CONCLUSION
L'infection doit être combattue, non seulement au voisinage immédiat des malades, dans les hôpitaux, mais partout où elle se rencontre et où il est possible de l'atteindre.
Avant peu d'années sans doute, comme on a demandé « le tout à l'égout », on demandera « le tout à l'étuve », ce qui vaudra infiniment mieux, soit dit en passant.
On incinérera enfin les morts, et on désinfectera réellement les vivants.
Le grand danger de la diffusion de la plupart des maladies réside dans le contact avec les déjections et les expectorations des malades, comme aussi avec les habits qu'ils ont portés et les objets de literie qu'ils ont souillés.
Les exemples de contagion directe, lorsqu'on les cherche attentivement, s'affirment chaque jour davantage. Le laboratoire, la clinique, et les progrès de l'hygiène publique, en fournissent despreuves multiples, et cependant on tarde terriblement à mettre en usage les moyens reconnus les meilleurs.
La diphtérie sévit dans une école : on ferme l'école à condition qu'un certain nombre d'enfants aient été
frappés. On lave les murs, les bancs, le plancher ; puis, lorsqu'un Calme relatif est constaté dans la violence de l'épidémie, c'est-à-dire lorsque plusieurs sont morts et que quelques autres ont guéri, on rouvre l'école. Les habits des victimes ont passé de leurs épaules sur celles des vivants ; et tout ce petit monde grouille de nouveau, insouciant, mais porteur de nombreux microbes. La salle s'infecte et l'épidémie recommence.
Six mois d'interruption et les plus minutieux lavages des murs et des bancs ne parviendraient pas à arrêter le fléatJ qui vient d'ailleurs, des vêtements surtout, dont on n'a pas assuré la stérilisation avant de les remettre en circulation.
El ce qui est vrai pour la diphtérie, l'est pour la rougeole, la scarlatine et lant d'autres affections qu'on pourrait enrayer, si les saines notions de la désinfection étaient mises en pratique.
De grands progrés ont été faits, nous dira-l-on. Oui certes! Les hommes de science se dépensent jour et nuit pour prouver, par des séries d'expériences conduites avec la plus persistante rigueur, que le mal existe, qu'il se cantonne dans tel endroit, et que telles sont les armes qu'il faut fourbir pour le déloger.., et on attend, on tarde, on laisse faire.
Quelques machines transportables ont été essayées; on a proclamé leur valeur, mais on s'en sert peu ou pas. La routine et l'insouciance leur barrent la roule.
Quand on aura compris, dit et répété que c'est sur place qu'il convient surtout de désinfecter ce qui a touché le malade, on imposera a tout propriétaire l'obligation d'installer dans sa maison une étuve à la disposition de tous les locataires, sous la surveillance
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d'un homme auquel on en aura appris le maniement. Lorsque lapolice, avertie parle médecin, par les voisins intéressés, ou par la famille elle-même, qu'une épidémie a fait son apparition dans une maison, elle enverra des hommes spéciaux surveiller l'exécution de règlements appropriés, concernant le bon fonctionnementdel'étuve.
Et le public, qui finira par comprendre que son véritable intérêt est là, veillera lui-même à l'exécution de ces ordres de salut commun.
Tant qu'il n'aura pas saisi l'utilité de ces mesures hygiéniques, il faudra se résoudre à les lui imposer.
L'homme qui vit en société n'est pas libre, bien qu'il le clame sur tous les tons; ou du moins sa liberté s'arrête là où elle commence à compromettre celle des autres.
On vaccine de force, on enterre de force, on exhume de force ; on arrivera, il faut l'espérer, à étuver et à crémer de force et... tout le monde y gagnera... sauf les médecins, mais qu'importe !
En somme, la chirurgie actuelle a bien mérité de l'humanité.
Longtemps reléguée au second plan, elle n'avait, pour la représenter, que des barbiers parfois adroits, mais toujours ignorants, et sa thérapeutique consistait en quelques moyens empiriques, fruits du hasard; nous l'avons vue sortir peu à peu de cette situation inférieure, pour s'élever au rang de science, rattrapant ainsi la médecine, qui la tenait d'ailleurs en médiocre estime.
Une fois entrée dans le rang comme science définitive et acceptée, elle commença à progresser; mais, nous l'avons constaté, elle était, il n'y a pas bien longtemps encore, fort pauvre en résultats présentables ; aussi la révolu-
tion produite par l'arrivée de l'antisepsie marque-t-eîle de beaucoup le plus grand, et le plus rapide progrès connu !
Il est même impossible que la chirurgie refasse jamais un saut pareil, tout au moins en ce qui concerne la conservation des malades ; l'arithmétique s'y oppose, car, alors qu'on perdait 80 0/0 d'amputés, on arriva bientôt à n'en perdre que 15 0/0 et moins encore; la différence est donc trop grande pour qu'on puisse, en aucun temps et par aucun moyen, remporter de nouveau semblable victoire.
Mais ce triomphe chirurgical eut une contre-partie regrettable; après avoir fait le siège d'une ville, il n'est pas très humain de la livrer au pillage : c'est pourtant ce qui eut lieu î
Lorsque la chirurgie se sentit armée contre l'infection, elle fut prise d'un enthousiasme si exagéré, que l'étude de la médecine opératoire quitta pour ainsi dire l'amphithéâtre, pour se transporter dans les salles de malades.
On opéra à tort et à travers; ce furent de véritables hécatombes d'articulations; le ventre s'ouvrit pour satisfaire de puériles curiosités. Qui dira jamaiscombien la castration arbitraire supprima d'ovaires, et combien de matrices presque innocentes furent condamnées sans appel?
Chose plus grave, on opéra des malheureux, qu'une intervention aussi habile qu'antiseptique ne pouvait certainement pas avoir la prétention de sauver.
Bref, affolée par ses succès immédiats, la chirurgie perdit l'équilibre, et versa dans de coupables exagérations.