DIVERSITÉ DES RACES
Lorsque du monde idéal que nous présente la poésie dllomère nous passons dans le domaine de la tradition historique, à l'uniformité qui régnait sur le monde grec succède la diversité. L'ensemble des populations grecques se décompose, suivant les critiques anciens qui ont le mieux étudié les relations ethnographiques, en trois races principales, les Éoliens, les Doriens et les Ioniens'. Parmi les Ioniens doivent être rangés les habitants de l'Attique, la majeure partie des peuplades qui habitaient l'ilc d'Eubée et les îles de la mer Egée, comprises sous le nom général de Cyclades ; enfin les colons qui s'étaient fixés sur les côtes de la Carie et de la Lydie, et dans les îles les plus voisines de ces rivages, Chios et Samos. La race dorienne comprenait dans le Péloponèse, les Spartiates, les populations dominantes à Argos, à Sicyone, à Phliunte, à Corinthe, à Trézëne, a Epidaure, en y joignant File d'Egino ; en dehors du Péloponèse, la Mégaride, la petite TsTpa-KoXtç dorique, désignée aussi sous les noms de Ilvnir.zA'.q et de TpiTTwÀ'.;, la plupart des Sporades, une étendue, considérable des côtes de la Carie avec les îles voisines, parmi lesquelles Cos et Rhodes tenaient le premier rang- ; enfin la portion conquérante de la population crétoise. Tous les autres habitants de la Grèce et des îles qui en dépendent sont désignés sous le nom d'Eoliens inconnu encore à Homère - et que l'on appliquait évidemment à des peuples différents, entre
d'Apollonius de I^hodes (I, G08) ; pélasgique. d'après l^hilochorus (fragm. 6, Ed. Didot).
1 . Les anciens paraissent avoir considéré les Ioniens et les Acliéens comme des branches d'une même souche, personnifiée, dans un poème hésiodique (voy. Tzetzès ad Lycophrontem, v. 284), sous le nom de Xouthos, et opposée aux races éolienne et dorienne. Au contraire, des critiques plus modernes, tels que Strabon (VIII, i, p. 333), font rentrer les Acliéens parmi les lioliens. La parenté étroite que l'on avait reconnue ou que l'on supposait exister entre les Ioniens et les Achéens avait donné naissance à la première o|»inion. Les conjectures plus récentes reposent sur ce lait que les colonies éoliennes de l'Asie Mineure contenaient un mélange d'Achéens, venus du Péloponèse et d'Kolii'ns venus de la Béotie. Déjà Pindare {Nrinrcntic, XI. 3'i) présente comme une troupe éolienne les habitants de la i^aconie qui avaient émigré sous la conduite d'Oresle et de Pisandre.
2. Les Ioniens ne sont eux-mêmes mentionnés que dans un seul passage de l'Iliade (xiii, (Wo); il en est de même pdur les Doriens, dont la présence est signalée dans l'île de Crète [OU., xix, 177).
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li!S(]iicls il csl. iiii|)()ssilil() d'HiliiirlIri! I.i (■Dininini.uité (l'<j|-it^ine (|iii rcliail irs loniiMis (mi les hoiiciis. liit-n (juil soit dif'licii»' (II' cilcr lin j».iys où rime on ranli'i* «le ces deux rares ail conservé soiiciilière pureté, on m- |»oiiv.iit cependant méconnailiv une souche commune, sui' lafjiicllc s'étaient ^relies des éléments étrangers. Au conlraire, cliez les jjôpulalions réputées éolicnncs la soiiclic iiiaïKjiic; il [\'v a pas ciiliv dlrs moins de diversité dOi^i^inc (|ii'ij en existe entre les Ioniens t^t les iJoiiens, de (elle sorte (jue les unes se rapprochent davantage de la race ionienne, les autres de la race dorienne. Il est très prohahle que les Achéens, auxquels on atlribui; une orig-ine éolienne, se rattachent aux Ioniens*, et que la plupart des peuplades établies au centre et dans le nord de la Grèce avaient au contraire des liens de parenté avec les Dorions. Une étude approfondie el judicieuse conduirait sans doute à c^tte conclusion que la nation grecque se partage non pas en trois races, mais en deux, et que lesprétendusÉoliens doivent être répartis enire ces deux races, le plus grand nombre appartenant aux Doriens.
Les caractères dilïerents des deux grandes laiiiilles helléniques, signalés souvent par les anciens, se manifesteni surtout pour nous dans les dialectes. Le dialecte dorien, dans lequel nous faisons rentrer Téolicn, se présente évidenunent comme le plus archaïque, c'est-à-dire celui qui, en ce qui concerne les sons pris en eux-mêmes et les flexions grammaticales, reproduit le plus lidèiement le type de la langue originaire, tel que nous le révèlent les résultats de la philologie comparée'. Toutefois, si le dialecte ionien s'éloigne en beaucoup de cas de ce type, cela ne nous autorise pas à le considérer comme plus moderne. Il est probable que, les Ioniens
1. D'après Pausanias (H, xxxvii, 3), les Argieiis, de race acliéenne, parlaient, -avant le retour des Héraclides, le même langage que les Athéniens.
2. Il est à propos de remarquer que, sur le continent de la Grèce proprement dite, en BéoLie, par exemple, l'éolien paraît avoir un caractère plus persistant que le dialecte des populations qui ont émigré de cette contrée, dialecte dont nous ne pouvons juger, il est vrai, que parles fragments des poètes Lesbiens. La forme du duel, qui existait certainement à l'origine, s'est conservée en Béolie, et s'est perdue en Asie .Mineure.
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s'étant détachés plus tôt de la souche commune, la langue primitive a eu plus le temps de s'altérer. Le dorien produit sur l'oreille l'impression d'une prononciation plus dure et plus âpre. L'a domine parmi les voyelles, et le s parmi les consonnes; l'aspiration labiale relève un grand nombre de syllabes, quelque place qu'elles occupent dans le mot. Il en était bien de même à l'origine chez les Ioniens, mais cet usage avait disparu de bonne heure. Le dialecte ionien se distingue par plus de douceur et de flexibilité, par une vocalisation plus complexe, par des formes plus abondantes et plus variées. Les différences ne sont pas moins frappantes dans la partie du domaine intellectuel où se révèle le plus souvent le génie propre d'un peuple, c'est-à-dire dans Fart, en particulier dans Tarchitecture et la musique. De l'avis général, le caractère de l'architecture doricnne est, d'une part, l'accord du but avec les moyens et la solidité^ de l'autre, la simplicité et l'harmonie ; tandis que les qualités inhérentes à l'architecture ionienne sont la grâce, la délicatesse et la recherche des ornements accessoires. De même pour la musique, qui est au son ce que l'architecture est aux formes matérielles. On attribue surtout à la musique dorienne un caractère sérieux et élevé, la puissance d'apaiser les passions, et de développer dans l'àme des sentiments virils, ell'ets dépendant à la fois de l'harmonie, qui n'est appréciable pour nous que par ouï-dire, el du rythme. Ce qui dislingue au contraire la musique ionienne, c'est une sorte de mollesse et de relâchement, (jui la rend également propre à exprimer les émotions opposées du plaisir el de la tristesse. Le môme contraste se retrouve dans la poésie. La plus ancienne forme de la poésie, pour nous en tenir aux œuvres que nous pouvons juger d'après les restes qui en subsistent ou d'après des traditions certaines, l'épopée, reniiMite à un àg(( antérieur sans aucun doute à l'expansion de la l'ace dorienne, et durant lequel domine la race acheenne, proche parente des Ioniens. Aussi, après même que ce genre de poésie fût entré dans le domaine commun de toute la nation, non seulement la langue épi(|ue mais la mise en œuvre générale du poème restèrent mar(|uées d'une empreinte que l'on pt'ul appeler iimieniie. Si UoiiiiTc ibuit le imm est allacliraiix deux
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