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ANTISEPSIE A L ARMÉE

môme à un certain degré. C'est donc un bon matériel de pansement, peu coûteux et léger.

Le prix de revient des diverses cartouches proposées est d'environ 30 à 40 centimes.

Quoique les paquets individuels, môme les mieux compris, soient passibles de certains reproches, il y a là une idée qui mérite d'être étudiée et perfectionnée. Elle était d'ailleurs mise en pratique spontanément par certains soldats plus prévoyants que les autres; pendant la guerre de 1870, on a trouvé un certain nombre d'Allemands munis de pièces de pansement.

D'autres se contentent de porter des scapulaires et des médailles : une bonne cartouche antiseptique mérite, sinon de les remplacer, tout au moins d'avoir l'honneur de leur voisinage î

Le transport des blessés et du matériel de pansement sera toujours la grosse difficulté de la chirurgie militaire : mais il faut reconnaître qu'on a sensiblement amélioré les conditions qui lui sont faites, en perfectionnant le matériel roulant, les brancards, les tables d'opérations et, en général, tout ce qui constitue le matériel des ambulances fixes ou volantes, et qu'on a rendu possible dans une assez large mesure l'application des antiseptiques. Aussi pouvons-nous prévoir que les blessés de l'avenir n'auront plus, comme en 4870, la terrible perspective d'être pansés avec la hideuse charpie, résidu de vieux linges empestés, déplorable épave de la charité privée !

De belle et bonne ouate, la tourbe de Redon, de la gaze ou de la jute antiseptiques, sont venues la remplacer dans nos cantines ; et la conservation des membres atteints ne sera plus, comme jadis, le fait de quelque heureux hasard.

Je ne saurais me taire, après ces trop longues observations concernant l'antisepsie et l'asepsie, sans adresser quelques mots encore à cette respectable phalange de médecins dévoués qui exercent loin des grands centres.

Les lignes qui précèdent ont dû leur arracher quelques soupirs. Eh! quoi donc? mais si tout ce qu'on nous raconte est vrai, nous sommes désarmés, impuissants, à peine oserons-nous piquer la peau amincie au devant d'un abcès mûr; d'intervention quelque peu importante, il ne saurait être question pour nous. Si les microbes menacent à tel point que les innombrables mesures qu'on nous dépeint sont réellement nécessaires, notre rôle est terminé I La lutte devient impossible; il ne nous reste plus, lorsque la santé de nos meilleurs clients l'exigera, qu'à télégraphier aux grands maîtres de la capitale pour implorer leur aseptique intervention, et à nous laver les mains dès leur arrivée, voire même après leur départ!

C'est pour avoir prévu ces objections, parce que je vous connais de longue date, que je sais votre dévouement, votre attachement au malade et tous les efforts

que vous faites sans récompense dans la voie du devoir ingrat, que je ne pouvais clore cette causerie chirurgicale sans dissiper les impressions décourageantes qui pourraient se dégager pour vous de ce que vous venez de lire. Au village, à la campagne, les conditions dans lesquelles vous évoluez sont si différentes de celles que nous rencontrons dans les villes, qu'il faudrait, pour bien faire, écrire un livre tout entier à votre intention.

Mais vous saurez bien, habitués comme vous Têtes à vous tirer des situations les plus difficiles, lire entre les lignes, et extraire des pages précédentes ce qui peut vous convenir. La légende, la tradition, et, mieux encore, les observations prises par vos devanciers, vous ont transmis une certaine confiance dans la pureté de l'air de vos campagnes. Tout vous a dit et prouvé que, chez vous, les blessures guérissaient ordinairement bien, à condition toutefois que leur marche vers la réparation ne soit pas entravée par des traitements inavouables.

Vous ne connaissez pas l'encombrement si funeste aux opérés; et vos pères, alors qu'on perdait 90 0/0 d'amputés de cuisse dans les hôpitaux, les guérissaient bien souvent.

Vous êtes donc privilégiés sous plus d'un rapport; mais ce doit être pour vous un encouragement, non un oreiller de paresse.

L'antisepsie, pour moins nécessaire qu'elle soit h la campagne, est cependant indispensable; la négliger serait vous exposer à bien des déboires.

Mais il est avec le ciel des accommodements ; et vous n'avez que faire, évidemment, de toute la mise en scène des grandes cliniques.

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Quelques précautions simples, pratiques, accomp; gnées d'un arsenal instrumental bien choisi, vous mettront en mesure de Faire beaucoup avec peu!

La désinfection des instruments à la maison est chose facile, îi la portée de tous ; avec du soin et de la patience, on arrive, même sans étuve, nous l'avons vu, à une propreté très convenable.

Munissez-vous pour le transport des instruments d'une de ces boites de métal composées de, deux plateaux creux qui se servent réciproquement de couvercle, et qu'on trouve aujourd'hui chez tous les fabricants. Une plaque d'ouate placée sur les instruments et les débordant de toutes parts, assurera sa fermeture hermétique et protégera son contenu.

Arrivés k destination, vous nettoierez le malade suivant toutes les règles : la chose n'est guère plus difficile k la campagne qu'ailleurs. Puis vous vous ferez donner deux cuvettes ou grands plats, et deux assiettai creuses.

Dans l'une des cuvettes vous placerez des tampons de gaze hydrophile, dans l'autre une solution sublimée au 1/2000.

Dans une assiette, vous disposerez vos ligntw eatgut et la bobine de verre sur laquelle la soie à suture est enroulée.

Vous ne déroulerez celle-ci qu'au moment de faire les sutures, c'est-à-dire à la lin de l'opération, pour ne pas risquer d'embrouiller catgut et soie. — Le tout baignera dans une solution phéniquée a 3 0/0 ou de sublimé à 1/000.

Dans la seconde assiette, placez les instruments délicats : aiguilles, bistourisj etc.

Vous laisserez dans les couvercles de la boîte les autres instruments, en mettant de préférence toutes les pinces ensemble.

De Fopération elle-même je n'ai pas grand'chose à vous dire : soignez l'hémostase et le drainage ; la bande d'Esmarch vous tiendra souvent lieu d'un aide précieux, et reléguez à l'arrière-plan le fantôme hémorragie, qu'on a si complaisamment agité devant vos yeux durant vos études.

Cette tendance des maîtres en anatomie, de revenir à tout propos sur des anomalies rares et souvent peu intéressantes, fait en somme plus de mal que de bien. S'il était possible de compter le nombre d'individus morts de hernie étranglée, par exemple, faute d'avoir été opérés, ils regretteraient, ces maîtres diserts, de s'être si complaisamment étendus sur la trop célèbre anastomose de l'épigastrique et de l'obturatrice.

Que de bistouris n'ont-ils pas fait trembler, qui auraient été plus vaillants sans la connaissance de cette colle d' examen î Ne vous en souvenez donc que comme • d'un cauchemar d'écolier, et n'hésitez pas à opérer séance tenante les hernies que vous ne pouvez réduire autrement. La seule chose importante au moment du débridement, c'est d'appuyer avec le bistouri et non de scier. De la sorte, si même votre tranchant porte sur une artère malencontreuse placée devant lui, il la repoussera sans la couper, tandis que l'agent d'étranglement, beaucoup plus dur, sera entamé avec la plus grande facilité.

A la suite de vos amputations, n'oubliez pas le pansement de Guérin, appliqué par-dessus quelque topique recommandable, tel que la poudre antiseptique de

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Championnière ou la gaze îodoforméc ; le malade reposera tranquille, et vous aussi.

Vos visites pourront être rares; et, lorsque vous ouvrirez le pansement au bout de cinq à six jours, pour enlever drains et sutures, vous trouverez le plus souvent un moignon en bel état, très capable de guérir sous un seul pansement.

Appelés très tard auprès de blessés ou de malheureux ayant subi les derniers outrages du pansement sale, vous avez souvent à lutter contre des suppuralions diffusée, des phlegmons étendus.

La. encore la crainte de l'hémorragie ne doit pas vous arrêter; ouvrez largement, irriguez de même: n'ayez pas toujours présentes à l'esprit ces célèbres arcades profondes ou superficielles. La peau de la main une fois incisée, débridez avec un instrument mousse le dilatateur de Tripier ust parfait; il écarte les tissus et permet de placer le plus simplement du monde drain à travers les régions réputées dangereuses.

l'our les fractures compliquées, si vous n'avez pas de plâtre sous la main, vous vous trouverez bien encore d'une application iodoformée recouverte d'un fort pansement ouaté, soutenu par quelques attelles. Mais procédez à une désinfection soignée des moindres recoins du foyer de fracture.

N'oubliez pas tout ce que la terre de route ou de jardin recèle d'organismes particulièrement virulents, et n'hésitez pas à faire au moyen des écarteurs, ou mè du bistouri, une plaee suffisante pour permettre à courant de solution antiseptique de balayer jusqu't moindres parcelles de ces dangereux corps étrangère.

Je me souviens d'avoir été appelé auprès d'un

homme atteint d'une fracture exposée de la jambe : les os, après avoir percé la peau, avaient touché la terre; mais, chose plus grave, un rebouteur appelé avait réduit la fracture, sans débarrasser les fragments de la terre qui les recouvrait; mieux encore, il avait étalé avec soin sur ces mêmes extrémités osseuses une pommade rougeâtre, destinée sans doute à hâter la formation du cal.

Le membre réduit était, lorsque j'arrivai, assez convenablement maintenu dans un appareil à attelles.

Mis au courant de ce qui venait de se passer, par une personne intelligente et peu confiante en la puissance des onguents à propriétés solidifiantes, je n'hésitai pas à endormir le blessé et à reproduire la fracture ; je trouvai non seulement les os enduits de la fameuse pommade, mais encore du sable, du gravier en plein foyer de fracture.

Le nettoyage fut long, minutieux et difficile, mais le malade échappa à tous les accidents qui le menaçaient, et marche très bien aujourd'hui.

Cette observation est destinée à montrer jusqu'où doit aller le souci de la désinfection en pareil cas. Elle est faite pour encourager le chirurgien dans la voie de la conservation, alors même que les circonstances les plus défavorables paraîtraient s'être donné rendezvous pour amener une catastrophe.

Dans nombre de cas, l'important est de soustraire la plaie aux investigations de paysans inquiets et curieux, surtout aux redoutables baumes des commères et des mèges.

Dans la pratique des accouchements, ne laissez pas faire d'injections, môme par des sages-femmes; tenez-

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vous pour satisfaits si vous avez pu leur apprendre à se laver les mains, à changer les draps souillés, et à passer une ou deux fois par jour sur la vulve un tampon d'ouate trempé dans le sublimé à 1 0/00.

Ce lavage sommaire est agréable, utile et le plus souvent suffisant. Un bon paquet d'ouate antiseptique devant la vulve complétera les soins exigibles.

Si des températures élevées vous font prévoir une infection, n'hésitez pas à pratiquer le lavage intra-utérin avec un boa instrument.

Les sondes à double courant sont mauvaises : il faut i|ue le retour des liquides soit absolument assuré n'est qu'à cette condition que les intoxications qu'on signale trop souvent ne risquent guère de se produire.

Permettez -moi de vous signaler un instrument que j'ai fait construire, il y a quelques années déjà, dans le but de bien remplir les indications que je viens de rapler. Ce qui m'encourage à le faire, c'est que plusieurs d'entre vous qui l'ont adopte m'en disent souvent les mérites, ce qui, amour-propre d'auteur à part, est bien fait pour m 'engager à vous le présenter.

Cet instrument, qu'on désigne sous le nom de dilata teur-irriga Leur utérin, se compose de deux branches, longues de 29 centimètres environ, réunies par une articulation à pivot. En arrière de cette articulation, les branches s'inclinent légèrement pour se terminer pal deux anneaux.

Une crémaillère, située à quelques centimètres de ceux-ci, permet que l'instrument reste ouvert lorsque la pression des doigts l'a amené au point voulu.

La branche droite, percée d'une large fenêtre près de son extrémité, représente un cathéter de moyen volume,

qui s'abrite dans la branche gauche creusée en gouttière pour la recevoir.

L'emploi de l'instrument est fort simple.

Facile à introduire dans l'utérus, vu sa forme conique, on l'y pousse doucement; puis on écarte les branches; la crémaillère maintient cet écartement. Pendant que l'opérateur soutient de la main gauche l'instrument, il lui est facile d'y ajuster l'extrémité d'un tube de caoutchouc, qui descend d'un récipient placé à un ou deux mètres au-dessus du champ opératoire.

Le liquide pénètre facilement dans la matrice, et en ressort d'autant plus aisément que les branches ont été plus écartées.

On peut de la sorte, sans le moindre danger, faire de copieux lavages de la cavité utérine, en étant parfaitement assuré du retour complet du liquide laveur. Ici on n'a pas à craindre, comme avec les sondes à double courant, qu'un caillot vienne obstruer les voies de retour, puisque celles-ci sont représentées par le large écartement des branches.

Une chose encore à laquelle on ne saurait trop prendre garde, c'est la propreté des mains et des ongles des accouchées.

Il faut y tenir rigoureusement, car la femme qui vient d'accoucher, et dont les seins gorgés de lait sont douloureux, y porte forcément les mains si quelque démangeaison l'incommode, ce qui est fréquent. Un coup d'ongle est bientôt donné ; et, de ce mamelon écorché par des doigts de propreté douteuse, partira volontiers quelque lymphangite, bientôt suivie du développement d'abcès profonds.

Que d'ennuis on peut éviter à tout le monde en son-

géant à ces détails minimes en apparence, en réalité très importants!

Mais je m'arrête, en reconnaissant toutefois que malgré tout, la pratique de la chirurgie à la campagne est chose laborieuse, et nécessite de votre part de sérieuses qualités etdes connaissances étendues. Je serais heureux si la lecture des lignes qui précèdent pouvait vous rendre quelque service.

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