Iliade, 1. XI, v
4. Dans VEtymol. Magnum, p. 426, 18, est mentionné un autel commun à ces deux divinités, qui n'a aucun rapport avec le Dodekathéon,
5. Par exemple, les habitants de Çyzique, lorsqu'il s'annexèrent l'île de Proconnèse, transportèrent chez eux la statue de la mère des Dieux (Pausanias, 1. VIH, c. Î6, § 2). Les Arg-iens, après la destruction de Mycène, tirent de même pour la statue de Héra et probablement aussi pour celles d'autres dieux. (Ibid , l. H> c. 17, § 5.)
l'état et le culte 221
bien encore cette localité restait le siège principal du nouveau Dieu, où l'on allait le visiter. Quelquefois aussi les conquérants instituaient dans leur capitale un culte copié sur celui des vaincus, et qui s'y rattachait par une sorte de lien filial. Enfin il arriva parfois que les états dépendants qui secouaient le joug- ne voulaient pas pour cela rompre avec le culte qui était le leur, et ne reculaient pas, pour le conserver, devant les moyens violents. Ainsi firent les .Eginètes : soumis dans l'origine à leur métropole Epidaure, ils ne voulurent pas, lorsqu'ils s'affranchirent de cette subordination , renoncer à la religion des divinités Damia et Auxésia; ils enlevèrent leurs images, leur construisirent un nouveau sanctuaire à Mgme et instituèrent en leur honneur des fêtes sur le modèle de celles qu'ils avaient célébrées à Epidaure1. — La fondation des colonies fut également l'occasion de nombreux changements apportés aux cultes traditionnels : les émigrants emportaient naturellement leurs dieux dans leur nouvelle patrie, mais il était rare qu'ils pussent les servir exactement comme ils le faisaient autrefois. D'ordinaire les colonies étaient un mélange de populations différentes; cette diversité d'origine est en particulier attestée pour les colonies éoliennes et dorienncs. Chaque peuplade tenant à conserver ses croyances et ses pratiques religieuses, il était inévitable que les cultes communs se divisassent, que les cultes distincts se confondissent. Nous avons parlé plus haut d'un culte fondé en l'honneur des clvM-xi2 . Souvent aussi les dieux vénérés dans le pays dont on prenait possession entraient en partage avec Lès nouveaux venus, et de là résultaient, dans la façon de concevoir les uns et les autres, des accommodements conformes à l'esprit du polythéisme. Dans les divinités que l'on voyait pour la première fois, on croyait reconnaître des divinités nalio-
1. Hérodote, 1. V, c. 83. Damia et Auxésia ont été reconnues être les mêmes que Démêler et Perséphone; voy. le Schol. d'Aristide, Panathen.t p. 598, éd. Dindorf; Preller, griech. Mythol., t. I, p. 588. On peut douter cependant que le premier nom dérive de 65 identique à yr\. D'autre part, l'opinion que j'ai émise dans le Philologus (t. XXI. p, 597), à savoir que Aaixix équivaut à Zï)(Ata et signifie La déesse vengeresse, me parait aujourd'hui manquer aussi de vraisemblance.
'1. Voy. plus haut, p. 94.
nales, envisagées simplement sous un autre; aspect; on leur appliquait les mêmes noms, on se rattachai! à Leur culte, et on se faisait un tel scrupule d'y apporter aucun trouble qu'on
laissait les sanctuaires mêmes aux mains dos anciens desservants. Ainsi les Branchides, sans doute d'origine carienne, étaient restés, à Milet , en possession du sanctuaire d'un dieu dans lequel les Grecs croyaient retrouver leur Apollon1. La déesse d'Ëphèse fut prise pour une Artémis, et ses prêtres étaient des eunuques, d'après une coutume étrangère aux Grecs, mais qu'ils avaient trouvée établie. Enfin, à Samos, le culte dominant de liera, qui n'avait jamais eu cette prépondérance chez les Ioniens, ne s'expliquerait pas, si l'on ne savait que les nouveaux occupants n'avaient fait que se rallier à une religion antérieure2.
Ajoutons, pour terminer, que des circonstances particulières et souvent accidentelles pouvaient encore avoir pour résultat de faire instituer de nouvelles religions, de modifier celles qui existaient, de faire prédominer un culte ou au contraire de le subordonner à d'autres. Dans la deuxième guerre de Messénie, une prêtresse de Tbétis, nommée Cleo, qui portait sur elle une image de la déesse, étant tombée aux mains du roi Anaxander, fut donnée par lui à sa femme Lœandris. Avertie par un songe, Lseandris obtint que l'on fonderait à Sparte un temple en l'honneur de Thétis, où cette image serait conservée et honorée dans un lieu secret3. Ce fut aussi à l'occasion d'un rêve de Pindare, confirmé par l'oracle, que fut introduit à Thèbes le culte de la Mère des dieux4. Les Athéniens consacrèrent un autel à la Renommée, $%y], en reconnaissance de la rapidité avec laquelle était parvenue la nouvelle de la victoire remportée par Cimon, sur les bords de l'Eurymédon3,