‹ Antisepsie et asepsie chirurgicalesChapitre 6 sur 22 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

RUKFF ET (>. F]|)ITEURS

d06, BOULEVARD SAINT-GEHMAI\, 106

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Lorsqu'un chirurgien de notre époque aborde des sujets tels que l'antisepsie et l'asepsie, il est séduit de prime abord, surtout s'il a connu les jours cruels oij la chirurgie se débattait entre les cataplasmes et le cérat. Il a toujours présentes à l'esprit les circonstances dans lesquelles il a vu le aient de ses maîtres se heurter à des impossibilités matérielles ou se montrer impuissant devant les rigueurs de l'infection. C'est pour avoir assisté au réveil de la chirurgie moderne qu'il se sent heureux d'en raconter les merveilles.

On ne revient pas de si loin sans avoir la joie au cœur et le verbe à la bouche. Mais à ce premier moment d'élan fort naturel, en succède un autre; tel est du moins le sentiment que j'ai éprouvé en

3 PKÉFACE

abordant d'enthousiasme, ce travail dans lequel je me propose de dire ce que je pense duprogrès actuel.

Il est permis en eiTct d'hésiter lorsqu'il s'agit de mêler sa voix à celles si puissantes qui chantent depuis tantôt vingt ans les louanges de l'antisepsie. On a retourné avec tant de plaisir et dans tous les sens le nouveau-né, qu'on a quelque scrupule à le déranger encore.

A ces hésitations vient se joindre aussi la crainte des vaines redites ; et, pour peu que le souci des priorités vous obsède, on se demande en conscience s'il ne vaudrait pas mieux se taire.

Mais la science progresse sans cesse et le livre d'hier a déjà du retard sur celui de demain.

Refaire un volume sur l'antisepsie et l'asepsie en adoptant le plan qui a déjà été suivi avec une certaine disciphne, par la plupart des auteurs, serait, j'en conviens, fort superflu ; mais il n'est peut-être pas absolument indispensable de parcourir servilement le chemin battu ; et si, m'en écartant quelque peu, la bonne cause m'en devait le moindre profit, je serais largement récompensé de ma peine.

Je me dispenserai donc de passer en revue tous les antiseptiques connus, y compris ceux qui n'ont fait qu'apparaître Un instant sur la scène; de les décrire comme on les trouve décrits dans tout

ouvrage de chimie, d'en dire l'activilé relative à chaque espèce de microbe, comme on l'a déjà maintes fois étabh dans livres et journaux.

Des tableaux d'une exactitude presque mathématique ont été dressés à ce sujet, mais leur place toute désignée est celle qu'ils occupent dans les ouvrages de bactériologie et il serait bien inutile de les recopier. Pour les mêmes motifs, je passerai sous silence l'énumération des doses d'antiseptiques nécessaires à conserver l'intégrité des bouillons de culture.

Mes lecteurs voudront bien ne voir en moi que le chirurgien et ne point me prendre pour un bactériologiste, non plus que pour un chimiste ou un physicien.

Me plaçant autant que possible sur le terrain de la pratique, je me laisserai aller volontiers à mes impressions, m'étendant avec complaisance sur certain chapitre parce qu'il me paraît présenter un intérêt spécial, ou par le fait que mes études m'ont poussé à le mieux connaître ; quitte à sacrifier tel autre parla simple raison qu'il m'est moins famiher. Si, durant cette causerie chirurgicale, je m'écarte momentanément de son objet principal : l'examen des problèmes do l'asepsie et de l'antisepsie, mes lecteurs voudront bien me le pardonner en songeant que je redoute avant tout d'être aride et monotone.

Antisepsie et asepsie sont sœurs. Non sœurs jumelles sans cloute, car la première est de beaucoup la plus âgée, mais sœurs cependant fort difficiles à séparer.

On ne saurait toucher à l'une sans effleurer l'autre, ni prétendre apprécier celle-ci sans connaître celle-là. Nous verrons donc, au cours de cette étude, ces deux méthodes siamoises se succéder tour à tour, se dépasser ou s'attendre, mais ne se quitter jamais.

Comme deux images qui se superposent, elles apparaîtront par moments réunies, pour s'effacer bientôt au bénéfice de l'une ou de l'autre.

Chacune d'elles a cependant sa route bien tracée et ce que l'asepsie ne peut réaliser, l'antisepsie s'en charge.

L'antisepsie est la force, un peu brutale parfois; l'asepsie, plus délicate, s'efforce de protéger sans nuire, aussi ne sauraient-elles convenir également à tous les tempéraments chirurgicaux; il en est qui seront toujours portés vers la manière forte, tandis que d'autres, plus délicats, apprécieront mieux la douceur des touches fines.

On pourrait dire aussi que l'antisepsie est chimique, tandis que l'asepsie est physique.

Ceci fait déjà prévoir que toutes deux ont sans doute encore de longs jours à vivre, qu'elles méri-

tent donc plus que jamais d'être étudiées. Notre lâche, après avoir approfondi leur connaissance, sera surtout de distribuer à chacune son rôle avec discernement.

Il découle de cet exposé sommaire que le livre que j'écris n'a point la prétention d'être un traité complet; il vise simplement à enregistrer quelques-uns des meilleurs procédés actuellement reconnus favorables à la prompte guérison des malades; et s'il a pour titre : Antisepsie et asepsie chirurgicales, c'est parce qu'autour de ces notions nouvelles gravite toute la chirurgie.

Tout converge en effet vers ces données modernes : procédés opératoires, pansements, instruments, ctc il n'est pas un des moyens dont la

chirurgie dispose qui ne subisse leur influence, pas un, par conséquent, dont il puisse être fait mention sans parler d'elles.

ORIGINES DE l'ANTISEPSIE

Guérison sponLanée. — Force végétatrice. — Neddham et Spallanzani. — Poison putride (GASPAnn, de Saint-Étienne). — Germes de l'air (Schwann et Sghulze, Tyndall). — La fermentation alcoolique est déterminée par des organismes vivants (Gagnaud de la Touh). — Sulfate de Sepsine (Bergmann et ScHMtEDEBEnG). — Le poison putride procède de germes (Panum). — Spécifité des germes (Pasteur). — Théories chimiques (Lavoisier, Liebig, Berzélius). — Les liquides de l'organisme rie renfernaent pas de germes (Pasteur). — Application des notions nouvelles à la chirurgie (Lister).

La question de la fermentation, de la putréfaction, comme celle de l'origine des maladies, resta durant des siècles l'objet des curiosités et des recherches des savants. Il ne rentre ni dans mon but, ni surtout dans le cadre de cette étude, de passer en revue toutes les phases de cet effort scientifique ; mais il me semble indispensable néanmoins, avant d'entrer dans le vif de mon sujet de jeter un rapide coup d'œil sur le combat classique que les diverses écoles se sont livré dans ce domaine.

Vers la fin du xvn" siècle, la découverte du micros-

cope permit d'entrevoir tout un monde nouveau d'organismes inférieurs.

Cette découverte donna un nouvel essor à la thcoi'ie de la génération spontanée

On admit que ces infiniment petits étaient de la matière organique animée par la force vitale, et on n'hésita pas à leur accorder la propriété de naître de toutes pièces, sans parents, sans aïeux, à la faveur de forces mystérieuses, sur la nature desquelles planait, cela va sans dire, un doute plus que philosopliique.

La force végétatrice fut admise, et Needham s'efforça de démontrer son existence.

Ayant entrevu que la chaleur pouvait détruire la vitalité de ces organismes, il chauffa ses infusions. Mais, si l'idée était juste, la manière de procéder se montra défectueuse.

Le savant anglais ne poussa l'élévation de la température ni assez loin, ni assez longtemps, pour rendre ses milieux stériles, comme on dirait aujourd'hui; aussi, voyant des organismes s'y développer de nouveau, en tira-t-il la conclusion, fort logique en apparence, que le développement des animalcules microscopiques est le résultat de la force végétative inhérente à toute matière organique morte, et non le fait du développement de germes déposés ou préexistants.

Malgré la grande autorité de Buffon, qui épousa cette opinion, le génie de Spallanzani eut raison de ces résistances.

L'illustre expérimentateur fit la preuve que Needham n'avait point suffisamment stérilisé ses milieux, et qu'une élévation de température beaucoup plus considérable et plus prolongée était nécessaire pour y parvenir.

ORIGINES DE l'aNTISEPSIE

La résistance spéciale, que nous savons aujourd'hui être liée à certaines formes durables des microbes, fut déjà reconnue par ce savant illustre. Après expérience, il divisa en deux catégories les organismes qu'il trouvait dans les infusions :

Organismes d'ordre supérieur (correspondant aux infusoires), détruits par des températures relativement faibles ; et organismes d'ordre inférieur (les microbes) capables de i^ésister pendant un temps assez long à l'ébullition.

Par sa fameuse expérience des seize flacons, il démontra en outre que « le nombre des animalcules qui se développent dans les infusions stérilisées est proportionnel à la communication qu'il y a entre l'air extérieur et les infusions». C'était nettement' asseoir les bases de l'asepsie par la chaleur, comme celles aussi de la théorie des germes.

Malgré Spallanzani et ses démonstrations pourtant si nettes, la notion de la génération spontanée conservait encore de nombreux adeptes.

On avait peine à admettre le rôle actif et exclusif des germes dans les phénomènes de la putréfaction ; la tournure des esprits poussait plutôt à se retrancher toujours dans des données abstraites, ou à verser du côté des sciences chimiques fort en honneur alors.

Je n'en veux pour preuve cjue les conclusions de Gay-Lussac, consulté par le gouvernement français, à propos du nouveau procédé de conservation des viandes (procédé Appert).

Le grand chimiste, faisant abstraction complète des germes dans les phénomènes de putréfaction, déclara que l'absence de l'oxygène, constatée par lui dans les

bouteilles soumises à son analyse, expliquait à elle seule la conservation des matières animales ou végétales qu'elles renfermaient.

Il n'était donc plus question de l'influence des germes ; la théorie chimique occupait la place d'honneur, comme leprouvôrentencorelesexpériencesde Gaspard, médecin à Saint-Etienne en Bresse.

Il professait l'opinion que la putréfaction et l'infection résultaient de l'introduction dans le sang d'un poison, auquel il donna le nom de poison putride.

Recherchant quelle part il fallait accorder aux gaz dans la genèse de ces phénomènes destructeurs, il recueillit et injecta séparément ces gaz à des animaux.

Il conclut de ses expériences que l'acide carbonique et l'hydrogène sulfuré n'étaient pas toxiques, tandis que l'ammoniaque tuait rapidement les chiens injectés.

Mais il vit très nettement que la mort dans ces conditions n'était point accompagnée des mêmes symptômes que celle qui survenait à la suite de l'infection putride.

C'était un coup porté à l'opinion régnante, qui voulait que les émanations de gaz fétides fussent capables à elles seules de provoquer les accidents si redoutés des fièvres putrides.

Il faut encore citer Schwann et Schulze qui montrèrent que l'air peut rester en contact constant avec des liquides organiques, à condition que ces liquides soient stérilisés, et que l'air lui-môme soit dépouillé de ses germes par un juoyen quelconque : fUtration, calcination, passage à travers des solutions de potasse caustique ou d'acide sulfurique.

A ces expériences pourtant si démonstratives, on

ORIGINES DE l' ANTISEPSIE

objectait que les conditions normales étaient changées, que l'air était modifié et dénaturé, de telle manière que sa force vitale lui avait été retirée par les manipulations opérées.

Nous verrons bientôt comment Pasteur renversa cette théorie.

Je ne saurais omettre dans cette revue, forcément écourtée, le nom du célèbre Gagnard de la Tour.

En 1837, il déclara que la levure de bière n'est point une substance chimique inerte, mais qu'elle se compose de petits corps organisés, capables de se reproduire, et appartenant probablement au règne végétal. On doit donc attribuer à Gagnard de la Tour la découverte de la fermentation alcoolique, puisqu'il établit nettement, entre la présence de ces corps vivants et la fermentation, la relation de cause cà effet. Peu de temps après, Schwann reconnut à son tour la présence de ces petits corps arrondis d'origine végétale, et arriva aux mêmes conclusions que Gagnard de la Tour.

Tandis que la théorie des germes, étayée sur les nombreux travaux et les fécondes découvertes dont nous venons de donner un trop court aperçu, faisait de rapides progrès, les partisans des théories chimiques ne désarmaient pas. Ils continuaient à chercher les preuves à l'appui de doctrines qui, disons-le en passant, contribuèrent trop souvent <à enrayer le développement des idées nouvelles, et à faire repousser la notion de la spécificité des éléments figurés dans l'étiologie des septicémies et des autres maladies infectieuses.

Citons encore la lutte épique soutenue par Pouchet et les partisans de la génération spontanée contre Pasteur et les Panspermistes.

N'oublions pas qu'à cette époque, tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre des maladies bien définies, telles que fièvres éruptives, pneumoMe, pleurésie, etc., était impitoyablement confondu sous le nom de fièvres putrides I

Cherchant toujours quelle pouvait bien-être la cause de cette putridité, on tâchait de la découvrir surtout dans les produits provenant de la viande pourrie.

Ce fut par des travaux dirigés dans ce sens que Bergmann et Schmiedeberg (18G6) découvrirent un corps nouveau, le sulfate de sepsine.

Je n'entrerai pas dans les détails des préparations destinées à obtenir, sous forme cristalline, ce produit extrait des viandes putréfiées. Je me borne à rappeler que l'injection d'un centigramme de cette substance dans la veine d'un chien suffit à le faire mourir avec l'ensemble des symptômes de l'empoisonnement putride.

On tenait donc enfin le poison capable de produire tous les accidents confondus sous le nom d'accidents putrides.

La découverte de la sepsine fit grand bruit, cela se comprend ; mais bientôt Fischer vint calmer cet enthousiasme, en déclarant que d'ajDrès ses expériences, refaites d'ailleurs par Bergmann lui-même, le pus ne contient pas de sepsine.

La sepsine était donc à elle seule incapable de donner la clef de l'origine de toutes les septicémies, pyémie, etc.

Panum, à son tour, étudia le poison putride dans des travaux demeurés classiques. Il en décrivit la nature et les propriétés; mais, chose bien plus impor-

ORIGINES DE l' ANTISEPSIE

tante, il fut le premier à entrevoir cette grande vérité, aujourd'hui démontrée, à savoir que ce poison subtil provient des germes eux-mêmes.

A Panum était donc réservée la gloire de faire la part des microbes et celle des produits fournis par eux dans les phénomènes dont on recherchait depuis si longtemps la nature intime.

Malgré la voix conciliatrice de Panum, la lutte n'en continua pas moins ardente entre ceux qui n'admettaient que l'infection par des produits chimiques, et ceux qui attribuaient au contraire tout aux organismes vivants. Mais la victoire devait rester à ces derniers; Pasteur en décida, lorsqu'il établit définitivement la spécificité des germes qui président aux différentes espèces de fermentation.

Inspiré par les travaux de Pasteur, Davaine fit ses belles études sur la bactéridie charbonneuse.

Bref, on finit par reconnaître que les causes de la putréfaction et des diverses fermentations, comme celles des maladies dites putrides, dépendent toutes de la présence, dans les milieux atteints, de germes spécifiques isolables, bien définis, et donnant heu à la production de ces poisons, dont la détermination sollicite aujourd'hui la patience et la sagacité de tous les bactériologistes.

Comme on le voit, ces grandes questions ne cessèrent d'être <à l'étude et de passionner les savants, qui avancèrent, lentement il est vrai, mais sûrement, du côté de la vérité. Aussi, comprend-on ce mot de regret échappé à Gay-Lussac au moment de quitter la vie (1850) : « C'est dommage de s'en aller, ça commence à devenir drôle I »

Il n'eut pas, en effet, comme nous, le privilège d'as-

ANTISKPSIE ET ASEPSIE CHIRURGICALES

sister à la révolution scientifique due à Pasteur, et d'entendre ce savant déclarer que :

« De même qu'il existe un ferment alcoolique, la levure de bière, que l'on trouve partout où il y a du sucre qui se dédouble en alcool et en acide carbonique, de même il y a un ferment particulier, une levure lactique.

« La fermentation lactique, comme l'alcoolique, est un acte corrélatif de la production d'un corps organisé, probablement très voisin de la levure de bière. »

Le résultat des patientes recherches qui conduisirent Pasteur à ces conclusions, fut de réduire à néant les théories de chimistes tels que Liebig, Berzélius et autres qui ne voulaient voir dans les fermentations que la réaction d'une matière fermentescible (sucre) sur une matière azotée très altérable.

L'oxydation de cette dernière lui donnait la propriété de communiquer à la matière fermentescible le mouvement de décomposition dont elle était elle-même animée.

Pasteur affirma bientôt la spécificité d'un grand nombre de levures, et démontra à l'évidence que, parmi ces organismes inférieurs, il en est qui ne peuvent prospérer en présence de l'oxj^gène, tandis que, pour d'autres, il n'est point de vie sans ce gaz.

Enfin, propriété non moins curieuse, certains germes peuvent vivre à volonté dans un milieu pourvu ou non d'oxygène. La théorie de Lavoisier, qui, pendant tout un siècle, perpétua l'idée que l'oxygène était l'élément sine qun non de toute production vitale, était définitivement renversée!

Reprenant la question des germes contenus dans l'air,

OEIGINES DE LANTISEPSIE

Pasteur compléta les recherches déjà si remarquables de Spallanzani, en prouvant qu'un liquide très apte à la fermentation, mais stérile, peut rester longtemps au contact de l'air sans s'altérer, à condition que les germes contenus dans cet air ne puissent pas tomber dans ce liquide. C'est à l'aide de son élégante expérience du ballon à col sinueux, qu'il établit d'une façon indiscutable que toute contamination procède de germes.

Après ce dernier coup, la théorie de la génération spontanée avait vécut .

On ne saurait oublier Tyndalldans l'énumération des savants dont les travaux ont conduit à asseoir les idées nouvelles.

Voulant démontrer à sa manière la présence des germes dans l'air atmosphérique; il s'arrangea pour renfermer dans une boîte ce qu'il appelait de l'air optiquement pur. Le moyen qu'il employait pour l'obtenir est fort simple. Il enduisait de glycérine la face interne des parois vitrées de sa boîte à expérience : au bout de quelques jours, toutes les poussières flottant dans l'air contenu dans ce récipient adhéraient à la glycérine et l'air en était dépouillé. Cela fait, il glissait avec précautions dans ce milieu ainsi puriflé, des vases largement ouverts, remplis d'urine ou d'une infusion organique quelconque préalablement désinfectée.

Ces liquides, aisément putrescibles à l'air libre, restaient intacts tant qu'on les laissait dans la boîte.

Cette ingénieuse expérience était la confirmation des vues de Pasteur.

Le savant Français, continuant ses recherches, établit encore que les liquides de l' organisme sain ne renferment lias de germes.

La démonstrcation de ce fait, d'une importance capitale, intéresse au plus haut point tous ceux qui s'occupent de près ou de loin de sciences biologiques.

La chirurgie en particulier, renseignée sur l'état du terrain normal ou pathologique auquel elle s'adresse, ne pouvait manquer d'en tirer de précieuses déductions pratiques.

Cette spécificité, démontrée pour les fermentations, ne la retrouverait-on pas aussi, sinon pour toutes, du moins pour bon nombre de maladies? Le vieux Raspail avait, sans le prouver, émis l'idée que les maladies étaient dues cà de petites ])êtes malfaisantes.

Bien avant lui on avait parlé de même; témoin ce livre du xvi" siècle qui a pour titre : De lanature animée de la peste.

Alphonse Guérin (1870) attribuait aussi à des germes les accidents infectieux particulièrement fréquents dans les hôpitaux. 11 proposa, pour lutter contre eux, le pansement à l'ouate qui porte son nom, et sur lequel nous reviendrons.

Gomme les germes, la question était dans l'air. On pressentait la vérité, mais sans pouvoir en faire la preuve.

G'est alors que Lister, s'appuyant sur les travaux de Pasteur et de Tyndall, et les soumettant à un nouveau contrôle, se mit en devoir d'en extraire la quintessence, au bénéfice de la chirurgie.

Résultats déplorables. - Leurs causes. - Modifications insuffisantes des procédés opératoires. - Les théories modernes translorment lentement la chirurgie et finissent par triompher.

Après avoir passé en revue les grandes questions biologiques qui passionnèrent la première moitié de ce siècle, jetons un coup d'œil sur la science qui nous intéresse particulièrement :1a chirurgie. En ces tempslà, elle languissait. Les moindres opérations donnaient des revers; l'ablation d'une loupe, une piqûre de sangsue, étaient l'origine d'accidents souvent mortels.

Découragés par l'insuccès, les maîtres les plus éminents, finissant par douter du bistouri, ne s'adressaient plus à lui qu'avec hésitation. C'est alors qu'on pouvait repeter souvent : l'opération a parfaitement réussi mais le malade est mort I Terrible formule, bien faite pour démoraliser les plus braves.

Des méthodes nouvelles, toutes destinées à éviter la plaie fraîche, virent le jour. Mais écraseur, caustiques ligatures... malgré quelque succès, ne donnèrent qu'un repit passager à ceux qui crurent un instant y trouver leur planche de salut.

18 ANTISEPSIE ET ASEPSIE CHIRUBGICALES

Ces moyens détournés, ces demi-mesures, lueurs d'espoir, montrèrent tour à tour leur impuissance et laissèrent de plus en plus le chirurgien désarmé devant l'infection grandissante.

Elle grandissait en effet chaque jour dans ces centres hospitaliers, véritables milieux de culture de la matière peccante.

Les hôpitaux, dès longtemps insalubres, le devenaient toujours davantage; et comment pouvait-il en être autrement ?

Les opérateurs eux-mêmes portaient le virus au dehors, et les interventions à la ville, devenues à leur tour périlleuses, alimentaient sans cesse le foyer d'infection central : l'hôpital !

Les chirurgiens d'alors payèrent un lourd tribut à la maladie. Lymphangites, phlegmons, les menaçaient sans cesse, sans parler des intoxications plus sévères qui ne leur furent point épargnées.

Et cependant quels hommes de grande marque détenaient alops la chirurgie ! Inutile de citer des noms.

Nés auxheures derévolutions et de guerres, ils avaient la volonté ferme et l'âme haut placée ; et ce n'est pas sans un sentiment de profonde admiration que nous les suivons dans leurs luttes, et les retrouvons dans leurs ouvrages.

Mais si leurs mains habiles se voyaient trop souvent arrêtées par des barrières inconnues, leur esprit n en travaillait pas moins. Affermis par les notions de l'anatomie pathologique, aiguillonnés surtout par de solides connaissances cliniques, ils rêvaient maigre tout de nouvelles conquêtes.

Les procédés les plus ingénieux furent proposes ;

mais si logiques qu'ils parussent, ils ne tardaient pas à être délaissés pour ressusciter plus tard, peut-être, grâce au souffle fécond de l'antisepsie. ^ N'est-il pas intéressant de rappeler à ce propos l'accueil que ces déboires sans cesse renouvelés valurent à l'ovariotomie, retour d'Amérique?

Dans une célèbre discussion qui eut lieu à l'Académie de Médecine, Velpeau déclarait que « l'ovariotomie devait être exclue des opérations justiiiables, quand môme les guérisons annoncées seraient réelles ».

Quand à Moreau, il déclara simplement que l'opération nouvelle devait être rangée « parmi les attributions de 1 exécuteur des hautes œuvres ».

Les statistiques des Américains n'obtinrent, on le voit, qu'un bien mince crédit.

Gela se passait en 1857 1

Toujours dominés par le fantôme de l'infection, les chirurgiens s'occupèrent encore d'améliorer les locaux dans lesquels ils opéraient.

Étudiant l'hygiène du bâtiment, ils construisirent des hôpitaux, en s'inspirant des plus hautes notions connues de salubrité; on préconisa même les baraquements légers, peu coûteux, faciles à détruire sans reo-ret ^ Louables tentatives sans doute, mais qui n'améliorèrent que passagèrement le milieu dans lequel les opères venaient chercher la guérison

Elles ne suffirent point, la chose est sûre, à translormer les statistiques.

La révolution et les guerres contribuèrent encore pour leur part à aggraver la situation, en accroissant a misère et en peuplant les hôpitaux civils et militaires de malades et de blessés.

La seconde moitié du siècle était déjà largement entamée, que Nélaton appelait encore de. tous ses vœux l'homme qui mériterait une stalue en or pour avoir vaincu l'infection!

Mais, pour pouvoir améliorer la situation, il lallait autre chose que les idées préconçues, à la faveur desquelles on échafaudait des traitements de hasard.

Il fallait à tout prix dégager l'inconnue. Nous avons vu, au chapitre précédent, grâce à qui et comment on

y parvint. ^

Toutes les maladies infectieuses sont dues a des germes nui se développent dans l'organisme et fournissent des poisons spécifi.gues capables de donner naissance aux divers symptûmespropresà cesmaladies: voilàleprincipe.

Ces notions une fois acquises ont tardé bien longtemps encore à être admises par tous, et, si elles le sont aujourd'hui, ce n'est pas sans avoir été battues en brèche de mille manières.

L'année 1870 et ses voisines marqueront, en quelque sorte, l'extrême limite de la vieille école et le dernier effort de la chirurgie du passé.

Ceux qui ont vécu ces heures cruelles en conserven un souvenir terrible etineflaçable; mais, s'ils ontsouffert de leur impuissance à ce moment, ils ont reçu plus tard une large compensation à leurs déboires en voyant naître et grandir la méthode antiseptique.

Les jeunes, qui possèdent aujourd'hui les armes puissantes qui leur permettent de vaincre sûrement l'infection amoindrie, ne comprendront jamais la joie de ceux qui les reçurent au moment où la chirurgie luttait en désespérée contre des ennemis sans cesse renaissants 1

La transformation radicale dont nous parlons ne pouvait être l'œuvre d'un seul, aussi est-ce à tort selon nous que les uns en attribuent tout le mérite à Pasteur, tandis que d'autres ne veulent entendre parler que. de Lister.

Il est difficile sans doute d'être absolument équitable en pareille matière; mais il faut s'efforcer de rendre à César ce qui appartient à César, en ne s'occupant ni de questions d'Écoles, ni surtout de nationalité.

Les noms de bien d'autres mériteraient, à quelque titre, d'être inscrits sur le fronton de l'édifice antiseptique ; car, de même qu'on ne bâtit point Rome en un jour, de même la méthode nouvelle fut une conséquence des travaux de tous.

Il est juste néanmoins d'exalter le mérite de ceux qui eurent la gloire de couronner l'œuvre, et qui, avec une précision et une justesse de vue incomparables, firent entrer dans la pratique les grandes notions de l'antisepsie.

in

LISTER ET SON OEUVRE

J'ai parlé de Pasteur, voyons ce que fit Lister.

L'œuvre du chirurgien d'Édimbourg est trop importante pour que j'aie la prétention de la résumer ici. Je me bornerai à rappeler à grands traits cette suite de recherches patientes, conduites avec un esprit d'observation absolument remarquable. On peut assigner l'année 1867 comme date du début de la méthode antiseptique de Lister.

Pénétré de l'importance des découvertes des savants dont j'ai essayé de résumer les travaux, il arriva comme eux à la conviction que le véritable ennemi des plaies ne réside pas dans les qualités physiques et chimiques de l'air ambiant, mais bien dans le plus ou moins grand nombre d'organismes vivants qu'il renferme.

Son attention se porta tout d'abord sur l'étude comparative de la marche des fractures simples et des fractures exposées. Avec tous les chirurgiens il constata la gravité beaucoup plus grande de ces dernières et l'attribua à la pénétration, dans le foyer de fracture, de germes infectieux.

C'est dès cette époque que Lister chercha à détruire ces organismes au moyen de l'acide phénique.

LISTER ET SON ŒUVRE

Ayant tout d'abord fait usage de solutions très concentrées, il y renonça, vu les effets caustiques qu'elles produisirent, et se contenta de solutions plus faibles.

Quoique ces expériences eussent été faites dans un hôpital absolument infecté, elles furent couronnées de succès. Outre l'action caustique de l'acide phénique, Lister reconnut bientôt sa facile volatilisation ; il la combattit en l'associant à l'huile- et surtout en recouvrant le pansement de lames d'étain ou de plomb.

Etendant l'emploi de sa méthode et la perfectionnant sans cesse, Lister incisa sans accident les abcès par congestion et, plus tard, ouvrit largement des articulations, ce qui n'était certes pointbanal à cette époque. Les résultats qu'il obtint peuvent se juger d'un coup d'oeil. .

De 1864 à 1866, sur trente-cinq amputés, Lister en perdit seize, tandis que, de 1867 à 1869, sur quarante amputés, il n'en perdit plus que six.

Ces résultats étaient bien faits pour attirer l'attention, semble-t-il. Mais Lister ne fut cependant pas longtemps à sentir la vérité dii vieil adage : « Pour vivre heureux, vivons caché. » On l'accusa d'avoir pris l'acide phénique à d'autres ; on rappela les noms français des Lemaire, des Déclat, des Maisonneuve, etc.. Ses compatriotes J. R. Wolfe, Camgée, P.Hair, et bien d'autres, s'acharnèrent à diminuer l'œuvre du maître, en s'efforçant d'établir une confusion voulue entre l'emploi de l'acide phénique et la méthode de Lister.

Et pourtant le chirurgien de Glascow n'avait pas émis la moindre prétention concernant la découverte de l'acide phénique, ni songé à revendiquer la priorité de son emploi dans la pratique chirurgicale.

Et, d'ailleurs, n'étaient-ce pas là des questions d'ordre secondaire ?

Le principal mérite de Lister ne résidait-il pas surtout dans la combinaison de notions nouvelles et précises, capables de vaincre l'infection, tandis que la mise en action de telle ou telle substance représentait tout au plus un modus fnciendi transitoire n'ayant rien de commun avec l'essence même de la méthode?

Malgré ces violentes attaques, le grand chirurgien, continuant paisiblement sa route, s'efforçait de perfectionner son œuvre dans les moindres détails. C'est ainsi qu'il entrevit bientôt la possibilité d'une ligature inoffensive.

Ayant lié avec succès, au moyen d'un fil de soie trempé dans une solution antiseptique, l'artère iliaque externe d'une femme atteinte d'anévrysme de la fémorale gauche, il vit que l'organisme pouvait tolérer cette ligature sans danger.

La malade dont il s'agit succomba, quelques mois après, à un anévrysme de l'aorte ; et, à l'autopsie, il fut possible de constater que le fil de soie qui avait servi à la ligature baignait dans une petite quantité de liquide purulent.

C'est alors que, reprenant l'idée émise avant lui par d'autres chirurgiens. Lister chercha le moyen d'utiliser une ligature de tissu résorbable, et porta son choix sur le catgut.

Mon intention étant d'étudier spécialement dans le cours de ce travail ce nouvel agent de ligature, je me borne pour l'instant à en signaler l'apparition.

En mars et avril 1870, Lister reprenant la parole, exposa, dans une leçon devenue classique, les conclu-

LISTER ET SON ŒUVRE

sions auxquelles l'a conduit l'application de plus en plus rai sonnée de sa méthode à la clinique.

Il renonce aux solutions phéniquées fortes et se contente de celle à 1/20 ; il incorpore cette substance à de la résine dont il imprègne un tissu lâche; et bientôt, • à partir du second pansement, il protège la plaie et son voisinage au moyen de taffetas (Protective Silk). Il a reconnu, en effet, que, si l'action microbicide de l'acide phénique est indispensable au début, elle devient nuisible quand on la prolonge.

La plaie doit alors être entourée des émanations phéniquées qui se dégagent du pansement, mais ne plus être en contact avec l'acide.

Lister conseille encore d'enduire des fils à suture avec un mélange d'acide phénique et de cire dans la proportion de 1 sur 40.

Sa constante préoccupation est la destruction des germes flottant dans l'air; il rêve de les y poursuivre, et institue à cet eff'et la pulvérisation d'une solution phéniquée à 1 0/0.

L'opération toute entière, y compris le pansement, s'exécute au sein de cette buée phéniquée.

Les mérites du catgut s'affirment chaque jour davantage.

Les éponges, lés drains sont l'objet de toutes les sollicitudes.

Lister veille à tout, combine tout en vue de la lutte contre l'infection.

Aucun détail ne lui échappe.

Il s'ingénie, cherche et trouve.

Il substitue, selon les circonstances, le chlorure de zinc ou d'autres antiseptiques à l'acide phénique ;

améliore son matériel de pansements; bref, érige décidément en Méthode ce qu'on s'efforçait de considérer comme l'application d'mi simple topique.

Les résultats de cette pratique si logique, qu'il sait ^cependant rendre souple au besoin, s'améliorent de jour en jour; et, à mesure que les audaces opératoires s'accentuent, les accidents des plaies perdent du terrain.

La pyémie, la septicémie, la pourriture d'hôpital, l'érysipèle, lâchent pied tour à tour; et, malgré les dires de ceux qui se plaisent à considérer cette retraite comme fortuite et passagère, disparaissent pour ne pas revenir.

Sans doute, il y aura toujours de temps à autre quelques cas d'infection dans les hôpitaux, mais ces cas arrivent du dehors. L'infection ne naît plus dans les salles car elle y est sans cesse combattue.

On a peine à comprendre aujourd'hui comment une méthode, se présentant d'emblée avec des résultats aussi brillants, eut tant de peine à se faire accepter.

En Ecosse même, où elle vit le jour, ce ne fut que lentement qu'elle obtint quelque crédit.

Nul n'est prophète en son pays...

Lister eut à lutter, comme tout novateur, contre l'inertie, la routine et la jalousie.

On tourna en ridicule les minutieuses précautions de son pansement; et ceux qui perdaient presque tous leurs opérés en les enfarinant dans des cataplasmes, n'avaient point assez de sarcasmes à lancer contre celui qui leur était pourtant si supérieur !

Et cependant, ce que montrait le maître était palpable.

LISTER ET SON ŒUVRE

Ses réunions par première intention étaient pain quotidien ; l'ouverture des articulations, qu'on redoutait si fort, se comportait comme la plus simple des interventions, et les fractures compliquées échappaient enfin à l'amputation !

Malgré tout, on résistait, et la nouvelle méthode resta longtemps lettre morte.

On alla même jusqu'à flétrir son auteur, le traitant sans examen de rêveur et de charlatan.

Mais la vérité entrevue devait rayonner malgré tout, et la logique du fait vaincre les résistances.

La voix partie de Glasgow invitait tous les curieux de la chirurgie à venir contrôler les résultats annoncés.

Quelques-uns répondant à l'appel se rendirent en Ecosse. Charmés par l'accueil du maître, ils furent bientôt gagnés par ses démonstrations écrasantes, et, pèlerins sceptiques hier encore, ils revinrent chez eux convaincus, annoncer la bonne nouvelle.

3Iais ce qu'ils racontèrent semblait trop merveilleux pour être vrai.

A beau mentir qui vient de loin, avait-on l'air de leur dire.

Enthousiasme passager, coïncidences favorables ou faits mal observés... tels étaient les arguments qu'on opposait à leurs affirmations.

Il fallut à ceux qui prêchèrent alors la croisade antiseptique, une foi robuste pour résister aux assauts d'ironie dont ils furent l'objet.

Lucas Championnicre écrivit son livre, véritable guide du chirurgien antiseptique. Il prit, on peut le dire, par la main ceux qui voulurent le suivre, et sut les conduire au port.

28 ANTISEPSIE ET ASEPSIE CHIRUEGICALES

Bientôt toute une jeune école se saisit de la méthode de Lister et la répandit autour d'elle. Cette courageuse phalange gagna peu à peu du terrain, et ramena rapidement la chirurgie française au rang élevé qu'elle occupe aujourd'hui.

DE l'infection DES PLAIES

Rôle de l'air (Spray). - Rôle de l'eau. - Germes inoflensifs et germes nuisibles. — Gangrène gazeuse. — Tétanos. — Tuberculose. — Diphtérie. — La suppuration. — Action des microbes sur l'organisme. — Accoutumance de l'organisme. - Atténuation. — Le laboratoire et la clinique. — Défense de l'organisme vivant. — Lutte contre l'infection.

Si j'ai jugé utile de rappeler les travaux des savants du siècle passé pour accorder ensuite une place spéciale à Pasteur et à Lister, c'est qu'il m'a paru intéressant et équitable de mettre en relief les véritables créateurs de l'antisepsie et de l'asepsie dont nous apprécions aujourd'hui les bienfaits.

Maintenant que nous savons en qui placer notre reconnaissance, voyons quelle idée nous sommes arrivés à nous faire de l'infection.

Après avoir, sinon épuisé le sujet, du moins effleuré les points qui confinent plus spécialement à la chirurgie, nous étudierons les moyens dont nous disposons pour mettre nos opérés à l'abri des accidents qui les décimaient jadis.

Alphonse Guérin attribuait surtout ces accidents, qui venaient trop souvent troubler la réparation des plaies,

aux corpuscules vivants que contient l'air et qui souillent leur surface.

Cette opinion le poussa à s'adresser à un agent de filtration de l'air, capable de neutraliser ces principes septiques.

Le coton ayant déjà fait ses preuves à cet égard, ce fut lui qu'il choisit.

L'expérience réussit et les résultats s'améliorèrent rapideniement. J'en dirai les raisons à l'article Pansements, mais nous verrons aussi que les succès obtenus ne dépendent pas seulement de l'action fdtrante du coton, mais encoredela salutaire influence que ceproduit exerce sur les plaies en constituant un excellent moyen d'immobilisation, de compi^ession et de soutien, lorsqu'il est maintenu par un bandage exactement appliqué.

Lister était aussi très préoccupé de l'influence de l'air comme véhicule des germes.

Nous le voyons prudemment opérer sous une compresse, qu'il soulève à peine pendant le temps nécessaire au passage du bistouri, et dont il recouvre vivement la plaie dès qu'elle est ouverte.

Dans l'application de ses pansements, même souci de préservation des tissus malades contre les atteintes des ferments qui pourraient tomber à leur surface. 11 multiplie les couches de gaze, les recouvre d'un mac-intosch et, dès qu'une humidité venue de la plaie se fait jour à la surface du pansement, il la désinfecte par des applications antiseptiques et l'entoure de nouvelles couches de tissus secs et protecteurs.

Faisant plus encore, c'est, comme je l'ai dit, dans 'air lui-môme qu'il poursuit l'ennemi et s'eflbrce de le pulvériser I

DE l'infection DES PLAIES

Nous avons vu pendant quelques années fonctionner cette artillerie braquée contre l'atmosphère dans le but de détruire ses hôtes septiques. Peu à peu cependant des expériences de contrôle vinrent infirmer des conclusions trop hâtivement prises, et prouver que l'action du spray était moins efficace en pratique qu'en théorie.

On bouleversa môme de fond en comble les idées du maître, en prouvant que le meilleur moyen de faire tomber des germes sur les plaies, c'est précisément de les alourdir par des gouttelettes aqueuses qui les précipitent vers les parties inférieures.

Si encore les projectiles, plus ou moins phéniqués qu'on leur décoche, avaient assez de puissance pour tuer, au vol pour ainsi dire, les germes qu'ils atteignent, on pourrait conserver quelque espoir en leur efficacité; mais il n'en est rien. Les germes tombent uniquement en raison de la surcharge de poids dont ils sont affligés, mais non point parce qu'ils sont mortellement frappés par l'antiseptique. Ils tombent sur les plaies, vivants et septiques s'ils l'étaient, et les infectent peutêtre.

La pulvérisation, telle qu'elle fut comprise à l'origine, est donc moins qu'une sauvegarde, elle est un danger d'autant plus réel qu'elle donne une apparente sécurité.

Grâce à ces constatations enregistrées par plusieurs expérimentateurs, la pulvérisation fut peu à peu abandonnée au cours de l'opération.

Mais puisque nous avons reconnu tout à l'heure son action mécanique sur les poussières, il est parfaitement logique de l'utiliser encore dans certaines circonstances, afin d'assainir l'air de la salle d'opérations et de précipiter sur le sol les germes qui voltigent.

Un fera donc fonctionner l'appareil dans la pièce pendant une ou deux heures avant d'y entrer, en ayant soin de diriger son jet vers le plafond, de façon à ce que l'eau pulvérisée retombe comme un voile humide entraînant vers le sol tout ce qu'il rencontre sur sa route.

Les parois de l'appartement, atteintes à leur tour par la buée bienfaisante, conserveront les poussières qui les recouvrent et l'opération se fera dans un milieu dépourvu d'impuretés.

Inutile d'ajouter un antiseptique à l'eau qu'on pulvérise puisque l'action mécanique, seule, a quelque valeur.

Envisagée de la sorte, la pulvérisation de Lister trouve encore quelque raison d'être et c'est à ce moyen, revu et corrigé, que nous avons recours lorsque nous devons intervenir dans des conditions spécialement longues et périlleuses; à lui que nous nous adressons quand il faut porter à petites doses, mais à jet continu, des agents microbicides sur des surfaces infectées.

Quelques mots relatifs à la virulence de l'air sont nécessaires pour faire ressortir combien elle a été exagérée, et ce qu'il faut conserver des idées préconçues qui avaient cours à son sujet.

De tout temps la composition de l'air intéressa les chercheurs ; mais si, au point de vue purement chimique, elle était parfaitement connue, il en était autrement en ce qui concerne les germes dont on ne faisait que soupçonner la présence. Tyndall avait, il est vrai, doté la science de son expérience du rayon rendu lumineux à son passage au travers de la chambre obscure par le fait des particules en suspension. Pasteur, après

DE l'infection DES PLAIES

avoir retenu ces mêmes particules sur du fulmicoton, qu'il dissolvait ensuite dans l'éther, avait quelque peu précisé la question ; mais ce ne fut qu'à la longue, grâce à ses patientes recherches et à celles des bactériologistes, que l'on acquit des notions exactes sur les éléments figurés qui flottent sans cesse dans les milieux où nous évoluons. On reconnut bientôt cjue l'air est d'autant plus pollué qu'on le récolte dans la sphère des endroits habités. Loin des terres, au large, sur l'océan, plus haut, sur les glaciers, il augmente en pureté pour acquérir au contraire un cachet d'insalubrité troublante dans les salles d'écoles, les églises, les hôpitaux, les casernes !

Ces résultats, faciles à prévoir, demandaient cependant une série de démonstrations sans réplique. Tous ces travaux sont faits aujourd'hui, et ont donné la mesure exacte des craintes qu'il faut conserver, comme aussi des précautions qu'il faut prendre.

Une chose importante à savoir était encore que les germes ne pénètrent dans l'atmosphère qu'à l'état sec, et que, bien qu'ils y puissent encore garder vie un certain temps, ils ne sauraient guère s'y reproduire, privés qu'ils sont des conditions qui assurent leur fécondité. Pour vivre et prospérer, ils ont leurs exigences: L'humidité et la chaleur leur sont nécessaires au même titre que certains produits nutritifs.

Tel micro-organisme, qui se développe aussitôt qu'il se trouve dans un milieu tempéré, obscur et pauvre en oxygène, devient promptement inerte et infécond lorsqu'on l'expose à la lumière et à la sécheresse.

Le nombre de microbes anaérobies, c'est-à-dire vivant mal au contact de l'oxygène, est assez considérable

pour que nous puissions nous rassurer quelque peu relativement au danger que présente l'air.

On trouve d'ailleurs, même dans les milieux très insalubres en apparence, fort peu d'agents d'infection des plaies; on y rencontre en revanche de nombreux germes tout à fait insignifiants, et dont la présence ne trouble nullement la bonne marche de la réparation des tissus. Les données exactes que nous possédons ne nous permettent donc pas de considérer le contact de l'air comme aussi redoutable que le jugeaient nos prédécesseurs, et nous engagent à chercher ailleurs les véritables causes d'infection.

Après ce que nous avons dit de l'air atmosphérique, il nous reste à voir ce qu'on doit penser de l'air expiré par le malade et le chirurgien, au point de vue de l'infection des plaies et de la transmission des maladies.

Comme chirurgien et malades respirent forcément et constamment le même air, il est fort intéressant pour tous de savoir quelle action ces produits de l'expiration peuvent exercer sur leurs organismes respectifs.

A priori, en ne faisant juge de la question que nos facultés olfactives, nous serions très enclins à admettre que l'impureté de certaines haleines et leur pouvoir infectieux ne font qu'un.

Cette fâcheuse impression, qui n'est dictée que par le dégoût que provoque toute mauvaise odeur, n'a rien de scientifique et doit disparaître devant les faits. Des expériences nombreuses sont venues décerner un laissez passer absolu aux haleines les plus déplorables, qu'elles doivent leur fumet atroce à la gangrène pulmonaire ou à la vulgaire gousse d'ail I

Le poumon semble môme agir à la manière d'un

DE l'infection DES PLAIES 35

filtre car, ainsi que l'a démontré Straus, l'air qui en sort est dépouillé de tout germe. Il va sans dire que je parle de l'air seul et que la proposition cesse d être vraie du moment qu'avec lui seraient entraînés par la toux des fragments de tissus, de crachats; l'examen microscopique de ces sécrétions montre assez journellement ce qu'elles contiennent pour qu'il ne puisse subsister la moindre équivoque à cet égard.

Je rappellerai l'expérience de Gadéac et Malet qui, prenant des moutons sains et des moutons infectés de charbon et de variole, leur ont fait respirer, pendant fort longtemps, le môme air à travers des tuyaux d'un mètre de long, sans réussir. cà déterminer l'infection des uns par les autres.

Ces expériences sont intéressantes et leur conclusion n'était guère à prévoir. Il en découle néanmoins cette tranquillisante certitude que la respiration des malades n'augmente pas le nombre des microbes contenus dans une salle d'bôpital, et que l'haleine du chirurgien ne compromet en rien l'asepsie des plaies.

Tous ces faits, instructifs au premier chef, nous montrent que l'air est en définitive un intermédiaire de contagion beaucoup moins direct qu'on ne le croyait cà l'époque où l'on y pressentit l'existence de microorganismes. L'œil de l'observateur vit alors avec un verre grossissant les dangers qui menacent les opérés, et il fallut toute la précision des recherches modernes pour ramener le praticien à une plus saine appréciation des choses.

Voyons maintenant ce qu'il faut penser de l'eau relativement à sa part d'influence dans le domaine de l'infection.

La queslion est pleine d'intérôt, puisque nous sommes sans cesse appelés à nous servir d'eaux de diverses provenances, et en quelque sorte obligés de les porter au contact des plaies.

Grâce à la filtration due aux couches de terram qu'elles traversent, les eaux de source peuvent être considérées comme d'une pureté àpeu près parfaite; et, si le chirurgien n'avait affaire qu'à ces eaux-là, il pourrait presque se tenir pour satisfait.

Malheureusement il n'en est rien; et le plus souvent les eaux dont il dispose renferment des germes nombreux, qu'il est obligé de détruire.

Lors même que l'eau d'un lac ou d'un fleuve présente à l'endroit de sa prise une pureté relative, on sait, pour l'avoir souvent contrôlé, combien, en cheminant le long des conduites, et surtout en séjournant dans les réservoirs, cette eau presque acceptable au départ devient impropre à l'usage chirurgical.

Les micro-organismes pullulent avec une effroyable rapidité dans les eaux qui séj ournent , et telle d'entre elles , qui ne contenait qu'une centaine de germes par centimètre cube, en renferme des milliers vingt-quatre heures après. La chirurgie ne pouvait fermer les yeux sur des dangers aussi sérieux, elle devait s'efforcer de les conjurer.

Là encore nous retrouvons Pasteur, s'attachant à purifier l'indispensable liquide ; aidé de Chamberlan, il fit un filtre qu'on crut irréprochable au début. On ne tarda guère cependant à reconnaître que ses bougies s'encrassent rapidement et laissent peu à peu passer les organismes inférieurs.

Le nettoyage des filtres est donc chose minutieuse, et

si on néglige de le répéter souvent, on n'obtient qu'un semblant d'asepsie. Un défaut non moins grave à reprocher à cet appareil, c'est la lenteur avec laquelle il opère. Il faut de longues heures pour obtenir la quantité d'eau utilisée au cours d'une seule opération, à moins d'employer de nombreuses batteries, ce qui, outre la dépense, nécessite un entretien des plus fastidieux.

On a songé aussi à précipiter les germes dans le fond des récipients, en jetant dans l'eau des poudres inertes telles que sable, charbon, etc..

Mais cette sorte de filtre mobile qui est censé descendre à travers la masse de l'eau, n'a qu'une action incomplète et laisse derrière lui nombre d'impuretés.

Quant à l'addition de substances chimiques à pouvoir microbicide, on sait combien elle doit être importante pour devenir efficace. Or il n'est pas indifférent de mettre les plaies en contact prolongé avec ces agents toxiques ; d'ailleurs nous savons que cette manière d'annihiler les germes est sujette à caution et ne vaut jamais la désinfection par la chaleur; aussi est-ce encore à ce moyen souverain que la chirurgie s'est adressée pour avoir de l'eau pure.

Le procédé le plus simple, le plus à la portée de tous, tant des chirurgiens d'hôpitaux que de ceux qui pratiquent à la campagne, c'est ia. banale ébulUt ion. Son pouvoir stérilisant est suffisant pour détruire la plupart des microbes, et spécialement ceux que nous redoutons le plus pour nos opérés : les microbes pyogènes !

Il suffit, pour obtenir un résultat satisfaisant, de prolonger l'ébullition pendant une vingtaine de minutes. Pour faire mieux encore, on additionne l'eau d'une faible quantité de chlorure de sodium (6: 1000), ce qui

élève légèrement son point d'éhullition, et constitue une sorte de sérum artificiel dont on se servira toutes les fois qu'il sera indiqué de procéder à de grands lavages de cavités, de la cavité péritonéale en particulier. Ce liquide pourra aussi, en cas de syncopes dues à de fortes pertes de sang, être injecté sous la peau. Cette transfusion, souvent très efficace à la suite d'opérations longues et sanglantes, trouve par conséquent sa place marquée dans la pratique obstétricale; aussi est-il bon d'avoir toujours prêts cà l'avance quelques centaines degrammes de cette solution.

On la conserve dans une carafe exactement stérilisée et bouchée à l'ouate.

Au moment de s'en servir, on remplace l'ouate par un bouchon de caoutchouc percé de trois ouvertures à travers lesquelles passent un thermomètre et deux tubes de verre, dont l'un, également bouché à l'ouate, amènera l'air dans le récipient, tandis que l'autre, plongeant au fond du liquide, se continuera par un long tube de caoutchouc. Un trocartfln complète l'appareil.

Il suffit, pour la mise en action, de placer la carafe à un mètre ou deux au-dessus du malade, et d'amorcer. Le liquide s'écoule ensuite de lui-même à travers le trocart.

L'eau introduite sous la peau se répand lentement dans le tissu cellulaire et s'y résorbe. Cette manière de procéder, jointe à l administration de petits lavements tièdes, soutient le malade pendant les heures périlleuses qui suivent trop souvent les grandes interventions, et lui permet de franchir le pas difficile. Elle a en outre l'avantage de calmer la soif, et par conséquentd'éviter de rien faire avaler à l'opéré pendant la première journée.

L'eau bouillie a surtout été préconisée en France par le D'" Bouilly. lequel, grâce à l'asepsie rigoureuse qui règne clans son service, a pu en retirer le meilleur profit.

Lorsqu'au lieu d'être destinée au malade, l'eau doit servir à la stérilisation d'objets de j)ansement et surtou d'instruments, on se trouve bien de lui ajouter 1 gramme de carbonate de soude par 100 grammes ; ce sel élève le point d'ébullition à 104", dégraisse les instruments, ce qui est une grande sécurité au point de vue de leur désinfection, et s'oppose en outre à la formation de taches de rouille à leur surface. Nous voici donc en mesure d'avoir, à peu de frais, de l'eau stérilisée en gran e abondance pour tous les usages chirurgicaux. Un grand récipient, placé dans un coin de la salle d'opérations et exactement bouché, servira de réserve.

D'après l'exposé qui précède, nous pouvons admettre que l'infection des plaies par l'air n'est guère à redouter, et que celle par l'eau peut sûrement être évitée; il faut donc, poursuivant notre étude de l'infection des plaies, trouver les vraies causes des accidents si fréquents autrefois et toujours prêts à reparaitre lorsque nous nous départons des soins minutieux de la chirurgie antiseptique.

C'est en suivant de près les différentes phases des opérations, en contrôlant dans les pièces de pansement et dans les recoins des instruments les impuretés qui s'y dissimulent; c'est en mettant en cause le chirurgien lui-même, en tant que porteur de l'infection, qu'on est arrivé à établir, avec une exactitude remarquable, la part de responsabilité qui revient à tout ce qui touche le malade et risque de le contaminer.

Des expériences bactériologiques, dans le détail des-

quelles je ne saurais entrer, ont permis de reconnaître que ce sont surtout les instruments et les mains qui souillent les plaies.

La morsure d'une pince, dans les mors de laquelle se trouvent encore des parcelles de tissus, du sang, du pus, etc.. provenant d'une opération antérieure, représente une véritable inoculation, qui s'effectue dans les meilleures conditions de réussite.

On a eu trop souvent l'occasion de suivre à la piste des infections colportées de lit en lit, de maison en maison par des accoucheurs et des sages-femmes, pour que l'infection par contact direct puisse faire l'objet du n)oindre doute.

Les mains et les instruments, peu ou pas nettoyés, inoculent un malade après l'autre, et une sinistre traînée d'accidents et de décès marque leur passage.

Inutile de multiplier les exemples : chacun conserve le souvenir de quelque cas type en l'espèce; et sauf de rares amis du paradoxe quand même, tout le monde chirurgical est rallié aux doctrines, si satisfaisantes pour l'esprit, et si positives, des germes-contages.

Mais avant de déterminer les voies et moj'^ens que les microbes prennent pour pénétrer dans les plaies, faisons une rapide connaissance avec ceux dont nous avons le plus à nous méfier; et sachons, outre les noms plus ou moins pompeux dont on les a baptisés, quels sont leurs propriétés, leur virulence, et surtout les moj^ens de les reconnaître et de les détruire.

Un des premiers que nous trouvons sur notre route, c'est le streptococciis pyogenes. C'est lui qui produit l'érysipcMe, la phlegmatia alba dolens, la fièvre puerpérale, la pyoliémic et la septicémie. Ce microbe a donc

à son actif un nombre d'infections assez respectable.

Quant aux organismes qui portent les noms de staphtjlococms aureiis, albus, flavus, tennis, etc.. ils jouissent de propriétés très différentes. C'est ainsi que tandis que l'aureus, qui fournit au pus sa couleur jaune, donne naissance à de graves complications phlegmoneuses et à l'ostéomyélite, son cousin germain le staphylococcus albus n'est pas sensiblement pathogène.

Le staphylococcus aureus et le streptococcus pyogénes sont les ennemis intimes du chirurgien ; ils étaient jadis les familiers de tout hôpital, de tout pansement, épiant la moindre faute pour se glisser dans la place, nous ne devons pas l'oublier.

Slais il est d'autres germes qui, pour être heureusement plus rares, méritent aussi d'exciter tous nos efforts lorsque nous soupçonnons leur présence au voisinage des plaies. Citons entre autres le vibrion septique. Ce microbe anaérobie se présente sous forme de bâtonnet, et a la propriété de sporuler, c'est-cà-dire de continuer à vivre sous une forme difficile à détruire, qu'il peut abandonner sous certaines influences, pour reprendre ensuite toute sa virulence.

C'est à lui que sont dues ces terribles infections à marche suraiguë qui frappent les tissus de gangrène rapidement envahissante.

Lorsque le vibrion septique a fait son entrée dans un hôpital, on a le droit d'être inquiet, car on aura bien de la peine à l'en déloger. La chose est d'autant plus grave que les accidents qu'il détermine restent presque toujours au-dessus des ressources de l'art.

Los infirmiers reconnaissent bien vite les malados frappés, et savent qu'un blessé atteint par la « gazeuse «,

comme ils dénomment pittoresquement cette infection, est un homme perdu, ou peu s'en faut.

Nos confrères de Lyon ont eu souvent maille à partir avec ce redoutable fléau.

Le tétanos, pour lequel nous devons professer également une crainte motivée, procède, lui aussi, d'un bacille anaérobie capable de sporuler.

On le rencontre surtout dans la terre des routes et des jardins, et si les blessures produites dans ces milieux ne sont pas plus souvent empoisonnées par lui, c'est que fort heureusement il est anaérobie strict, c'est-à-dire ne résiste pas longtemps à l'action de l'oxygène, tout au moins sous sa forme de bâtonnet. Si donc dans une chute en avant par exemple, la paume des mains est largement écorchée et que la terre du chemin la souille, il n'arrivera probablement aucun accident tétanique; l'expérience journalière est là pour le prouver.

Le microbe du tétanos resté à la surface de cette plaie, est non seulement entraîné par le suintement sanguin qui s'y produit, mais aussi gêné dans son développement par la présence de l'oxj^gène de l'air.

Le danger est tout autre si une fracture compliquée se trouve en contact avec le terrain, et si les extrémités osseuses emportent, une fois réduites, dans la profondeur du foyer de fracture, le microbe redoutable.

Au fond de cette plaie osseuse, dans ce foyer de fracture humide et chaud, il trouve, à l'abri de l'air, un milieu de culture dans lequel il aura grande chance de pulluler.

Je ne veux pour preuve de ceci que l'expérience de Sanchez Toledo etVeillon, qui consiste araser le ventre de deux lapins, à entamer l'épiderme, au moyen de

frictions faites au papier de verre, puis â l'imprégner de cultures pures de tétanos.

Ils laissent un des lapins sans pansement, tandis qu'ils recouvrent les lésions de l'autre avec un pansement occlusif au collodion.

Le premier lapin guérit presque toujours, tandis que le second succombe régulièrement à un tétanos aigu, l'anaérobiose ayant été réalisée par cette occlusion.

La forme du bacille du tétanos, découvert par Nicolaier, dont il porte le nom, est assez spéciale pour permettre de le reconnaître aisément : c'est un bâtonnet flexueux et mince, assez semblable au bacille de la septicémie de la souris, mais qui revêt, au moment de sa sporulation, une forme très caractéristique, en ce sens qu'à l'une de ses extrémités se développe un renflement ovoïde, qui lui donne l'aspect d'une épingle.

Autrefois les accidents tétaniques étaient attribués .au traumatisme lui-même, qui aurait molesté les nerfs ; au froid et à tant d'autres causes plus ou moins fantaisistes, lesquelles expliquaient d'ailleurs fort mal les séries de cas de tétanos développés en un môme hôpital, dans la même salle, voire même dans certain lit.

Aujourd'hui, on comprend fort bien par quel moyen le transfert du bacille tétanique peut se faire d'un malade à l'autre, puisqu'on le connaît, qu'on le rencontre dans le pus des malades atteints, et que, par conséquent, il risque d'être transmis par les pièces de pansement, les instruments ou les mains.

Quant aux prétendus cas de tétanos spontané, on suppose qu'ils sont dûs à l'entrée dans l'organisme d'une minime quantité de bacilles à l'état de culture pure. La lésion produite a d'autant plus de chance de

ANTISEPSIE ET ASEPSIE CHIRUEGICALES

passer inaperçue dans ce cas, que le bacille du tétanos n'étant pas pyogône, il ne reste pas de traces appréciables de sa pénétration au point d'entrée. Le bacille . du tétanos a encore ceci de particulier, c'est qu'une fois inti^oduit dans la profondeur des tissus, il y reste localisé et ne s'y multiplie guère comme le font d'autres micro-organismes ; il se borne à fournir des principes toxiques que Brieger croit avoir réussi à isoler, et qu'il a en tout cas baptisés des noms de tétanine, spasmotoxine, etc.

Un fait certain c'est que, lorsqu'on introduit une faible quantité de culture pure de tétanos dans l'extrémité de la queue d'un rat, il ne faut pas attendre longtemps pour couper celle-ci à sa base, si l'on veut que l'animal échappe aux accidents tétaniques : une heure d'attente met déjà ses jours en péril.

A l'autopsie on ne retrouve pas dans l'organisme de bacille de Nicolaier, et les ensemencements faits avec . le sang recueilli dans les différents organes de l'animal ne donnent naissance à aucune culture. Il faut bien admettre dans ce cas que les accidents et la mort sont dus à la pénétration dans l'organisme des toxines sécrétées par un nombre relativement restreint de bacilles inoculés à l'extrémité de la queue du rat.

Le tétanos est donc une maladie strictement localisée au point d'inoculation, et dont les effets ne sont dus qu'à l'imprégnation de l'organisme par les loxuies d'origine microbienne. On pourrait en dire autant des bacilles de la diphtérie et du choléra, qui, quoique localisés dans les voies aériennes ou dans l'intestin, déterminent aussi la mort par la diffusion do leurs toxines.

DU l'infection des plaies

Sans vouloir établir de comparaison exacte entre les maladies dont nous venons de parler, et qui sont caractérisées par la rapidité et parfois par la marche foudroyante de leur évolution, nous pouvons en rapprocher la tuberculose, puisque d'après les derniers travaux de Straus et Gamaléia, ce serait encore aux toxines produites par le bacille tuberculeux que seraient imputables les accidents. Mais, d'après ces auteurs, les toxines feraient partie intégrante du bacille et continueraient même après la morl de ce dernier à exercer leur funeste influence.

Qu'on me permette de dire quelques mots, relativement à ces expériences si bien conduites par Straus et Gamaléia. Prenant des cultures de bacilles de tuberculose humaine dans du bouillon, ils les soumettent pendant un temps variant de dix minutes à neuf heures à l'autoclave chauffé à llS" et 130o. Broyant ensuite ce produit stérilisé dans une faible quantité d'eau également stérilisée, ils l'injectent à la dose de quelques centimètres cubes dans la veine marginale de l'oreille d'un lapin. Ils voient celui-ci résister pendant quelques jours à cette inoculation, puis perdre peu à peu de son poids et parfois succomber.

Si cette issue fatale tarde à se produire, l'animal se rétablit pendant un peu de temps, puis décline ensuite rapidement pour périr au bout de trois semaines environ.

A l'autopsie on trouve des poumons parsemés de tubercules, renfermant des bacilles facilement reconnaissables et colorables. Le foie et la rate présentent les mêmes lésions.

Si la dose injectée s'est montrée trop faible pour tuer

l'animal, on le voit peu à peu renaître à la vie; mais si à ce moment on lui injecte de nouvelles doses, môme très faibles, de bacilles tuberculeux morts ou vivants, il meurt en quelques heures, ce qui ne s'observe jamais chez le lapin bien portant alors môme qu'on lui inocule des doses énormes des mêmes produits.

L'animal a donc contracté une susceptibilité extrême à l'égard d'une nouvelle injection tuberculeuse.

Les conclusions de ce travail si remarquable sont les suivantes :

« Ces expériences montrent que les bacilles tuberculeux morts, introduits dans le corps des animaux, s'y trouvent encore, avec leur aspect et leur réaction colorante spécifique, au bout d'un temps très long : plusieurs mois. Les cadavres des bacilles tuberculeux présentent une autre particularité plus importante encore : c'est de garder, quoique morts, une grande partie des propriétés pathogènes du bacille vivant. Aux bacilles morts est inhérent un pouvoir toxique, à longue échéance, qui rappelle celui des cultures vivantes. Nous sommes ainsi conduits à une notion importante sur le mode d'action du bacille de la tuberculose. Contrairement à ce qu'on observe pour d'autres microbes pathogènes (celui de la diphtérie, du tétanos), ce n'est pas dans le milieu de culture, liquide ou solide, où ce bacille a végété, que l'on trouve les principaux produits toxiques qu'il élabore. Ces Substances sont fixées et retenues dans le corps même du bacille; elles résistent à des traitements très énergiques, qui ne parviennent ni à les détruire ni à les extraire du corps bacillaire. De même elles résistent très longtemps au séjour dans le corps des animaux. »

DE l'infection DES PLAIES

Voilà des aperçus curieux sur les procédés microbiens, aperçus qui ouvrent des horizons nouveaux sur certains processus infectieux.

Disons encore quelques mots d'une question fort intéressante qui a soulevé de vives discussions et qui n'est peut-être pas encore résolue. Je veux parler des véritables causes de la suppuration.

.Jusqu'à ces dernières années on avait coutume de considérer le fait qu'une plaie était recouverte d'une suppuration crémeuse, épaisse, glissant à la surface de bourgeons charnus, rouges et vigoureux, comme le présage d'une prochaine et prompte guérison.

L'expérience des chirurgiens avait consacré ]3ar un mot resté classique le processus réparateur qui évoluait sous cette forme, et voyait avec une joie tranquille le pus bonum et lauclabile inonder les pansements. Nos prédécesseurs, qui n'osaient que rarement prétendre à la réunion par première intention, formaient leur jugement en comparant entre elles la marche des plaies qui faisaient l'objet journalier de leurs observations. Ils savaient qu'une plaie blafarde et sèche indique un état fâcheux de l'organisme, tandis qu'ils avaient pu souvent constater la rapidité parfois surprenante avec laquelle se comblent les pertes de substances arrosées du pus dit de bonne nature.

Aujourd'hui que nos prétentions se sont accrues, nous ne considérons plus la production d'une Suppuration comme favorable, mais bien comme un accident dont nous n'hésitons pas, le plus souvent, à nous reprocher l'origine.

Les expérimentateurs se sont donc attachés" à la recherche des véritables causes de la suppuration, afin

d'établir s'il n'était pas toujours possible de l'éviter.

Est-on en droit d'admettre que la suppuration puisse se produire en dehors de l'élément microbien? Telle est la question qu'ils se sont posée et ont résolue de diverses façons.

D'après les expériences d'Ogston, de Rosenbach, Cornil, Passet, etc., les suppurations aiguës développées chez l'homme et les animaux sont toujours d'origine bactérienne, tandis qu'il faut refuser à des substances chimiques irritantes, telles que le mercure, l'essence de térébenthine, l'huile de croton, etc., injectées sous la peau, ou dans les cavités séreuses, le pouvoir pyogène. Ces savants attribuent à un manque de précautions antiseptiques les résultats qui semblent infirmer leur manière de voir.

Telle n'est pas l'opinion d'autres observateurs : Uskoff, Orthmann, Gravitz de Bary, Zahn, qui admettent qu'on peut dans certaines conditions, provoquer de la suppuration en injectant au sein de tissus normaux et parfaitement désinfectés, les substances dont nous parlons.

J. Steinhaus a publié une monographie bonne à consulter sur le sujet*.

Nous savons aujourd'hui que la diversité des résultats provient de ce que les expérimentateurs ont opéré sur des animaux d'espèces différentes, et à doses différentes.

Le mercure stérilisé injecté dans le tissu cellulaire du lapin et du cobaye ne produit pas de suppuration, tandis qu'il la provoque très abondamment chez le chien.

i. Die /Etiologie der acuten Eitevungen. Leipsig, 4889.

M. Massol, reprenant ces recherches, les a conduites de la manière suivante : Comme Cruveilhier, il injecte dans la veine marginale postérieure d'un lapin et dans la saphène d'un chien, du mercure préalablement porté à l'ébullition; mais il a soin de s'entourer de toutes les précautions antiseptiques.

Les quantités injectées sont de un quart à un demi- . centimètre cube pour le lapin et de deux centimètres ' cubes pour le chien. Ces expériences, répétées sur cinq 1 lapins et trois chiens, ont toutes donné les mêmes 1 résultats, et les autopsies ont révélé les mêmes lésions. ILes poumons sont roses et présentent par place de [ petits globules de mercure cà peine voilés par le revêttement pleural. Sur certains points, les gouttelettes de : mercure sont entourées d'une gangue grisâtre d'aspect i purulent ; à l'examen microscopique, on constate en eiïet I qu'il s'agit de globules de pus.

Mais les lésions les plus frappantes sont celles du

■ cœur. A l'ouverture du péricarde, on constate sur la fface externe antérieure du cœur droit, surtout dans le \ voisinage du sillon interventriculaire, la présence de :' foyers blanc jaunâtre placés sous l'épicarde et comiimuniquant à cette portion du cœur un aspect marbré

comparable à celui de la coupe d'un poumon atteint ilde pneumonie caséeuse. En incisant, on trouve le myocarde transformé en une masse grisâtre assez cohérente,

■ rappelant tout à fait l'aspect et la consistance du pus uun peu inspicé. En pinçant avec une pince on voit le imcrcure sourdre de toutes parts sous forme de gouttel'iettes. En examinant avec soin sous l'eau la face interne Idu ventricule droit, on découvre des gouttelettes bril- I lantes engagées sous le feutrage des muscles papillaires.

ANTISEPSIE ET ASEPSIE CHIRUBGICALES

11 est certain qu'une bonne partie du liquide injecté est arrêtée dans le ventricule droit, a pénétré, labouré, disséqué l'épaisseur de la paroi de ce ventricule. Cette pénétration n'a pu s'eiïectuer par les artères coronaires, car la distribution interstitielle du mercure dans e myocaiTle est strictement limitée à la paroi du ventricule droit. D'autre part, pas une parcelle du mercure n'a pu franchir le poumon et pénétrer dans le ventricule gauche, car aucun viscère, ni le foie, ni la rate, ni les reins n'en renferme. Il faut donc admettre que le mercure a été chassé directement par les contractions du ventricule droit dans l'épaisseur de la paroi, soit par une solution de continuité de l'endocarde, soit par des orifices lymphatiques. En examinant au microscope le produit puriforme infiltrant le myocarde, on constate qu'il présente tous les caractères du pus. Nombre de lamelles colorées par le violet de geniane, ne révèlent la présence d'aucun micro-organisme, et les ensemencements de ces produits puriformes effectués dans des bouillons et sur les différents milieux nutritifs solides, sérum, gélatine, gélose glycérinée, s ont restés constamment stériles. Donc ce pus était absolument aseptique, et l'on peut dire que, si clini quement il rCy a pas de pus sans microbes, il est possible (le produire expérimentalement une suppuration aseptique.

Après la découverte des divers micro-organismes dont nous venons de parler, les bactériologistes cherchèrent de quelle manière ils exercent leur action sur l'organisme.

Leur tendance première fut d'admettre que le poison microbien était dû à la multiplication de ces éléments

ligurés, et à la décomposition des matières albiiminoïdes rencontrées dans les milieux où ils évoluent.

Cette théorie, quoique encore admise aujourd'hui par la plupart d'entre eux, est en voie de modification, et quelques auteurs sont disposés à croire que le rôle attribué aux matières albuminoïdes pourrait bien n'être pas aussi exclusif qu'on l'a pensé tout d'abord.

Guinochet, faisant pousser le bacille de la diphtérie dans de l'urine dépouillée de toutes matières albuminoïdes et laissée à l'étuve pendant plusieurs semaines, démontra que le produit filtré contenait les toxines diphtéritiques suffisantes pour tuer les animaux inoculés.

Ces faits prouvent donc que ia décomposition des matières albuminoïdes n'est pas la cause sine qua non de la toxicité des produits diphtéritiques, et tendent à établir que cette toxicité émane directement des bactéries, dont elle représente bien réellement l'activité synthétique.

Les recherches des savants modernes se sont toutes I dirigées vers l'étude de ces problèmes complexes, pour I la solution desquels ils ont déjà réuni d'importants 1 matériaux. Mais qu'il me soit permis, à cette occasion, 1 de présenter une observation.

J'ai suffisamment rendu hommage aux hommes de llaboraloire pour que je me croie autorisé à signaler un Itravors dans lequel ils tombent volontiers (qu'ils se inomment histologistes, anatomo-pathologistes, bactéiriologistes ou chimistes). Ils oublient un peu trop que lies tissus morts, coupés, débités par eux, que les (réactions sur des bouillons artificiels ou les transforimations de la matière dans des cornues ne sont pas

exactement comparables à ce qu'on observe dans l'organisme vivant, et ils arrivent ainsi à des conclusions parfois exagérées et décevantes pour le clinicien.

Si les germes avaient la même facilité à infecter la matière vivante que les masses expérimentales, la vie ne serait pas de longue durée : à peine entrevu, un organisme serait annihilé.

Il faut donc tenir grand compte, pour conclure dans les sciences expérimentales, de l'élément vie, et se bien pénétrer de l'intensité des luttes que soutient sans cesse le corps vivant et des nombreux moyens dont il dispose pour repousser les ennemis qui le harcèlent constamment.

L'accoutumance est une forme de ces résistances multiples, et nous savons jusqu'où elle peut aller. Elle se développe d'autant plus aisément et sûrement qu'on procède avec mesure, car ce n'est qu'à petites doses que le poison est toléré.

L'administration de ces quantités fractionnées nous est d'ailleurs bien connue en thérapeutique.

Une chose non moins curieuse, c'est de constater qu'il en est des microbes comme de nous-mêmes, c'est-àdire que les remèdes que nous leur opposons finissent par user leur puissance, en sorte que le microbe qu'on détruisait facilement au moyen de tel antiseptique, arrive à s'accommoder si bien au milieu qu'on lui impose, que, non seulement il y résiste, mais s'y multiplie. Il faut toutefois, pour permettre à cette surprenante faculté d'accommodation de s'établir, qu'il y ait administration lente de l'antiseptique.

Kossiakofï a publié, dans les Annales de Vlnslitul Pnst:ur, de curieuses remarques sur ce sujet; elles démon-

DE l'infection DES PLAIES

trent qu'il est fort possible qu'un antiseptique, actif au début d'un traitement, cesse bientôt de l'être et doive être remplacé par un autre, cet autre fût-il, en réalité, moins antiseptique que le premier.

D'ailleurs, l'observation clinique enregistre des faits du même ordre.

On sait que l'effet d'une injection uréthrale s'use assez rapidement. Les gonocoques, s'habituant sans doute au liquide qui doit les tuer, reparaissent plus nombreux, et force est bien de modifier la formule pour arriver au résultat cherché.

Mais il ne faut pas considérer seulement l'action des antiseptiques sur le microbe lui-môme, il faut aussi se rendre un compte exact des modifications qu'ils déterminent dans les sécrétions microbiennes et sur le terrain de culture.

Un exemple : on a souvent constaté la présence de micro-organismes vivants sous des pansements qui pouvaient passer pour antiseptiques, à en juger par l'état du malade qu'ils protégeaient.

Il faut bien admettre, dans ces circonstances, que ces micro-organismes n'étaient plus dans des conditions de vie et de prospérité normales, ou que la plaie au contact de laquelle ils se trouvaient avait été modifiée de telle sorte que les microbes, pas plus que leurs sécrétions, ne pouvaient plus l'entamer.

Il est possible aussi d'admettre, comme on l'a fait, que sous l'influence de l'agent antiseptique, l'organisme ne soit imprégné qu'à petites doses par les produits microbiens et acquière ainsi peu à peu une sorte d'immunité.

Quant aux antiseptiques, nous savons qu'ils sont

loin d'agir tous avec la même intensité ; aussi a-t-on tenté de les classer suivant la puissance de leurs effets; mais un tel classement présente des difficultés pour ainsi dire insurmontables.

^ Car s'il est possible, à la rigueur, d'établir des bases d'expérimentation très sensiblement identiques dans un laboratoire, et d'arriver à déterminer approximativement le pouvoir antiseptique de substances chimiques, on ne saurait conclure de là au maintien de cette même échelle lorsque le problème se trouve transporté de la cornue à l'animal vivant.

C'est surtout les spores du charbon qui ont servi de base à ces essais.

Des expériences de ce genre sont fort difficiles à conduire, car il faut non seulement arriver à différencier les micro-organismes les uns des autres, mais encore trouver des milieux de culture favorables à leur reproduction.

Une autre difficulté est la suivante. Lorsqu'on transporte sur un de ces bouillons reconnu fertilisable un fil sur lequel on a essayé de détruire, au moyen de l'antiseptique dont on cherche h apprécier la force, les micro-organismes qu'on y avait préalablement déposés, on s'expose à transporter par la même manœuvre la victime et le poison et à rendre de ce fait le bouillon révélateur absolument muet.

Il est démontré, en effet, que des quantités relativement très faibles, trop faibles pour tuer un microbe, peuvent être assez fortes pour rendre un bouillon absolument impropre au développement de ce même microbe.

On comprend combien il faut de soins pour n'apporter

DE l'infection des PLAIES

au liquide qui doit décider de la vie ou de la mort de raaimal en expérience aucune substance capable de troubler l'expérience... et le bouillon I

Aussi les lavages préalables, la neutralisation des agents chimiques à l'étude ont-ils été essayés de maintes manières.

Mais là ne s'arrêtent pas les difficultés; il en est encore qui dépendent du microbe lui-même. Ainsi, lorsqu'on expérimente sur les bacilles du tétanos, du charbon, de la tuberculose, qui, comme nous l'avons dit, peuvent, suivant les circonstances, revêtir la forme de spores ou conserver celle du bacille, on se trouve en face d'un compte en partie double difficile à balancer,

La question se complique encore lorsqu'on considère que le même microbe est susceptible, tout en conservant sa forme, de perdre ou de gagner en virulence, sans qu'il soit toujours possible d'apprécier à l'avance ces variations.

Toutes ces raisons font prévoir combien la classification des antiseptiques est chose délicate et aléatoire.

Aussi les découvertes solides faites dans ce domaine présentent-elles un réel intérêt.

Après ce que nous avons dit de la puissance toxique de certains microbes et de leur résistance aux agents de désinfection,, il semblerait qu'on dût se décourager et lâcher pied dans la lutte engagée contre eux.

Kitasato nous apprend en effet que l'acide phénique à o 0/0 tue le spore du bacille tétanique en 15 heures seulement. Si on ajoute à cette solution 3 0/0 d'acide chlorhydrique, il ne faut plus que 2 heures.

La liqueur de Van Swieten exige 3 heures de contact pour détruire le bacille.

On voit donc l'impasse dans laquelle nous serions relativement à ces organismes si résistants, si nous n'avions encore à notre disposition d'autres ressources telles que l'action mécanique. C'est en effet à des lavages répétés, à l'ablation de parcelles mal nourries contusionnées, à l'cloignement de caillots inertes que nous devons recourir lorsque nous redoutons de pareilles infections.

Et si, tous ces efforts accomplis, nous revenons à cette consolante pensée que l'organisme lui-même se défend activement, nous pourrons bien souvent espérer une guérison qui théoriquement paraissait impossible.

L'existence de microbes spécifiques, et leur importance au point de vue de l'étiologie des accidents infectieux, sont les doctrines sur lesquelles s'appuie toute la thérapeutique moderne, et l'étude des connaissances que ces données nouvelles ont fournies à la pratique mérite cà juste titre de fixer notre attention.

Nous étudierons donc dans les chapitres qui vont suivre les moyens les plus sûrs pour créer autour du malade un milieu aseptique, et les procédés les plus propres à assurer sa désinfection ainsi que celle de tout ce qui sera, pendant et après l'opération, en contact avec lui.

SALLE d'opérations

Plusieurs salles sont-elles nécessaires? — Exagérations. — Eclairage, chauffage, sol, forme générale. — Est-il permis d'y fumer?

Lorsque je vis Volkmann pour la première fois ù Halle, en 1877, il avait pour salle d'opérations, une sorte d'atelier de photographe aussi mal agencé que possihle, et pour chamhres de malades de pauvi^es réduits fort peu confortables.

Quelques chaises percées installées dans les armoires de ces taudis tenaient lieu de water-closets.

Il se dégageait de tout cela des odeurs atroces que voilaient à. peine d'abondantes vapeurs phéniquées.

Inutile de dire combien, avant l'antisepsie, les résultats étaient déplorables dans un pareil milieu. Mais Volkmann, comprenant tout le parti qu'il pouvait tirer de la nouvelle méthode antiseptique s'y lança corps etdme. Bientôt il pouvait s'écrier avec joie : « Maintenant je guéris mes malades en les opérant dans un endroit aussi sale et puant qu'un urinoir public! »

Quelques années plus tard je le retrouvai dans un palais chirurgical. Tout avait été construit et installé suivant les plans du maître, avec un luxe inouï.

r.orsqtic je lui dcinandai co qu'étaient devenus ses résultats à la suite de cette transformation :

Fort peu dilïerents, mais nous avons un peu moins de peine à les obtenir. »

Telle fut sa réponse, tel est le mot vrai !

Dans un milieu propre et salubre, le succès est plus facile, voilà tout ! Et c'est là qu'éclate toute la valeur de la méthode.

En se tenant fermement aux principes, on obtient des résultats excellents dans des locaux très imparfaits.

Est-ce à dire qu'il faille pour cela se compliquer la besogne en négligeant le possible? Non, sans doute; mais on conviendra que le luxe s'est réellement glissé dans nos installations, et qu'on attache une importance exagérée à des détails absolument insignifiants.

Dans les grands hôpitaux, où le mouvement des malades est énorme, qu'on ait plus de souci qu'ailleurs de la salle d'opérations, rien de plus logique. Elle doit être surveillée et entretenue dans un état de propreté parfait.

Un seul local est certainement insuffisant. En avoir deux, l'un servant aux malades infectés, et l'autre à ceux qui ne le sont pas, est la juste mesure; mais de là à réclamer des locaux pour toutes les catégories de malades, il y a loin.

Il est clair que pour suivre jusqu'à leurs extrêmes limites les exigences d'une antisepsie sans défaillance, il faudrait avoir trois ou quatre salles d'opérations: mais si l'on songe que l'appareil instrumental doit être strictement réservé à chaque salle et n'en sortir sous aucun prétexte, que les mômes considérations s'impo-

SALLE d'opérations

sent pour le personnel et les pansements, on s'arrête !

Je crois donc qu'en dehors d'épidémies invraisemblables, un chirurgien soigneux parviendra sans trop de peine à se tirer admirablement d'affaire s'il dispose de deux locaux bien distincts pour opérer ses malades.

Le profeseur Neuber, de Kiel, a porté le nombre de ses salles d'opérations à cinq ! On pourrait aussi opérer chaque malade dans sa chambre !

Quoi qu'il en soit, lorsqu'on possède un pareil luxe de locaux, cela impose un triage de malades qui n'est pas sans offrir quelques difficultés.

Une question qui doit se présenter alors souvent à l'esprit est celle-ci :

Vaut-il mieux opérer un malade non infecté dans la salle des infectés, ou l'inverse?

Au point de vue de l'individu, la réponse ne saurait faire de doute; mais au point de vue delà collectivité (et c'est celui qui doit primer), la question est bien dilférente.

Un malade dirigé, par erreur, sur la salle dans laquelle on opère les infectés, aura bien des chances de n'en point trop pâtir, et de sortir de ce guêpier sain et sauf; c;ir, l'erreur vite reconnue, l'intrus deviendra l'objet de toutes les sollicitudes et bénéficiera largement de la méprise.

En revanche il est moins indifférent d'introduire un érysipèle, un phlegmon grave, une gangrène gazeuse dans une salle qui doit rester aussi vierge que possible de tout germe pathogène.

Donc il vaut mieux dans le triage des malades considérer plutôt tout entrant comme suspect.

Les conséquences des erreurs dépendant de cette

manière de voir seront assurément les moins difficiles à réparer.

Examinons maintenant quelles sont les conditions que doit remplir une bonne salle d'opérations. • Elle doit être haute, facile à aérer comme à chauffer; le jour lui viendra de préférence par un seul côté et de haut, de telle sorte que lorsque l'opérateur tourne le dos à la lumière, le champ opératoire soit le point particulièrement éclairé.

La lumière venant de tous côtés est mauvaise à cause de sa diffusion même.

On s'aperçoit surtout de cet inconvénient lorsqu'il s'agit d'inspecter une cavité.

Quelque opération d'urgence pouvant se présenter la nuit, il faut également disposer d'un éclaii^age artificiel convenable.

L'électricité est certainement la meilleure source de lumière; avec elle on ne risque ni de se brûler, ni de se surchauffer la tête pendant l'opération, comme cela arrive aisément avec les lampes ou le gaz.

Les sources d'éclairage qui développent de la chaleur ont encore l'inconvénient d'établir des courants d'air, par conséquent, de déplacer des poussières.

A défaut de ce précieux auxiliaire, l'électricité, c'est encore le gaz qu'il faudra préférer. Un réflecteur mobile pouvant concentrer les rayons lumineux est souvent indispensable.

Le sol doit être d'un nettoyage facile, c'est-à-dire constitué par une substance dure et polie (mosaïque ou ciment, peu importe). Il faut surtout qu'il présente une déclivité assez accusée pour que les liquides s'écoulent aisément.

SALLE d'OPÉBATIONS

Une conduite d'eau correspondant à l'angle de la pièce, ou passant directement au-dessous de la table d'opération, emmènera les liquides et sera pourvue d'un coupe-vent fonctionnant bien, afin d'éviter toute mauvaise odeur.

Les parois doivent être lisses, faciles cà laver; la peinture à l'huile est parfaitement suffisante, et son entretien fort simple.

Le chauffage de la chambre mérite d'arrêter quelques instants notre attention.

En effet, nous opérons des malades qui ont souvent perdu du sang et qui vont en perdre encore ; malades impressionnés, tremblants, auxquels nous imposons, dans l'intérêt de l'asepsie, un minimum de vêtement vraiment excessif; des lavages, des ■ aspersions de diverses sortes, vont peut-être encore leur soustraire du calorique. Il importe donc que le milieu dans lequel on les opère soit, d'une façon constante, à une certaine température. Sur ce point encore les avis sont partagés et de grandes exagérations se produisent à propos du degré de chaleur adopté.

Dix-huit à vingt degrés suffisent parfaitement pour les interventions ordinaires; tandis que, pour celles de longue durée, très sanglantes, ou portant sur l'abdomen ou la poitrine, une température d'environ 25 degrés est peut-être nécessaire.

Je sais qu'on a été beaucoup plus loin : mais alors, réellement, la vie n'est pas tenable pour le chirurgien, surtout s'il est resté fidèle au spray.

Il faut d'ailleurs une foi solide en la méthode pour tolérer ce brouillard phéniqué qui remplit le nez et brûle la peau. J'ai été d'autant plus heureux de pou-

voir l'abandonner, que j'en ai plus longtemps soufFert Revenons aux moyens de chauffage afin d'établir quels sont ceux qui assurent le mieux une température égale et constante, dépourvue de fumée et de pous siere. Pour éviter tout courant d'air, nous Déplacerons sous aucun prétexte la porte d'un fourneau, non plus quune bouche de calorifère, dans la salle d'onérations. ^

Le chauffage au moyen de tuyaux, dans lesquels circule constamment de l'eau chaude, est de beaucoup le meilleur de tous. ^

Ces tuyaux, contournant la partie basse de la salle lui cèdent constamment une chaleur douce, graduable' ne répandant ni fumée, ni odeur, ni poussières

Les horticulteurs ont dès longtemps adopté ce système dans leurs serres, pour mener à bien les plantes rares dont ils ornent jardins et salons. Il n'est d'ailleurs pas très coûteux puisqu'il consiste en une chaudière de petite taille et un tuyautage en somme assez simple

Un autre avantage de cette installation est de pouvoir adapter un appareil approprié à ces conduits, pour avoir constamment à portée et à discrétion de l'eau à une température élevée.

Cette eau sera d'un grand secours pour le lavage du sol après les opérations.

En dehors de ce chauffage, c'est au poêle en faïence qu il faudrait donner la préférence

La forme de la salle d'opérations a été souvent discutée : elle est au fond assez indifférente

Dans le but d'éviter tout recoin suspect, on a proposé cl arrondir les angles.

Je n'y vois aucun inconvénient.

SALLE d'opérations

Une chose beaucoup plus importante, c'est le choix du mobilier.

Pour qu'il n'y ait pas d'encombrement, on disposera le long des murs une tablette, si possible de verre ou de lave émaillée, sur laquelle seront place's les bocaux destinés à renfermer liquides antiseptiques, pansements, etc. Deux ou trois douches en verre suspendues au plafond serviront aux irrigations.

Un système très simple de cordes et de poulies permettra d'en régler la hauteur.

Il est très commode aussi d'avoir, fixée au plafond, une barre solide, sur laquelle on puisse prendre un point d'appui pour exercer des tractions de bas en haut, soit pour faciliter l'extirpation de tumeurs, comme je l'ai proposé, soit pour soutenir un membre ou le bassin des malades pendant l'application de bandages ou d'appareils. Rien n'est plus avantageux que ce dispositif pour la pose de bandagesplâtrés, par exemple.

Si nous ajoutons à cela deux ou trois tabourets légers, une table roulante pour les instruments, et la table d'opérations nous aurons terminé l'aménagement de ce local qu'on s'est si souvent évertué à compliquer.

11 est clair que si l'on voulait réaliser la salle d'opérations idéale, le chirurgien finirait par opérer dans une s[)hcre du plus pur cristal, dont les parois seraient constamment arrosées par une veine Iluide de solution sublimée au millième, pour le moins!

Mais si vraiment de telles précautions étaient nécessaires, il faut avouer que la chirurgie serait réservée à de bien rares privilégiés.

Doit-on fumer dans une salle d'opérations? ou, pour mieux dire, est-il permis d'y fumer?

N'étanl ni membre de la ligue contre l'abus du tabac, ni réfractaire aux savoureux effluves d'un puros., je né saurais être passible du reproche de parti pris en disant que tant qu'un malade est dans la salle d'opérations, la fumée de tabac doit être proscrite: à plus forte raison lorsqu'il s'agit de l'anesthésier.

Il ne saurait être indifférent de saturer de fumée l'air dont on aura peut-être besoin tout à l'beure, pour raviver un opéré subitement menacé d'asphyxie.

Je veux croire qu'une cendre de cigare tombée dans une plaie ne l'infecte pas; mais, est-on sûr que la main qui tout à l'heure retirera delà bouche ce cigare, n'inoculera pas quelques parcelles d'une salive au moins suspecte?...

Il pourrait encore se faire que des vapeurs d'éther prissent feu au contact du cigare, et qu'un accident fort désagréable se produisît.

Enfin, la fumée de tabac n'a pas même l'excuse d'être un désinfectant, comme l'insinuent parfois les intéressés pour faire pardonner leur faiblesse, et elle masque à peine les mauvaises odeurs.

TABLE d'opérations

Le choix d'une table d'opérations a bien aussi son importance.

Autrefois, ce meuble était un vrai monument, qu'il fallait quelque peu escalader pour atteindre jusqu'au malade.

Ce matériel encombrant a été peu à peu remplacé par des meubles beaucoup plus bas et plus étroits.

11 faut que de toute façon le chirurgien domine la < situation; aussi, doit-on, pour ainsi dire, tout sacrifier ;'i à ses aises, voire même les convenances du malade, 'lequel n'est Là d'ailleurs que passagèrement.

La table n'a donc nul besoin de représenter un lit ^- vaste et commode; car l'opéré, entouré comme il Test par les aides, ne risque nullement de tomber. ITout plaide donc en faveur des tables basses et 'étroites.

Pour préciser, donnons couramment k ce meuble s8o centimètres de hauteur sur 48 de largeur et l",80de l'iongueur.

La solidité est une condition à laquelle il faut veiller; iiinutile d'en démontrer les motifs.

Une qualité maîtresse est, avant tout, la facilité du

neltoyagc. On peut l'obtenir, soit en choisissant des substances lisses qui se laissent difficilement imprégner, c'est-à-dire contaminer, soit en se servant de matériaux qu'il sera aisé de désinfecter ou peu coûteux de détruire.

Dans cette seconde catégorie nous placerons les matelas faits, pour la circonstance, de laine de bois par exemple.

Mais il est mieux, sans contredit, d'utiliser le verre ou le métal :

Le verre a l'immense avantage de ne pas être attaqué ' par le sublimé, et de conserver sans peine aucune son poli.

Le professeur Jacques-Louis Keverdin et moi, avons fait construire, il y a plusieurs années déjà, une table d'opérations qui nous rend les meilleurs services. Elle mesure de longueur; soit 0'",60 pour la partie

correspondant à la téte et aux épaules, et 0'",60 pour le reste du tronc.

Quant aux membre inférieurs, loin de les abandonner à eux-mêmes, nous leur réservons, au contraire, une petite table spéciale, très aisément transportable, qu'il est facile d'approcher ou d'éloigner à volonté de la table principale, et qui mesure, elle aussi, 0"',60.

Les avantages de cette combinaison sautent aux yeux. En effet, si on la rapproche, elle complète la table principale, et offre toutes les garanties de solidité possibles. Si, au contraire, il y a utilité à l'éloigner, rien de plus simple et de plus commode. Et nombreuses sont les circonstances qui commandent cet agencement. Toutes les fois qu'il s'agira de placer un pansement sur la cuisse, le genou, la partie supérieure de la jambe, la

TABLE d'opérations

petite table écartée laissera un espace libre absolument proportionné aux besoins, tandis que le membre, admirablement soutenu par elle, recevra les bandages nécessaires.

On peut dire sans exagération que de la sorte on économise un aide. Des roulettes folles placées à deux des pieds de la petite table ne diminuent en rien sa solidité et facilitent son transport.

S'agit-il au contraire de porter l'instrument sur le périnée ou les organes voisins, l'enlèvement de la petite table nous laisse en face d'une table gynécologique type, surtout si on tient compte d'une disposition spéciale, qui offre aux pieds du patient un appui solide et commode.

Chacun de ces trois segments de table est recouvert d'une épaisse plaque de verre de 0'",60 de Ion»- sur 0™,45 de large.

Pour avoir la certitude de n'être en contact, au cours de l'opération, qu'avec le verre lui-même, nous avons choisi des plaques assez grandes pour qu'elles débordent le meuble de tous côtés.

Cette disposition rendait un peu compliqués les moyens de fixation des plaques, d'autant plus qu'il fallait que toutpùt se démonter facilement, afin de rendre le nettoyage rapide et sûr.

Nous avons adopté le système suivant : quatre excavations de forme conique creusées aux dépens de la face inférieure de la plaque de verre reçoivent quatre saillies métalliques, qui sont assujetties au cadre sur lequel repose la plaque.

Ces excavations n'intéressant que la moitié de l'épais- ' seur du verre, l'empêchent de glisser de côté et d'autre

mais seraient insuffisantes à le retenir dans un mouvement de bascule s'il était plus léger : c'est donc par son poids combiné à l'emboîtement des saillies et des excavations que la plaque acquiert la fixité voulue. Des gouttières de bronze placées en contre-bas des plaques emmènent les liquides qui découlent pendant l'opération.

La sage préoccupation de construire des tables facilement aseptiques a inspiré nos fabricants, et l'on pouvait admirer cà l'exposition de d889 les efforts faits dans ce sens.

Collin, Mathieu, Mariaud, Àubry, ont établi des modèles en métal fort ingénieux, parfois un peu compliqués, mais réalisant, chacun dans son genre, des progrès, tant au point de vue de l'application des principes modernes, qu'à celui des pansements, de l'opération et même du transport- des malades.

Des meubles beaucoup plus simples peuvent rendre également de bons services à la condition d'être recouverts d'une toile imperméable minutieusement désinfectée après intervention.

La table du professeur Julliard, composée d'une longue caisse de zinc dont la partie supérieure légèrement excavée est percée de larges trous, permet un facile écoulement des liquides. Son prix peu élevé et ses réelles qualités en font une bonne table de clinique.

vu

INSTRUMENTS

Une réforme générale s'est produite dans la fabrication des instruments depuis que l'asepsie, se substituant à l'antisepsie, a fait de l'autoclave son palladium.

Il faut aujourd'hui des instruments qui résistent à de hautes températures, sèches ou humides.

Les habiles fabricants qui forgent nos armes ont vite compris ce que la nouvelle technique réclamait d'eux; aussi, la dernière exposition internationale (1889), futelle un brillant tournoi, dans lequel les modèles les plus simples, les plus commodes, les plus résistants se disputèrent les suffrages de la chirurgie nouvelle.

Le bois, l'ivoire, l'écaillé, la corne, ont disparu: le métal a tout remplacé.

On ne songe qu'à faire des instruments d'une seule pièce, ou tout au moins pourvus de manches métalliques fixés aux lames par la soudure forte ou par quelque inaltérable rivet.

Dans le choix des instruments, nous devons prêter aussi une grande attention aux articulations; il les faut simples, solides, faciles à ouvrir.

D'ingénieux dispositifs ont été présentés; chaque

fabricant ca tenu à honneur d'être le parrain de l'un d'eux; on n'a donc que l'embarras du choix.

Impossible d'entrer ici dans les détails, pourtant si intéressants, de cette industrie, mais on ne saurait trop dire combien la coutellerie française a fait de merveilleux progrès en peu d'années, et à quelle distance elle marche en tête des autres nations.

Les pinces, les aiguilles tubulées, les scies sont, parmi les instruments d'emploi journalier, ceux pour lesquels la propreté absolue est le plus difficile à obtenir.

Ce sont les pinces surtout qui, servant à tout propos, ne sauraient être trop surveillées. Qui dira jamais toutes les infections dues à leur morsure!

Les doigts seuls peuvent leur disputer le pas dans les nombreux et tristes revers du passé ; et, chose fatale, c'est à elles que nous avons sans cesse et forcément recours.

La désinfection des in'struments étant de toute importance, nous l'étudierons en détail.

Il faut d'abord se bien pénétrer de l'idée que c'est la graisse qui s'oppose surtout à cette désinfection, en fixant à leur surface nombre de détritus nuisibles. Le sang, le pus, les débris de tumeur, les microbes et leurs produits mélangés à la graisse des tissus, forment des enduits variés, qu'on déloge à grand'peine des replis du métal.

Il est donc tout indiqué, lorsqu'on veut nettoyer un instrument, de le plonger dans des solutions alcalines (carbonate de soude 1 0/0) capables de dissoudre ces malfaisantes combinaisons. Après chaque opération les instruments séjourneront pendant un quart d'heure environ dans une eau savonneuse portée à une lempé-

INSTRUMENTS

rature voisine derébiillition. On les brossera énergiqiiement en tous sens.

Une fois rincés clans l'eau chaude, on les essuiera soigneusement pour les replacer dans les vitrines, et chaque fois qu'il s'agira de s'en servir, on les soumettra pendant vingt minutes à l'action de l'autoclave. Au sortir de cet appareil, ils seront immergés dans une solution d'acide phénique à 3 0/0. Une serviette stérilisée les recouvrira jusqu'au moment où la main d'un aide les prendra pour les tendre à l'operateur.

Tel est le mode de désinfection le [dus sûr. Si nos mains pouvaient subir les mêmes (''|)reiives, il n'y aurait plus grand'chose à envier à la perfection !

Mais. — il y a un mais, — si tous les instruments métalliques, nouvelle manière, soutiennent sans trop s'altérer ce traitement intensif, il en est d'autres pour lesquels on a dû chercher des moj'ens plus tempérés.

Tous les instruments, dans la composition desquels entrent certains caoutchoucs ou des tissus délicats, doivent être désinfectés par d'autres procédés : telles sont les bougies et les sondes.

Ces instruments, qui doivent conserver leur poli, s'accommodent mal des désinfections faites avec les liquides.

Un lavage au sublimé est possible, mais ne doit ni dnrer longtemps, ni se répéter souvent; il n'est donc pas question de conserver sondes ou bougies dans une solution de sublimé, comme on peut le faire pour les fils à ligature ou les drains.

Dès que l'immersion se prolonge, la surface de ces instruments devient grenue comme de la peau de chagi'in, et des fissures ne tardent pas à se produire.

Or, les moindres éraillures de leur surface sont i cramdre, non seulemenUomme offense pour le Cl mais surloul comme refage propice aux microbe, ' Lorsqu on relire une sonde dégomme dune vessie malade ou non, il faut y faire passer un fort e dlTu pendant quelques instants. Après ce balayage méc " nique la brosser àreau de savon, puis la paier dans «ne solution phéniquée k S 0/0 ou sublimée à fo 00

fout cela est compliqué sans doute, mais ce qui est plus grave c'est que, d'après les recherches con gnS par H Delagenière dans une thèse intéressante ces preoaut,„ns ne suffisent pas toujours. Des bulles d'

sonde et empêcher l'aetion des antiseptiques.

relie est du moins sa conclusion, après examen de

dans une solution de sublimé au millième Ces résultats font regretter lautoclave

II s'agit de s'entendre.

Les sondes ne sortant pas toutes de la même fabrique danr,trdu?^r ^'"'^-^^ composit^n Vê

Il faut donc choisir celles qui résistent le mieux. . e d,s le mieux, car, quelles qu'elles soient, toutes

sèch co'" f 'chaleur sèche, comme de la chaleur humide

M. Vergne a construit des sondes et des bougies, dont

m3r:;: ^^^^^^ ---«^^ Plus longtemps aux températures sèches suffisantes à leur désinfection.

INSTRUMENTS

D'un autre côté, le Albarran, qui a été l'inspirateur de cet heureux perfectionnement, a bien voulu me donner quelques renseignements précis sur un autre mode de stérilisation employé dans le service de son maître, le professeur Gxuyon.

Je ne puis mieux faire que de les transcrire ici :

« Depuis longtemps M. Guyon se sert, pour la stérilisation des éponges, d'un appareil très simple construit sur ses indications, dans lequel l'acide sulfureux s'obtient par l'action de l'acide cblorhydrique sur le bisulfite de soude.

« Cet appareil est formé par une cage rectangulaire au fond de laquelle existe un récipient qui contient le bisulfite : un tube par lequel on verse l'acide cblorhydrique fait communiquer ce récipient avec l'extérieur ; au-dessus du récipient existe une grille en bois qui reçoit les éponges. Nous avons utilisé cet appareil pour la stérilisation des sondes, et nous nous sommes assuré, par les cultures bactériologiques, que trois heures de séjour dans l'appareil suffisent pour stériliser des sondes infectées.

» Ce procédé présente le grand avantage de pouvoir être employé un très grand nombre de fois sans que les sondes, quelle que soit leur variété, gomme, guttapercha ou caoutchouc, éprouvent une altération quelconque. Il va sans dire qu'on ne peut employer l'acide sulfureux pour les instruments métalliques. Ce procédé est excellent et conserve indépiiment les sondes. A la maison, il est facile de faire la stérilisation avec un appareil plus simple. Deux flacons sont réunis par une tubulure : le premier contient du bisulfite de soude et de l'acide cblorhydrique; le second, qui reçoit par la

1%age™e„t qj „ fa [ c„,i:'-°'"''°"'

rieur. communiquer avec l'air eUé-

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car on a Jipqnin i J^upuai ou a Ja maison,

T P nr A n ' ^^eaiicoup de sondes. >,

^e DrAJbarran conclut par ces mots :

est enlra j r ^--^^ et dont le vernis

Jes autr s ,L ! r ^^°"^^^^«"e, résistent mieux que

caoutchouc San ,;"^.^^^""^ents de métal et de

comme V ^ette sécurité est,,

gomme. ' ^"«''^^^'e pour ceux en

co^^^'inr"!" -'^tenue, il tant la leur

• la précaution qui consiste à les renfermer

INSTRUMENTS

dans des tubes de verre est bonne, mais peu commode ;

aussi Poucet a-t-il fait construire un petit meuble à I tiroirs de profondeur variable, il y place les sondes >dans un lit de talc aseptisé par le passage à l'étuve

■ chauffée à 140".

Le talc isole suffisamment les instruments pour que, . comme l'ont prouvé les expériences de Gabriel Roux, ils restent dans ces conditions longtemps aseptiques.

J'ai moi-même donné le modèle d'un bocal de verre fermé par une lame de zinc percée d'ouvertures; les

■ sondes, placées de pointe dans ce récipient, dépassent cette lame de trois àquatre centimètres: rien n'est donc

I plus facile que de les en sortir.

Un simple couvercle de métal baut de cinq centimètres protège le tout.

Du talc iodoformé occupe le fond du bocal.

Lorsqu'on veut sonder un malade, on choisit l'instrument convenable puis on referme de suite le couvercle.

Les sondes ainsi mises à l'abri de la poussière, et plongeant sans cesse dans une atmosphère iodoformée, se trouvent dans de bonnes conditions pour rester aseptiques.

Un instrument de pratique courante dans la chirurgie des voies urinaires, c'est la seringue. S'il est parfois possible de lui substituer la douche, il est des cas pour lesquels rien ne vaut une bonne seringue. Elle donne en effet, à la main qui pousse le piston, la juste sensation de la résistance vésicale.

On sait combien il est important de ne pas dépasser certaines pressions, surtout lorscju'on injecte des vessies malades.

Les pistons sont ordinairement faits de cuir, et cette

76 ANTISKPSIK ET ASEPSIE CHIRURGICALES

substance ne supporte absolument pas l'autoclave a qui en rend la désinfection difficile Aussi A l '

ion de „,t,-ate d'argent au „,i||i4„„. Un. den" h™!' Jesejon,. de cel antisepliq„e dans lo corps rp n n,

E. Desnos de son côlé estime qu'il convient d'avoir

on ne st se,t pas, on en assure parfaitement l'asepsie Nous avons laissé entendre que les aiguille sont

est V ai surtout pour les aiguilles tubuMes, qu'elles nor nt les noms de Startin, de Bruns, de I everd n etc

".en l'^^"^;"""\'=<>'»'^o l'ont fait quelques chirur- ■"'"'''''''^ ^"'«''»<="'"de delà suture.

»ean dans le chlorolorrae; c'est une bonne .néthode, q m dégraisse a peu de frais les coulisses les plu

iZs " ^«-^i"'» -tis "

tiques qui achèvent de l'assainir

maï mr-Tn'""' P'""^^^ '■''P'"^' ^ûr.

la trempe ne peut prolonger sans risquer de nuire à

etlei!dnel°"'i' " "'«"'"''^ réhabilitées

et rendues a la pratique.

traiteT ?™P"="'> instamment recours, et les traite comme les autres instruments.

INSTRUMENTS

La seule précaution à prendre, c'est d'envelopper lleur pointe avec de l'ouate pour éviter pendant le pas- ■sage à l'autoclave des chocs nuisibles à la conservation

■ de leur tranchant. Pour les scies, la scie cà chaîne en ; particulier, il convient d'insister beaucoup sur la i brosse; une brosse circulaire, mue par un volant, et • devant laquelle on viendrait présenter les instruments,

■ simplifierait beaucoup la tâche de l'infirmier.

Les seringues à injections sous-cutanées sont encore iplus difficiles à nettoyer que les aiguilles. Les liquides ( qu'on fait passer dans leur canal n'y suffisent pas, non [plus que le fil d'argent qu'on a coutume d'y placer. 11 n'y a que l'autoclave ou le flambage qui soient efficaces; ce dernier est, on le comprend, bien plus à la 1 portée de tous, aussi est-ce à lui qu'on s'adresse com- 1 munément.

Le professeur Debove a rendu un grand service k la pratique hypodermique en imaginant de faire construire ' des aiguilles en platiiw iridié. Ce métal supporte sans s'altérer de hautes températures, et offre les qualités de résistance nécessaires pour fournir d'excellents instruments.

Un moyen de désinfection du piston de ces seringues par la chaleur, a été aussi poursuivi et trouvé.

Le professeur Straus constitue ses pistons avec une rondelle de sureau comprimée entre deux plaques métalliques qu'on rapproche à volonté au moyen d'un pas de vis taillé sur la tige du piston.

Lorsqu'on veut stériliser l'instrument, on le plonge tout entier dans l'eau bouillante, après avoir préalablement rempli la seringue.

Le sureau supporte aisément cette épreuve ; et

78 ANTISEPSrK ET ASEPSIE rHIRCRGlCALES

d'ailleurs, s'il en était autrement Ip .1. minime puisqu'il se bornerairiu r L, '''''' dune rondelle sans valeur "^"^P'«<^e«^ent facile

C'est dans la même int^ntiv^r. >

d'aiguilles de platine iridié sulorr,/ T"" stérilisation absolue par I^ZZ

i'ar:™;^T;riîie'^rsufflr!;rr ^

nacon ™u„i d'un ^to^ ft^v^d "

quelques cristaux de chlorure dl o" ci 1 T, T'': reste de ce sel dans l'entonnoir IwTnh ? '' '' sec et la formation de la mnill. absolument sible. P""' ^nséquent impos-

Nous aurions encore bien doo ;» f en revue pour être comn ets ^ i™'™"'' * P"''"

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faire apporter par le fabricant nn ' .es instrumcnts'dontt rb"!^""' "''''■°"°"'

au^rje"drr;i:tdS"r"%'''-"-^

nombre et arrive parfois à I hôrn.a

bagage instrumental. Cest accrotM '7 '"''""'"^

les cbances d'infection " """" '°'""™''n'

Le mieux est de confipp à • r-

direction de, 'amenait; rrXbH::;;:

INSTRUMENTS

service. Rompu aux habitudes du chef, il saura mieux que personne si tout est prêt pour l'opération désignée.

En chirurgie, comme partout, on se paye souvent de mots ou d'apparences trompeuses. N'est-on pas tenté de croire qu'un instrument brillant du plus beau poli est plus propre qu'un vieux ? N'a-t-on pas cité des chirurgiens qui affectaient de briser le bistouri dont ils venaient de se servir?

Et pourtant, d'où sortent-ils ces aciers reluisants? Des mains d'ouvriers forcément souillées de graisse et dépoussière ! Et, pour peu qu'on les ait passés sur la pierre à huile, qu'ont-ils bien pu y ramasser?

Les instruments des vétérinaires, des anatomo-pathologistes, des équarrisseurs, et, chose plus sévère encore, ceux qui proviennent des laboratoires dans lesquels on manipule les virus que nous savons, ne passent-ils pas tous, ou peu s'en faut, sur les mêmes pierres à aiguiser?

Si même votre fabricant poussait l'honnêteté jusqu'à soumettre chaque^'fois à l'autoclave tous les instruments qu'il vous apporte, seriez-vous aussi certain de leur réelle asepsie que lorsque vous les recevez, tièdes encore, des mains de votre assistant responsable?

Je ne saurais le croire.

Conclusion: Un hôpital doit avoir ses instruments, comme une caserne a ses fusils !

vm

EPONGES ET COMPRESSES

Dès qu'il s'est agi de panser une plaie ou d'entamer les tissus dans un but opératoire, le besoin d'une substance apte à les nettoyer s'est fait sentir

L'éponge a, pendant fort longtemps, joui de la

iaveur des chirurgiens, faveur bien méritée, car elle

leur servait en maintes circonstances, son rôle prin

cipal étant de débarrasser les plaies du sang et des

autres liquides qui entravent, par leur présence, l'acte chirurgical.

Il est difficile de trouver une substance plus absorbante, plus poreuse. Le verbe ^;jo«^?e/- a d'ailleurs consacré ses mérites. Son élasticité, sa souplesse, la douceur de ses contacts, en rendent l'usage agréable et commode.

S'agit-il d'exercer une compression douce, mais continue, c'est elle encore qui sera préférée.

Un pansement doit-il être particulièrement hermétique, iDlacer sur lui une grosse éponge et la hxer a l'aide d'une bande, est une excellente pratique. ^

Ailleurs, c'est un trajet fistuleux, un canal rétréci qu on désire élargir :V éponge préparée saura vaincre de

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