L ÉTAT ET LE CULTE
victoire à la suite de laquelle le même honneur fut rendu à la déesse de la Paix l.
L'histoire du tyran de Sicyone, Clisthène, nous offre un exemple de l'intervention de la politique dans les affaires religieuses2. Jusque-là les Sicyoniens avaient grandement honoré un héros argien du nom d'Adrastos, ou plutôt un dieu dégénéré en héros, et cette vénération était un des liens qui rattachaient encore la colonie à la métropole, Clisthène, résolu à rompre l'union des deux villes, tenta pour arriver à ses fins d'aholir le culte d'Adrastos. Interrogé, l'oracle de Delphes blâma le projet de Clisthène, qui imagina d'opposer dans Sicyone à Adrastos un autre héros du camp ennemi, le thébain Mônalippos qui, suivant la légende, devait un jour triompher de son rival argien. A cet effet, il s'adressa aux Thébains et les pria de mettre Ménalippos à sa disposition, ce à quoi ils consentirent. Il fonda donc à Sicyone un culte en l'honneur de ce personnage et reporta sur lui les honneurs rendus antérieurement à Adrastos, dans l'espoir, dit l'historien, que ce dernier céderait la place de lui-même, c'est-à-dire que les Sicyoniens n'y penseraient plus. Ce fut aussi Clisthène qui établit le culte de Dionysos ou qui du moins l'éleva à une dignité nouvelle, en affectant à son service les chœurs qui avaient célébré jusquelà les louanges d'Adrastos. La même transformation du culte de Dionysos se produisit dans d'autres contrées, et peu! être considérée comme un effet du soulèvement populaire contre les prétentions de l'aristocratie. Dionysos était une divinité rustique, beaucoup plus en faveur auprès des paysans qu'auprès de la classe aristocratique des chevaliers11.
On voit, d'après tout ce qui précède, que les révolutions religieuses n'ont pas fait défaul en Grèce, et qu'elles ont atteint les cultes ofiiciellement reconnus par l'Etat, aussi bien
1. Plutarque, Cimon, c. L3. Boeckb (Staatshaush., t. II, p. 131) a démontré l'erreur de Cornélius Népos [Timothée, c. 2). Il résulte toutefois d'un passage d'Isocrate [de Permut., § LiO) que le culte de la déesse 'EipTJvv) était florissant au temps de Timothée; voy. St.uk, dans les Mémoires dell lus!. di Corresp. archeol., t. Il, p. 255.
~2. Hérodote, 1. V, c. 67. Voy. aussi Duncker, Gesch. d '& Alterth.^ t. IV, p. ï.\.