‹ Antisepsie et asepsie chirurgicales [electronic resource]Chapitre 8 sur 25 · ORIGINES DE L ANTISEPSIE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE L ANTISEPSIE

tante, il fut le premier à entrevoir cette grande vérité, aujourd'hui démontrée, à savoir que ce poison subtil provient des germes eux-mêmes.

A Panam était donc réservée la gloire de faire la part des microbes et celle des produits fournis par eux dans les phénomènes dont on recherchait depuis si longtemps la nature intime.

Malgré la voix conciliatrice do Panum, la lutte n'en continua pas moins ardente entre ceux qui n'admettaient que l'infection par des produits chimiques, et ceux qui attribuaient au contraire tout aux organismes vivants. Mais la victoire devait rester à ces derniers; Pasteur en décida, lorsqu'il établit définitivement la spécificité des germes qui président aux différentes espèces de fermentation.

Inspiré par les travaux de Pasteur, Uavaine fit ses belles études sur la bactéridie charbonneuse.

Bref, on finit par reconnaître que les causes de la putréfaction et des diverses fermentations, comme celles des maladies dites putrides, dépendent toutes de la présence, dans les milieux atteints, de germes spécifiques isolables, bien définis, et donnant lieu à la production de ces poisons, dont la détermination sollicite aujourd'hui la patience et la sagacité de tous les bactériologistes.

Comme on le voit, ces grandes questions ne cessèrent d'être à l'étude et de passionner les savants, qui avancèrent, lentement il est vrai, mais sûrement, du côté de la vérité. Aussi, comprend-on ce mot de regret échappé à Gay-Lussac au moment de quitter la vie (1850) : « C'est dommage de s'en aller, ça commence à devenir drôle! »

Il n'eut pas, en effet, comme nous, le privilège d'as-

sister à la révolution scientinque due à Pasteur, et d'entendre ce savant déclarer que :

« De môme qu'il existe un ferment alcoolique, la levure de bière, que l'on trouve partout où il y a du sucre qui se dédouble en alcool et en acide carbonique, de même il y a un ferment particulier, une levure lactique.

« La fermentation lactique, comme l'alcoolique, est un acte corrélatif de la production d'un corps organisé, probablement très voisin de la levure de bière. j>

Le résultat des patientes recherches qui conduisirent Pasteur à ces conclusions, fut de réduire à néant les théories de chimistes tels que Liebig, Berzélius et autres qui ne voulaient voir dans les fermentations que la réaction d'une matière fermentescible (sucre) sur une matière azotée très altérable.

L'oxydation de cette dernière lui donnait la propriété de communiquer à la matière fermentescible le mouvement de décomposition dont elle était elle-même animée.

Pasteur affirma bientôt la spécificité d'un grand nombre de levures, et démontra à l'évidence que, parmi ces organismes inférieurs, il en est qui ne peuvent prospérer en présence de l'oxygène, tandis que. pour d'autres, il n'est point de vie sans ce gaz.

Enfin, propriété non moins curieuse, certains germes peuvent vivre à volonté dans un milieu pourvu ou non d'oxygène. La théorie de Lavoisier, qui, pendant tout un siècle, perpétua l'idée que l'oxygène était l'élément sine quel non de toute production vitale, était définitivement renversée!

Reprenant la question des germes contenus dans l'air,

ORIGINES DE l'aNTISEPSIE

Pasteur compléta les recherches déjà, si remarquables de Spailanzani, en prouvant qu'un liquide très apte à la fei^mentation, mais stérile, peut rester longtemps au contact de l'air sans s'altérer, à condition que les germes contenus dans cet air ne puissent pas tomber dans ce liquide. C'est à l'aide de son élégante expérience du ballon à col sinueux, qu'il établit d'une façon indiscutable que toute contamination procède de germes.

Après ce dernier coup, la théorie de la génération spontanée avait vécut

On ne saurait oublier Tyndall dans l'énuniération des savants dont les travaux ont conduit à asseoir les idées nouvelles.

Voulant démontrer à sa manière la présence des germes dans l'air atmosphérique ; il s'arrangea pour renfermer dans une boîte ce qu'il appelait de l'air optiquement pur. Le moyen qu'il employait pour l'obtenir est fort simple. Il enduisait de glycérine la face interne des parois vitrées de sa boîte à expérience : au bout de quelques jours, toutes les poussières flottant dans l'air contenu dans ce récipient adhéraient à la glycérine et l'air en était dépouillé. Cela fait, il glissait avec précautions dans ce milieu ainsi purifié, des vases largement ouverts, remplis d'urine ou d'une infusion organique quelconque préalablement désinfectée.

Ces liquides, aisément putrescibles à l'air libre, restaient intacts tant qu'on les laissait dans la boîte.

Cette ingénieuse expérience était la confirmation des vues de Pasteur.

Le savant Français, continuant ses recherches, établit encore que les liquides de l'organisme sain ne renferment pas de germes.

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La démonstration de ce fait, d'une importance capitale, intéresse au plus haut point tous ceux qui s'occupent de près ou de loin de sciences biologiques.

La chirurgie en particulier, renseignée sur l'état du terrain normal ou pathologique auquel elle s'adresse, ne pouvait manquer d'en tirer de précieuses déductions pratiques.

Cette spécificité, démontrée pour les fermentations, ne la retrouverait-on pas aussi, sinon pour toutes, du moins pour bon nombre de maladies? Le vieux Raspail avait, sans le prouver, émis l'idée que les maladies étaient dues à de petites bêtes malfaisantes.

Bien avant lui on avait parlé de même; témoin ce livre du xvi^ siècle qui a pour titre : De la nature animée de la peste.

Alphonse Guérin (1870) attribuait aussi à des germes les accidents infectieux particulièrement fréquents dans les hôpitaux. 11 proposa, pour lutter contre eux, le pansement à l'ouate qui porte son nom, et sur lequel nous reviendrons.

Gomme les germes, la question était dans l'air. On pressentait la vérité, mais sans pouvoir en faire la preuve.

G'est alors que Lister, s'appuyant sur les travaux de Pasteur et de Tyndall, et les soumettant à un nouveau contrôle, se mit en devoir d'en extraire la quintessence, au bénéfice de la chirurgie.

Résultats déplorables. — Leurs causes. — Modifications insuffisantes des procédés opératoires. — Les théories modernes transforment lentement la chirurgie et finissent par triompher.

Après avoir passé en revue les grandes questions biologiques qui passionnèrent la première moitié de ce siècle, jetons un coup d'œil sur la science qui nous intéresse particulièrement : la chirurgie. En ces tempslà, elle languissait. Les moindres opérations donnaient des revers; l'ablation d'une loupe, une piqûre de sangsue, étaient l'origine d'accidents souvent mortels.

Découragés par l'insuccès, les maîtres les plus éminents, finissant par douter du bistouri, ne s'adressaient plus à lui qu'avec hésitation. C'est alors qu'on pouvait répéter souvent : l'opération a parfaitement réussi, mais le malade est mort I Terrible formule, bien faite pour démoraliser les plus braves.

Des méthodes nouvelles, toutes destinées à éviter la plaie fraîche, virent le jour. Mais écraseur, caustiques, ligatures... malgré quelque succès, ne donnèrent qu'un répit passager à ceux qui crurent un instant y trouver leur planche de salut.

ANTISEPSIE ET ASEPSIE CHIRUEGICALES

Ces moyens détournés, ces demi-mesures, lueurs d'espoir, montrèrent tour à tour leur impuissance et laissèrent de plus en plus le chirurgien désarmé devant l'infection grandissante.

Elle grandissait en effet chaque jour dans ces centres hospitaliers, véritables milieux de culture de la matière peccante.

Les hôpitaux, dès longtemps insalubres, le devenaient toujours davantage; et comment pouvait-il en être autrement ?

Les opérateurs eux-mêmes portaient le virus au dehors, et les interventions à la ville, devenues à leur tour périlleuses, alimentaient sans cesse le foyer d'infection central : l'hôpital !

Les chirurgiens d'alors payèrent un lourd tribut à la maladie. Lymphangites, phlegmons, les menaçaient sans cesse, sans parler des intoxications plus sévères qui ne leur furent point épargnées.

Et cependant quels hommes de grande marque détenaient alors la chirurgie ! Inutile de citer des noms.

Nés aux heures de révolutions et de guerres, ils avaient la volonté ferme et l'âme haut placée ; et ce n'est pas sans un sentiment de profonde admiration que nous les suivons dans leurs luttes, et les retrouvons dans leurs ouvrages.

Mais si leurs mains habiles se voyaient trop souvent arrêtées par des barrières inconnues, leur esprit n'en travaillait pas moins. Affermis par les notions de l'anatomie pathologique, aiguillonnés surtout par de solides connaissances cliniques, ils rêvaient maigre tout de nouvelles conquêtes.

Les procédés les plus ingénieux furent proposes :

mais si logiques qu'ils parussent, ils ne tardaient pas à être délaissés pour ressusciter plus tard, peut-être, grâce au souffle fécond de l'antisepsie.

N'est-il pas intéressant de rappeler à ce propos l'accueil que ces déboires sans cesse renouvelés valurent à l'ovariotomie, retour d'Amérique ?

Dans une célèbre discussion qui eut lieu à l'Académie de Médecine, Velpeau déclarait que « l'ovariotomie devait être exclue des opérations justifiables, quand même les guérisons annoncées seraient réelles ».

Quand à Moreau, il déclara simplement que l'opération nouvelle devait être rangée « parmi les attributions de l'exécuteur des hautes œuvres » .

Les statistiques des Américains n'obtinrent, on le voit, qu'un bien mince crédit.

Cela se passait en 1857 1

Toujours dominés par le fantôme de l'infection, les chirurgiens s'occupèrent encore d'améliorer les locaux dans lesquels ils opéraient.

Étudiant l'hygiène du bâtiment, ils construisirent des hôpitaux, en s'inspirant des plus hautes notions connues de salubrité; on préconisa môme les baraquements légers, peu coûteux, faciles à détruire sans regret.

Louables tentatives sans doute, mais qui n'améliorèrent que passagèrement le milieu dans lequel les opérés venaient chercher la guérison.

Elles ne suffirent point, la chose est sûre, à transformer les statistiques.

La révolution et les guerres contribuèrent encore pour leur part à aggraver la situation, en accroissant la misère et en peuplant les hôpitaux civils et militaires de malades et de blessés.

La seconde moitié du siècle était déjà largement entamée, que Nélaton a])pelait encore de tous ses vœux l'homme qui mériterait une statue en or pour avoir vaincu l'infection!

Mais, pour pouvoir améliorer la situation, il fallait autre chose que les idées préconçues, à la faveur desquelles on échafaudait des traitements de hasard.

Il fallait à tout prix dégager l'inconnue. Nous avons vu, au chapitre précédent, grâce à qui et comment on y parvint.

Toutes les maladies infectieuses sont dues à des germes qui se développent dans l'organisme et fournissent des poisons spécifiques capables de dominer naissance aux divers symptômes propres à cesnialadies: voilàleprincipe.

Ces notions unefois acquises ont tardé bien longtemps encore à être admises par tous, et, si elles le sont aujourd'hui, ce n'est pas sans avoir été battues en brèche de mille manières.

L'année 1870 et ses voisines marqueront, en quelque sorte, l'extrême limite de la vieille école et le dernier effort de la chirurgie du passé.

Ceux qui ont vécu ces heures cruelles en conservent un souvenir terrible et ineffaçable; mais, s'ils ont souffert de leur impuissance à ce moment, ils ont reçu plus tard une large compensation à leurs déboires en voyant naître et grandir la méthode antiseptique.

Les jeunes, qui possèdent aujourd'hui les armes puissantes qui leur permettent de vaincre sûrement l'infection amoindrie, ne comprendront jamais la joie de ceux qui les reçurent au moment où la chirurgie luttait en désespérée contre des ennemis sans cesse renaissants 1

La transformcation radicale dont nous parlons ne pouvait être l'œuvre d'un seul, aussi est-ce à tort selon nous que les uns en attribuent tout le mérite à Pasteur, tandis que d'autres ne veulent entendre parler que de Lister.

Il est difficile sans doute d'être absolument équitable en pareille matière; mais il faut s'efforcer de rendre à César ce qui appartient à César, en ne s'occupant ni de questions d'Écoles, ni surtout de nationalité.

Les noms de bien d'autres mériteraient, à quelque titre, d'être inscrits sur le fronton de l'édifice antiseptique ; car, de même qu'on ne bâtit point Rome en un jour, de même la méthode nouvelle fut une conséquence des travaux de tous.

Il est juste néanmoins d'exalter le mérite de ceux qui eurent la gloire de couronner l'œuvre, et qui, avec une précision et une justesse de vue incomparables, firent entrer dans la pratique les grandes notions de l'antisepsie.

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