PREMIÈRES LECTURES
autres ; malheureusement J'ignorance était grande et l'un ne pouvait répondre à ses questions. Il cliercliait alors des livres, mais « l'inquisition avait été si exacte contre ces moyens efficaces de perpétuer la relig-ion, ((u'on les avait tous enlevés aux protestants, et fait du plus g-rand- nombre la proie des flammes. Il ne restait dans la maison que quelques feuillets séparés d'une Bible, tristes débris d'un livre que la piété avait ramassés et qu'un illustre fug-itif avait cousu à la suite l'un de l'autre. » Court s'en empaz'a, les lut et relut. La mort d'une demoiselle de Radel le mit bientôt en possession des Consolations de Vàme fuVde contre les craintes de la mort par Drelincourt et de la Voix de Dieu par Baxter. Presque en même temps, le clerc d'un curé lui laissa un vieil ouvrage datant de la réforme et intitulé : la Dispute d'un herger avec son curé. Sa jeune imagination fut charmée par cette lecture interdite et sa haine contre le catholicisme y puisa de nouvelles forces. « En ce moment, dit-il, il eût préféré perdre mille vies que d'abandonner la religion pour laquelle il avait tant d'amour. »
Tout étonne dans la jeunesse de Court. Bien qu'enfant il montre une force de volonté, un courage, une profondeur de sentiments, un sérieux tel pour cet âge, ({u'on serait tenté de ne point y croire, si on ne se reportait par la pensée à ces temps héroïques où l'extraordinaire était devenu l'ordinaire. Court s'était aperçu que la nuit venue, sa mère s'absentait qiielquefois du logis. Ne se rendait-elle pas à ces assemblées nocturnes dont il avait entendu parfois parler à l'oreille et à mots couverts? Cette pensée entrevue se fixa dans son esprit.