Athénée, I. Ylll, o. 65, p
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dieux sont invités à boire le Soma, et cette liqueurs pour effel de les rafraîchir el de les fortifier. Des indices certains révèlent la même préoccupation non seulemenl chez Homère, mais jusque <l;uis les temps de beaucoup postérieurs ; toute la question est de savoir quelle idée on se faisait au juste de ce mode de jouissance. Dans les choses de ce genre, il ne faut pas chercher des vues claires et généralement admises ; on doit se contenter de vagues conjectures, exprimées sous des formes tantôt plus délicates, tan toi plus grossières. Le sentiment le plus répandu était que les dieux aspiraient la vapeur de la chair brûlée, les exhalaisons du sang et celles des breuvages répandus en leur honneur1. Si on lit çà et là qu'ils mangeaient la viande, qu'ils buvaient le vin ou le sang; personne n'admettra que ces passages doivent être pris à la lettre2. Des auteurs comiques ou satiriques, comme Aristophane ou Lucien, présentent, il es! vrai, les sacrifices comme des repas sans lesquels les dieux risquaient de mourir de faim ou de soif, mais on ne saurait supposer que cette idée bouffonne trouvât crédit même dans la foule la plus inintelligente. Les esprits clairvoyants, et il y en avait aussi parmi ceux qui témoignaient leur foi par des sacrifices, se dirent assurément que ces cérémonies ne pouvaient avoir qu'un sens symbolique. Le Jéhovah des Juifs n'était pas non plus insensible à l'odeur des sacrifices, ce n'était pas qu'ils lui servissent d'aliments : il voyait là le signe de la vénération que ressentaient pour lui ses adorateurs; c'était, je le suppose, par la même raison que les divinités grecques y prenaient plaisir. Comme les Juifs à Jého-
1. Origène, contre Celse, 1. VIII, p. 397, (t. XX, p. 17, éd. Lommatzch) :
xb y.ï\j.i çoktlv etvas Tpocfvjv ôat(j.ôvwv xpecpojjivtov xaî; an a-JXoO àva6'J[J.Ki!7S(7'.v ; CI. Psellus, de opérât. Dsemonum, p. 12, éd. Boissonade : xà ôoupLÔvta 6r,p4ojj.eva xr,v ànb t£>v alfiâxwv xoù t% xvsa^ç xtov fbcriwv àuôXT.uatv Ttspl xouçëwjj.crjç s&eîxai y.ai Ta àydcX|j.axa xà aùxotç àvaxîtfxîvoc xouxotç yâp tcou xoù xpéssxo» xà alpivx aùxtov <7<.j|j.-/xa.
2. Les épithètes de w^axri:, aîyo^âyoç, xpioçâyoç, dont sont accompagnés les noms des dieux (Hésychius s. v. et Pausanias, 1. III, c. 15, § 7), le surnom de ô^oçàyo;, sous lequel est désigné Apollon, celui de -/ootcôxyk attribué à Dionysos, celui de slXamvâdxric que l'on trouve joint au nom de Zeus (Athénée, I. VIII, c. 36, p. 346; 1. XII, c. 45, p. 533 et 1. IV, c. 74, p. 174) ne sauraient compter comme des arguments.
vah, les Grecs sacrifiaient à leurs dieux, non pour leur donner à boire et à manger, mais pour leur montrer qu'ils ne les oubliaient pas en jouissant de leurs dons, et leur témoigner, sous une forme matérielle, des sentiments qu'ils ne croyaient pouvoir mieux exprimer. On faisait des libations parce que c'était la manière la plus naturelle et la plus simple de se dessaisir d'une partie du breuvage que l'on allait boire ; on consumait la chair des animaux, parce qu'il était juste de penser aux dieux chaque fois que l'on profitait de leurs bienfaits et que la crémation était le mode de partage le mieux approprié. Autrement, il eût fallu laisser la chair se corrompre et les gâteaux moisir sur l'autel, à moins de jeter ou d'enfouir sous terre les présents destinés aux habitants du ciel. De là venait que le feu était considéré comme quelque chose de divin1. D'après la légende, les dieux avaient eu jadis la possession exclusive de cet élément merveilleux2; qu'ils en eussent fait don aux hommes, ou que Prométhée le leur eût dérobé, il n'était pas de nature terrestre. La flamme, en s'élevant, semblait indiquer la route du ciel; aussi le feu étaitil le plus puissant moyen de purification et le symbole de la régénération morale 3. C'est pour cette raison que, dans un grand nombre de temples, on entretenait un feu perpétuel ou une lampe constamment allumée, et que l'ollrande réservée aux dieux devait passer par les flammes. Cependant toute espèce de feu n'était pas indifféremment propre aux sacrifices et aux autres usages du culte. L'élément le plus pur pouvait lui-même être altéré, et ce qui satisfaisait un dieu pouvait ne pas les satisfaire tons. Lorsque les Grecs, après la bataille de Platée, consultèrent l'oracle de Delphes, sur la façon dont il convenait de célébrer leur victoire, il leur fut enjoint d'éteindre fous les feux allumés dans la contrée, comme ayant élé souillés par la présence des barbares, el
1. La substance céleste el éthérée du feu a été surtout célébrée chez les Hindous, qui en ont l'ait, sous le nom à'Agni, un intermédiaire entre les hommes et les dieux; voy. Pictet, Origines Indo-Europ., t. II, p. 677.