SON ACTIVITÉ ET SON ZÈLE
Qu'on se garde surtout de croire qu'un aussi jeune homme ne pouvait exercer une influence réelle sur ses corelig-ionnaires. Ceci se passait presque au lendemain delà g-uerre des Camisards'. Le duel n'était point terminé. Les esprits exaltés par la persécution étaient loin d'être calmés, les prédicantes, — des femmes, des jeunes filles -, — couraient le pays et faisaient vibrer les cimes au l)ruit de leurs ardentes prophéties. Abraham Mazel , le seul chef qui survécût des trois chefs camisards envoyés par la reine Anne en France pour y soulever les protestants, parcourait encore les hautes Cévennes ' . Antoine Court passait pour un de ces enfants qui, d'après la croyance populaire, étaient animés « de l'esprit de Dieu. » Déjà, dans les assemblées au Désert, il faisait l'office de lecteur^ et l'ardeur que cette jeune âme mettait dans toutes ses entreprises était bien propre à frapper d'étonnement, presque d'une certaine superstition, ses rudes auditeurs. Pour lui,
s Elles n'étaient guère plus âgées qu'Antoine Court. — NAeThéâtre sacré des Cévennes par Misson, etc. Londres, R. Roger. (1707.)
' En 1711, quand Abraham Mazel lui-même fut mort, quelques prédicants du Languedoc, — les Durand, les Rouvière, les Bombonnoux, — avaient délibéré sur la conduite h tenir, et résolu de courir encore une fois les chances d'un soulèvement. « Nous avons en Languedoc, écrivaient-ils, quelques petites provisions de munitions et d'armes que nos chers martyrs, Abraham et Claris, ont faites. Nous avons parmi nous Bombonnoux, homme prudent et courageux, qui a toujours été le compagnon de Claris. Vous cmniaissez son mérite. Pourtant, il nous sei-ait fort nécessaire de nous <'nvo}er quelque homme expert et entendu. » (N" 31, p. 512, juin 1711.) Et peu de temps après : « On nous écrit que le zèle du peuple y est si grand (il Montauban) qu'en Cévennes en 1702. Le peuple est tout disposé à sacrifier tout pour sa liberté, pourvû qu'on le veuille aider, car j(! m'oblige à avoir mille hommes dans deux mois. Envoyez-nous un chef » N" 31, p. 512. (Août 1711.)