CHAPITRE PREMIER
Les populations grecques se donnaient volontiers le nom générique d'Hellènes, témoignant par là qu'elles avaient la conscience d'une nationalité commune qui les distinguait des races barbares1; ce lien pourtant ne fut jamais assez fort pour les réunir en un même État. En face des Barbares, ils se sentaient bien rapprochés par la langue qui, malgré les différences de dialectes, était intelligible à tous les Grecs, par la religion et les formes extérieures du culte, par la ressemblance générale des mœurs et des pratiques journalières, enfin par les efforts à l'aide desquels tous tendaient vers la liberté civique et le selfgovemment ; mais entre eux il y avait plus d'éléments de séparation que de points de contact. Sans compter même les divergences d'origine qui s'étaient produites antérieurement à l'arrivée des hordes asiatiques dans l'Hellade1 et avaient constitué les races ionienne, dorienne, éolienne, l'Hellade elle-même était, par sa configuration naturelle, peu propre à favoriser le
1. Ce mot, s'appliqua originairement au langage inintelligible des races étrangères, plus tard il désigna l'état de sauvagerie opposé à la civilisation des Grecs et à leur amour pour la liberté. Yoy. F. Roth, ueber Sinn und Gebrauchdes Wortes JBarôar.,Niirenberg, 181 4, et Nœgelsbach, die JVacMomer. Theol., p. 305.