‹ Antiquités grecquesChapitre 46 sur 567 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

l.'iip, \U.i; DE DELPHES

Les rapports étroits qui existaient entre le Conseil amphiclyonique et le sanctuaire du Dieu-prophète nous obligent à reporter notre attention sur le temple de Delphes, bien que nous devions réserver pour plus tard l'Oracle en lui-même, son origine e1 les particularités singulières qui s'y rattachent. Il suffit, en ce moment, de rechercher quelle fut l'influence du temple de Delphes sur les relations internationales des Grecs, influence plus générale et plus manifeste que celle des Amphictyons, et qu'il n'eût pas exercée cependant si ses rapports avec la ligue amphictyonique ne l'eussent désigné comme le sanctuaire même de la Grèce. Les témoignages anciens ont raison de dire que l'oracle établi sur le Parnasse remontait a une haute antiquité, mais qu'il n'avait dans le principe rien de commun avec Apollon, qu'il appartenait à Ga>a, Thémis ou Poséidon, jusqu'au moment où Apollon s'en empara violemment, ce qui signifie qu'un peuple pour qui Apollon était la divinité par excellence s'était emparé du sanctuaire et avait mis son Dieu à la place de ceux qui, au même endroit, dévoilaient l'avenir. Le culte d'Apollon était commun à toute la Grèce. La croyance aune divinité agissant par la lumière et la chaleur, divinité victorieuse des rigueurs de l'hiver, donnant la vie à la nature et en hâtant le développement, mais quelquefois aussi divinité destructrice, quand la chaleur devient l'incendie, était un dogme général, aussi vieux que la nation elle-même. Les Grecs l'avaient apporté avec eux de leur patrie originaire ; ils ne l'avaient pas, comme on l'a dit, emprunté à l'Asie postérieurement à la migration des Ioniens, et si nous trouvons chez des races asiatiques une divinité correspondante, que pour ce motif les Grecs honorèrent sous le même nom, il n'en faut conclure que l'accord antique des

L ORACLE DE DELPHES io

conceptions religieuses '.Peu importe que le dieu de la lumière et du feu ait été partout adoré sous le même vocable ; nous n'oserions même décider si tous les Grecs lui ont dès le principe donné le nom d'Apollon. L'essentiel est de remarquer que le dieu dont les attributions étaient d'abord purement physiques se transforma au point de devenir le symbole de la clarté et de la pureté intellectuelles et morales, et représenta dans la vie humaine l'ordre et le respect de la loi. Les Grecs sont assurément les seuls chez qui Apollon se soit élevé à cet idéal de la puissance morale; en ce sens, il est vraiment un dieu hellénique et , parmi les Hellènes, ce sont surtout les Doriens qui l'ont conçu de cette façon et lui ont, de tout temps* rendu des honneurs sans pareils2. Apollon est en possession, à Delphes, de toute sa valeur morale; il y règne comme prophète et comme législateur ; or ce sont les Doriens, surtout les Spartiates qui, dès le début, entretinrent avec Delphes les relations les plus actives et les plus étroites. Les Doriens avaient habité jadis la Thessalie, notamment la contrée appelée Ilestiaotide *, et justement Apollon était, dans la vallée de Tempe qui en fait partie, l'objet d'un culte fort analogue à celui de Delphes v. Plus tard ils s'avancèrent vers le sud, d'abord jusqu'au mont Œta, puis jusqu'au Parnasse, ou même après l'invasion du Péloponèse, un certain nombre d'entre eux se maintinrent sur le plateau situé au sud-ouest. Une partie des Driopes, qui occupaient ces parages, en avaient été délogés; les autres avaient été convertis par les Doriens au culte d'Apollon. Très vraisemblablement les Doriens installèrent eux-mêmes leur dieu dans le sanctuaire de Delphes, à la place de l'ancien. A eux encore revient l'honneur d'avoir, avec l'assistance des populations voisines, institué l'Àmphiclyonie delphique, réunie plus tard à celle des Thërmopyles,

Page 1