IDÉE DE L ÉTAT — ANTAGONISME DES PARTIS
Donc la religion offrait peu de ressources pour affermir ou développer la moralité des citoyens, et d'autre part, il faut bien reconnaître que les institutions purement civiles étaient loin de réaliser l'idéal des politiques, d'après lequel l'Etat a le devoir de venir en aide au progrès moral de l'humanité, Platon, tout convaincu qu'il était que Fhomme est créé pour l'Etat et ne peut accomplir sa véritable destination que dans une Cité bien ordonnée, pensait avec tristesse qu'un philosophe seul pouvait se résoudre à embrasser la vie publique; et comme aucun des États existants ne lui paraissait répondre même imparfaitement à son objet, Platon allait plus loin, et estimait que l'ami de la sagesse devait lui-même se tenir à l'écart des atl'aires, plutôt que de s'y consacrer sans succès et sans espérance. Avait-il raison, ou devons-nous adhérer au jugement de iNiebuhr, qui lui refuse le litre de bon citoyen? Nous n'avons pas à traiter cette (jueslion, mais il faut reconnaître d'une part que la C-ité dont Platon a tracé le modèle est absolument irréalisable dans les conditions dont l'humanité ne peut s'affranchir, de l'autre que son appréciation sur les cités grecques qu'il a pu observer ne saurait être contredite. Outre que la communauté civik' proprement dite, c'est-à-dire la bourgeoisie, était bornée à une très faible partie de la })opnlation, que même dans les États les ])Ius popnlaires elle eut lait à nos modernes démocrates l'elfet d'une intolérable oligarchie, il est certain que cette société restreinte réalisait un tri's petit nombre des conditions qui sont le but ri rcssciuc i\r l'i^tat. Presque toujours le bien piiblic \' est siiboidoiuie à 1 intérêt,