choses qui ne sont pas plus vraisemblables que vraies. Je suppose qu'il n'a jamais été prononcé devant un tribunal, qu'il n'a pas même été composé pour cet usage, attendu qu'il ne remplit aucune des conditions du genre ; il semble n'être qu'un libelle écrit sous la forme d'un plaidoyer par un ennemi de Nicomaque. Je laisse de coté la question de savoir si Lysias avait travaillé pour son compte ou pour celui d'un autre. Nous savons au reste par Harpocration (s. v. ÈTugo)./,) que d'anciens critiques avaient élevé contre l'authenticité de ce discours des objections portant sur le fond aussi bien que sur le langage. Peut-être les réserves que je fais ici pourront-elles décider quelque jeune philologue à étudier cette question de plus près; et pourquoi pas H. Frohberger?

Page 586. — On a souvent attiré l'attention sur les différences surprenantes en effet, qui existent entre la condition des femmes dans les temps historiques et celle qu'a dépeinte Homère. Dans Homère, les prétendants

cherchent à obtenir leur fiancée par des présents, et ont un peu l'air rie l'acheter; plus tard au contraire, c'est le père qui assure une dot à sa fille, sans quoi il risquerait fort qu'aucun parti ne se présentât. Nilzsch, dans son Commentaire sur l'Odyssée (!•''= part., p. 51), émet la conjecture que l'usage des dots est né dans les temps et dans les pays où les hommes ne l'emportaient pas en nombre sur les femmes, où par conséquent cet appât n'était pas inutile pour déterminer leur préférence. De cette observation il faudrait donc conclure que dans les temps homériques il y avait beaucoup plus d'hommes que de femmes, et que les femmes étaient une marchandise rare, que l'on ne pouvait espérer d'obtenir sans y mettre le prix. Mais il n'y a aucune raison de supposer que la proportion entre les deux sexes ait varié avec le temps. L'usa^^e d'acheter les femmes à l'aide des iova remontait aux plus anciens temps des patriarches, lorsque la fille était, par le coin qu'elle prenait du ménage, une valeur dont son père ne pouvait être dépouillé sans dédommagement. Cette coutume se conserva surtout dans les maisons considérables auxquelles il y avait honneur et profit à s'allier. — Si a condition des femmes nous paraît chez Homère plus libre que dans les temps qui suivirent, il ne faut pas oublier que le poète ne nous fait guère pénétrer que dans les palais, qu'il nous apprend peu de choses sur les mœurs des classes inférieures ou moyennes, et que d'autre part l'idée que l'on a coutume de se faire de la situation subordonnée des femmes dans les temps historiques n'est pas exempte d'exagération. Il est bien vrai que les différences sociales entre les deux sexes devaient èlro d'autant plus sensibles que l'activité des hommes s'appliquait à des intérêts auxquelles les femmes devaient rester étrangères ou ne pouvaient prendre que très peu de part. Personne ne saurait nier cependant qu'il leur restât ouverte une sphère, dans laquelle il leur était permis de se mouvoir dignement et de mériter l'estime des hommes par leur prévoyance et leur influence sur la famille. Pour ce qui est en particulier des dots, on n'est pas autorisé à les considérer simplement comme un moyen de se débarrasser des filles et de leur trouver des maris ; cette coutume est née d'un sentiment de justice que blessait une inégalité trop flagrante entre les fils et les filles privées de toute participation à l'héritage paternel. Les règlements dont les dots étaient l'objet n'étaient pas non plus sans effets sur les relations des maris et des femmes. Le mari n'avait que l'usufruit de la dot, et était intéressé à ne pas donner à la femme de motifs de mécontentement qui, fournissant matière à. une séparation, lui eussent fait perdre cet avantage. C'est ainsi qu'il est dit dans Isée. {Or., III, c. 3()) que la considération de ladot rend la séparation bien difficile. On pourrait, si l'on voulait s'en donner la peine, recueiUir en assez grand nombre des témoignages et des exemples établissant ((ue dans l'antiquité, absolument comme chez nous, d"s femmes qni avaient apporté à leurs maris des dots considérables ont su se faire une situation, non pas seulement égale, mais dominante. La haute considération dont jouissaient les femmes, en tant que mères, mérite aussi d'être signalée. Strepsiade, dans les Mudes d'Aristophane, nous en donne un exemple signiticalif. Il s'est laissé persuader par

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son lils, l'ari'i (]>! .supliisliiiuc, ([u'il n'iHait pas abs;Mliiiiii'iil cunlie ii.iliiro quo les nis il h'ur liiur corrigeassent leur père, mais lorsque son fils n'clamo le même druil sur sa mère, le bonhomme se révolte et déclare que c'est là une monstruosité. La théorie sur les relations respectives du père et de la mère avec leurs enrimls qu'/Eschylo i)rtHe à Apollon dans les Eionrnl'lcs a pu trouver grâce devant les commentateurs; elle ne répondait assurément pas au senliuieiit général.

IIN JjL TO.MI: l'HKMlEK

INDEX

Al)uiites, peuplade du l'Eubéc, 95, Académie, fTyoauase, 377.

Ai-haie,Acheeus, 6. 9, 103, n., 104, 1H9,

Achéloiis, lleiive d'Epire, 6.

Achille, 3, 33, 36, 40, 41, 44, 48, 38-60,

62, 6'f, 69. 79; scèiii'S représeutécri

sur sou boucljur, 33, 42, 61, 79.

A(;liiiiadL's, phratrie athéuieuiio, 413.

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