‹ Antiquités grecquesChapitre 503 sur 567 · Apulée, Métamorphoses, I. XI, c. 8 et suiv · texte numérisé non relu

Apulée, Métamorphoses, I. XI, c. 8 et suiv

tait l'image de la Déesse. Quelques-unes avaient à la main des peignes d'ivoire ; d'autres arrosaient la route de parfums. Puis défilait une foule nombreuse de l'un et l'autre sexe, tenant des lanternes, des torelies et des bougies. Elle était suivie des initiés, que suivaient eux-mêmes les prêtres dans leurs costumes sacerdotaux et portant les objets sacrés, quelquesuns aussi les images et les emblèmes des dieux. Dès que le cortège fut parvenu au bord de la mer, le pontife suprême consacra solennellement à la Déesse un navire artistement construit et peint de diverses couleurs, suivant la mode égyptienne. Sur une voile étaient inscrits des vœux pour une heureuse navigation. Après que les assistants l'eurent rempli à l'envi d'épices et d'aromates, le navire fut mis à Ilot et la troupe s'en retourna au temple, dès qu'il eut pris le large. Les prêtres 6t les initiés étant entrés dans le sanctuaiiv: l'un d'eux, qualifié de Ypa^axeûç, lut des prières, exprima des souhaits pour l'empereur, le sénat, les chevaliers, pour tout le peuple romain, en particulier pour les navigateurs, el congédia l'assemblée par ces mots : Xaoîç y.sz-'.;, ite missa est. La fête que les Athéniens célébraient en l'honneur des Euménides ou, comme on les appelait dans le langage liturgique, des Vénérables Déesses, zt\j:ni, était au contraire une fêle purement nationale. Sans jeter un grand éclat, elle était en haute considération. Le sacerdoce était héréditaire dans la race des Hésychides, dont le nom donne à l'avance l'idée de recueillement qui convient à une religion sévère. Dans s. m sein était prise la prêtresse appelée X-jjteipa1. Pour les si>in> .1 donner aux sacrifices, qui se renouvelaient vraisemblablement plusieurs fois par an, l'Aréopage désignait dix <>u seulemenl trois lliéropoioi2. La fête proprement dite était marquée par une procession à laquelle prenaient pari les hommes et les femmes appartenant à la classe libre ; le culte des Euménides était interdit aux esclaves, et on poussai! si loin le scrupule à cet égard que les gâteaux des sacrifices devaient èire exclusive-

i. Gallimaque, cité par le Scholiaate de Sophocle (Œdip^ àColone), p. 189 Hésychius, s. v. a-;^. •.;-<• Voy, aussi plus liant, p. i'.'T.

2. Ulpien, dans son I loramenlaire sur I lémosthène [c. Uidias, i 1 1"> . aussi plus haut, p. 192.

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ment préparés par des jeunes gens libres el choisis à eel effel Lo cortège se rendait, sous la conduite des Hésychides, à La chapelle d'Hésychos, auteur mythologique de la race. Cette chapelle était située au nord-ouest de l'Acropole, entre cette colline et celle de l'Aréopage. De là, après avoir sacrifié un bélier, on gagnait le sanctuaire de la Déesse, situé à peu de distance, el dont l'adyton était formé par une cavité souterraine. On faisait des libations sans vin el l'on immolait des victimes, probablement des agneaux noirs, dont le sang s'écoulait sous terri', tandis que les chairs dépecées étaient consumées sur l'autel \ Quel sens attachait-on au culte des Euménides? quelles prières leur adressait-on? C'est ce que nous apprend /Eschyle, dans Ja tragédie qui représente Athèna instituant le culte de ces déesses et énonçant les bienfaits que Ton peut attendre de leur bon vouloir. Interrogée parle chœur sur les vœux qu'il doil former, elle répond ;:

Des vœux de victoire! que pour les réaliser conspirent la terre et les Ilots, le ciel et le souffle des vents; que le soleil lance sur cette terre de propices rayons; que la contrée soit féconde en fruits, en troupeaux, que la prospérité des citoyens défie les atteintes du temps, que l'enfance soit protégée, que la haine pour les impies grandisse. J'aime les hommes comme le jardinier ses plantes.

lu autre lieu saint était consacré aux Euménides, près de la ville, dans le dême de Colone, bien connu parla tragédie de Sophocle. — En dehors de l'Attique, elles étaient surtout vénérées sous ce nom à Sicyone. Tous les ans on leur offrait, à un jour déterminé, des brebis pleines, des libations faites sans vin avec un mélange d'eau et de miel, et des couronnes

1 . l'hilon, Quod omnia prob* $ 20. Le passage de Polémon cité par le scholiaste de Sophocle (Œdipe </ Colone, v. 189), d'après lequel les Eupatrides auraient été exclus des sacrifices aux Euménides et qui a conduit Mullern [de Minerva Poliade, p. 10, n° 2) à des conclusions erronées, est évidemment corrompu et incomplet. La correction proposée par Hermann {Qpus<:., t. VI, 2, p. 118), o pour oï, a été à juste titre admise par Preller. On peut supposer aussi que les mots' Il ^^a: ÊxaXèïTo ou d'autres, analogues doivent être l'établis.

2. Voy. Muller, dans ses Notes sur les Euménides d\ Eschyle, v. 170 el suiv.

:!. Euménides, v. 863,

CULTES «>ITI< IJ'.t.S ET SOLENNITÉS Kl l.h.ll'.l sis t»|t

de Ileurs1. Elles étaient aussi l'objet d'un culte à Céryeée, on Achaïe; on assurait que tous les grands coupables qui pénétraient dans le sanctuaire y étaient frappés de délire2. Enlin; sous le nom de Maniât, elles avaient un sanctuaire à Mégalopolis, en Arcadie, où, comme cette qualification l'indique, elles manifestaient aussi leur puissance en privant les malfaiteurs delà raison '.

Le Titan Prométliée n'avait peut-être de culte que dans l'A ltique '; on lui avait élevé un autel dans l'Académie, et tous les ans une fête était célébrée, avec une course aux flambeaux. L'autel était dressé dans le Téménos d'Athêna. A l'entrée, on voyait un socle où étaient figurés, à côté l'un de l'autre, Prométhée et Iléphaïstos, le premier sous les traits d'un vieillard portant un sceptre à la main, le second sous ceux d'un jeune homme. Sur le même monument était représenté un autel commun aux deux divinités". Ce rapprochement et le choix même du lieu témoignent clairement que le culte s'adressait a l'inventeur du feu et de la céramique; la course aux flambeaux rappelait aussi le dieu qui avait donné le feu aux hommes. 11 est regrettable que nous ne puissions déterminer à quelle époque remonte le culte de Prométhée dans l'Attique : ce qui est certain, c'est que la poétique légende de la révolte du Titan contre le maître des Dieux et de la délivrance que Zeus finit par lui accorder n'entrait pour rien dans la religion populaire dont il était l'objet6. Parmi les autres divinités

l . Pausanias, I. II, c. 11, § ï.

.'. Pausanias, I. Vil, <•• 25, § 7.

.'{. Pausanias, I. VIII, c. 34, § 1.

4. Sophocle Œdipe à Colone, v. 56; Euripide, les Phéniciennes, \. 1122, Pausanias (1. X, c. 4,§ l) mentionne un petit bâtiment, à Panope, en Phonide, dans lequel se trouvait une statue en marbre pentêtique représentant, suivant les uns, Prométhée, suivant les autres, Asklépios. il est clan- que Prométhée n'eut jamais de culte dans ces lieux. 11 ne peut pas être question davantage d'un culte qui aurait eu pour objet le Prométhée Cabire dont Pausanias entendait parlera Thèbes I. IX, c. 25, § 6). Quant à ce que dit un Scholiasle d'Hésiode [Théog., v. <>| 1), d'un culte de Prométhée établi en Arcadie; ofest delafolie. Voy. Schœmann, Notes sur le PromHhée.iï Eschyle, v. 91.

5. Apollodore, cité par leScholiaste de Sophocle {Œdipe à Colone, v.5G

6. Je supposerais plus volontiers que le mythe de l'assistance prêtée par Prométhée à Zeus, lors de le naissance d'Ath^na, n'était pas étranger au culte

Il II» ANTIQI m.s RELIGIEUSES

rangées au nombre <l«s Titans par les 33 sternes théogoniques, on mentionne encore, outre Kxbnos el Rhéa1, Mnémosyne la mère des Muscs, honorée «lans Athènes et dans Eleuthères*, el Thémis (jui L'était ii Athènes, à Delphes, à Didymaeon près de Milet, ii Thèbes, à Tanagra, à Olympie el h. Trézène, où le nom de Thémis est employé au pluriel3. Mnémosyne el Thémis sont les personnifications d'idées morales; elles remontent moins haut, par conséquent, que les divinités naturalistes, bien que les théogonies leur assignent une place parmi les dieux des premiers âges; mais le culte et les théogonies sont des choses étrangères l'une à l'autre.

Les Athéniens révéraient aussi, sous le nom d'avax/ceç, deux divinités qui non seulement possédaient un sanctuaire, mais à qui était dédiée une fête avec accompagnement de jeux et de courses, désignée sous le nomd"Avcaeia*. On reconnaissait en eux les personnages ordinairement honorés sous le nom de Dioscures. On offrait aux Dioscures, dans le Prytanéïon, nous ne savons eu quelle saison, un repas matinal composé de fromage, de pain d'orge, d'olives et de poireaux5. On leur rendait aussi un culte dans le dême de Céphalé, et ils y étaient invoqués comme de grands Dieux6. Il est fait mention dans

attique. Je dois cependant renoncer à fournir les preuves à l'appui de cette conjecture.

1. Kronos et Rhéa avaient à Athènes un temple indivis, situé dans le périholos du temple de Zeus Olympien, qui fut achevé par Adrien; voy. Pausanias, 1. 1, c. 18, £ 7.

2. Polémon, cité par le Scholiaste de Sophocle (Œdipe à Colone, v. 100: Hésiode, Théog., v. 54.

3. Pausanias, 1. I, c. 22, § 1 ; 1. II, c. 31, §5 ; I. V, c. 14, § 10 ; 1. IX; c.25, § 4, et c. 22, § 1. Voy. aussi 0. Muller, Dorier, 1. 1, p. 341 (338). Au sujet de Phœbé, que l'on a supposée avoir été l'objet d'un culte à Delphes, voy. Hermann, Opusc, t. VI, 2. p. 19. Le Titan, que Pausanias désigne comme l'éponyme de Titane, près de Sicyone, a été évidemment imaginé pour le besoin de la cause ; nulle part il n'est question du culte qui lui aurait été rendu.

4. Hésychius et Harpocration, s. v. : Lexicon Seguer., p. 212, 12. D'après un fragment de Lysias, conservé par Denys d'Halicarnasse (de viDeniosthenis, (t. II, p. 200 des Orat. attici, éd. de Zurich), on faisait courir des chevaux aux Anakeia.

5. Athénée, 1. IV, c. 14, p. 137 ; vov. aussi R. Schœll dans l'Hermès, t. VI, p. 17 et 18.

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