ORIGINES DE L'ANTISEPSIE
Pasteur compléta les recherches déjà si remarquables de Spallanzani, en prouvant qu'un liquide très apte à la fermentation, mais stérile, peut rester longtemps au contact de l'air sans s'altérer, à condition que les germes contenus dans cet air ne puissent pas tomber dans ce liquide. C'est à l'aide de son élégante expérience du ballon à col sinueux, qu'il établit dune façon indiscutable que toute contamination procède de germes.
Après ce dernier coup, la théorie de la génération spontanée avait vécut
On ne saurait oublier Tyndall dans rénumération des savants dont les travaux ont conduit à asseoir les idées nouvelles.
Voulant démontrer à sa manière la présence des germes dans l'air atmosphérique ; il s'arrangea pour renfermer dans une boîte ce qu'il appelait de l'air optiquement pur. Le moyen qu'il employait pour l'obtenir est fort simple. Il enduisait de glycérine la face interne des parois vitrées de sa boîte à expérience : au bout de quelques jours, toutes les poussières flottant dans l'air contenu dans ce récipient adhéraient à la glycérine et l'air en était dépouillé. Cela fait, il glissait avec précautions dans ce milieu ainsi purifié, des vases largement ouverts, remplis d'urine ou d'une infusion organique quelconque préalablement désinfectée.
Ces liquides, aisément putrescibles à l'air libre, restaient intacts tant qu'on les laissait dans la boite.
Cette ingénieuse expérience était la confirmation des vues de Pasteur.
Le savant Français, continuant ses recherches, établit encore que les liquides de l'organisme sain ne renferment pas de germes.
La démonstration de ce fait, d'une importance capitale, intéresse au plus haut point tous ceux qui s'occupent de près ou de loin de sciences biologiques.
La chirurgie en particulier, renseignée sur l'état du terrain normal ou pathologique auquel elle s'adresse, ne pouvait manquer d'en tirer de précieuses déductions pratiques.
Cette spécificité, démontrée pour les fermentations, ne la retrouverait-on pas aussi, sinon pour toutes, du moins pour bon nombre de maladies? Le vieux Raspail avait, sans le prouver, émis l'idée que les maladies étaient dues à de petites bêtes malfaisantes.
Bien avant lui on avait parlé de même; témoin ce livre du xvi e siècle qui a pour titre : De la nature animée de la peste.
Alphonse Guérin (1870) attribuait aussi à des germes les accidents infectieux particulièrement fréquents dans les hôpitaux. 11 proposa, pour lutter contre eux, le pansement à l'ouate qui porte son nom, et sur lequel nous reviendrons.
Gomme les germes, la question était dans l'air. On pressentait la vérité, mais sans pouvoir en faire la preuve.
C'est alors que Lister, s'appuyant sur les travaux de Pasteur et de Tyndall, et les soumettant à un nouveau contrôle, se mit en devoir d'en extraire la quintessence, au bénéfice de la chirurgie.
ResultaLs déplorables. — Leurs causas. — Modilieutions insuffisantes des prui-iîriùii uji^rutnirus. — Los tliéui-ii'S modernes trunsformuiit lonlnur-at lu ctiirurgii> d finissent pur triompher.
Après avoir passe en revue les grandes questions biologiques qui passionnèrent la première moitié de ce siècle, jetons un coup d'œil sur la science qui nous intéresse particulièrement :1a chirurgie. En ces tempslà, elle languissait. Les moindres opérations donnaient des revers; l'ablation d'une loupe, une piqûre de sangsue, étaient l'origine d'accidents souvent mortels.
Décourages par l'insuccès, les maîtres les plus éminerits, Unissant par douter du bistouri, ne s'adressaient plus à lui qu'avec hésitation. C'est alors qu'on pouvait répéter souvent : l'opération a parfaitement réussi, mais le malade est mort I Terrible formule, bien faite pour démoraliser les plus braves.
Des méthodes nouvelles, toutes destinées à éviter la plaie fraîche, virent le jour. Mais écraseur, caustiques, ligatures... malgré quelque succès, ne donnèrent qu'un répit passager à ceux qui crurent un instant y trouver leur planche de salut.
18 ANTISEPSIE ET ASEPSIE CHTKTOtGICAUH
Ces moyens détournes, ces demi-mesures, lueui d'espoir, montrèrent tour à tour leur impuissance et
laissèrent de plus en plus iv chirurgien désarmé devant l'infection grandissante.
Elle grandissait en effet chaque jour dans ces centres hospitaliers, véritables milieux de culture de la matière peccante.
Lee hôpitaux, dès longtemps insalubres, le devenaient toujours davantage; et comment pouvait-il en être autrement ?
Les opérateurs eux-mêmes portaient le virus au dehors, et les interventions a la ville, devenues à leur tour périlleuses, alimentaient sans cesse le foyerd'infec- I i'jn central : l'hôpital !
Les chirurgiens d'alors payèrent un lourd tribut à la maladie. Lymphangites, phlegmons, les menaçaient sans cesse, sans parler des intoxications plus sévères qui ne leur furent point épargnées.
Et cependant quels hommes de grande marque détenaient alors la chirurgie I Inutile de citer des noms.
Nés aux heures de révolutions et de guerres, ils avaient la volonté ferme et l'àme haut placée ; et ce n'est pas sans un sentiment de profonde admiration que nous les suivons dans leurs luttes, et les retrouvons dans leurs ouvrages.
Mais si leurs mains habiJes se voyaient trop souvent arrêtées par des barrières inconnues, leur esprit n'en travaillait pas moins. Affermis par les notions de Paoatomie pathologique, aiguillonnés surtout par de solides connaissances cliniques, ils rêvaient malgré tout de nouvelles conquêtes.
Les procédés les plus ingénieux furent proposés;
LA CHIIiURGIR TJANS I.A PREMIÈRE MOITIÉ DU SIECLE 19
mais si logiques qu'ils parussent, ils ne tardaient pas à être délaissas pour ressusciter plus tard, peut-être, grâce au souffle fécond Je l'antisepsie.
N'est-il pas intéressant de rappeler à ce propos l'accueil que ces déboires sans cesse renouvelés valurent a l'ovariotomic, retour d'Amérique?
Dans une célèbre discussion qui eut lieu àl'Académie de Médecine, Velpeau déclarait que « l'ovariotomie devait être exclue des opérations ju si il laides, quand même les guérisous annoncées seraient réelles >.
Quand à Moreau, il déclara simplement que l'opération nouvelle devait être rangée « parmi les attributions de l'exécuteur des hautes ceuvrea ■.
Les statistiques dc> Américains n'obtinrent, on le vuit, qu'un bien mince crédit.
Cela se passait en 1857 !
Toujours dominés par le fantôme de l'infection, les chirurgiens s'occupèrent encore d'améliorer les locaux lans lesquels ils opéraient.
étudiant l'hygiène du bâtiment, ils construisirent des hôpitaux, ens'inspirarildesplus hautes notions connues de salubrité; on préconisa même les baraquements légers, peu coûteux, faciles a détruire sans regret.
Louables tentatives sans doute, mais qui n'améliorèrent que passagèrement le milieu dans lequel les opérés venaient, chercher la guérison.
miles ne suffirent point, la chose est sûre, à transformer les statistiques.
La révolution et les guerres contribuèrent encore pour leur part a aggraver la situation, en accroissant a misère et en peu plant les hôpitaux civils et militaires de malades et de blessés.
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La seconde moitié du siècle était déjà largement entamée, que Né la ton appelait encore de tous ses vœux l'homme qui mériterait une statue en or pour avoir vaincu l'infection!
Mais, pour pouvoir améliorer la situation, il fallait autre chose que les idées préconçues, à la faveur desquelles on échafaudait des traitements de hasard.
Il fallait à tout prix dégager l'inconnue. Nous avons vu, au chapitre précédent, grâce à qui et comment on y parvint.
Toute* tes maladies infectieuses sont dues à des germes ijiii se développent dam l'organisme et fournissent des poisons spécifiques capables de donner naissance aux divers sijmptônmprQpresù cesvutladies: voilà le principe.
Ces notions une fois acquises ont [aidé bien longtemps encore a être admises par tous, et, si elles le sont aujourd'hui, ce n'est pas sans avoir été hattues en brèche de mille manières.
L'année 1870 et ses voisines marqueront, en quelque sorte, l'extrême limite delà vieille école et le dernier effort de la chirurgie du passé.
Ceux qui ont vécu ces heures cruelles en conservent un souvenir terrible et inelVaçalile; mais, s'ils on t souffert de leur impuissance à ce moment, ils ont reçu plus tard une large compensation à leurs déboires eu voyant naître el grandir la méthode antiseptique.
Les jeunes, qui possèdent aujourd'hui les armes puissantes qui leur permettent de vaincre sûrement l'infection amoindrie, ne comprendront jamais la joie de ceux qui les reçurent au moment où la chirurgie luttait en désespérée contre des renaissants !