‹ Antoine CourtChapitre 127 sur 251 · LES PETITS PROPHÈTES · texte numérisé non relu

LES PETITS PROPHÈTES

bandes camisardes, récliauffé leur courag-e et souvent décidé la victoire ; c'étaient enfin les Inspirés qui depuis ce soulèvement, indomptables, et à travers mille périls , avaient entretenu le foyer de la foi. Circonstances importantes et qu'on ne doit pas oublier ! Si on les néglig-eait, on s'expliquerait mal l'opiniâtreté de la résistance des uns et celle des attaques des autres. Il faut donc revenir sur cette histoire, et avant d'aborder le présent remonter au passé.

Les premiers prophètes, ou le sait, avaient paru dans le Dauphiné, presque au lendemain de la Révocation. C'étaient des enfants , des garçons, des filles, surtout des filles ; les plus àg-és pouvaient avoir dix ans * . Ils avaient parcouru les villag-es et les hameaux, récitant des psaumes, des cantiques, faisant aux montagnards qui les écoutaient de tristes prédictions. Leur nombre s'était bientôt accru, et, l'enthousiasme prophétique se propag'eant, on eu avait bientôt compté jusqu'à huit mille ^. Ces pauvres enfants avaient soulevé le Vivarais, le Dauphiné, le bas Languedoc. Ils avaient d'abord étonné, ils avaient ensuite profondément remué les âmes. Leur sérieux, leurs cris, leurs souffrances leur avaient gag-né les sympathies de ceux qui les écoutaient. Ils étaient sujets à de singulières agitations, se roulaient par terre, se tordaient dans des convulsions horribles. Ils éclataient en imprécations avec des hoquets terribles : «Mon enfant, jeté dis, je t'assure. Miséricorde ! Miséricorde ! » Ailleurs, présageant la

1 N" 30, p 7. Manuacrit de l'histoire des fanatiques, pardelaBeaume.

2 Misson l'assure dans son Théâtre sacre.— Y. aussi n" 17, vol. G. p. 413.

Page 1