ASTIER, ISABEAU VINCENT
ruine de Babylone, ils s'écriaient « que l'on était dans les derniers temps, qu'il fallait combattre vaillamment pour la foi et le repentir de ses péchés, que Babylone serait détruite dans peu de temps, qu'il fallait s'amender, qu'une partie de la g^rande Babylone serait détruite l'an 1708, que la délivrance de l'Egdise serait prochaine... » Tout cela était dit en français. « Servezvous de vos faux et moissonnez : la moisson de la terre est prête. Coupons les g-rappes des vignes : les raisins sont mûrs; — que vos mains s'arment de force ' ! . . . » La plupart de ces petits prophètes s'étaient arrêtés dans les hameaux voisins et s'étaient vite fait oublier. Seuls, Gabriel Astier et la belle berg'ère du Cret , Isabeau Vincent, s'étaient rendus célèbres. Astier était passé dans les Boutières et dans le Vivarais, où s'étaient tenues d'immenses assemblées. Isabeau était descendue à Grenoble, et elle y avait obtenu de grands succès. Mais de Broglie et Bâville avaient bientôt dispersé les fidèles d' Astier et enfermé la belle Isabeau dans un couvent. Dès lors, tout était rentré dans l'ordre.
Quelle était la cause de ce mouvement ? On a prétendu qu'un gentilhomme du Dauphiné, calviniste fervent, Du Serre, avait réuni chez lui un certain nombre d'enfants , de filles, leur avait inspiré l'horreur de l'Eglise, la haine du pape, et leur avait appris à trembloter, battre des mains, se jeter par terre, baver, écumer, fermer les yeux, et demeurer assoupis ^ C'est
» Histoire de quinze ans sous Lotus XIV, par Moret, t. I, p. 299, Paris. (1859.)
* V. Fléchier, Brueys, de la Beaume et tant d'autres ; récemment Moret : Histoire de quinze ans. etc.
Dr SERRE P:T les petits l'HOl'HKTKs
vidiciilt' t't odieux. Court <(ui n'était pas partisan dc.-^ prophètes le dément en termes fort nets'. L'asserti(jii d'ailleurs nejjeut soutenir l'examen. On dit qneDn Serre s'était coneerté à Genève avec les ministres réfug'ié.s et (pi'il était polisse par eux à « r-ette machiavélique jong'lerie. » Or, on sait que les ministres voyaient avec un vif déplaisir les prophètes, qu'en An<4'leterr6, lorsque ces derniers s'y réfugièrent, ils furent fort mal reçus, et qu'en Suisse, depuis Trélat jusqu'à Pictet, les pasteurs ne cessèrent de les combattre. Et d'ailleurs, si Du Serre fut le promoteur de ce mouvement en 1689, comment e.x.pliquer l'apparition des toutes jeunes Inspirées qui se firent entendre en 1688, bien loin du Peyra , dans les montagnes du Castrois * '? Y avait-il là un autre Du Serre? Non, la chose est beaucoup plus simple et toute naturelle. La seule cause du mouvement prophétique fut l'excès du mal. Traqués, pillés, dénoncés, ruinés par le g-ouverneur , par les espions, par les dragons, toujours en méfiance, toujours sous le coup d'une surprise et la menace des galères et du g"ibet, les réformés avaient mis toute leur confiance en Dieu : n'espérant plus rien sur la terre , ils avaient tout espéré du ciel. Qu'on ajoute à cela les exhortations continuelles « à tout quitter » pour se trou^•er dans les assemblées, les courses de paroisse en paroisse à treivers les montagnes, les dang'ers, les jeunes ordonnés poiir fléchir la colère de Dieu, et l'on pourra mesurer le degré d'exaltation auquel purent monter ces hommes impressionnables. Or, les enfants, — caria
> V. Histoire des trimhles dex ('<''i-ciinc\-, pic. t, II, p. 5, 2 V. Bifllet., t. XIV, p. KiS.