Hccube, v
Dans ce volume, comme dans le premier, j'ai introduit des corrections et des additions dans la mesure que comporte un travail destiné à un public nombreux, et qui peut ou doit même laisser de côté les choses intéressantes seulement pour des savants de profession. Afin cependant de ne pas refuser toute satisfaction aux juges compétents, j'ai ça et là signalé dans les notes des vues différentes de celles que j'avais exposées dans le texte, avec l'espoir de provoquer des recherches auxquelles le cadre du livre ne me permettait pas de me livrer. Cet appendice comprend un très petit nombre de particularités susceptibles d'être traitées brièvement et aussi quelques thèses sur lesquelles j'ai cru devoir me prononcer, bien qu'elle ne se rattachent que d'une manière indirecte aux remaniements projetés pour cette édition, me sentant arrivé à un âge où l'on ne peut plus guère ajourner de semblables travaux.
Page 111, n. 1. — La difficulté de déterminer le moment précis ou Péi tenta d'exécuter son projrt esl constatée par la variété des dates que l'on a mises en avant. E. Curtius, par exemple (Histoire grecque, t. Il, p. 524 de la traduction française), hésite entre l'année 145, adoptée par Grole, et L'année 150, qui suivit de près la paix de cinq ans ménagée par Cimon entre Athènes et Sparte. Oncken [Athen und Hellas,t. Il, p. i::i el 162) s-' rallie à cette dernière conjecture, niais Droysen, dans une note de sa traduction d'yEschyle (p. 553 de la :v édit.), adopte l'année 160.
Page 112, n. i. — Les suppositions varient aussi sur ce point : nous nous contenterons de renvoyer à ce qu'en dit Curtius (Bist. grecque, t.II, p. L24 et 533). La correction proposée par Madwig (Advt rs. '-ri' . p, 150) a un passage de Plutarque (Aristide , c. 25 . où il est dit que la résolution de transférer le trésor de la ligue de Délos a Athènes fui prise 2*jj i ..(Aévu>v, me paraît fort inutile. Madwig propose de lire rûv Tvr.û.v, c'est-à-dire iXVrjvo- Ta[j.sâ>v ; est-il donc si invraisemblable que les Athéniens, quel que fût d'ail-
6 70 VPPBNDll i.
leurs leur dé ir d'an iver à ce i ésultat, aienl aetti
en avant ri aient fait prendre aux Etats confi nitiative d'une
blable prop
Si quelques années plus tard , m d'une querelle entre les
Samiens el les Milésiens, dans laquelle Athènes prit parti pour les dernière, les Samiens rompirent avec e ne prouve en
n'aient pu auparavant recommander ]■■ ii-m-kii du lr< or, qu plus en sûreté à Athènes qu'à Délos. ' In ne peut voir non plus un argument dans ce l'ait que Plutarque est le seul historien qui mentionne l'initia prise par les Samiens. « J'ai lu, dit Madwig, ce que dit Curtius dans son Histoire <jr> cque ■> ; cette simple mention ne peut i a vérité passerpour une tation. Je soupçonne que le contradicteur a éLé tenté par la facilité de ch ; le a en x; mais il a fallu aussi ajouter l'article.
Pagic 170. — 11 a été souvent répété, et tout le monde sait, qu'en diverses parties des poèmes homériques, les dieux ont conservé leur caractère naturaliste, et que leur actions s'exerce dans ce domaine d'une manière si indépendante qu'il est fait abstraction de la personnalité que l'hommeleur a prêtée à son image. Nous n'ajouterons rien à ce qui a été dit sur ce sujet: mais il y a d'autant plus lieu de remarquer les passages où se confond la double nature des dieux, considérés comme des éléments et comme des créations de l'anthropomorphisme, passages parmi lesquels il convient de rappeler la description du combat entre Héphaïstos et le Scamandre, c'est-à-dire entre l'eau et le feu [Iliade, v. 324-361). La partie cosmogonique de la Théogonie d'Hésiode peut être aussi invoquée à l'appui de cette thèse, que confirment encore des documents postérieurs. (Yoy. les notes de Schcemann sur la Théogonie, p. 94, et celles de 0. Schneider sur Nicander, p. 151, et sur Gallimaque, p. 156.) Je me bornerai ici à citer un passage d'Euripide [Les BacchanU s . v. 284), où il est dit à propos de Dionysos : oûtoç ôsoïm o-L-tli-y.: bihz yeytoç. Un dieu qui s'écoule en libation pour les autres dieux est assurément une absurdité, et c'est pour cela sans doute que Dindorf a déciaré interposés ce vers et les suivants. 11 ne me parait nullement invraisemblable qu'ils soient d'Euripide; je suis tenté d'y voir une ironie du poète, qui s'explique par l'idée qu'il se faisait de la mythologie populaire. Il n'est pas douteux en effet qu'Euripide ne croyait pas plus à la divinité de Dionysos qu'à celle des autres personnages inventés par l'imgination de la foule, et le vers contesté est parfaitement d'accord avec le sentiment de Prodicus, tel que l'exposent Cicéron (de aat. Deorum, 1. I. c. 42) et Sextus Empiricus (adv. Physicos, 1. 1, e. 2). Quelques critiques ont émis, il est vrai, l'opinion que le poète avait été gagné à la foi dans sa vieillesse, et que les Bacchantes avaient été composées comme un témoignage de sa conversion et pour en convertir d'autres. J'ai peine à ni'expliquer celte conjecture hasardeuse; je crois fermement qu'Euripide n'a eu d'autre but que de produire un effet dramatique, en quoi il a parfaitement réussi.
Page 180, n. 1. — Il est certain que, en nommant Hésiode, Hérodote a eu en vue la Théogonie, car rien ne nous autorise à croire qu'il ait suspecté
l'authenticité de ce poème, qui ne faisait alors de doute pour personne; au moins n'avons -nous connaissance d'aucune contestation élevée à ce sujet. Tous les témoignages qui nous sont parvenus s'accordent à proclamer Hésiode comme l'auteur de la Théogonie, Les savants d'Alexandrie eux-mêmes, quelques-uns ont étudié le poème à fond, n'ont jamais exprimé de soupçon sur son origine. C'est dans Pausanias que, pour la première fois, nous la voyons décidément mise en question; cet écrivain nous apprend même que les habitants répandus autour de l'Hélicon appuyaient leur scepticisme sur une antique tradition. (Voy. Pausanias, 1. VIII, c. 18, § t, 1. IX, c. 27, § 2 c. 31, § 4 et 5, et c. 35, § 5.) Nous n'avons pas à examiner si Pausa n'a fait que se rallier à leur sentiment ous'il avait des raisons plus p culières de déclarer la Théogonie apocryphe. Ce qui est clair, c'est que de son temps cette opinion était devenue générale, et qu'il crut inutile de la justifier. Th. Bergk lui reproche de n'avoir pas produit ses raisons et de s'être borné à mentionner l'opinion des Héliconiens. Nous ne relèverons pas cette critique, dont toute personne au courant des procédés de Pausanias peut apprécier la valeur. Nous ne dissimulerons cependant pas que les arguments ditfus proposées par Bergk, pour restituer la Théogonie à Hésiode, ont très peu de consistance. Avant tout, il s'en réfère à la croyance générale des anciens ; or, il est facile de s'apercevoir, en y regardant de près, que cette croyance lui-même ne la partage pas. Tandis, en effet, qu'il résulte de tous les passages cités par les anciens, que la Théogonie, qu'ils avaient sous les yeux, ne différait en aucune p essentielle de celle qui nous est parvenue, Bergk nous apprend (Litter. Gcsehichlc, p. 980) que ce poème a été I iltéré par les ca
interpolateurs, qu'il est impossible de retrouver, sous l'œuvre grossière qui nous est parvenue, l'antique conception hésiodique. Sans doute, il ne peut être interdit à personne, si l'envie en prend, de croire à l'existem d'une Théogonie impossible à reconstruire, et de se livrer sur ce thème à toutes sortes de fantaisies. Il serait plus sage, cependant, au lieu de s'engager dans cette voie périlleuse, de chercher à se faire une idée pins juste et plus approfondie de la Théogonie, telle qu'elle existe. En s'appliquanl à cette étude sans parti pris, on ne peul s'empêcher d'y reconnaître une composition formée sans doute de pièces diverses, qui n'offrent pas toujours un ensemble satisfaisant et conforme aux règles île l'art, nuis qui supposent, en somme, un plan arrêté. C'est, en particulier, une hypothèse gratuite de rejeter, comme une interpolation postérieure, la conclusion de l'œuvre] dique, qui annonce il une autre poème conçu ,\[U[^ une pe
analogue, auquel celui quia Burvécu devait servir d'introduction. Un examen attentif ne permel pis île douter que la Théogonie réponde parfaitement à cette destination, que même elle rie pouvait en avoir un autre. Je regarde, pour moi, comme constant, qu'il ne faul pas y chercher un enseignement religieux et que le but hiératique attribué à ce poème est une pure imagination. Lorsque Bergk (p, 972) déclare qu'Hésiode s tenir la plus difficile des entreprises que puisse se proposer un poète, en voulanl
672 APPENDll i
brer les Dieux immortels, il Faut qu'il ait eu en vue le poème idéal qu'il a rêvé, non celui que nous possédons, et qu'Hermann appi - c une incontestable ju Le îe, parce mots: Nihil esl in Theogonia quod ad cultum sanctimoniamque deorum spectet.
En prenant la Théogonie en < t comme une composition qui peut
être contemporaine des Pisistratides, j'ai nez Bergk, une mauvaise
humi ur à laquelle il a donné carrière, non pas seulement dans le livre indiqué plus haut (p. 970), mais aussi dans le Philologus (t. XXXII, 4). A l'occasion d'une interprétation bizarre d'un vers d'Hésiode, il me traite ci »mme une espèce d'hérétique, qu'il se croit forcé en conscience de dénoncer, avec tout le poids de l'autorité attachée à son nom. S'il se complaît dans ce rôle de gardien sévère de l'orthodoxie, libre à lui.
Page 18-', n. 2 — A la liste donnée par Gerhard [Mythol., p. 149) des travaux relatifs au système des douze dieux, on peut ajouter Périzonius, dans ses Noies sur JEUen [Var. Hist., 1. V, c. 12); Gladstone, //"//< r. Siudien, p. 222 de la trad. allem. de Schuster ; A. Dethier, Dreros uni lir t. Slud., dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Vienne !.. XXX, [-. -i:;i et suiv.); Naegelsbach, Nachkom. Théologie, p. 1-7: Welcker. Gœtterl, t. II, p. 163; Preller, Griech. Mythol., t. I, p. 87, et t. 11, p. 187; Sehwarz, Sonne, Mond undSterne. Gœttling, dans son Introduction à Hésiode (p. xlvii) remarque avec raison que ce poète n'a fait allusion nulle part au système des douze dieux.
Page 187, n. 1. — Si l'on peut se fier à Lucien, lorsqu'il dit (Jupiter tragaedus, c. 4 et 17) qu'un grand nombre d'Epicuriens niaient l'existence des dieux, je suis cependant persuadé qu'Epicure lui-même n'a ni articulé ni donné à croire rien de semblable. Je me bornerai, sur ce point, à rappeler ce que j'ai écrit dans mon introduction au traité de Cicéron de Natura Deorum, p. 31, et dans ma dissertation le Epicuri Tlieol. [Opusc. academ., t. IV, p. 338.) Il est bien vrai que les dieux n'avaient point de place dans la doctrine d'Épicure, comme puissances créatrices et maîtresses du monde, mais il n'en résulte pas que les expressions de Cicérun : Nihilcurare deum nec sut nec alieni (de Legibus, 1. I. c. 7) doivent être prises à la lettre, et que, suivant Epicure, la vie des dieux se soit passée dans une complète inaction. Ce philosophe ne crut pas devoir exposer des vues particulières sur le rôle actif que les dieux pouvaient jouer du haut de leur trône céleste, et il eut bien raison, puisque son système ne lui permettait pas de rien établir théoriquement sur cette base, mais il n'était pas pour cela forcé de rejeter, comme absolument inadmissible, l'hypothèse d'après laquelle ils abaissaient leurs regards sur la terre, et prenaient quelque part à la vie des hommes, à la façon des Et'ôuùa de Démocrite, qui étaient tantôt àyaûoTtoiâ, tantôt -/.axouoiâ. (Yoy. Cicéron de Nat. Deorum, 1. I, c. 43; Sextus Empie ricus, 1. IX, c. 19, p. 553). Quelques passages des lettres d'Epicure ne permettent pas de doute à cet égard. (Voy. la dissertation de Th. Gomperz, dans YHermès, t. V, p. 394.) Les disciples de ce philosophe pouvaient donc, si indépendants qu'ils fussent des croyances populaires, se laisser
revêtir, sans scrupule, d'un caractère sacerdotal, qui ne les forçait pas à enseigner ce qu'ils ne croyaient pas, et. ne leur imposait que des fonctions liturgiques auxquelles ils pouvaient à leur gré enlever toute signification ou donner le sens qui leur convenait. Même de nos jours, est-il bien sûr que beaucoup d'ecclésiastiques qui s'affranchissent des prescriptions officielles et remplissent néanmoins leurs fonctions de bonne foi ne rendent pas plus de services à la Religion, qui ne doit pas être confondue avec les di\ Confessions, que les défenseurs trop zélés d'une orthodoxie exclusive? c'est là, du moins, une question délicate, que je laisse à d'autres le soin de résoudre. Page 188, n. 4. — Dans l'Odyssée (I. XX, v. 202). Philœtius adresse ces paroles à Zens : ow. ÈAsoupeiî xvSpaç, êuy|v Brjystveat xOtoç. A cette occasion. les Scholies rappellent la qualification accoutumée toxtyip àvôpùv -z 9eâ»v -i. et Welcker (Gœtterlehre, t. I, p. 182) est d'avis que Philœtius se ri sente Zeus comme le créateur de la race humaine. Cette conclusion me paraît risquée. Quand même on ne verrait pas dans cedieu l'auteur du genre humain qui, en effet, existait avant lui, d'après la mythologie populaire, il ne resterait pas moins acquis que, depuis ie temps où lui était échu le gouvernement du monde, chaque homme individuellement lui devait la naissance ; il était le yaviÔAtoç. Philœtius pouvait donc, en ce sens, l'appeler le. père des hommes. Eiiy)v yirnai est ici l'équivalenl de èirriv yevéaôai èiayç, comme dans l'Iliade, 8a(jL<x<T(ra> esl pour Sapjvat liaw il. XVI, v. 438), et o7.[j.oc'7ao[AEv pour Sapjvai sdt<7op.ev [. XXII, v. 176). De même, dans Pindare Véméennes, VII, v. 2), la divinité qui préside aux naissances, llithye, esl appelée yEvéteipoc t;-/.vo>v. La seule chose dont se plaint Philœtius, est, à mon avis, que Zeus ne se montre pas plus pitoyable envers des créatures qui lui doivent la vie. — C'est dans les (Euvres et Jours (v. 128, I i."> el 158) que les dieux apparaissent pour la première fois comme les créateurs de la race humaine ; voy. mon Commentaire critique sur ce poème et mon Introduction au Prométhée d'vEschyle (p. III1. notamment pour ce qui concerne l'interpolation du vers Ins. Plus tard, cette croyance a prévalu, mais nu ne peut affirmer qu'elle soit devenue universelle; voy. Nœgelsbach, Nachhom. Théologie, \>. 71.
Page 200, n. 3. -Du décret inséré dans le discours de I lémosthène sur A; Couronne, en vertu duquel les habitants de la Chersone.se élevèrenl un autel Xâp-.xo; xa\ Ar.jj.o-j 'A6ï)vata>v, ou sérail lente de conclure que, lors, le AîjtAoç élail l'objel 'l'un culte chez les Athéniens. Cette conclusion, cependant, ne snaii pas encore certaine, alors même qui1 l'authenticité du décrel serait moins contestable. 11 suffit de consulter, à ce sujet, le Mémoire bien connu de Droysen, p, 1 19.
Page 201 . La croyance qui expliquait l'existence d'b irs à
la nature humaine par le commerce '\>i> dieux avec des mortelles, répandue non seulement en Grèce, mais chez beaucoup d'autres pe païens, et n'était pas même étrangère à l'ancienne mythologie hébraïque, ainsi que le prouve nu passage de la Genèse c. vi, v. i . Cette croyance reposait sur le sentiment oe la faiblesse humaine. iit la
d'êtres tout-puissants, c' ■ [es dieux, qui, amis des hommes,
bous les traits desquels on se les représentait, ne demandaient pas mieux que de B'uoir avec de simples mortelles, et communiquaienl â leurs enfants quelque chose de leur origine. Justin le martyr, dans Bon Apologie Chrétienne 1,21-23 el 54), croil retrouver 'Luis les mythes païens de ces mtements, un pressentiment et une ébauche, dénaturée \>n- l'interimons, d'un dieu né d'une femme et fait homme. L'idée d'un dieu l'ait homme repose, en effet, sur les mêmes principes que les Mythes payens, avec cette différence qu'elle est exempte des grossièretés dont l'avait entachée le polythéisme anthropomorphique, et qui révoltait même les païens. Les païens éclairés se seraient accommodés sans doute des ménagements délicats auxquels a eu recours Sannazar, dans son poème de partu Virginis.
Page 210. —Renan, dans son livre des Apôtr s (18G6, p. 314), a tracé de l'intolérance religieuse, dont auraient fait preuve les Athéniens, un tableau saisissant, que je crois devoir reproduire ici : « 11 ne faut pas l'oublier, ditil, Athènes avait bel et bien l'inquisition. L'inquisiteur, c'était FArchonte- Roi; le saint office, c'était le portique royal, où ressortissaient les accusations d'impiété. Les accusations de cette sorte étaient fort nombreuses ; c'est le genre de causes qu'on trouve le plus fréquemment dans les Orateurs attiques. Non seulement les délits philosophiques, tels que nier Dieu ou la Providence, mais les atteintes les plus légères aux cultes municipaux, la prédication des religions étrangères, les infractions les plus puériles à la scrupuleuse législation des Mystères, étaient des crimes entraînant la mort. Les dieux, qu'Aristophane bafouait sur la scène, tuaient quelquefois. Us tuèrent Socrate ; ils faillirent tuer Alcibiade. Anaxagoras, Protagoras, Théodore l'Athée, Diagoras de Mélos, Prodicus de Céos, Stilpon, Aristote, Théophraste, Aspasie, Euripide, furent plus ou moins sérieusement inquiétés. La liberté de penser fut, en somme, le fruit des royautés sorties de la conquête macédonienne. » Il est inutile de relever, dans ce réquisitoire, quelques inexactitudes, qui n'échapperont à aucun de ceux qui ont étudié la constitution athénienne et les débats de la tribune ; mais il est à propos d'examiner d'un peu plus près les différentes accusations d'asébie, sur lesquelles nous sont parvenus quelques détails.
Le premier de ces procès est celui dVEsehyle ; il nous est très imparfaitement connu. Nous possédons, toutefois, des renseignements fournis par Héraclide de Pont, dont il n'y a aucune raison de mettre en doute l'exactitude. (Voy. Eustrate, ad Aristotelis Ethic. Nieom., 1. 111. c. 2 ; Hermann, Opusc, t. II, p. 164; Dindorf, dans son édition des fragments d'iËschyle, n°83; Schneider, das attisehe Theaterwesen, p. 182.) A la représentation d'une tragédie d'.Esehyle, dont le nom n'est pas indiqué, et où l'on voyait exposées sur la scène certaines choses qui rentraient dans le domaine des Mystères, et ne devaient pas être profanées, des auditeurs trop zélés tentèrent de faire un mauvais parti au poète qui, suivant la coutume, jouait un rôle dans la pièce, probablement le rôle principal, à ce point que, pour leur
échapper, i! se réfugia vers l'autel de Dionysos. Des hommes plus éclairés, en particulier des membres de l'Aréopage, s'opposèrent au fanatisme de la multitude, et obtinrent que l'auteur ne lût pas condamné sans être entendu. Il fut convenu qu'il serait traduit devant un tribunal régulier. Les juges l'acquittèrent, parce que, dit Aristote, il prouva qu'il n'était pas initié. Héraclide ajoute que le souvenir de la bravoure qu'ACschyle et son frère Cynégire avaient montrée, à la bataille de Marathon, disposa favorablement le tribunal : cela n'est pas invraisemblable. Quel est le tribunal devant lequel comparut ^Eschyle? Héraclide, autant qu'on en peut juger, était muet sur ce point. Clément d'Alexandrie (Stromata, 1. II, p. 387) désigne l'Aréopage. Il peut se faire qu'il ait raison, mais son témoignage n'est pas décisif; il n'est pas impossible, non plus, que ce soit une simple supposition, à laquelle aurait fourni prétexte l'intervention, mentionnée par Héraclide, des Aréopagites, au milieu de la scène tumultueuse que nous avons décrite plus haut.
Le second procès religieux dont nous ayons connaissance est celui d'Anaxagore. L'enseignement, écrit ou oral, de ce philosophe était certainement en contradiction avec les croyances populaires, et avait pu ameuter les dévots, mais on ne saurait nier non plus que les plaintes qui s'élevèrent contre lui. n'aient été inspirées par la passion politique autant que par le zèle religieux. Périclès était l'ami d'Anaxagore el i'1 défenseur de ses dottrines. S'en prendre au philosophe, était un mo décrier l'homme d'État auprès de la foule superstitieuse. On ne dit pas, d'ailleurs, que les prêtres aient pris une part active aux poursuites. Le premier pas dans cette voie fut l'ait par Diopeithès, chresmologue mal famé, étranger au sacerdoce, que sa profession disposait mal à chercher les lumières de la philosophie, et qui avait acquis l'art de remuer les masses, à l'aide d'une certaine éloquence populaire (voy. plus haut, p. 369, et, pour ce qui suit, Plutarque, Périclès, c. 32, el Diogène Laërte, I. Il, c. 12.-1 i. Soil de son propre mouvement, soit poussé par d'autres, Diopeithès lit. à l'Assemblée du [ pie, la proposition de procéder par L'etaay
libres penseurs qui ne croyaient pas aux dieux et enseignaienl des doctrines nouvelles sur les phénomènes célestes. Lorsque le peuple eut d son assentiment, ce ne fui pas Diopeithès ni quelque prêtre qui se charii de l'accusation ; ce soin fui confiée deux hommes politiques, de partis différents, il esl vrai, mais tous deux adversaires de Périclès : l'un était un champion de l'aristocratie, Thucydide, fils de Mélésias; l'autre un démocrate radical, Cléon. On ignore lequel des deux ji ua le principal rôle, mais nou : tvons que, lorsqu'on introduisait une eisangélie, le pi adjoignail à l'accusation plusieurs owrçpopot; il y a donc vraisemb que, dans ce cas, l'eisangélie fui produite par Thucydide, el que Cléon lui fut adjoint comme ouv^yopo;. " était aussi d'usage, dans les procès athéniens, que l'accusateur ne se bornât pas à. l'objet de la plainte et ap à l'audience bail ce qui pouvait indisposer les juges contre l'accusé. Il n'est pas douteux, d'après cela, que l'on n'ait reproché a Anaxagore non seule-
ment son impiété, mais aussi ses intelligences avec l'ennemi [\u&io\kbt comme le rapports d'ailleur Diogène Laërte, lli
Les débats eurenl certainemenl lieu devant les Héliastes; on ne sait quelle en fut l'issue. D'après une tradition, Anaxagore fut frappé d'une amende et envoyé en exil ; d'après une autre, il fui condamné à mort, mais Périclès le lit. sortir de prison. Mutin, suivant, un troisième récit, les j i l'auraient acquitté, sur les instances de Périclès, plus par pitié que par conviction, iUm [iôcXXov 5| xpîact, comme le dit Diogène Laërte, d'après Iliéronyme (1. II, c. 14). Quoiqu'il en soit, nous savons qu'Anaxagore \encore plusieurs années à Lampsaque sans être inquiété, et que ses concitoyens lui rendirent des honneurs après sa mort.
Vers le même temps qu'Anaxagore, et presque aussitôt qu'eut éclaté la guerre du Péloponèse, Aspasie, la célèbre amie de Périclès, fut accusée aussi d'asébie. Son accusateur était le poète comique Hermippos, qui était aussi l'un des ennemis politiques de Périclès. Il se fonda, paraît-il, sur ce qu'Aspasie avait adhéré publiquement aux doctrines impies d'Anaxagore, et aidé à les répandre. De plus, il lui reprocha d'avoir servi d'entremetteuse à Périclès, et de lui avoir livré des femmes de condition libre, accusation qui, à elle seule, pouvait entraîner une poursuite au criminel (Ypa<py| npoaywyeîai;), mais qui, dans la circonstance, ne devait servir, comme le médisme opposé à Anaxagore, qu'à prévenir défavorablement le tribunal. On sait qu'Aspasie fut défendue par Périclès et renvoyée de la plainte. Elle vécut longtemps encore à Athènes, après la mort de cet homme d'État, et continua d'exercer une certaine influence, grâce à sa liaison avec Lysiclès.
Vers le même temps, Phidias fut pris aussi à partie par les adversaires de Périclès. On est moins édifié sur ce qui en advint. Il n'est pas douteux que Phidias ne se soit lavé de l'accusation de s'être approprié une partie de l'or destiné à la statue d'Athêna, mais il fut accusé d'asébie pour avoir reproduit ses traits et ceux de Périclès sur le bouclier de la déesse. Jeté en prison, il y mourut avant le prononcé de la sentence. Tel est, du moins, le récit de Plutarque (Périclès, c. 31); ce n'est pas ici le lieu d'examiner les autres traditions qui nous ont été conservées à ce sujet.
Dix-sept ans environ plus tard, le peuple fut mis en émoi par les mutilations des Hermès et la profanation des Mystères. Ces sacrilèges étaient évidemment de graves atteintes portées à la religion d'État, et ne pouvaient rester impunies, mais il est manifeste aussi que l'ardeur avec laquelle furent poursuivis les coupables n'était pas seulement inspirée par le sentiment religieux, el qu'elle naquit surtout de la conviction que leurs violences se rattachaient à une conspiration antidémocratique. Ils furent traités moins comme des impies et des profanateurs que comme des traîtres et des ennemis publics. Cette façon d'en usager les choses était si générale, qu'elle est la seule à laquelle se soit attachée l'écrivain contemporain qui nous a transmis le récit de ces événements ; il ne fait pas même mention des considérations religieuses.
Vers la même époque, Diagoras de Mélos niait ouvertement l'existence
des dieux, et faisait, profession de mépriser les institutions religieuses, en particulier les Mystères. Cette hardiesse fit scandale, et il crut prudent d'échapper à l'orage en s'éloignant d'Athènes, mais les Athéniens ne se laissèrent pas désarmer par sa fuite, et jugèrent nécessaire de témoigner leur réprobation, en mettant sa tète à prix. Diagoras était d'ailleurs complètement étranger à la mutilation des Hermès et à la profanation des Mystères.
Peu de temps après, Protagoras se trouvait aussi à. Athènes, et ses leçons étaient fort applaudies des jeunes auditeurs qui composaient surtout son public. La déclaration qu'il avait inscrite en tête de l'un de ses écrits, qu'il ne savait rien des dieux et ne pouvait pas plus affirmer que nier leur existence, ne pouvait qu'exciter la colère des vieux croyants. Un autre point fondamental de sa doctrine était que l'homme est la mesure de toutes choses, c'est-à-dire que les choses ne sont que ce qu'elles paraissent à chacun de nous, maxime qui, appliquée à la morale, ébranle les bases du droit établi et laisse le champ libre à la fantaisie individuelle. Aussi les chefs du gouvernement, effrayés du danger que de pareilles leçons offraient à la jeunesse, y mirent-ils bon ordre. L'un d'eux, Pythodore, intenta une accusation d'asébie à Progatoras. Pythodore appartenait au collège des Quatre-Cents qui, en il 1, fut quelque temps à la tète des affaires (Diogène Laërte, 1. IX, e. 54). On ne peut douter par conséquent de ses opinions conservatrices et hostiles à la démocratie. Protagoras n'attendit pas le verdict des juges et s'éloigna d'Athènes; il fut en conséquence condamné pai contumace, <J^<pou èttcvî/OeÎt/;; ut-, xptBévxt, dit Philostrate. [Vitae Sophist., 1. 1, c. 10.) Un décret du peuple ordonna à tous les détenteurs de ses écrits de les livrer, et ils furent brûlés publiquement.
Des raisons analogues amenèrent, quelques années après, la condamnation de Socrate. L'impiété qu'on lui reprocha ne consistait pas toutefois à mettre en doute l'existence des dieux, mais à rejeter les fables auxquelles la multitude ajoutait foi et à se représenter autrement qu'elle la nature et le mode d'action des dieux. Il eul été difficile de le poursuivre de ce seul c la véritable base de l'accusation fut l'influence pernicieuse, disait-on, qu'il exerçait sur le jeunesse, en l'excitant à se rendre un compte approfondi de toutes choses, et à se déshabituer d'une confiance aveugle dans les procédés de la routine. Les relations qui nous sonl parvenues de son procès, ne révèlent aucune trace de l'hostilité des prêtres. Nous y lisons que Mélétus,
l'accusateur principal, paria au nom îles [ tes, ce qui ne l'empêcl
d'aborder aussi le côté théologique, car la théologie chez les Grecs, était plutôt l'affaire 'les poètes que des prêtres; pour le second accusateur,
Anytus, c'était un riche bourg s, content de lui, qui de son poinl d
pratique attaqua les tendances sophistiques de Socrate, comme Plato lui fait faire dan s son MMon (p. 91-95). Le rôle du troisième, Lycon le rhéteur, consista à refaire les discours de ceux qui avaient pris la p avant lui, en y ajoutant une péroraison pathétique. Les juges déclarèrent l'accusé coupable à une très faible majorité, et lorsqu'ils en vinrent à \
078 IPPEWDI! I.
Bur l'application de la peine, il en eul été sûrement quitte pour une an modique, que ses .'unis se fussent fail un plaisii r, bî lui-i
n'eût donné clairemenl à entendre que cette solution sérail à ses désirs. Alors seulement furent admisi nclusions des
sateurs.
Aristote fut à son tour l'objet d'une accusation d'asébie, ou, pourparler
plus exactement, la prétendue impiété qu'aurait ri on Hymne à la
Vertu, composé en l'honneur d'Hermias d'Atarné, fournil à ses ennemis un prétexte pour se débarrasser de lui. Cela se passait au moment où les Athéniens entreprenaient coiUre Antipaler une guerre dont les débuts semblaient présager un meilleur succès. Aristote passait pour être gagné au parti macédonien et était à ce titre détesté des patriotes. Il se déroba à leurs poursuites en quittant Athènes, où il ne retourna jamais. Ses ennemis en vinrent ainsi à leurs fins, sans que le procès ait été réellement entamé.
Pour un motif semblable, Théophraste fut bientôt après en butte aussi à une accusation d'asébie. il appartenait ouvertement au même parti que Phocion, qui ne voyait pas le salut d'Athènes dans le renversement de la puissance macédonienne. L'accusateur de Théophraste fut Hagnonidès, homme malfaisant, qui plus tard, lorsque Polysperchon eut rendu aux Athéniens un semblant de liberté éphémère, fut l'instrument le plus actif de la'pertede Phocion, son ancien bienfaiteur. (Diogène Laërte, 1. V, c. :!7: Plutarque, Phocion, c. 33.) On ignore sur quels prétextes reposait l'accusation d'impiété dirigée contre Théophraste; on sait seulement qu'elle n'eut pas de suite.
Sur Stilpon, nous n'avons qu'une remarque à faire, c'est que son exil d'Athènes ne fut pas uniquement dû à sa mauvais? plaisanterie sur Athêna (\i.r\ zh-u a-Lrr,v ûsôv. bXkk Osâv • 8eoùç S; eIvxi too; appeva; , mais aussi à la subtibilité et à la frivolité de ses discussions, qui durent paraître aux Aréopagites un danger pour la morale, bien que ce tribunal ne fût pas animé d'une bien grande intolérance religieuse. Finalement, Stilpon ne fut pas plus mal traité que ne le sont de nos jours les prêtres ou les théologiens à qui, pour quelques propositions mal sonnantes, on interdit de monter en chaire. Au sujet de Théodoros, contemporain de Stilpon, nous lisons dans Diogène Laërte (1. II, c. Il) qu'il fut aussi en danger d'être cité devant l'Aréopage, mais qu'il put échapper grâce à la protection de Démétrius de Phalère. D'autres cependant rapportent qu'il fut jugé et condamné à boire la ciguë.
Pour terminer, nous citerons quelques procès d'asébie intentés à des femmes. Phryné de Thespies, qui vivait à Athènes en hétaïre, fut poursuivie par un certain Euthias, peut-être un amoureux dédaigné: c'e?t du moins ce que conjecture Alciphron [Ep., 1. 1,31) d'après un ancien rhéteur. Euthias accusa Phryné, comme xtoiiatrao-av àvs-.oioç, xaivoù OsoO e'ktyjy^tpkxv, Otâuouç avSpwv ex8I«T[xouç v.%\ yvvatxwv auvayaYoOffav. Sauppe, Orat. Attici t. Il, p. 320; p. 4-18, éd. Didot.) Ces reproches pouvaient bien n'être pas tout à fait sans fondement. Mais l'éloquence du défenseur, Hypéride, et
surtout la merveilleuse beauté de la pécheresse produisirent un tel effet sur les juges qu'ils ne purent se résoudre à la déclarer coupable.
Théoris ou Théodoris, de Lemnos, ne s'en tira pas aussi heureusement. Ce n'était pas comme hétaïre qu'elle avait acquis la fortune et la faveur du public; prêtresse de quelque divinité inconnue, au nom de qui elie prédisait l'avenir, pratiquait la magie et composait des breuvages empoisonnés, elle attirait à elle une clientèle nombreuse appartenant à la dernière classe du peuple, surtout à celle des esclaves, qu'elle dressait à toutes sortes de fraudes et de maléfices. Son accusateur ne fut autre que Démosthène. La peine de mort fut prononcée non seulement contre elle, mais contre plusieurs autres créatures de son espèce. Le mot de prêtresse ne doit pas éveiller l'idée d'un sacerdoce publiquement reconnu et légalement institué (voy. plus baut, p. 496) : il s'applique le plus souvent à des colporteurs de dieux étrangers que l'Etat ne reconnaissait point et se bornait tout au plus à tolérer; on a donc supposé à tort que Démosthène, en accusant Théoris, était entré en lutte contre le parti sacerdotal, c'est-à-dire contre le parti athénien. (Curtius, Hist. grecque, t. V, p. 408 de la trad. franc.). Il serait beaucoup plus juste de dire qu'il avait par là rendu service à ce parti, en coupant court aux intrigues de l'étranger.
Dans la même catégorie que Théoris peut être rangée Ninus, dont le nom seul révèle l'origine barbare, par la qualité de prêtresse qu'elle affectait, elle se rattachait au culte de Sabazius, souffert à Athènes, mais nullement reconnu par l'Etat. A l'exercice de ce culte, Ninus joignait des pratiques criminelles; elle composait en particulier des philtres amoureux, sous lesquels on soupçonnait des sortilèges et des empoisonnements. Son accusateur fut Ménéklès, le même peut-être dont la succession a fourni à Isée la matière de son second discours, il n'est guère douteux que l'accusation ait porté sur l'asébie; ce qui est certain au moins, c'est que Ninus fut punie de mort. (Voy. mes Opusc. acad., t. III, p. 130.)
Page 211, n. 1. Assurément les bouffonneries des poêles comiques dont le public ne s'égayait qu'en les acceptant comme telles, ont moins contribué à étouffer le respect des dieux que Jes tableaux exj sérieusement dans les tragédies, où l'auteur discréditait les puissances supérieures, en leur prêtant des pensées el des actes de nature à blesser le sens moral des spectateurs ri donl elles devenaient responsables. Euripide est universellement connu comme un des poètes qui s*' sonl fut le moins scrupule de représenter les dieux dans ces situations équivoques, quelle que soit d'ailleurs l'opinion que l'on s.' fait de son talent; el l'on ne peut nier non plus qu'iEschyle ne soit de toute la pléiade tragique celui qui les a le plus préservés de ces faiblesses. I. 'opinion émise par plusieurs critiques, qu'il s'était proposé de faire voir dans le Dieu par excellence de la relij populaire un insupportable tyran, et de lin opposer Prométhée comme le libérateur du genre humain, ne peut plus être soutenue aujourd'hui. D'autre part, des érudits estimables sonl enc n e d'avis qu'.E- :hyle crut ne pouvoir dénouer le conflit entre le souverain des dieux et l'orgueilleux représentant
de l'humanité autrement que par une sorte de capitulation à laquelle Zeus dut se résigner pour conserver son trône, Nous conna .mme
tout le monde, les textes anciens qui semblent confirmer cette conjecture, mais nous ne pouvons y voir qu'une explication On avouera au
moins que Zeus capitulant avec Prométhée, répond mal à l'idée de la nité, telle que partout ailleurs l'a dépeinte ^Eschyle, à quoi l'on peut répondre, il est vrai, que le poète n'était pas forcé de se placer toujours au même point île vue, que le Prométhée peut être l'œuvre de ses premières années, et que plus tard, il n'eût pas traité ce sujet, ou qu'il l'eût traité différemment; il n'est pas impossible que cette opinion soit celle qui finira par prévaloir.
Page 229. — Je crois devoir ajouter quelques mots sur la pierre sacrée de Delphes, nommée Abadir, d'après Priscien (1. V, c. IX, et 1. VII, c. 32), que l'on tenait pour celle même que Kronos avait avalée jadis, à la place de son nouveau-né Zeus, et qu'il avait revomie (Hésiode, Théogonie, v. 498. ; C'était probablement une pierre, météorique, adorée de toute antiquité comme l'emblème de Zeus, et de là dut venir l'idée de donner à Kronos une pierre à dévorer, au lieu d'un agneau ou d'un poulain, suivant la tradition adoptée en Arcadie. (Pausanias, 1. VIII, c. 8, §2.) Il est certain quelapierre, symbole de Zeus, n'était pas la même que i'Ompbalos, malgré ce que dit Gœttling. (Gesamm. Abhandl., t. I, p. 223, rem. 1). L'Abadir était un aérolithe et Pausanias désigne l'Omphalos par les mots : Xi6ou 7ce(totY)(jivoc XeuxoG.
Page 339, n. 2. — yEschyle parait avoir eu des serments judiciaires la même opinion que Platon. Il fait dire à Athèna, dans les Euménides (v. 426, éd. Scliùtz) : opxotî xi [iï] ôixaia jjù] vtxav Xly w ; c'est la réponse à ces mots : à/./.' opxov g-j SéÇai-c' av, où 8ouvat Oé/.oi, qui font certainement allusion à la $i<ù\Loaia., que devaient prononcer l'accusateur et l'accusé, ainsi que le remarque Stanley, dont Hermann adopte l'avis. Dans la pensée d'/Eschyle, la 6tto|j.oaîa se rattachait au défi, np6x)>Y;<7i,-, auquel font allusion les Euménides, et par lequel l'accusateur et l'accusé affirmaient sous la foi du serment, l'un la vérité de son accusation, l'autre la sincérité de sa défense. Ici, la 7xpôxXY;<r.; n'a pas de suite, parce qu'Athèna s'y déclare opposée. ^Eschyle ne pouvait donc voir, dans l'usage qui s'introduisit plus tard, qu'une contravention à la volonté de |a Déesse. Aussi me paraît-il inadmissible que le poète lui fasse dire ce qu'on lit dans les manuscrits (v. 479 et 480) : ifieîç Se [laprjpiâ te v.zl\ xexpîpia xaXsîaO' àpwyà tïjç citx/jç ôpxw[iaTa, passage où les nouveaux éditeurs ont, à l'exemple de Wellauer, fait précéder le mot âpxwjiaxa de la préposition 6 'qui, bien que n'étant pas à la place habituelle, serait en effet indispensable. Mais de quels serments peut-il être encore besoin après les témoignages et les preuves ? On ne peut guère songer qu'à ceux que les adversaires provoquaient réciproquement pour insister surles circonstances décisives des procès; or ces serments Al hèna elle-même s'est prononcée contre, au vers 426. C'est pourquoi quelques critiques se sont décidés récemment, au lieu d'introduire la préposition, à rejeter le mot ôpxoj^aTa et à le remplacer par èpse^a-ra ou hyv.uy.axx, ou bien encore opOoifjiaTa. Pour ma part, je pense qu'/Eschyle avait écrit opxwv a-cep, ce
que les copistes ont pu facilement changer en opxwjjuxToc, comme il est aisé de s'en assurer d'après une simple inspection. En repoussant les serments des parties, Athèna restait fidèle à sa déclaration précédente, et par la même occasion ^Eschyle témoigne sa défiance contre la procédure en usage, qui souvent sans doute donnait lieu à des protestations mensongères. Les Scholiastes ont, à la vérité, trouvé dans le texte qu'ils commentaient le mot 'jpy.wjj.aTa, mais cela est loin d'être une preuve sans réplique. — Il n'est pas nécessaire d'insister sur la différence entre les serments qu'Athêna elle-même impose aux juges (v. 483), pour la bonne administration de la justice et les serments déférés aux plaideurs. Platon, dans ses Lois, exige aussi un serment des juges ; enfin lorsqu'Apollon dit aux juges (v. 611) : opxoç yàp otfri Zr,vo? Inyj-.: itXéov, il ne les engage pas à faire bon marché de leur serment, mais à subordonner leur verdict à la volonté de Zeus, dont il s'est fait l'interprète.
Page 372. — J'ai dit qu'il n'existait aucune trace certaine d'interprètes officiels des songes à Athènes, je ne songeais alors qu'au 6-jr,xôo; ou 8ur,-/ôo;, mentionné clans le Corpus Inscript, grsec, n° 160, dans \esAntiq. ht //< -/.. de Rangabé, p. 57, et sur une stalle de théâtre. Il n'est pas prouvé, en effet, que les personnages ainsi désignés aient été chargés d'observer et d'interpréter les signes des sacrifices; le fait n'est cependant pas absolument invraisemblable. Dans Homère, le Ôuoaxôoç a mission d'observer les sacrifices. (Voy. le tome Ier de cet ouvrage, p. 75). Sur la forme ôuri/ôo;, on peut consulter Keil, dans le Philologus, t. XXIII, p. 258.
PAc.E375,n.l. — UEtymologicum magnum donne (p. 814), parmi les différentes significations de /pâu>, en premier lieu Uu>, en second lieu naviz-joixa-. ; d'après cela, on serait tenté d'établir entre ces deux acceptions un rapport qui ne pourrait consister qu'en ceci que -/pu», -/pâw aurait été pris originairement, de même que ypâ?w, dans le sens particulier de faire une incision, un.' entaille, et de graver ou de tracer des signes à l'aide de ce procé lé; d'où il résulterait que ce verbe, lorsqu'il est pris pour ixavTï'Joaa:, reporte à l'ancienne coutume de transmettre les réponses de l'oracle au moyen des sorts, sur lesquels étaient emprunts des signes faciles à comprendre. (Voy. pins haut, p. 361, i). 3). On aurait peine cependant a rendre raison, en partant delà, des autres explications île "/pà<>> et de ^papou, ainsi que des dérivés Xpéoç, Xpeîa, -/p/jertô;, xpfa'f'O;. 11 est plus prudenl de s'en tenir au sens fourni
jusqu'à ce jour par les meilleurs dictionnaires, notamment par celui de Passow, qui traduit ^pâv {Orakeln ertheilen) par ren Ire des oracles. On lit dans YEtymol.magn., ibid., v. 42 : roîç/petav S^ouac ')'.-■ .; et dans
Hésychius, le rapprochement des mots -/pi: -/PW'-> BsoTrfÇei, et xp*v: "/.'- (j.avxeij£(70ai, indique clairement que par xp&v li faut entendre l'action de donner au consultant une réponse satisfaisante. Pott [Etymol. Forschungen, t. II. p. 96 prend aussi le mot xp&v dans Le sens de mettre une i dis-
position, à la main de quelqu'un.
Page 380, n. 2. — Diodore, qui raconte l'enlèvement de la Pythie, nous a transmis (l. XV, c. 8 el 10), sur le même oracle, une tradition qui
a propos de mentionner ici. Terikize, mis a la tête de la Qotte qui devait
réduire le roi de Cypre, Evagoras, fut accusé cf'avoir voulu se i \
contre son souverain, Arlaxcrxès, et d é la Pythie BUT
chances de son projet. Cité devant un tribunal, on rapporte qu'il ail entre autres choses poui a défense qui ne rendait
flans les questions de morl : pi ^pujiJuxTiÇsiv tov 6 bv -■.-. bavâxov, ce qui Tut attesté par tous les Grecs présents. Il saute aux yeux que les mots -'-;-■. Oavixou sont une altération 'lu texte. Madwig (Advers., p. î'.t'j propose de lire xp^twflCetv tov 8ebv ôîtepOaXafffftoiç, et il me paraît difficile de tro mieux. Cette limite posée à l'oracle n'existait pas antérieurement, ni dans les circonstances ordinaires, mais il est possible qu'elle ait été adoptée alors par des considérations politiques; il est certain, en tout cas, qu'elle ne subsista pas longtemps.
Page -419, n. 3. — Dans l'Idylle de Théocrite (v. 36), la magicienne dit à Thestylis : to yx'/y.fov wç T-i/o; ôcxst> et le Scholiaste fait cette remarque : <> y/ÂhYjjç ivo\t.iÇzïo xaOapbç EÏvai xoù XTteXaaTtxôç tà>v [x!aa;j.âx-wv. On Ht aussi
dans Macrobe [Saturn., 1. V, c. 19, p. 553, éd. Zeunius) : ad rem divinam pleraque aenea adhiberi solita multa indicio sunt, in his maxime sacris quibus deliniri aliquos aut devovere aut denique exigere morbos volebant.
Enfin, Porphyre [Vita Pythagorae, c. 41) dit, en parlant des disciples de ce philosophe : tov êx toù '/«axo-j xpouojjiïvov v/ov evôjjiiÇov pwvir)v eivch uvoç twv Satjiovtov êvowœiXïuiivou tû x<xXxS. Klausen (JE)ieus und die Penaten, p. 995
et suiv.) a cherché, avec une activité infatigable et une remarquable pénétration, les traces de la croyance à un démon métallique. Jusqu'à quel point peut-on ou doit-on adopter ses conclusions? c'est un point qui ne peut être élucidé ici. On sera, sans doute, en général, tenté de se rallier à l'opinion exprimée par Wùstemann, dans ses Notes sur Théocrite, à savoir que le son pénétrant de l'airain semblait aux anciens particulièrement propre à éveiller l'attention des dieux ou des démons que l'on invoquait, sans que l'on se crût obligé pour cela d'admettre l'existence d'un démon spécial ayant établi son domicile dans l'airain.
Page 431. « Les Ephètes désignaient dix des plus considérables parmi les membres de la phratrie. » C'est ainsi que je m'exprimais déjà dans la première édition de mes Antiquités grecques (1859), revenant tacitement sur la conjecture par laquelle j'avais proposé, dans le livre intitulé Antiq. Juris publ. Grsec. (p. 296, n. 4), de lire ày/ta-revôv au lieu de àpi<Trîv8ï]v. Je fais cette remarque, en me référant à un passage des Jahrb. fur Phifol., 1872, p. 604.
Page 437 et suiv. — On peut remarquer que, parmi les moyens de purification énumérés dans le texte, j'ai omis de citer l'air qui, d'après plusieurs témoignages, était mis à profit surtout dans les cérémonies dionysiaques, A l'occasion de ces fêtes, dans les campagnes de la Grèce, comme dans celles de l'Italie, on attachait aux arbres des cordes auxquelles les paysans suspendaient diverses images qui se balançaient au vent, ou quelquefois se balançaient eux-mêmes. (Voy. Virgile, Georg., 1. II, v. 388 et suiv., avec les notes de Voss, 1800, p. 104.) Tous les commentateurs s'accordent non
seulement à rapporter les circonstances historiques qui ont donné naissance à ces divertissements, mais aussi à nous en révéler le sens religieux. Nous avons raconté plus haut (p. 571), en ce qui concerne l'Attique, à quelle occasion ces jeux furent institués; pour l'explication religieuse, voici Jes paroles de Servius sur le passage de Virgile cité plus haut : Prudentiores dicunt Sacra Liberi patris ad purgationem animse pertinere ; omnis autan purgatio aut per aquam fit nul per ignem «ut par aerem. Klausen (ibid., p. 803) dit que le balancement, qui ébranle l'homme tout entier, rabat sa présomption et que, par suite, celte coutume a pu être considérée comme un moyen de purification dionysiaque. A vrai dire, je ne sais si l'exercice de l'escarpolette produit cet effet sur les corps humains, auquel cas on pourrait le conseiller à plusieurs de nos jeunes critiques ; mais je m'explique plus difficilement encore comment le mouvement, imprimé aux poupées et aux masques, aurait pu calmer les esprits des adorateurs de Dionysos. Virgilen'avu évidemmentdans ces jeux qu'undivertissement populaire et, aujourd'hui encore, la jeunesse se balance parce que cela l'amuse.
Page 405, n. 1. — Dans les Grenouilles d'Aristophane, le chœur des initiés, lorsqu'il dit (v. 387) : y}pi'<TTï)Tat S' IÇapxoOvTwç, parle assurément pour lui-même ; il n'a donc pas jeûné. Halm, il est vrai, ne voulant pas admettre cette conséquence, lit ï\aiTqtcu. Koch repousse aussi la leçon r,p cariai, en raison du mot Ttawy/iox; qui précède et ne laisse place qu'au repas du soir; mais il propose r^yla-z-j-cy.:. Pour ma part, je ne voudrais pas prendre ainsi Aristophane au mot.
Page 408, n. 4. — Lenormand {Recherches arc héologigùes, p. lit)) est d'avis que le temple d'Eleusis avait à son service une troupe d'acteurs, bvvoBoî rûv «epi tov Atovuaov ts/v.t(ov, qui prenait part aux cérémonies mystiques; cela est peu vraisemblable. L'inscription citée par Lenormand (ibid., p. 96) prouve seulement que l'association dont elle émane croyait devoir, comme beaucoup de personnes pieuses, accomplir, dans les jours consacrés à la célébration des mystères, des sacrifices et d'autres pratiques religieuses en l'honneur des divinités, objets du culte mystique.
Page 531, n. 1. — Le passage qui peut le mieux l'aire comprendre le sens religieux des Métagéitnies se trouve dans le traité 'le l'Exil de Plutarque (c. 0); on y lit : apa Çivot xai à.Tt<'>~uoz; eîatv 'AOyjvcuwv oi [iz-ti-h^z; :•/. MeX(vrj; e!ç AiiojJu'Sa, otov xal ixrjva MeTayetxvtwva /ai Buatav èn<£vvi|iov ùyova: roO |xîtoixkj[xoO ta MsTayetTvtM ~r,v irpbç It'-.vj; yecrviaa'iv suxiXcdÇ xoù lî Èxoi/ô(j.3vot xa\ a-ipyovx:;. De cela seul que le nom des Métagéitni indiqué comme £tc(.'>vu|aov toO |A£toixi<7|aoO, il résulte que la fi d'un déplacement et qu'elle dut être fondée >'ii souvenir d'un étal nouveau né' du |xeTO(xt<r(ji6;. Plutarque prend pour exemples lis d.ux dêmes de Mélité et .le Diomis ou I liomeia ; il eût pu aussi bien en mtres ; au
moins n'est-il question nulle part d'un événemenl 'le ce génie, qui ail spécialement intéressé ces deux dômes. Si nous nous reportons au temps où l'Attique était partagée en plusieur distincts politiquement, où
elle comprenait par exemple les douze it6Xuc mentionnées par Strabon (1. IX,
p. 397; voy. les Antiquités grecques, t. I, p. 31 il bien adi
que ces districts étaient séparés 1 barrières, qu'il n'existait entre eux ni droit de p
riage. Je n'ai pas oublié que, il y a cinquante ans, j'exprimais l'opinion contraire; cela ne peul m'empêcher de reconnaître qu'elle él I ment. Plus tard, lorsque les différents cercles se rapprocbèrenl politiquement, l'isolement respectif de leurs habitants ne put naturellement être maintenu. Chacun l'ut libre d'aller et d<> venir, de s'établir ou bon lu . d'y acquérir des propriétés, d'y exercer son industrie. Si l'on admel que les Métagéitnies étaient destinées à rappeler l'introduction de ce nouveau régime, la circonstance qu'elles étaient célébrées en l'honneur d'Apollon, et que ce dieu lui-même était adoré sous le surnom de Métagéitnios prouve que l'introduction de la liberté se rattachait au culte do ce dieu. On sait pourtant qu'Apollon n'appartient pas aux anciennes divinités de l'Atlique. Son culte fut apporté dans cette contrée par l'immigration hellénique que Xouthos amena de la Thessalie méridionale, et sans doute se répandit peu à peu, grâce à l'influence des nouveaux venus, jusqu'au moment où il fut adopté parmi les cultes d'États, ce qui amena probablement une fusion avec un des dieux indigènes dont les attributs avaientle plus d'analogie avec ceux d'Apollon et qui fut depuis désigné sous le même nom, (voy. Welcker, Gtvlterlehre, t. I, p. 492, et mes Optisc. acad., t. I, p. 347.) Naturellement, cette fusion ne put s'accomplir avant qu'une sorte d'unité politique se fût établie dans le pays et que le culte d'Apollon Pythien, de concert avec celui de Zeus Herkeios, se fut imposé à toutes les gentes de l'Attique, ce qui ne put guère se faire sans le concours de l'oracle de Delphes, avec lequel, depuis l'arrivée de Xouthos, l'Attique était entrée en relations plus étroites. 11 est suffisamment attesté, en effet, que l'Apollon honoré sous le surnom de Traxpôio:, dans le culte domestique, n'était autre que le dieu qui inspirait la Pythie, et le temple auquel Philostrate (Vitœ Sophist., 1. II, c. 1, § 7) donne la qualification de tui6cov, a été reconnu par Leake (t. I, p, 113 et 299, éd. de Londres) comme étant le même que celui d'Apollon uocrpûo;. Que l'extension donnée au culte domestique d'Apollon ait coincidé avec le rapprochement qui s'opéra entre tous les citoyens unis désormais par l'épigamie et la liberté d'aller et de venir, c'est ce qui ne saurait faire de doute, et ainsi s'explique comment Apollon en arriva à être honoré sous le surnom de Métagéitnios. Si pour quelques-uns la fête des Métagéitnies était destinée à rappeler la réunion des habitants en un seul corps, exécutée par Thésée (trjvotx'.GjAÔ;), il ne faut pas s'en étonner, le Synoikismos entraînant, pour chaque citoyen, la liberté de ses mouvements; mais, suivant l'opinion générale, la fête consacrée en souvenir de l'innovation que ce prince avait introduite était appelée les auvoixta ou les ayvor/iffia, et se célébrait dans le mois d'Hécatombaeon. Nous en avons déjà parlé (p. 546) et nous y reviendrons plus loin.
Page 531. — A propos de l'Eiresioné, que les anciens faisaient venir de ïipo; ou eipiov, laine, Gœttling remarque avec raison (Opusc, p. 177) que
cette dérivation est inadmissible ; et il en propose une nuire, irréprochable, il est vrai, au point de vue étymologique, mais qui, sous un autre rapport, offre peu de vraisemblance. Il suppose que Thésée, en revenant de Crète à Athènes, avait fixé au bord de son navire, en signe de victoire, une branche d'arbre enveloppée de laine, à laquelle on avait suspendu des fruits de toute sorte. Cette branche, après le débarquement, fut agitée et portée en procession par l'équipage, d'où lui serait venu le nom d'etpeffta, qui signifie lés rames et les rameurs. Mais le passage de Plutarque (Thésée, c. 22), auquel renvoie Gœttling, ne contient rien de semblable. 11 y est dit simplement que Thésée, lorsqu'il apprit la mort de son père, monta en gémissant à la ville avec sa suite et, après avoir rendu les derniers devoirs au défunt, acquitta les vœux qu'il avait faits à Apollon avant son départ; puis vient une courte explication sur l'usage de faire bouillir des légumes pour les fêtes des Pyanepsies. Enfin Plutarque termine son récit en disant que l'Eirésioné était entourée de laine, comme la branche d'olivier avec laquelle Thésée, avant son départ, avait invoqué Apollon, lxsT*)pux. Il serait difficile de comprendre, si les choses s'étaient passées comme le présente Gœttling, que la véritable origine du mot eîpEffiwvo eût été complètement oubliée, que l'on eût méconnu le rapport existant entre eîpefftwv/] et eîpeaîa, et que l'on se fût attaché à une étymologie évidemment fausse. Il faut bien reconnaître cependant que cette étymologie n'était pas universellement admise. L'Etymologicum magnum (p. 303, 30), après en avoir fait mention, en cite une autre: otc EÎpovto tov Oîôv, ti 7iocr,i7o-j<7'. [Aîxà xr(v O'jcrîav tbv xXâSov, Cette explication non plus n'est pas tout à fait juste, mais encore faut-il en tenir compte, en ce sens qu'elle renvoie du moins au verbe d'où le substantif semble effectivement dérivé. Pour le verbe eî'pw ou eîpéw pris dans le sens de dirt , parler, il sufût de se référer aux dictionnaires ou aux notes de Gœttling sur la Théogonie v. 38 et 804). A la vérité, je ne puis citer de témoignages à l'appui de la forme eîpeot;, équivalant à pyjtrtç; mais elle serait absolument conforme à l'analogie. De £Î'pr(«7t;, se serait naturellement formé sîpe<xca, pour désigner la branchi l'on portait en prononçant les paroles traditionnelles et, avec la terminaison amplificative,eipeaicovT). Ce mot signifierait donc la branche des paroles, et pourrait aussi s'entendre de l'invocation que le porteur devail prononcer. Une seule objection peut être élevée contre cette conjecture, au poinl de vue de la linguistique, à savoir qu'aucun témoignage ne confirme I du mot eî'peTiç, et je ne m'étonnerai nullement que cette absence semble à quelques philologues une raison suffisante pour la rejeter. Je ne résisterai pas à la tentation de citer encore une autre hypothèse dont l'Eirésioné a été le prétexte. Parmi les dômes de l'Àttique, il y en avait un qui portait le nom d'Eîp^o*;. Des inscriptions donnent, il est vrai, 'HpsffiSai, et c'était probablement la forme en usage dans le peuple, qui en oublié Pétyraologie (voy. Corpus Inscript, grœc, n° 191 et 192); mai- le véritable nom, Elpe<n8at, se retrouve chez les grammairiens qui ont | aux bonnes sources. Eîpeatfiai est un nom générique: or, on sait que 1> coup île dêmea avaient emprunté leurs noms à des génies qm probable-
G8f> APPENDICE
ineriL avaient acquis une situation prépondérante. Parmi ces noms, plusieurs ont trait à des fonctions sacerdotales héréditaire : c'était BouÇOyot, ries BoutetSat, des KevtptaJai, des tlpaijcepYÎâai, des 'll^j/iôa-., des Kpoxwviîat (voy. plus haut, p. 4<jij. Il n'est donc pas invraisemblable que Eîpèff£8at ait été aussi le nom d'une gens dont certains membres étaient chargés du porter les Eirésionés et de prononcer l'etpeatç. Rien n'empêche de croire qu'à l'origine la fête des Pyanepsies fût spécialement réservée pour cette pratique, comme semble l'indiquer le passage de Plutarque ; je ne vois pourtant nulle raison de mettre en doute les témoignages d'après lesquels les Thargélies, les Proérosies, les Panathénées en auraient fourni aussi des exemples. Je crois qu'en général les Eirésionés durent figurer dans plusieurs solennités, tout en admettant qu'elles n'étaient point toujours portées par les membres de gehtes vouées à. cette fonction en vertu de règlements sacerdotaux. Quoiqu'il en soit, il va sans dire que l'usage des Eirésionés n'était pas renfermé uniquement dans l'Attique. Alciphron (Epist. III, 37) cite une jeune veuve qui, en souvenir de son mari, avait déposé dans un sanctuaire une Eirésioné formée de fleurs entrelacées ; évidement le nom d'Eirésioné n'est pas pris ici dans sa véritable et originaire signification.
Nous remarquerons, en terminant cette note, que, à la fin de la citation conservée par Plutarque, on peut hésiter entre les deux leçons : v.-t.Qv!>ôri et xa6eu5r(ç. Si l'on adopte la dernière, il faut admettre que celui qui porte la parole, s'adresse à la maîtresse de la maison devant laquelle il est arrêté, qu'il suppose, en manière de raillerie, avoir du goût pour le vin ; on sait que la comédie prête souvent cette faiblesse aux femmes. Si, au contraire, on préfère la troisième personne, sîpeffiwvr, devient le sujet de la phrase, et la plaisanterie retombe sur celui qui porte la branche emblématique et sur ses compagnons.
Page 546. — A propos des Synoichésies, je m'ensuis tenu à l'interprétation ordinaire, fondée sur un passage de Thucydide (1. II, c. 15), contre laquelle un de nos érudits les plus pénétrants et les plus sages, a élevé de sérieuses objections. C. Wachsmuth, dans son excellente dissertation : ueber die Akropolis-Gemeinde und die Helikon-Gemeinde (iV. Rhein-Museum, t. XXIII), est d'avis que la fête des Synoichésies n'avait pas été instituée en souvenir de l'union politique du pays tout entier, mais seulement pour célébrer la réunion des deux communes de l'Acropole et de l'Hélicon, séparées à une époque antérieure, et sur les relations desquelles il jette autant de jour que possible. Sans doute, il n'est pas absolument invraisemblable que ces relations, qui se perdaient dans la nuit des temps, soient restées peu connues des anciens, et même de Thucydide. J'espère pourtant qu'on ne me saura pas mauvais gré de n'avoir pas donné place aux conjectures de Wachsmuth dans le texte de ce livre, et de les avoir réservées pour l'appendice.
Page 554. — L'auteur des Vies des dix Orateurs, mentionnant, à propos d'une statue d'isocrate (p. 839, C), l'emplacement où les Arrhéphores, jouaient à la balle, dit : àvâxâixou èv 'AxpoTiôXii èv vrt <Tqmp;<jTp* twv 'App-r^opw'- .
Comme on ne trouve pas un autre exemple de c^oupîaTpx pour ff<paipicpf)pwv, on a supposé que le passage était corrompu, et Madwig (Adievs., p. 633) propose de lire : êv t?, àp'.cxepi; mais, attendu que le mot asa'.piTTpa est formé régulièrement et n'offre aucune difficulté, il n'y a pas lieu à correction.
Page 565. — Nous ne possédons que très peu de détails circonstanciés sur la célébration des Thesmophories. UHéortologie de Mommsen, montre (p. 291-296) à combien de discussions peut fournir matière la fixation même des jours consacrés à ces solennités. Il m'a paru que le parti le plus sûr était, de m'en tenir aux indications du scholiaste d'Aristophane [Thesmophoriaz. v. 80). La difficulté que présente le vers IrM Tpîvi\ a-: 0£T[Aoçopîwv ■?! [ilo-Y) est levée si on lit l^d^zp Iotï, suivant la conjecture de Nauck (Bulletin de l'Académie de Saint-Pétersbourg, t. VI, p. 57), à laquelle adhère Meinëke (Vindicte Aristoph., p. 145). Le jour intermédiaire des Thesmophories, au moins pour les cérémonies qui s'accomplissaient dans la ville, était le 12 du mois. Il avait été précédé, le 11, par l'avoSoç, et était suivi, le 13, par la xaUtylveca. Le scholiaste place aussi dans la journée du 12 le jeûne (vïj<rreîa). Pour les autres particularités des Thesmophories, je ne puis que renvoyer au livre de Mommsen et à une dissertation de E. Rohde, insérée dans le N. Rhein. Muséum, t. XXV, 1870, p. 548. Il n'était pas nécessaire, pour le but que je me propose, d'entrer dans des détails qui auraient demandé beaucoup de travail et de temps, sans jeter plus de lumière sur le caractère religieux de ces fêtes, qui est le point important, La même remarque s'applique à d'autres solennités , par exemple aux Oschophories, pour lesquelles j'ai déjà fait observer (voy. ['lus haut, p. 568) que les explications proposées par les anciens sont d'une médiocre valeur. En citant le livre de Mommsen, je tiens à déclarer, d'une manière générale, que lorsqu'il y a divergence entre lui et moi, je n'ai pas la prétention de faire prévaloir mon sentiment propre.
Page 574. — La relation que j'ai établie entre les Lénéennes urbaines et les Dionysies rustiques, a été constatée aussi par Preller (Griech. Mythol., t. I, p. 527) et par Mommsen (Héort., p. 14). Tous deux reconnaisses que, à l'origine, le nom de Arjvaïa, qui donne l'idée d'une fête joyeuse, célébrée à la suite du pressurage et des travaux de la vendange, s'appliquait aussi aux Dionysies rustiques. Ce rapprochement est confirmé par ci' que dit Etienne de Byzance, d'après Apollodore : A,Y)vaïoç àyù>v Aiovûsou èv àypoî;. Les mots Ta Aï)voûa XeyâjiEva, à l'aide desquels le scholiaste d'Aristophane commente le vers 201 des Achamiens, ainsi couru : :x\m -l xat' àypov; e'ktkÙv Ato confirment le même fait, bien qu'on puisse être mis en défiance par une autre remarque, évidemment Causse, relative au vers 504, dans laqu< est (lit que ô in\ AY)va(w «ytiv avait lieu sv àypoî;, 'K-\ A.y]v ■, en
effet, un local situé dans la ville, auquel ne peuvent, par conséquent, Be référer les mots âv âypoïç. L'explication la plus naturelle nous paraît être celle-ci : Après que le culte de Dionysos Eleulhéreus, qui d'abord n'était qu'à l'usage des gens de la campagne, eut trouvé accès dans la ville, et
que l'on y eut inslilué une fête générale Je la vendange, à la suite des fêtes partielles célébrées «Luis les dômes, la gran le solennité devint par excellence les Lénéennes, et les fêtes locale-: furent désignées simplement par les mots -ta xax àypoû;. Cependant 0. Gilbert {die Festzeit der kttischen
Dionysien, Gœttingue, 1872) a expos.' thèse toute différente, et ses
arguments méritent d'être consignés ici, pour la singularité du fait. D'abord, il déclare que l'unanimité des anciens à considérer les Lénéennes comme la fêle du pressoir provient d'une erreur grossière. Il admet bien que les anciens ne pouvaient ignorer que lemOtXïjvôç, d'où la fête a tiré son nom, signifie à la fois pressoir et cercueil, ôweb xV,; Ô|ioi6ty)to« tîj« xctxaoxeuïjç, suivant l'expression du Lcxicon Seguer. (p. 51, 14), mais ils étaient, paraît-il, frappés d'un tel aveuglement, qu'ils n'ont su tirer aucun parti de cette connaissance, pour interpréter le vrai sens des Lénéennes. Il était réservé à la pénétration des savants de nos jours de reconnaître le caractère funèbre de ces fêtes, fondées en l'honneur de Dionysos Lénéen, c'est-àdire de Dionysos au cercueil. En elle-même, l'idée d'une fêle funèbre consacrée à une divinité de la Nature, n'aurait rien d'invraisemblable, et si, comme cela est généralement admis depuis le Mémoire de Bœckh, les Lénéennes tombaient dans le mois de Gamélion, où l'hiver est le plus rude, où la nature est comme ensevelie dans un sommeil de mort, il faut avouer que cette saison aurait été bien choisie pour la célébration d'une fête funèbre en l'honneur de Dionysos. Mais nous trouvons chez d'autres populalations un mois désigné sous le nom de Leneeon, évidemment d'après la fête des Lénéennes, et qu'Hésiode représente comme un mois d'hiver, fort semblable au mois de Gamélion. Cette dénomination avait cours, en particulier, dans beaucoup de colonies ioniennes de l'Asie-Mineure ; on en a conclu qu'elle avait pu être en usage aussi chez les Athéniens à une époque antérieure, et que plus tard le nom de Gamélion avait prévalu, conjecture combattue d'ailleurs par des arguments que l'on peut voir dans YHcortolotjie de Mommsen (p. 47). Gilbert la tient néanmoins pour certaine, et trouve dans la circonstance d'un mois ayant perdu son ancien nom la preuve que la fête à laquelle ce nom était emprunté avait été transportée dans une autre saison. Il est fait mention, en outre, de fêtes célébrées dans le mois d'Anthestérion, sous le nom de yy^oi, qui certainement avaient trait à la mort de Dionysos. Gilbert n'hésite pas à reconnaître dans ces fêtes les Lénéennes funèbres, sans se laisser arrêter par la considération que pas un ancien témoignage ne signale les Lénéennes comme accomplies dans le mois d'Anthestérion. De ce silence, il conclut que les anciens ne nous ont pas dit la vérité, et ce n'est pas seulement pour les Lénéennes qu'ils nous ont trompés ; nous ne devons pas nous fier à eux davantage, en ce qui concerne les Dionysies rustiques, et naturellement il faut renoncer au rapprochement que nous avons établi entre elles et les Lénéennes urbaines, du moment que ces dernières sont les fêtes du cercueil, et non plus du pressoir.
Comme conséquence de ce nouveau procédé de critique, nous devrions ad-
mettre que les solennités considérées jusqu'ici comme trois tètes distinctes, célébrées dans trois mois différents, n'étaient en vérité qu'une tête unique, divisée en trois actes: les Dionysies rustiques, les Lénéennes, les Anthestéries. Pour mieux nous convaincre, l'auteur invoque deux garants de la meilleure époque. Le premier est Thucydide qui, dit-il, donne évidemment à entendre (1. II, c. 15) qu'il ne connaît à Athènes que deux fêtes de Dionysos. Comme l'une d'elles est de toute nécessité la grande solennité des Dionysies urbaines, célébrée dans le mois d'Elaphébolion, et comme aux Dionysies urbaines sont opposées les Anthestéries, de date plus ancienne, rà àp*/acÔTspa, il est clair, toujours d'après Gilbert, que Thucydide n'a connu ni Dionysies urbaines, ni Lénéennes distinctes des Anthestéries. Tout le raisonnement roule, on le voit, sur la valeur qu'il convient de donner au comparatif xà àp-/at6x£pa, le sujet auquel il s'applique ne pouvant, à ce que l'on prétend, être opposé qu'à un seul terme de comparaison, non à plusieurs. Je crois qu'il suffit, pour apprécier ces arguments, de renvoyer à une bonne grammaire, par exemple à celie de Kiihner (§ 349 b. 3). Le second témoin, derrière lequel se retranche Gilbert est Aristophane : dans la comédie des Acharniens, représentée aux Lénéennes, il est question d'abord des Dionysies champêtres, puis des yôz; et des y.ûxpoi, c'est-à-dire des Anthestéries. On doit, d'après Gilbert, en conclure non seulement qu'il n'y a pas d'intervalle entre le moment de la représentation et celui de l'action, mais que les Dionysies champêtres coïncidaient avec les -/6e; et les yytpo'., attendu, dit-il en termes exprès (p. 64), que la pièce est rigoureusement enfermée dans les limites de l'unité de temps. Ainsi, pour peu que l'on ne croie pas à cette rigueur, et qu'on ne se laisse pas convaincre que le moment où la pièce est représentée est exactement celui où l'action se développe, tout cet échafaudage d'arguments tombe et se réduit à rien.
Page 577, n. 2. — Que la procession dans laquelle on portait la statue de Dionysos, et dont Pausanias parle brièvement, sans indication de temps, ait fait partie des Lénéennes, ce n'est là qu'une supposition de ma part, mais je la crois plus probable, à vrai dire, que l'hypothèse d'après laquelle cett.- cérémonie aurait eu lieu dans les grandes Dionysies, ainsi que le pensent Schneider (Ait. Thonier, p. 3 et 4), et Hermann (Griech. Alterth,, t. Il, § 59, 8), ou à la fête des -/ôeî, le 12 d'Anlhestérion, suivant l'avis de Mommsen (p. 356), La question n'est pas (railleurs assez importante pour comporter de plus amples développements, sans compter que l'on ne réussirait, en fin de compte, qu'à constater l'impossibilité d'arriver à une complète cerl tude.
Page 579, n. 6. — Mommsen mel en doute que le nom de la fête d soit réellement emprunté aux marmites dans lesquelles on présentait les légumes cuits, par la raison que les marmites sont appelées gûrpat au féminin, et (jue -/yzç.'ji désigne des excavations, li pense, d'après cela, que la solennité
a emprunté son nom à ces cavités du sol dans lesquelles, au printemps, l'humidité s'amasse et s'écoule :
Vere novo,gelidus canis cum montibus humor
Liquihir,
apim:\dk;i:
Suivant les anciens interprètes, ainsi que nous l'apprend le scholiaste d'Aristophane (Acharn., v. L076; Ranœ, v. 218), la fondation rie la fête remontait au temps 'lu déluge. On disait que les hommes échappés à ce cataclysme avaient fait cuire un mélange de tous les produits qui leur restaient,'et l'avaient offert en sacrifice à Hermès Chthonien; pour cela ils s'étaient servis de marmites. Si, plus tard, on prit l'habitude d ces pots exclusivement par la forme féminine, y^tpai, ne peut-on admettre que, dans les temps reculés où fut instituée la fête, le masculin était aussi pris dans le même sens. Il n'y a pas de doute, en tout cas, que sous l'une ou l'autre l'orme, les anciens n'ont jamais eu en vue que des marmites.
Page 624. — Les 'A).â>a sont caractérisés par ces mots dans YEtymol. Magn. (p. 73) : lop-ï] 'A8ï)v5; àyotxtxv Preller a reconnu (Demeter und l'< ■/■sephoné, p. 328) qu'il faut lire 'Ae^cri, remarque déjà faite, d'ailleurs, par Meursius (Grœcia feriata, p. 15). On trouve, en effet, 'AO^ai dans le scholiaste de Lucien [Liai. Meretr., VIII, p. 228, Biponti). 'AOrjvr^i n'est nullement synonyme de êv à<rret, et équivaut souvent à Iv vf\ 'A-roxî), ainsi que l'a démontré Leake (Die Demen, p. 21) ; voy. par exemple Xénophon, Memorab., 1. III, c. 5, § 2. Les 'A),côa, cependant, étaient célébrées aussi à la ville, ce qui s'explique facilement, comme on l'a vu plus haut, p. 567. Plusieurs passages de Lucien et d'Alciphron (Lucien, Dial. Meretr., 1 et 7 : Alciphron, EpisL, 1. I, 33 et 39, 1. II, 3 et 1. III, 39) donnent à entendre que les courtisanes prenaient un intérêt particulier aux réjouissances des 'AXôot. Voy. aussi le Dise, contre Néére, § M 6, où il est question d'une hétaïre nommée Sinope, qui, dans la même occasion, avait fait un sacrifice à Eleusis. On ne peut cependant admettre qu'il y eût un rapport particulier entre l'existence des courtisanes et les divinités à qui était consacrée la fête des Granges. — Nous n'avons pas parlé dans le texte des Procharistéries ; nous en dirons un mot en terminant cet appendice. On lit dans Suidas : ripo^apiaT^îia, rjjjipa ev v) oî êv tîj àp^vj uâvre; àp-/o[AÉva>v xapuwv (ptfe<y9at sO-jov rîj 'A6y]v5c. La seule interprétation que comporte ce passage, est que tous les fonctionnaires publics prenaient part officiellement au sacrifice. Mais au lieu de o\ Iv x-7j àp-/-f„ ne s'attendrait-on pas plutôt à lire iv t-/ï; àpxaîç, et d'ailleurs, au pluriel comme au singulier, le mot àpxï offre un sens bien général et bien vague. Autre question encore : Comment les personnages désignés par Suidas accomplissaient-ils le sacrifice ? chacun pour soi ou tous en commun ? Bref, il est difficile de se faire une idée, même approximative, de ce qu'a voulu dire Suidas. Si, au contraire, dans la source où il a puisé, on suppose qu'il y avait primitivement oi èv xrj -/wpa, on s'expliquera facilement que ce dernier mot, écrit d'une manière illisible, se soit changé en àpyrr 'H yjôpix est le pays plat, en opposition avec la ville. Il était naturel qu'une fête célébrée en reconnaissance des fruits de la terre fût désignée comme la fête des paysans, ce qui n'empêcherait pas que les prêtres, agissant au nom de l'État, eussent offert aussi des sacrifices dans la ville à Athêna et à d'autres divinités protectrices de l'agriculture.