Athénée, 1. IV, c. 16. p
5 Voy. Schœmann, Antiq. grecques, t. I, p. 298 et 338. 6. Voy. Schœmann, ibid., t. I, p. 32, où l'on a imprimé à tort Duriens au lieu de Ioniens.
à son intention chez les /Eginètes. L'initiation à ces mystères passait pour être un remède aux maladies mentales l.
L'enchaînement des idées nous amène naturellement aux fêtes de Déméter et de sa fille Kora ou Perséphoné. La principale était, en Attique, les Eleusinies dont nous avons déjà tracé le tableau. A Déméter était consacrée aussi une fête qui avait un caractère particulier de sainteté, les Thesmophories. Elles se célébraient dans le mois de Pyanepsion, qui suivait les Eleusinies et occupait le quatrième rang sur le calendrier attique. A cette époque de Tannée, c'est-à-dire au commencement de novembre, on était quitte des semailles d'hiver ; il ne restait plus qu'à recueillir le fruit du travail ; c'était le moment de remercier la Déesse qui, en enseignant aux hommes l'agriculture, avait adouci leurs mœurs, les avait habitués à des demeures fixes et leur avait fait connaître les bienfaits de l'ordre légal ; c'est là le sens du mot @e<7p.o<popoç. Les Thesmophories étaient surtout la fête des femmes ; aux femmes revenait exclusivement le soin d'en accomplir les principales cérémouies ; de là le caractère mystérieux de cette solennité. Elle se distinguait cependant des mystères proprement dits, en ce qu'elle n'exigeait pas d'initiation spéciale et que toute femme y pouvait prendre part, pourvu qu'elle satisfit aux conditions exigées. Ces conditions étaient une naissance sans reproche et un mariage régulier; les célibataires étaient exclues-, ni plus ni moins que les femmes de mauvaise vie. Le prrivilège accordé aux mères de famille tenait au caractère maternel delà Déesse el pouvait s'expliquer en outre par celle considération que sur le ménage gouverné par la mère de famille repose en lin de compte l'avenir de la société. Dans chaque' dême, on choisissait, parmi les plus considérées et les plus riches, deux présidentes chargées d'accomplir les rites sacrés au nom de leurs concitoyennes, et de pourvoir à un banquet solennel3. La prêtresse, à qui incombail la di-
1. \w. Schœmann, Opusc, t. Il, p. 235; et 0. Muller. /Egin p. 173. '
2. Voy. Preller, Demeter u. Persephon* p. 343, n. 30, où esl réfutée avec raison l'assertion contraire du Scholiaste de Théocrite. /</., IV, v.
3. Iséu, Or. VIII, c. 19, el III. c. 80, avec les remarques Je Schœmann.
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rection de la fête, eta.il certainement mariée; elle devail néanmoins s'abstenir <!«■ i<»ut commerce sexuel pendant la durée des Thesmophories el quelque temps auparavant, inti 1diction qui s'étendail d'ailleurs à toutes les femmes en général. Des moyens de toute espèce étaienl mis en œuvre pour leur rendre la continence plus facile '. Les Thesmophories se prolongeaient pendant cinq jours, du i) au 13. Le premier jour, les femmes se rassemblaient, probablement ;ï des endroits toujours les mêmes, pour de là se rendre au dême Halimus, près du promontoire Kolias, à trente-cinq stades environ de la ville (6,600 mètres). On peut, supposer quelafête n'intéressait à l'origine que les habitants du dême, et que plus tard elle fut adoptée par l'Etat ou se confondit avec une fête athénienne. La journée dans laquelle on faisait le pèlerinage d'Halimus portait en particulier le nom de Sténia2, peut-être à cause des stations que l'on faisait en route. Dans cette procession, comme dans la pompe éleusinienne, la bonne humeur s'exhalait en plaisanteries provocantes. Le Thesmophorion, nom sous lequel on désignait le temple de Déméter et de Cora construit à Halimus, était le théâtre de fêtes qui probablement duraient deux nuits. Le 11, les femmes retournaient à Athènes, où l'on passait encore trois jours en fêtes. On ne sait au juste comment était remplie la journée du 11. Peut-être les images des Déesses et les objets sacrés que Ton avait apportés d'Athènes y étaient-ils reconduits et rétablis à leur place, ce qui ne pouvait manquerde donner lieu àdiversescérémonies religieuses. Il n'y avait pas de sacrifices le lendemain 3 ; on y suppléait par le jeûne et le deuil. Le dernier jour était appelé KaXXtyéveta, parce qu'on y invoquait, sous ce nom, Déméter ou,
1. Pline, Hist. Natur., 1. XXIV. c. 9 (38), voy. aussi Preller, DerrCeter u. Perseph., p. 345.
2. Voy. Preller, ibid., p. 339. — Ceux qui réduisent les Thesmophories à 4 jours, comme Hésychius, s. v. xpi-c-n 9e<r[i,o<p. et Photius, s. v. ©eo-jioç. ne tiennent, pas compte des Sténies et ne font partir les Thesmophories que du 13; voyez le scholiaste d'Aristophane (Thesmophor., v. 80), et Preller, dans la Zeitschr. fur die Alterthumsio., 1835, p. 788.
3. Scholiaste d'Aristophane, Thesmophor,, v. 376. Sur l'indication inexacte de Plutarque, qui rejette au 16 de Pyanepsion cette journée de deuil (Bémosthène, c. 30), voy. A. Schaefer, Demosth. und seine Zeit., t. HT. p. 359
suivant d'autres, une divinité associée àDéméter1. C'était à ce moment sans doute que venait le banquet offert par les présidentes élues dans chaque dême ; on en prenait occasion pour se livrer à des danses et à des jeux qui ne devaient pas avoir un caractère bien sévère, à en juger par le wiapiç, dont le nom a le sens d'agacerie voluptueuse. Dans 1'oxXaGp.a, les femmes se couchaient à terre2; il paraît que la poursuite appelée yaATr-.o'.y.cv §io>Yp.a se rattachait à un sacrifice 3. Il n'est pas don teux que ces danses et ces jeux ne fussent autant d'allusions aux légendes de Déméter et de Cora, aux services qu'elles avaient rendus à l'humanité, notamment à L'introduction de l'agriculture. Il n'y avait pas place, comme dans les Eleusinies, pour les représentations dramatiques. La solennité se terminait par la 'ÇryJ.x, c'est-à-dire par un sacrifice offert aux deux Déesses, en réparation des torts que l'on avait pu se donner envers elles \
Nous savons que des Thesmophories étaient pratiquées, en dehors de l'Attique, dans plusieurs localités, mais sans pouvoir entrer sur ce sujet dans des détails précis. Même pour la fête athénienne, nous avons été réduit à la reconstruire lanl bien que mal, d'après des témoignages insuffisants. L'origine detoutesles Thesmophories, en quelque contrée qu'elles fussent établies, si différentes que fussent les races qui les avaient adoptées, remonte assurément à la période pélasgique qui précéda l'avènement des Hellènes. Hérodote est d'avis qu'elles avaient été apportées d'Egypte par Danaiis ou par ses filles et que le Péloponèse entier les adopta, jusqu'au moment où elles tombèrent dans l'oubli à la suite de l'invasion dorienne, excepté en Arcadie ; nous ne discuterons pas cette provenance égyptienne. On se rend très facilement compte du discrédit dont durent être frappées les divinités agraires a