‹ Antiquités grecquesChapitre 166 sur 567 · DE L IDOLATRIE · texte numérisé non relu

DE L IDOLATRIE

La religion dos Grecs, comme en général celle de toutes les nations chez lesquelles a régné le paganisme antique, est habituellement désignée sous le nom d'idolâtrie; ce n'est pas sans raison. Partout en effet on y trouve ce besoin naturel à l'homme de se rendre présent par une image visible le dieu qu'il adore, et de s'assurer que l'objet de son culte perçoit réellement les hommages, les invocations et les sacrifices dont il lui offre indirectement le tribut. Il y eut un temps, il est vrai, où l'on n'avait pas d'images, où peut-être même on ne se représentait pas encore les êtres surnaturels sous des formes déterminées; mais déjà l'aspiration religieuse s'attachait à des objets sensibles, que l'on supposait en rapport intime avec les dieux ou dans lesquels on croyait reconnaître quelque chose de leur vertu divine (numen, èvépye'.a)1. On possédait des symboles, qui restèrent en honneur après même que l'on connut les images. Le choix des objets auxquels on attachait un sens symbolique ou dans lesquels on croyait sentir quelque chose de la puissance céleste dépendait de plusieurs causes dont il est impossible aujourd'hui de rendre un compte détaillé, que les anciens eux-mêmes auraient été souvent embarrassés d'expliquer. Ces objets, d'espèces très différentes,

1. Aucun mot £rec ne répond exactement à l'expression latine, qui caractérise très heureusement la puissance merveilleuse par laquelle la divinité met en mouvement la nature, sans le secours d'aucun moyen extérieur, et accomplit tout ce qu'elle veut; voy. Cicéron, de Natura Deorum, 1. m. c. 39. On ne peut supposer cependant que cette idée fût étrangère aux Grecs. Dans la Théogonie, Hécate personnifie la force divine qui agit

,1». loin. Cette attribution toutefois s'éloigne 'les opinions populaires sur

cette déesse; voy. Schœmann, Opusc, t. 11. p. 229.

étaient des animaux, drs piaules, des pierres, dès ustensiles, que l'on se figurait en rapport avec les attributions de tel ou tel dieu. Parmi les animaux, les serpents surtoul avaienl le privilège de renfermer le dieu lui-même ou du moins quelque démon à son service. La protectrice de la ville, Athêna, avail à ses ordres, pour garder le temple élevé en son honneur au sommet de l'acropole, un serpent (o'xoupbq :<pt;) à qui l'on offrail chaque mois des gâteaux de miel, d sous l'enveloppe duquel se cachait, disait-on, un dieu ou un héros, Ericthonios. Lorsque, au moment délivrer la bataille de Salaminc, on s'aperçut que les gâteaux étaient restés intacts, on comprit que la déesse et son serviteur avaienl déserté la citadelle1. \ Eleusis, Démêler avait pris aussi pour ministre de ses volontés un démon, sous la forme d'un serpent appelé Kuxpe£$Y)ç, d'après le nom du héros salaminien Kychreus, qui l'avait élevé, à en croire les exégètes postérieurs, qui s'était incorporé en lui, suivant les antiques légendes2. Dans cette môme bataille de Salamine, un serpent avait paru au milieu de la flotte grecque, et l'oracle avait déclaré que ce reptile n'était autre que le héros Kychreus11. L'histoire du roi Cléomène montre, entre autres récits du même genre, combien était générale l'opinion que les héros aimaient à se produire sous la figure de serpents1. Quelques jours après que le cadavre de ce prince eut été mis en croix, un grand serpent s'enroula autour et le protégea contre les atteintes d'autres animaux. Les habitants d'Alexandrie virent dans ce fait la preuve que Cléomène était passé à l'état de héros, et qu'il avait revêtu la forme d'un serpent, pour défendre son ancienne dépouille. Sosipolis, le sauveur d'Elis, est un autre exemple d'un démon caché sous l'enveloppe d'un reptile. Il habitait à Olympie, dans le temple d'Ilithye, dont la prêtresse lui fournissait des gâteaux de miel pour se nourrir et de l'eau pour se baigner5. Mais c'est surtout au dieu de la médecine, Asclépios, que l'on as-

i. Hérodote, 1. VIII, c. 41.

2. Strabon, 1. IX, p. 393; voy. aussi Preller, Mythol., t. I, p. 493.

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