‹ Antisepsie et asepsie chirurgicales [electronic resource]Chapitre 7 sur 25 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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PRÉFACE

Lorsqu'un chirurgien de notre époque aborde des sujets tels que l'antisepsie et l'asepsie, il est séduit de prime abord, surtout s'il a connu les jours cruels OLi la chirurgie se débattait entre les cataplasmes et le cérat. Il a toujours présentes à l'esprit les circonstances dans lesquelles il a vu le aient de ses maîtres se heurter à des impossibilités matérielles ou se montrer impuissant devant les rigueurs de l'infection. C'est pour avoir assisté au réveil de la chirurgie moderne qu'il se sent heureux d'en raconter les merveilles.

On ne revient pas de si loin sans avoir la joie au cœur et le verbe à la bouche. Mais à ce premier moment d'élan fort naturel, en succède un autre; tel est du moins le sentiment que j'ai éprouvé en

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abordant d'enthousiasme, ce travail dans lequel je me propose dédire ce que je pense duprogrès actuel.

Il est permis en effet d'hésiter lorsqu'il s'agit de mêler sa voix à celles si puissantes qui chantent depuis tantôt vingt ans les louanges de l'antisepsie. On a retourné avec tant de plaisir et dans tous les sens le nouveau-né, qu'on a quelque scrupule à le déranger encore.

A ces hésitations vient se joindre aussi la crainte des vaines redites; et, pour peu que le souci des priorités vous obsède, on se demande en conscience s'il ne vaudrait pas mieux se taire.

Mais la science progresse sans cesse et le hvre d'hier a déjà du retard sur celui de demain.

Refaire un volume sur l'antisepsie et l'asepsie en adoptant le plan qui a déjà été suivi avec une certaine disciphne, par la plupart des auteurs, serait, j'en conviens, fort superflu ; mais il n'est peut-être pas absolument indispensable de parcourir servilement le chemin battu; et si, m'en écartant quelque peu, la bonne cause m'en devait le moindre profit, je serais largement récompensé de ma peine.

Je me dispenserai donc de passer en revue tous les antiseptiques connus, y compris ceux qui n'ont fait qu'apparaître un instant sur la scène; de les décrire comme on les trouve décrits dans tout

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ouvrage de chimie, d'en dire l'activité relative à chaque espèce de microbe, comme on l'a déjà maintes fois établi dans livres et journaux.

Des tableaux d'une exactitude presque mathématique ont été dressés à ce sujet, mais leur place toute désignée est celle qu'ils occupent dans les ouvrages de bactériologie et il serait bien inutile de les recopier. Pour les mêmes motifs, je passerai sous silence l'énumération des doses d'antiseptiques nécessaires à conserver l'intégrité des bouillons de culture. '

Mes lecteurs voudront bien ne voir en moi que le cliirurgien et ne point me prendre pour un bactériologiste, non plus que pour un chimiste ou un physicien.

Me plaçant autant que possible sur le terrain de la pratique, je me laisserai aller volontiers à mes impressions, m'étendant avec complaisance sur certain chapitre parce qu'il me paraît présenter un intérêt spécial, ou par le fait que mes études m'ont poussé à le mieux connaître ; quitte à sacrifier tel autre parla simple raison qu'il m'est moins familier. Si, durant cette causerie chirurgicale, je m'écarte momentanément de son objet principal : l'examen des problèmes de l'asepsie et de l'antisepsie, mes lecteurs voudront bien me le pardonner en songeant que je redoute avant tout d'être aride et monotone.

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Antisepsie et asepsie sont sœurs. Non sœurs jumelles sans doute, car la première est de beaucoup la plus âgée, mais sœurs cependant fort difficiles à séparer.

On ne saurait toucher à l'une sans effleurer l'autre, ni prétendre apprécier celle-ci sans connaître celle-là. Nous verrons donc, au cours de cette étude, ces deux méthodes siamoises se succéder tour à tour, se dépasser ou s'attendre, mais ne se quitter jamais.

Comme deux images qui se superposent, elles apparaîtront par moments réunies, pour s'efifacer bientôt au bénéfice de l'une ou de l'autre.

Chacune d'elles a cependant sa route bien tracée et ce que l'asepsie ne peut réaliser, l'antisepsie s'en charge.

L'antisepsie est la force, un peu brutale parfois; l'asepsie, plus délicate, s'efforce de protéger sans nuire, aussi ne sauraient-elles convenir également à tous les tempéraments chirurgicaux; il en est qui seront toujours portés vers la manière forte, tandis que d'autres, plus délicats, apprécieront mieux la douceur des touches fines.

On pourrait dire aussi que l'antisepsie est chimique, tandis que l'asepsie est physique.

Ceci fait déjà prévoir que toutes deux ont sans doute encore de longs jours à vivre, qu'elles méri-

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tent donc plus que jamais d'être étudiées. Notre tâche, après avoir approfondi leur connaissance, sera surtout de distribuer à chacune son rôle avec discernement.

Il découle de cet exposé sommaire que le livre que j'écris n'a point la prétention d'être un traité complet; il vise simplement à enregistrer quelques-uns des meilleurs procédés actuellement reconnus favorables à la prompte guérison des malades; et s'il a pour titre : Antisepsie et asepsie chirurgicales, c'est parce qu'autour de ces notions nouvelles gravite toute la chirurgie.

Tout converge en effet vers ces données modernes : procédés opératoires, pansements, instruments, etc il n'est pas un des moyens dont la

chirurgie dispose qui ne subisse leur influence, pas un, par conséquent, dont il puisse être fait mention sans parler d'elles.

Guérison spontanée. — Force végétatrice. — Neddham et Spallanzani. — Poison putride (Gaspabo, de Saint-É tienne). — Germes de l'air (Schwann et Sghulze, Tyndall). — La fermentation alcoolique est déterminée par des organismes vivants (Gagnakd de la Tour). — Sulfate de Sepsine (Bergmann et Schmiedederg). — Le poison putride procède de germes (Panum). — Spécifîté des germes (Pasteur). — Théories chimiques (Lavoisier, Liebig, Berzélius). — Les liquides de l'organisme ne renferment pas de germes (Pasteur). — Application des notions nouvelles à la chirurgie (Lister).

La question de la fermentation, de la putréfaction, comme celle de l'origine des maladies, resta durant des siècles l'objet des curiosités et des recherches des savants. Il ne rentre ni dans mon but, ni surtout dans le cadre de cette étude, de passer en revue toutes les phases de cet effort scientifique ; mais il me semble indispensable néanmoins, avant d'entrer dans le vif de mon sujet^ de jeter un rapide coup d'œil sur le combat classique que les diverses écoles se sont livré dans ce domaine.

Vers la fin du xv!!** siècle, la découverte du micros-

ORIGINES DE l'ANTISEPSIE

cope permit d'entrevoir tout un monde nouveau d'organismes inférieurs.

Cette découverte donna un nouvel essor à la théorie de la génération spontanée

On admit que ces infiniment petits étaient de la matière organique animée par la force vitale, et on n'hésita pas à leur accorder la propriété de naître de toutes pièces, sans parents, sans aïeux, à la faveur de forces mystérieuses, sur la nature desquelles planait, cela va sans dire, un doute plus que philosophique.

La force végétatrice fut admise, et Needham s'efforça de démontrer son existence.

Ayant entrevu que la chaleur pouvait détruire la vitalité de ces organismes, il chauffa ses infusions. Mais, si l'idée était juste, la manière de procéder se montra défectueuse.

Le savant anglais ne poussa l'élévation de la température ni assez loin, ni assez longtemps, pour rendre ses mihenyi stériles, comme on dirait aujourd'hui; aussi, voyant des organismes s'y développer de nouveau, en tira-t-il la conclusion, fort logique en apparence, que le développement des animalcules microscopiques est le résultat de la force végétative inhérente à toute matière organique morte, et non le fait du développement de germes déposés ou préexistants.

Malgré la grande autorité de Buffon, qui épousa cette opinion, le génie de Spallanzani eut raison de ces résistances.

L'illustre expérimentateur fit la preuve que Needham n'avait point suffisamment stérilisé ses milieux, et qu'une élévation de température beaucoup plus considérable et plus prolongée était nécessaire pour y parvenir.

OEIGINES DE l'ANTISEPSIE J

La résistance spéciale, que nous savons aujourd'hui être liée à certaines formes durables des microbes, fut déjà reconnue par ce savant illustre. Après expérience, il divisa en deux catégories les organismes qu'il trouvait dans les infusions :

Organismes d'ordre supérieur (correspondant aux infusoires), détruits par des températures relativement faibles ; et organismes d'ordre inférieur (les microbes) capables de résister pendant un temps assez long à l'ébullition.

Par sa fameuse expérience des seize flacons, il démontra en outre que « le nombre des animalcules qui se développent dans les infusions stérilisées est proportionnel à la communication qu'il y a entre l'air extérieur et Tes infusions ». C'était nettement asseoir les bases de l'asepsie par la chaleur, comme celles aussi de la théorie des germes.

Malgré Spallanzani et ses démonstrations pourtant si nettes, la notion de la génération spontanée conservait encore de nombreux adeptes.

On avait peine à admettre le rôle actif et exclusif des germes dans les phénomènes de la putréfaction ; la tournure des esprits poussait plutôt à se retrancher toujours dans des données abstraites, ou à verser du côté des sciences chimiques fort en honneur alors.

Je n'en veux pour preuve que les conclusions de Gay-Lussac, consulté par le gouvernement français, à propos du nouveau procédé de conservation des viandes (procédé Appert).

Le grand chimiste, faisant abstraction complète des germes dans les phénomènes de putréfaction, déclara que l'absence de l'oxygène, constatée par lui dans les

bouteilles soumises ù son analyse, expliquait à elle seule la conservation des matières animales ou végétales qu'elles renfermaient.

Il n'était donc plus question de l'inHuence des germes ; la théorie chimique occupait la place d'honneur, comme leprouvôrent encore les expériences de Gaspard, médecin à Saint-Étienne en Bresse.

Il professait l'opinion que la putréfaction et l'infection résultaient de l'introduction dans le sang d'un poison, auquel il donna le nom de poùon putride.

Recherchant quelle part il fallait accorder aux gaz dans la genèse de ces phénomènes destructeurs, il recueillit et injecta séparément ces gaz à des animaux.

Il conclut de ses expériences que l'acide carbonique et l'hydrogène sulfuré n'étaient pas toxiques, tandis que l'ammoniaque tuait rapidement les chiens injectés.

Mais il vit très nettement que la mort dans ces conditions n'était point accompagnée des mêmes symptômes que celle qui survenait à la suite de l'infection putride.

C'était un coup porté à l'opinion régnante, qui voulait que les émanations de gaz fétides fussent capables à elles seules de provoquer les accidents si redoutés des fièvres putrides.

Il faut encore citer Schwann et Schulze qui montrèrent que l'air peut rester en contact constant avec des liquides organiques, à condition que ces liquides soient stérilisés, et que l'air lui-même soit dépouillé de ses germes par un moyen quelconque : flltration, calcination, passage à travers des solutions de potasse caustique ou d'acide sulfurique.

A ces expériences pourtant si démonstratives, on

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objectait que les conditions normales étaient changées, que l'air était modifié et dénaturé, de telle manière que sa force vitale lui avait été retirée par les manipulations opérées.

Nous verrons bientôt comment Pasteur renversa

CôttG tllGOriG »

Je ne saurais omettre dans cette revue, forcément écourtée, le nom du célèbre Cagnard de la Tour.

En 1837, il déclara que la levure de bière n'est point une substance chimique inerte, mais qu'elle se compose de petits corps organisés, capables de se reproduire, et appartenant probablement au règne végétal. On doit donc attribuer à Cagnard de la Tour la découverte de la fermentation alcoolique, puisqu'il établit nettement, entre la présence de ces corps vivants et la fermentation, la relation de cause à effet. Peu de temps après, Schwann reconnut à son tour la présence de ces petits corps arrondis d'origine végétale, et arriva aux mêmes conclusions que Cagnard de la Tour.

Tandis que la théorie des germes, étayée sur les nombreux travaux et les fécondes découvertes dont nous venons de donner un trop court aperçu, faisait de rapides progrès, les partisans des théories chimiques ne désarmaient pas. Ils continuaient à chercher les preuves à l'appui de doctrines qui, disons-le en passant, contribuèrent trop souvent à enrayer le développement des idées nouvelles, et à faire repousser la notion de la spécificité des éléments figurés dans l'étiologie des septicémies et des autres maladies infectieuses.

Citons encore la lutte épique soutenue par Pouchet et les partisans de la génération spontanée contre Pasteur et les Panspermistes.

N'oublions pas qu'à cette époque, tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre des maladies bien définies, telles que fièvres éruptives, pneumonie, pleurésie, etc., était impitoyablement confondu sous le nom de fièvres putrides I

Cherchant toujours quelle pouvait bien être la cause de cette putridité, on tâchait de la découvrir surtout dans les produits provenant de la viande pourrie.

Ce fut par des travaux dirigés dans ce sens que Bergmann et Schmiedeberg (4866) découvrirent un corps nouveau, le sulfate de sepsine.

Je n'entrerai pas dans les détails des préparations destinées à obtenir, sous forme cristalline, ce produit extrait des viandes putréfiées. Je me borne h rappeler que l'injection d'un centigramme de cette substance dans la veine d'un chien suffit cà le faire mourir avec l'ensemble des sj^mptômes de l'empoisonnement putride.

On tenait donc enfin le poison capable de produire tous les accidents confondus sous le nom d'accidents putrides.

La découverte de la sepsine fit grand bruit, cela se comprend ; mais bientôt Fischer vint calmer cet enthousiasme, en déclarant que d'après ses expériences, refaites d'ailleurs par Bergmann lui-même, le pus ne contient pas de sepsine.

La sepsine était donc à elle seule incapable de donner la clef de l'origine de toutes les septicémies, pyémie, etc.

Panum, à son tour, étudia le poison putride dans des travaux demeurés classiques. Il en décrivit la nature et les propriétés; mais, chose bien plus impor-

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