‹ Antiquités grecquesChapitre 138 sur 567 · Plutarque, de Stoicor. tepugn., c · texte numérisé non relu

Plutarque, de Stoicor. tepugn., c

ne doivent inspirer que la terreur, oeiatoaip.ovta, est jugée une erreur superstitieuse, directement contraire au respect qu'ils réclament1. Le mot grec ebaéteux exprime en effet quelque chose de plus élevé que la crainte servile ou les dispositions d'esprit qui portent à se mettre en règle avec la loi; il suppose la reconnaissance volontaire d'un principe supérieur, auquel l'homme se sent au dedans de lui tenu de payer un tribut de respect". Il fut donné aussi au paganisme de rejeter les conceptions sensuelles et grossières des premiers temps, et de s'élever à l'idée plus pure d'une nature divine, digne d'adoration, en raison non plus seulement de sa puissance, mais de sa sagesse et de sa bonté.

A vrai dire, cette idée plus pure de la divinité et Yùziîv.y. dont elle était le principe étaient le monopole des hommes d'élite, et ne se rencontraient, dans leur entier épanouissement, que chez quelques esprits supérieurs. Aussi l'historien qui se propose de caractériser la religion des Grecs, non pas celle qui restait le secret du petit nombre, mais la religion populaire dans sa généralité, ne peut-il s'empêcher de reconnaître que, à la place de la véritable sùasêeca, régnait presque partout une superstition grossière ou une incrédulité irréfléchie. « Quelques-uns de nous, dit Platon, ne croient pas du tout aux dieux ; d'autres pensent que les dieux ne se soucient pas des hommes ; d'autres enlin sont d'avis qu'ils se laissent loucher par les prières et les faux semblants1. » Entre ces derniers qui sans doute formaient le plus grand nombre, il y avait

\. Plutarque, Périclès, e. G; de Superstit , c. 1. Sur les différents sens du mot ôîKJtoatjxovca, voy. Varron, cité par saint Augustin, deCivit. l><i, I. VI. c. 9, et surtoul Welcker, Gœtterlehre, t. Il, p. 140. Ce mot exprime souvent une crainte raisonnable des dieux, et n'est guère pris avant Polybe dans l'acception de terreur superstitieuse, ainsi que l'a remarqué Ast, dans son édition des Caractères de TUéophraslc, p. 143. Théopbraste désigne les esprits superstitieux par l'épithète de xaxôôsot. Quant au chapitre des Caractères intitulé nep\ BeiffiSaipovîa;, il est reconnu pour apocryphe (voy. Wyttenbach, dans son commentaire sur les OEuvres morales de Plutarque, de Supers/., I. II, p. '279, édit. de Leipsi.k

2. Le respect des enfants pour les parents, la piété envers la mémoire des morts sont appelés aussi Eùffl6eia ; voy. par exemple le discours deLycurgue c. Léocrale, § 94.

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