‹ Antisepsie et asepsie chirurgicales [electronic resource]Chapitre 10 sur 25 · LISTER ET SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

LISTER ET SON ŒUVRE

Ayant tout d'cabord fait usage de solutions très concentrées, il y renonça, vu les effets caustiques qu'elles produisirent, et se contenta de solutions plus faibles.

Quoique ces expériences eussent été faites dans un hôpital absolument infecté, elles furent couronnées de succès. Outre l'action caustique de l'acide phénique, Lister reconnut bientôt sa facile volatilisation ; il la combattit en l'associant à l'huile et surtout en recouvrant le pansement de lames d'étain ou de plomb.

Étendant l'emploi de sa méthode et la perfectionnant sans cesse, Lister incisa sans accident les abcès par congestion et, plus tard, ouvrit largement des articulations, ce qui n'était certes point banal à cette époque. Les résultats qu'il obtint peuvent se juger d'un coup d'oeil.

De 1864 à 1866, sur trente-cinq amputés, Lister en perdit seize, tandis que, de 1867 cà 1869, sur quarante amputés, il n'en perdit plus que six.

Ces résultats étaient bien faits pour attirer l'attention, semble-t-il. Mais Lister ne fut cependant pas longtemps à sentir la vérité du vieil adage : « Pour vivre heureux, vivons caché. » On l'accusa d'avoir pris l'acide phénique cà d'autres ; on rappela les noms français des Lemaire, des Déclat, des Maisonneuve, etc.. Ses compatriotes J. R. Wolfe, Camgée, P.Hair, et bien d'autres, s'acharnèrent à diminuer l'œuvre du maître, en s'efforçant d'établir une confusion voulue entre l'emploi de l'acide phénique et la méthode de Lister.

Et pourtant le chirurgien de Glascow n'avait pas émis la moindre prétention concernant la découverte de l'acide phénique, ni songé à revendiquer la priorité de son emploi dans la pratique chirurgicale.

Et, d'ailleurs, n'étaient-ce pas là des questions d'ordre secondaire ?

Le principal mérite de Lister ne résidait-il pas surtout dans la combinaison de notions nouvelles et précises, capables de vaincre l'infection, tandis que la mise en action de telle ou telle substance représentait tout au plus un modus faciendi transitoire n'ayant rien de commun avec l'essence même de la méthode?

Malgré ces violentes attaques, le grand chirurgien, continuant paisiblement sa route, s'efforçait de perfectionner son œuvre dans les moindres détails. C'est ainsi qu'il entrevit bientôt la possibilité d'une ligature inoffensive.

Ayant lié avec succès, au moyen d'un fil de soie trempé dans une solution antiseptique, l'artère iliaque externe d'une femme atteinte d'anévrysme de la fémorale gauche, il vit que l'organisme pouvait tolérer cette ligature sans danger.

La malade dont il s'agit succomba, quelques mois après, à un anévrysme de l'aorte ; et, à l'autopsie, il fut possible de constater que le fil de soie qui avait servi à la ligature baignait dans une petite quantité de Uquide purulent.

C'est alors que, reprenant l'idée émise avant lui par d'autres chirurgiens, Lister chercha le moyen d'utiliser une ligature de tissu résorbable, et porta son choix

sur le catgut.

Mon intention étant d'étudier spécialement dans le cours de ce travail ce nouvel agent de ligature, je me borne pour l'instant à en signaler l'apparition.

En mars et avril 1870, Lister reprenant la parole, exposa, dans une leçon devenue classique, les conclu-

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