CHAPITRE PREMIER
DES DIFFÉRENTES RACES QVl ONT FORMÉ LA NATION GRECQUE
Nous n'avons pas, dans le lablean de l'Age héroïque, spécifié les diti'érentos races grecques ni les caractères propres à chacune d'elles, par la raison 1res simple que, sauf quelques rares indications, les poèmes d'Homère ne contiennent rien qui nous aide à échiircir ce sujet. INous avons bien cité i'épithètc de èXy.eyÎTor/sç, appliquée aux Ioniens, d'où il ressort qu'on portant une tunique traînante, ils suivaient une mode étrangère au reste de la Grèce; mais le passage qui a trait aux Ioniens est sûrement une interpolation postérieure, et ne peut rien nous apprendre sur le monde héroïque dépeint par Homère. Le catalogue des vaisseaux qui cite les Abantes comme coupant leurs cheveux par devant et les laissant croître par derrière {crj.^vt 7.c[j.co)v-:£ç), h l'encontre des Achéens qui les portaient longs tout autour de la tête, n'est pas lui-même un garant bien digne de loi, et daincurs ces questions de coiffure sont d'une médiocre importance. 11 n'y a guère })lus de cas à faire de ce qui est dit à propos des Locriens, qu'ils combattaient armés de l'arc et do la frondes et ne portaient ni Ir.r.co, ni hcuclici-, ni cas(|U(''. MiiUc pail il n'est l'ai! mon-
1. 1/., XIII. 714. l'ausanias remarque (I, xxiii, i) que les Locriens servaionl comme hoplites, c'esl-à-ilire qu'ils élaii'iit armés de lnutes pièces, au temps de la ii-uerre Médi(iue.
102 r.A CITK CI'.KrnlT,
lion (le silènes (';ir;i('l(''i'isli(|iMîS poin ;inl Irinni^ni-r (h; la (li\i'isité (les raci'S, <•(; qui doil nous (''loiincr d'aiilanl niiuiis que niAino onlre les (irecs et leurs iMiiuMiiis, Tioyiis ou Iioujxîs auxiliaires, les (lilloronccs ôLaiutil à poiiie perceplihics. Nous ôfaiiOMS la qui.'slion de savoir si les anciens rhanleurs, lors- (ju'ils font converseï' les héros des deux camps sans inlerpr»'les, onl réejlenienl <tu (piOii pai'Iail de |i;irt el d'aiilic la iiH-nn' langue; ou s'ils n'oiiL lai! (jue prendre une liherlé dont tous les poêles ont usé depuis avec raison. <Juoi qu'il en soil, il n'y a aucune conséquence à tirer de ce fait, au point de vue des rapports etlinog^rapliiques : Ulysse, sans truchement, s'explique avec le Cyclope, avec les Lestrygons et les J'héaciens, hien qu'ailleurs le poète laisse voir qu'il a connaissance de |inpuIations parlant d'autres langues'. Si les Cariens sont app(dés ^jxpSxpiçwio:, cela ne prouve pas, ainsi ([ue je l'ai déjà j'emanjué, (ju'ils se distiiii^uassent, par un langage très dill'ércnt du grec, des autres peuples alliés aux Troyens^ et fussent des harhares, dans le sens qui a prévalu depuis-. Il est vraisemblable que leur langage était un mélange de grec, ou d'un idiome parent du grec, el d'éléments sémitiques, d'où avait dû naître une sorte de patois, peu compréhensible pour leurs voisins. Peut-être en était-il de même des Sintiens de Lemnos que les anciens historiens tenaient pour un peuple semi-grec, de race thracienne ou tyrrhénienne. Enfin V Odyssée signale, dans l'île de Crète, des populations parlant des langues différentes, mais sans dire si toutes pouvaient ou non se comprendre réciproquement ■'.
•I. Le Taphien Mentes fait voile vers Témèse, habitée par des peuples qui parlent une autre langue [Od., i, 183). De même Ménélas erre sur les mers xax' àUoQpôo-j; àvâpuTïO'j; (m, 302); enfin les Phéniciens emmènent leurs esclaves eu' à),Ao6pôou; àvOpwitoy; (xiv, 43, et xv, 453). Dans l'hymne à Aphrodite, qui est relativement récent (v. 113), la déesse, se présentant à Anchise sous la figure d'une jeune Phrygienne, croit devoir lui expliquer comment elle parle deux langues.
2. \i\\ deux passages de \ llùide (ii, 804, et iv, 437). les alliés des Troyens sont signalés comme parlant des langues difTércntes, mais sans plus de détails; chacun peut donc apprécier ces différences comme il l'entend.
3. {Od., XIX, 175). Les Sintiens sont appelés àypiôçtovoi dans l'Odyasée (viu, 294), [nUllr^ytç par Hellanicus (frag, 112, VA. Didot). Ils sont d'origine thrace, d'après Strabon (VII, p. 331); tyrrhénienne d'après le Schol.