HORREUR DU CATHOLICISME
Au sortir de l'école, les enfants criaient après lui : « Hé ! lié ! le fils aîné de Calvin ! » Ils le poursuivaient de ces clameurs jusque cliez lui, ameutant sur son passag-e tous les catholiques de la ville*. Un jour, on voulut le mener de force à l'ég-Iise. Quatre de ses condisciples, les plus robustes, avaient pénétré dans sa demeure, et comme il avait eu le temps de saisir les premières marches de l'escalier et qu'il s'y cramponnait, ils luttaient pour l'en arracher. Les habitants du logis s'assemblèrent et conseillèrent à l'enfant de se rendre à l'ég-Hse ^. Mais lui, indigné, opposa une telle résistance qu'il oblig-ea ses adversaires à s'enfuir.
Ainsi malmené, tracassé, persécuté pour une religion qu'il connaissait à peine de nom, victime encore enfant et participant déjà aux souffrances qu'enduraient les siens, le jeune Antoine grandit dans la haine et l'horreur du catholicisme.
Il fallait cependant prendre une résolution. Puisqu'il ne voulait point poursuivre chez les Jésuites son instruction commencée, il n'avait plus qu'à suivre le conseil donné à sa mère par un de ses parents, M. Gébelin. Il essaya donc de faire du commerce.
L'essai ne réussit pas. Le jeune Antoine n'avait aucun goût pour le négoce. Ses pensées, ses souvenirs, ses parents, la persécution dont il était témoin, tout le poussait vers une autre voie. Il s'informait des choses religieuses, il se plaisait à interroger les uns et les
1 N° 4G, cah. I.
2 Ibid,, ] . 3. « De peur, dit Antoine Court, que sa résistance n'eût pour eux de fâcheuses suites. »C'étaient les politiques qui, tout en restant protestants de cœur, allaient à la messe.