‹ Antoine CourtChapitre 149 sur 251 · GENÈVE ET 1-A FRANCE · texte numérisé non relu

GENÈVE ET 1-A FRANCE

ég'lisei^ ne souffriraient pas d'ailleurs de son abseneo. Un mois, six semaines au plus suffiraient au voyage; il n'avait même ])as besoin de demander un cono-é au Synode II partit.

Genève, depuis la révocation de l'Edit de Nantes, était devenue le grand asile des fugitifs. Elle leur avait généreusement ouvert à tous ses maisons et sa bourse. Elle n'affichait pas trop cependant son hospitalité, et elle agissait avec prudence. La cour de France n'entendait point qu'on la bravât, et les mêmes menaces que Louis XR' avait proférées contre son indépendance, la Régence les avait répétées. C'est ainsi que la vénérable Compagnie de cette ville avfîjt reçu la défense expresse de se mêler en quoi que ce fût des prédicants français ^, que Corteiz n'avait pu être solennellemeni consacré dans ses temples, ni le .seriiion de Court se vendre publiquement dans ses rues. Mais Genève se résignait et travaillait silencieusement. C'est de cette ville qu'étaienj; envoyés les livres en Languedoc et que partait l'argent pour la délivrance des galériens ; c'est encore dans cette ville qu'on jetait à cette heure les fondements d'une maison oîi devaient être reçus les réfugiés français nécessiteux. Cliacun s'était partagé la tache. Le pasteur Calandrin s'occupait des prisonniers: le comité de la bourse française , des malhein^ux ; Vial, Pictet, des frères sous la croix.

Antoine Court avait quitté le Languedoc, en grand secret, vers la fin de l'année 1720. Lorsqu'il entra dans

> N" 46, cah. V.

« N° 17, vol. G, p. y.

ARRIVKE D"A\TOI\r: COT'RT

la vieille eité, son iirrivée produisit une telle ("motion (|ue, malg'ré le mystère dont elle fut entourée, le résident de France en fut informé. Les pasteurs l'accueillirent avec joie, les linhitants avec empressement, tous avec une cordiale et touchante sympathie.

« Vos lottros, lui écrivait-on du Languedoc, nous ont donné aussi I)ien de la joie, nous apprenant que vous avez été gracieusement reçu de Messieurs les pasteurs, et que, vous étant trouvé dans des honorables compagnies composées de gens distingués par leur naissance et par leur piété, vous les avez satisfaits et édifiés par la solidité de vos raisonnements, et que, pour marque de leur approbation, ils vous ont encouragé à répandre de plus en plus la bonne odeur de nos Eglises ^ »

Un homme surtout se montra plein de bonté, d'affection; ce fut Pictet. Non-seulement .il le reçut chez lui comme un frère, mais encore il aplanit devant lui les difficultés, l'aidant en toutes occasions de son expérience et de ses conseils. Antoine Court était pauvre; Pictet s'adressa à la vénérable Compagnie, et obtint pour son collèg-ue de l'aro^ent et des secours^. Ce fut l'orig-ine d'une amitié touchante que malheureusement la mort rompit trop tôt. Le vieillard s'était pris d'une véritable affection pour le jeune homme, et plus tard

' N" 1, t. II, p. 347. — Et encore :« Vous me marquez que Messieurs nos très-honorés pères et frères vous font beaucoup d'honneur et d'amitié, de quoi je leur suis, avec tout notre Consistoire, fort obligé... »

2 Archives de la vénérable Compagnie de Genève, p. 50. (20 décenilire 1720.) «...M. Pictet a dit qu'un nommé M. Court, prédicateur des protestants persécutés en France, est dans cette ville, qu'étant dans la nécessité, il conviendrait de leur faire quelque libéralité. Opiné, l'avis a été que la Compagnie lui donnera deux écus, et Je recommandera ■AU ))astfiir qui pi'r'sidi'i'îi ;i la houi'se francnise. »

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il aimait a lui écrire : « Votre santé me mettait en

peine et je craignais les suites de votre maladie

Ce que j'ai fait pour vous est si peu de chose auprès de ce que j'aurais souhaité, que cela ne mérite pas que vous en conserviez même le souvenir... Nous prions Dieu pour vous et pour ceux qui vous ressemblent *. » Un tel accueil, si charmant et si chaleureux, était plein de promesses pour l'heureuse issue de ce voyage.

Antoine Court se hâta de dissiper les préventions et de montrer quelle était la situation réelle du protestantisme français. Il parla de l'ordre qui régnait, des progrès accomplis, de la piété des fidèles et de leur soumission à la cour. Il parla surtout des assemblées. C'était une question sur laquelle ou s'expliquait peu favorablement; Pictet lui-même paraissait médiocrement convaincu de la nécessité de ces réunions publiques au Désert, Mais, disait le jeune pasteur, tout le monde convient que la prédication de l'Evangile et la participation aux sacrements sont les deux voies ordinaires dont la Providence se sert pour amener les hommes au salut. Je vous demande donc si ou doit s'interdire l'une ou l'autre de ces voies sans qu'il y ait contrainte absolue. Les protestants ne peuvent et ne veulent point abandonner la France ; ils sont trop vieux, d'ailleurs trop surveillés. Faut-il donc qu'ils n'aient point de culte, parce que ce culte se tient au Désert et qu'il est défendu ? Que craint-on ? Que les assemblées soient surprises et que la cour redouble

1 N" 17, vol. G. p. ril!). (172.1 )

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ses rig'ueurs? Mais les Synodes, mais les pasteurs recqmmandeut la plus g-rande prudence, et pour une ou deux personnes qui sont arrêtées, on ne peut empêcher d'en consoler des milliers qui ne le seront pas. Tl n'y a qu'une seule chose déplorable, c'est le manque de pasteurs. Loin de détourner de leur œuvre ceux qui s'exposent chaque jour au péril de leur vie pour le bien de leurs frères, vous devriez envoyer des ministres dans ces malheui'euses contrées qui en ont un si grand besoin. — S'élevant ensuite à des considérations plus hautes, il prétendait qu'on devait, à l'exemple « des liérauts éyang'éliques, aller dans les Athènes et dans les Rome, malgré les oppositions des philosophes et des magistrats, pour les convaincre par des discours puissants et démQiistratifs. Pour moi, j'ai toujours eu honte pour le parti protestant, quand j'ai fait réflexion que le parti papiste avait eu à cœur la conversion des infidèles, jusqu'à leur envoyer de temps en temps un nombre infini de missionnaires, sans que le parti protestant ait témoigné jusqu'ici beaucoup d'empressement pour cette conversion qui devrait d'ailleurs lui être si chère ' . »

Antoine Court, qui voulait si généreusement convertir les magistrats et l^s pa'iens, réussit à convertir ses adversaires. C'était un premier résultat.

■<i Un tomps était, qui n'pstplus. qu'on blâmait les aspomhlôps du Désprt; un tomps plus heureux et plus éclairé a sucne'-dé à ce temps fâcheux nièlt^ de sombres nuages qui empêchait de connaître la nécessité et l'utilité de ces assemblées... Ce qu'on

» N° 7, t. I, p. IXi.

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