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LE D" AUGUSTE REVERDIN
Professeur a 'a Pa--n\?<- de médecine ii^ Génère
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Lorsqu'un chirurgien de notre époque aborde des sujets tels que l'antisepsie et l'asepsie, il est séduit de prime abord, surtout s'il a connu les jours cruels où la chirurgie se débattait entre les cataplasmes et le cérat. Il a toujours présentes à l'esprit les circonstances dans lesquelles il a vu le aient de ses maîtres se heurter à des impossibilités matérielles ou se montrer impuissant devant les rigueurs de l'infection. C'est pour avoir assisté au réveil de la chirurgie moderne qu'il se sent heureux d'en raconter les merveilles.
On ne revient pas de si loin sans avoir la joie au cœur et le verbe à la bouche. Mais à ce premier moment d'élan fort naturel, en succède un autre; tel est du moins le sentiment que j'ai éprouvé en
abordant d'enthousiasme, ce travail dans lequel je me propose de dire ce que je pense du progrès actuel.
Il est permis en effet d'hésiter lorsqu'il s'agit de mêler sa voix à celles si puissantes qui chantent depuis tantôt vingt ans les louanges de l'antisepsie. On a retourné avec tant de plaisir et dans tous les sens le nouveau-né, qu'on a quelque scrupule à le déranger encore.
A ces hésitations vient se joindre aussi la crainte des vaines redites; et, pour peu que le souci des priorités vous obsède, on se demande en conscience s'il ne vaudrait pas mieux se taire.
Mais la science progresse sans cesse et le livre d'hier a déjà du retard sur celui de demain.
Refaire un volume sur l'antisepsie et l'asepsie en adoptant le plan qui a déjà été suivi avec une certaine discipline, par la plupart des auteurs, serait, j'en conviens, fort superflu ; mais il n'est peut-être pas absolument indispensable de parcourir servilement le chemin battu; et si, m'en écartant quelque peu, la bonne cause m'en devait le moindre profit, je serais largement récompensé de ma peine.
Je me dispenserai donc de passer en revue tous les antiseptiques connus, y compris ceux qui n'ont fait qu'apparaître un instant sur la scène; de les décrire comme on les trouve décrits dans tout
ouvrage de chimie, d'en dire l'activité relative à chaque espèce de microbe, comme on l'a déjà maintes fois établi dans livres et journaux.
Des tableaux d'une exactitude presque mathématique ont été dressés à ce sujet, mais leur place toute désignée est celle qu'ils occupent dans les ouvrages de bactériologie el il serait bien inutile de les recopier. Pour les mêmes motifs, je passerai sous silence rémunération des doses d'antiseptiques nécessaires à conserver l'intégrité des bouillons de culture.
Mes lecteurs voudront bien ne voir en moi que le chirurgien et ne point me prendre pour un bactériologiste, non plus que pour un chimiste ou un physicien.
Me plaçant autant, que possihle sur le terrain de la pratique, je me laisserai aller volontiers à mes impressions, m'étendant avec complaisance sur certain chapitre parce qui 1 me paraît présenter un intérêt spécial, ou par le fait que mes études m'ont poussé à le mieux connaître; quitte à sacrifier tel autre parla simple raison iju'il m'estmoins familier. Si, durant cette causerie chirurgicale, je m'écarte momentanément do son objet principal : l'examen des problèmes de l'asepsie et de l'antisepsie, mes lecteurs voudront bien me le pardonner en songeant que je redoute avant tout d'être aride el monotone.
Antisepsie et asepsie sont sœurs. Non scrurs jumelles sans cloute, car la première est de beaucoup Ja plus âgée, mais sœurs cependant fort difficiles à séparer.
Ou ne saurait loucher à l'une sans effleurer l'autre, ni prétendre apprécier celle-ci sans connaître celle-là. Nous verrons donc, au cours de cette élude, ces deux méthodes siamoises se succéder tour à tour, se dépasser ou s'attendre, mais ne se quitter jamais.
Comme deux images qui se superposent, elles apparaîtront par moments réunies, pour s'effacer bientôt au bénéfice de l'une ou de l'autre.
Chacune d'elles a cependant sa route bien tracée et ce que l'asepsie ne peut réaliser, l'antisepsie s'en eliargc.
L'antisepsie est la force, un peu brutale parfois; l'asepsie, plus délicate, s'efforce de protéger sans nuire, aussi ne sauraient-elles convenir également à tous les tempéraments chirurgicaux; il en est qui seront toujours portés vers la manière forte, tandis que d'autres, plus délicats, apprécieront mieux la douceur des touches fines.
On pourrait dire aussi que l'antisepsie est chimique, tandis que l'asepsie est physique.
Ceci fait déjà prévoir que toutes deux ont sans doute encore de longs jours à vivre, qu'elles mérï-
tent donc plus que jamais d'être étudiées. Notre tâche, après avoir approfondi leur connaissance, sera surtout de distribuer à chacune son rôle avec discernement.
Il découle de cet exposé sommaire que le livre que j'écris n'a point la prétention d'être un traité complet; il vise simplement à enregistrer quelques-uns des meilleurs procédés actuellement reconnus favorables à la prompte guérison des malades ; et s'il a pour titre : Antisepsie et asepsie chirurgicales, c'est parce qu'autour de ces notions nouvelles gravite toute la chirurgie.
Tout converge en effet vers ces données modernes : procédés opératoires, pansements, instruments, etc il n'est pas un des moyens dont la
chirurgie dispose qui ne subisse leur influence, pas un, par conséquent, dont il puisse être fait mention sans parler d'elles.