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ORIGINES DE L ANTISEPSIE

Guérison spontanée. — Force végétatrice. — Neddham et Spallanzani. — Poison putride (Gaspard, de Saint-Étienne). — Germes de l'air (Schwann et Schulze, Tyndall). — La fermentation alcoolique est déterminée par des organismes vivants (Cagnakd de la Tour). — Sulfate de Sepsine (Bergmann et Schhiedeberg). — Le poison putride procède de germes (Panum). — Spécifité des germes (Pasteur). — Théories chimiques (Lavoisier, Liebig, Berzélius). — Les liquides de l'organisme ne renferment pas de germes (Pasteur). — Application des notions nouvelles ù la chirurgie (Lister).

La question de la fermentation, de la putréfaction, comme celle de l'origine des maladies, resta durant des siècles l'objet des curiosités et des recherches des savants. Il ne rentre ni dans mon but, ni surtout dans le cadre de cette étude, de passer en revue toutes les phases de cet effort scientifique ; mais il me semble indispensable néanmoins, avant d'entrer dans le vif de mon sujet^ de jeter un rapide coup d'œil sur le combat classique que les diverses écoles se sont livré dans ce domaine.

Vers la fin du xvn e siècle, la découverte du micros-

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cope permît d'entrevoir tout un monde nouveau d'organismes inférieurs,

Cette découverte donna un nouvel essor s la théorie de la génération spontanée

On admit que eus inliniment petits élaient de la matière organique animée par la force vitale, et on n'hésita pas a leur accorder la propriété de naître de toutes pièces, sans parents, sans aïeux, à la faveur de forces mystérieuses, sur la nature desquelles planait, cela va sans dire, un doute plus que philosophique.

La force végé ta trice fut admise, et Neodham s'efforça de démontrer son existence.

Ayant entrevu que la chaleur pouvait détruire la vitalité de ces organismes, il chauffa ses infusions. Mais, si l'idée était juste, la manière de procéder se montra

Le savant anglais ne poussa l'élévation de la température ni assez loin, ni assez longtemps, pour rendre ses milieux «{Infos, comme on dirait aujourd'hui; aussi, voyant des organismes s'y développer de nouveau, en tira-t-il la conclusion, fort logique en apparence, que le développement des animalcules microscopiques est le résultat de la force végétative inhérente à toute matière organique morte, et non le fait du développement de germes déposés ou préexistants.

Malgré la grande autorité de ltulfon, qui épousa cette opinion, le génie de Spallanzani eut raison de ces résistances.

L'illustre expérimentateur fit la preuve que Needham n'avait point suffisamment stérilisé ses milieux, et qu'une élévation de température beaucoup plus considérable et plus prolongée était nécessaire pour y parvenir.

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L:i résistance spéciale, que nous savons aujourd'hui être liée à certaines formes durables des microbes, fut déjà reconnue par ce savant illustre. Après expérience, il divisa en deux Catégories les organismes qu'il trouvait dans les infusious :

Organismes d'ordre supérieur (correspondant aux. infusoires), détruits par des températures relativement faibles ; et organismes d'ordre inférieur (les microbes) capables de résister pendant un temps assez long à l'ébullition.

Par sa fameuse expérience des seize flacons, il démontra en outre que « le nombre des animalcules qui se développent dans les infusions stérilisées est proportionnel à la communication qu'il y a entre l'air extérieur et les infusions». C'était nettement asseoir les bases de l'asepsie par la chaleur, comme celles aussi de la théorie des germes.

Malgré Spallanzani et ses démonstrations pourtant si nettes, la notion de la génération spontanée conservait encore de nombreux adeptes.

On avait peine a admettre le rôle actif et exclusif des germes dans les phénomènes de la putréfaction ; la tournure des esprits poussait plutôt a se retrancher toujours dans des données abstraites, ou à verser du coté des sciences chimiques fort en honneur alors.

Je n'en veux pour preuve que les conclusions de Gay-Lussac, consulté par le gouvernement français, à propos du nouveau procédé de conservation des viandes (procédé Appert).

Le grand chimiste, faisant abstraction complète des germes dans les phénomènes de putréfaction, déclara que l'absence de l'oxygène, constatée par lui dans les

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bouteilles soumises à son analyse, expliquait à elle seule la conservation des matières animales ou végétales qu'elles renfermaient.

Il n'était donc plus question de l'influence des germes ; la théorie chimique occupait la place d'honneur, comme le prouvèrent encore les expériences de Gaspard, médecin à Saint-Étienne en Bresse.

Il professait l'opinion que la putréfaction et l'infection résultaient de l'introduction dans le sang d'un poison, auquel il donna le nom de poison putride.

Recherchant quelle part il fallait accorder aux gaz dans la genèse de ces phénomènes destructeurs, il recueillit et injecta séparément ces gaz à des animaux.

Il conclut de ses expériences que l'acide carbonique et l'hydrogène sulfuré n'étaient pas toxiques, tandis que l'ammoniaque tuait rapidement les chiens injectés.

Mais il vit très nettement que la mort dans ces conditions n'était point accompagnée des mêmes symptômes que celle qui survenait à la suite de l'infection putride.

C'était un coup porté à l'opinion régnante, qui voulait que les émanations de gaz fétides fussent capables à elles seules de provoquer les accidents si redoutés des fièvres putrides.

Il faut encore citer Schwann et Schulze qui montrèrent que l'air peut rester en contact constant avec des liquides organiques, à condition que ces liquides soient stérilisés, et que l'air lui-môme soit dépouillé de ses germes par un moyen quelconque : fiitration, calcination, passage à travers des solutions de potasse caustique ou d'acide sulfurique.

A ces expériences pourtant si démonstratives, on

objectait que les conditions normales étaient changées, que l'air était modifié et dénaturé, île telle manière que sa force vitale lui avait été: retirée par les manipulations opérées.

Nous verrons bientôt comment Pasteur reSYersa cette théorie.

Je ne saurais omettre dans cette revue, forcément écourtée, le nom du célèbre Cagnard de la Tour.

En 1837, il déclara que la levure de bière n'est point une substance chimique inerte, mais qu'elfe se compose de petits corps organisés, capables de se reproduire, et appartenant probablement au règne végétal. On doit donc attribuer à Cagnard de la Tour la découverte de la fermentation alcoolique, puisqu'il établit nettement, entre la présence de ces corps vivants et la fermentation, la relation de cause à effet. Peu de temps après, Schwann reconnut à son tour la présence de ces petits corps arrondis d'origine végétale, et arriva aux mêmes conclusions que Cagnard de la Tour.

Tandis que la théorie des germes, étayée sur les nombreux travaux et les fécondes découvertes dont nous venons de donner un trop court aperçu, faisait de rapides progrès, les partisans des théories chimiques ne désarmaient pas. Ils continuaient à chercher les preuves à l'appui de doctrines qui, disons-le en passant, contribuèrent trop souvent r\ enrayer le développement des idées nouvelles, et à faire repousser la notion de la spécificité des éléments figurés dans l'étiologie des septicémies et des autres maladies infectieuses.

Citons encore la lutte épique soutenue par Pouchet et les partisans de la génération spontanée contre Pasteur et les Panspermisles.

N'oublions pas qu'à cette époque, tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre des maladies bien définies, telles que fièvres éruptives, pneumonie, pleurésie, etc., était impitoyablement confondu sous le nom de fièvres putrides!

Cherchant toujours quelle pouvait bien-être la cause de cette putridité, on tâchait de la découvrir surtout dans les produits provenant de la viande pourrie.

Ce fut par des travaux dirigés dans ce sens que Bergmann et Schmiedeberg (1866) découvrirent un corps nouveau, le sulfate de sepsine.

Je n'entrerai pas dans les détails des préparations destinées à obtenir, sous forme cristalline, ce produit extrait des viandes putréfiées. Je me borne à rappeler que l'injection d'un centigramme de cette substance dans la veine d'un chien suffit à le faire mourir avec l'ensemble des symptômes de l'empoisonnement putride.

On tenait donc enfin le poison capable de produire tous les accidents confondus sous le nom d'accidents putrides.

La découverte de la sepsine fit grand bruit, cela se comprend ; mais bientôt Fischer vint calmer cet enthousiasme, en déclarant que d'après ses expériences, refaites d'ailleurs par Bergmann lui-môme, le pus ne contient pas de sepsine.

La sepsine était donc à elle seule incapable de donner la clef de l'origine de toutes les septicémies, pyémie, etc.

Panum, à son tour, étudia le poison putride dans des travaux demeurés classiques. Il en décrivit la nature et les propriétés; mais, chose bien plus impor-

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