‹ Antiquités grecquesChapitre 75 sur 567 · Voy. Scliu'iiiami, Aniii/. Grecques, l. I. p · texte numérisé non relu

Voy. Scliu'iiiami, Aniii/. Grecques, l. I. p

devenir physiquement el intellectuellement aussi accompli que sa nature Le comportait. Il n'y avait pas loin <!<■ là à celle croyance que l'on devait, dans les frics religieuses, où, pour approcher de la divinité, on se faisait honneur de ce que l'on avait de meilleur et de plus beau, se présenter aussi avec l'excellence physique, condition de la victoire dans les jeux. Ces avantages n'étaient pas moins que les autres des présents célestes, et l'on élail convaincu que c'était pour les dieux un spectacle agréable de voir les hommes témoigner leur reconnaissance, en jouissant pleinement des bienfaits qu'ils en avaient reçus. Ce n'était donc pas seulement pour le plaisir des combattants ou des spectateurs qu'une place considérable avait élé (humée aux jeux dans les solennités olympiques ou autres; il s'y joignait un sentiment puisé dans la tradition religieuse. Ainsi s'expliquent les honneurs rendus aux victorieux, honneurs d'autant plus éclatants que les prix étaient plus disputés et que les concurrents venaient de plus loin. L'emporter sur un si grand nombre de rivaux n'était pas en effet peu de chose, et la victoire pour les cœurs bien nés était déjà par elle-même une assez digne récompense. Si l'on y joint, au nom des Dieux, une couronne du feuillage qui leur est cher, la proclamation du vainqueur devant l'assemblée qui représente toute la Grèce, les chants d'un Simonide et d'un Pindare qui lui assurent l'immortalité, ou bien un monument dans l'Altis, avec une inscription qui doit transmettre son souvenir aux générations futures, il faut avouer qu'il était difficile de souhaiter rien de plus.

Mais plus nous avons pris soin de faire ressortir les côtés lumineux du monde antique, plus nous avons le devoir, pour être vrai, d'en laisser paraître les ombres. On ne saurait non plus méconnaître que l'estime dans laquelle on tenait les facultés physiques d'où dépendait le succès, n'était pas exempte de quelque exagération. Les anciens eux-mêmes en ont parfois jugé ainsi. Nous nous bornerons à citer le sentiment de Xénophane qui, après avoir énuméré les diverses épreuves des jeux olympiques et les récompenses auxquelles donnait droit la victoire, s'exprime en ces termes :

« Cela est mal ordonné : il n'est pas juste de mettre la force

au-dessus de la sagesse. Ce n'est pas parce qu'un citoyen aura gagné le prix au pugilat, à la lutte et au pentathle ou qu'il l'aura emporté par la rapidité de sa course, que la cité sera mieux gouvernée. Elle n'a pas grand sujet de s'applaudir si quelqu'un de ses enfants triomphe sur les bords du ruisseau qui coule à Pise ; ses greniers n'en seront pas mieux remplis. ' » Ce qui nous semble surtout surprenant, c'est l'estime dans laquelle on tenait des victoires dues moins aux qualités personnelles du vainqueur qu'à sa richesse, à la rapidité de ses chevaux ou de ses mulets, à l'habileté de son cocher. Si [•risée que fût cette habileté, ce n'était pas le conducteur des chars qui recevait le prix, mais le propriétaire de l'attelage. La couronne sacrée et le titre de [ipzr.y.r^ étaient décernés même à des absents cl à des femmes qui s'étaient fait représenter aux jeux par leur écurie". Cela explique que des poètes tels que Simonide etPindare, lorsqu'ils étaient sollicités de célébrer de semblables victoires, aient mis un prix à leurs éloges. Il est difficile de croire en effet qu'ils fussent complètement sous le prestige. La personne des vainqueurs tenait peu de place dans les épinikies, autant que nous en pouvons juger par ce qui nous en reste. Le poète naturellement s'exprime sur leur compte en termes honorables, mais ils sont loin d'être le sujet principal du poème. Des matières d'un ordre plus général et plus élevé, applicables à toutes les circonstances, des considérations morales et politiques, rendues saisissantes par les exemples et les images que fournissaient en abondance les légendes de l'âge héroïque suppléaient à l'insuffisance du sujet. Il est probable même que les vainqueurs n'en demandaient pas davantage. L'anecdote du Thessalien Skopas qui voulait rogner le salaire de Simonide, parée qu'il trouvait trop petite sa part, comparée à celle <\.>> Tyudarides, est la seule réclamation dont la trace nous soit parvenue.

1. Xénophane., cité par Athénée (I. X, c. 6, p. 414), qui ;i cons3rvé m outre un passaga anologue de YAutolycus d'Euripide. Voy. aussi Kayser, dans ses unies sur le de Gymnast. de Philostrate (p. ii3j.

2. Cyniska, sœur d'Agésilas, fut la première, mais elle ne lui pas la -

ainsi que le prouve un èpigra le de ['Anthol. Palatin \ l. XIII, c 16;

aussi Pausanias, I. III. <•. 8, § I .

Parmi les exercices gymniques, le pentathle étail surtout propre à faire valoir l'harmonie idéale des forces physiques '; d'autres combats semblaient au contraire avoir pour but de mettre en relief telle ou telle aptitude particulière. Le pugilat el le pancrace par exemple réclamaient des corps bien nourris; celui-là étail sûr de la victoire qui pouvait porter les coups les plus vigoureux et écraser ses adversaires sous sou poids. Aussi ces sortes d'athlètes suivaient-ils un régime approprié. Ils consommaient une grande quantité de viandes*; leur voracité était proverbiale, et on en cite des exemples merveilleux. Par là même un athlète redoutable était un mauvais soldat/1. Il ne valait rien pour les fatigues de la guerre et n'était à craindre qu'en combat singulier. Au lieu d'entretenir •ses forces par des exercices nobles, il était soumis à une sorte de dressage grossier et mécanique. On peut juger à quel point cet entraînement était exclusif et routinier, par ce fait que tel lutteur avait vaincu plus de mille fois au pugilat et au pancrace \ passant incessamment d'un combat à un autre, et faisant de sa force musculaire une industrie lucrative. Dans plusieurs solennités, en effet, le vainqueur recevait une somme d'argent, et quand ce n'était pas le cas, il n'était pas sans exemple qu'il fit une quête parmi les spectateurs s. Semblable ebose ne se vit pas seulement dans les temps de décadence; cette absence de dignité est signalée dès le vc siècle avant J.-C. On cite même des athlètes qui, pour de l'argent, faisaient le jeu de leur adversaire et lui abandonnaient la victoire °. Le pugilat et la lutte étaient fort dangereux et eurent

1. Aristote, Rhetor., I- I, c. 5, ,§ 11 : oLirév-a8XoixcéXXi<rcoi, oti npbç pîav y.-ù Tipo; xâ"/0' ^S^ teçvxaffi.

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