Diodore, 1. XI, c. 47; Plutarque, Aristide, r
5. Plutarque, Périclès, c. 12; voy. aussi Schœmann, Antiq. grecques, t. I, p. 389.
SYMMACHIE ATHÉNIENNE 1 1 o
avantage que, livrés entre eux à d'éternelles dissensions, ils pouvaient du moins par son entremise échapper à une rupture ouverte et dénouer leurs querelles pacifiquement et légalement. Bien qu'on ne puisse dire en effet combien de temps dura la juridiction fédérale signalée plus haut, ni même si elle a surementexisté, il est incontestable qu'Athènes enpareil cas intervenait comme arbitre, et que les alliés furent bien rarement dans la nécessité de recourir aux armes1. Si donc quelquesuns de ces états se plaignirent d'Athènes, longtemps même avant la guerre du Péloponnèse, il n'est pas du tout avère qu'ils eussent des raisons de le faire. Leurs récriminations prouvent seulement que leur part de contributions et les atteintes portées à leur indépendance par l'hégémonie d'Athènes ne leur paraissaient pas en rapport avec les avantages qu'ils en retiraient. Athènes était en droit de considérer leur défection comme une trahison envers les intérêts généraux de la Grèce, de les ramener dans le devoir par la force et de les réduire à une condition plus dépendante, ce qui ne pouvait se la ire sans entreprendre sur leur constitution intérieure et sans s'immiscer dans leur gouvernement. Chez les populations soumises au régime oligarchique ou aristocratique, ce furent naturellement les privilégiés qui souffrirent le plus de ces changements et qui, les premiers, s'éloignèrent des Athéniens pour se rapprocher d'autant des Spartiates. Par cela même, il était dans la force des choses qu'Athènes s'appliquât à renforcer L'élément démocratique. Les limites imposées aux juri dictions locales qui ne pouvaient connaître que des affaires secondaires, tandis que les affaires d'importance étaient déférées aux tribunaux athéniens, furent une application de la même politique5. Athènes se proposait un seul but : couper court aux manifestations de l'esprit de parti auxquelles les procès fournissaient prétexte ; les mécontents l'accusèrent de vouloir grossir ses revenus, en faisant main basse sur les fiais de justice.
t. Comme par exemple les Samiens et les Milésiens, en 440; voy. Thucydide, I. J. c. I L5, 2. Voy. Meier el Schœmann, der An. Process, p. 777 et suiv.
MO RELATIONS [NTERNATIONALES
A mesure < 1 1 n ■ la puissance croissante d'Athènes inspirait plus de jalousie à Sparte et à la symmachie Spartiate, en particulier à Corinthe, et que, de part et d'autre, les rapports se tendaient <lc plus en plus. Les occasions de dissensions intestines devinrentaussi plus fréquentes dans la symmachie athénienne. Un grand nombre des alliés d'Athènes se rattachaient à ses adversaires par une commune origine, et leur étaient attachés au fond du cœur. Quelques-uns même étaient, vis-à-vis de la ligue opposée, dans les relations de colonie à métropole, et partout, ou l'a vu déjà, les partisans du régime aristocratique inclinaient vers les Spartiates. Lorsque la guerre finit par éclater entre les deux puissances rivales, tous les motifs de division doublèrent d'intensité. Les hostilités d'ailleurs forçaient d'imposer aux confédérés de nouveaux sacrifices, d'autant plus mal venus que la plupart de ceux dont on les exigeait étaient médiocrement disposés pour la cause qu'ils devaient soutenir, ou la considéraient du moins comme leur étant étrangère. Les Athéniens furent donc forcés d'exercer une surveillance plus sévère pour prévenir les défections : de là des rigueurs qui provoquèrent un redoublement de plaintes. La plus impopulaire fut l'inquisition que les Athéniens établirent à l'aide d'agents de police (çdXaxeç, krJ.r/.o-z<.) et même par des espions secrets (xpurroi)1. Quand le désastre de Sicile eut porté à la puissance d'Athènes un coup irréparable, les anciens alliés de cette ville se trouvèrent donc tous préparés à écouter la voix des Spartiates qui s'annonçaient à eux comme des libérateurs. Athènes dès lors ne dut plus compter que sur la fidélité de ceux qu'elle pouvait maintenir par la force dans sa dépendance. La bataille d'zEgospotamoi termina cette longue lutte, à laquelle on eut pu, dans l'intérêt de la Grèce, souhaiter un autre dénouement. Athènes fut contrainte d'accéder à la symmachie Spartiate, mais on reconnut bientôt que les confédérés avaient plus perdu que gagné à ce changement d'hégémonie. Ils avaient compté sur la suppression ou du moins sur l'allégement des contributions, et ils
1. Voy. Harpocration, s. v. sniaxonoç et çwiaS ; cf. le Schol. d'Aristophane, Aies, v. 1022; Lexic. Seijuer., p.1 273.
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durent payer aux Spartiates tout autant qu'aux Athéniens1. Us avaient rêvé l'indépendance et l'autonomie, et Lysandre remplaça partout les constitutions libres par une oligarchie d'autant plus oppressive que l'autorité était dévolue, non aux hommes les plus considérables par leur naissance ou leur mérite, mais aux partisans les plus zélés du vainqueur2. Généralement un collège de dix membres ou décadarchie était placé à la tête de l'Etat, sous la protection d'une garnison Spartiate^ commandée par un Harmoste, cl se livrait à d'intolérables violences3. Tant que les confédérés avaient été soumis au protectorat ou. si l'on veut, à la domination d'Athènes, ils avaient échappé du moins à celles des Barbares ' ; mais les Spartiates n'avaient pas eu honte, avant leur victoire, d'acheter l'appui du Grand-Roi, en lui livrant les Grecs de l'Asie5. Plus tard, à la chutedes maîtres imposés par Lysandre, les confédérés furent traités d'une manière plus libérale ; des efforts même furent tentés pour garantir les villes de l'Asie contre les entreprises des Perses, si hien que les récents alliés devinrent ennemis, et cependant on ne tarda pas à connaître combien en réalité l'indépendance de ces villes tenait peu au cœur des Spartiates. Vaincus ;ï la hauteur de Cnide par Conon qui, bien qu'Athénien, était alors au service des Perses, et convaincus qu'ils ne pouvaient maintenir leur supériorité sur mer, ils cédèrent aux exigences d'Artaxercès, pour ne pas aider au relèvement d'Athènes qui commençait à réparer ses pertes et rattachait à elle un certain nombre de ses alliés. Le traité conclu par Anlalcidas, en 387, portait que les villes d'Asie, ainsi que les îles de Glazomène' cl de Chypre resteraient soumises au Roi, et que les autres cités grecques, graudes ou petites, conserveraient leur auto-
t. D'après Diodore (1. XIV, c. 10), plus de 1000 talents chaque année.