l'IlKVRXTIOXS DES PAYS PROTESTANTS
(^t l)e;mcf)np d'iiomnies éclairés restaient inquiets, indécis, peu sympatliiques à la cause desi^lig-ionnaires. En Suisse, et à Genève surtout, on se livrait aux plus taclieuses suppositions. La conduite des protestants, ])endant les dernières affaires d'Espag-ne, n'avait été comprise ni approuvée de personne, et les préventions, loin de disparaître, s'étaient au contraire fortifiées. Que voulaient-ils? où allaient -ils? Autant de questions auxquelles on répondait toujours avec défaveur.
Ces préventions injustes découra<>-eaient Antoine Court. Pictet l'exhortait en vain à continuer l'œuvre si heureusement commencée, lui disant de rester supérieur aux calomnies, car « Dieu seul est celui qui connaît nos plus secrètes pensées'. » Si ces exhortations relevaient un moment son courag-e, elles ne l'arrachaient point à son abattement. Ce qu'il désirait, c'est que tous les protestants de l'étrang-er connussent ses véritables desseins, qii'il n'y eût ni obscurité ni malentendu, car il voulait compter sur leur aide et sur leur appui. Or, toutes ses intentions étaient méconnues, tous ses actes dénaturés...
Ce fut précisément dans une de ces heures de défaillance que, de (ienève, quelques amis lui écrivirent de venir en Suisse. Il ne pouvait, disaient-ils, concevoir le désir que ses frères avaient de le connaître, et il ferait un g-rand bien à sa cause ^. Antoine Court se rendit en hâte à l'invitation. Il se montrerait, pensa-t-il,il exposerait ses besoins, ce qu'il avait achevé, ce qu'il projetait, ses espérances et ses craintes. Les
1 X' 1, t. Il, p. 135. (Août 1719.) « Ibld., p. 153. (Ooiol>i-e 1719.)