LE DUC DE BOURBON ET FLEURY
éclairées un projet d'une nouvelle Déclaration. Ce prince mou rut avant que d'avoir pu exécuter ce qu'il avait projeté sur cette, importante aflaire... »
La mort du duc d'Orléans ne devait pas arrêter le clerg'é dans la poursuite et l'application de ses desseins. Au mois de janvier, le gouverneur d'une petite place des Cévennes, rencontrant par hasard un reli- «^■ionnaire, lui dit « que les affaires allaient changer (le face, et qu'on ne devait plus s'attendre à autant de douceur qu'on en avait goûtée sous la Régence '.» Antoine Court connut le })ro})0s et ne s'en émut pas. C'était, peusa-t-il, pour intimider les protestante. Ce gouverneur cependant ne faisait pas de vaines menaces. S'il n'avait pas encore reçu des ordres de la cour, il coiniaissait les événements qui s'y étaient succédé, et prévoyait hien quelles en seraient les conséquences pour les religionnaires.
Le duc de Bourl)on, « cette glorieuse nullité, » avait été nommé premier ministre, et l'évêque de Fréjus, Fleurv, (|ui l'avait fait nommer, lui laissant les apparences du pouv oir, s'était emparé sous son nom de la complète direction des affaires. Fleury a-\ ait fait ses études chez les Jésuites; et les Jésuites avaient fait de lui un personnage. Malgré Louis XIV, ils l'avaient fait précepteur du futur roi. Ils n'avaient attaché ;i cette suhite élévation (ju'une condition : c'était de recevoir pour confesseur Pollet. Ce confesseur «était un cuistre, \m mouchard, et lui saint, fort sincère, zt'lé jusqu'au crime. (^(iuiikI on xioln l'oil-K'oy.-il. iproii
«. i\»7, I. I. p. 43SI. (r-24.)
REPRISE bu PROJET DE DÉCLARATION SJÔo
brisa les cercueils, la police frémit elle-même, mais n'osa reculer, se voyant regardée i)ar une autre ])olice, ce sauv.ig'e et cruel Poîlet*.» Les Jésuites g'ouvernaieut Follet, Follet Fleury, et Fleurv le duc de Bourbon. Louis XV n'était (ju'un enfant. Comme sous le feu Roi, la France était tombée entre les mains du clerg-é^.
« On suivit le plan, dit l'autour anonyme de l'important mémoire déjà cité, sur lequel (le duc d'Orléans^ avait fait travailler. Le projet de déclaration contenait ce ijui regardait l'exercice de la religion et l'administration des biens des religion naires. Ce projet fut connnuniqué à M. de Bàville, conseiller d'Etat. M. de Tressan, archevêque de Rouen, eut ordre de le Importer et d'en conférer avec lui. Les lumières de ce magistrat et sa grande capacité, la jiart qu'il avait eue à tout ce qui s'était passé dejtuis la révocation de l'Ldit de Nantes, le mettaient en état de prendre une décision juste \)dr rapport à ce (|ui pouvait regarder ceux de la R. P. R. Il fut d'avis d'ùter de la Déclaration tout ce (|ui jiouvait avoir raj)port à l'administration des biens des religionnaires réfugiés. C'est donc par sa main et ijuasi sous ses veuxcju'aété rédigée et dressée la Déclaration de IT^^'j, laquelle n'a fait que rappeler les articles des précédents édits et a diminué même, dans l'article des relaps, la sévérité des peines prononcées contre eux' . <>
- Histoire de France : Louis .V I ', par M. Miclielet, i). \) et (i.
« Deux ans plus tard, en 1726, un abbé Robert, de Nîmes, dont il sera question plus loin, écrivant directement îi Fleury, lui disait :
«... Il semble qu'il est temps île désabuser les N. C. de pouvoir perpétuer le calvinisme en France, que le feu Roi avait interdit ])ar la l'évocation de l'Eilit de Nantes, et dont le Roi régnant a maintenu les déclarations par celle qu'il a lait publier au commencement île son règne.. Le cœur du Roi csi entra ros mains, comme dans les mains lie Dieu, et l'on ne saïu-ait dernier qu'il ne se porte ;i tout le liien que vous voudro; lui inspiivr... » Bibliothèquo nationale, Mss. n" 70t(i, p. 54.
' Bibliothèque nationale, Ms> n' 704(), p. 4i.
DÈCLAUATIUN 1)K l'r24
.loly de Fleury confirme ces lignes dans son fameux mémoire de 1752 : « On reprit le système d'une nouvelle loi après la mort de M. le duc d'Orléans. Le projet fut consommé par la déclaration de 1724'. »
Donc , au mois de mai 1724, tandis que les relig-ionnaives du Lang-uedoc et des autres provinces du royaume , tout entiers aux rêves d'une restauration prochaine, aimaient à se persuader et à dire (ju'une ère de paix allait s'ouvrir et que le nouveau Roi se disposait, comme don de joyeux avènement, à promulg-uer un édit de tolérance, — tout à coup, dans toutes les villes, bourg's et villag-es, on entendit et l'on vit crier et afficher une Déclaration, en date du 14, qui commençait par ces mots :
» De tous les grands desseins que le feu Roi, notre très honoré seigneur et bisaïeul a formés dans le cours de son règne, il n'y en a point que nous ayons plus à cœur de suivre et d'exécuter que celui qu'il avait conçu d'éteindre entièrement l'hérésie dans son royaume, à quoi il a donné une application infatigable jusqu'au dernier moment de sa vie. Dans la vue de soutenir un ouvrage si digne de son zèle et de sa piété, aussitôt que nous sommes parvenu à la majorité, notre premier soin a été de nous faire représenter les édits, déclarations et arrêts du conseil qui ont été rendus sur ce sujet, pour en renouveler les dispositions et enjoindre à tous nos officiers de les faire observer avec la dernière exactitude' .. •>
Défense était faite, sous peine de g'alères perpé-
1 Bibliothèque nationale, Mss. n" 704G, p. 212. Dnns le même mémoire (p. 227) Joly de Fleury précise : « Quand on commença, en 1716, de Ibrmerun projet pour renfermer les dispositions des précédentsédits dans une même loi, on fit un mémoire de questions qui lurent communiquées à M. de Bàville sur le sujet des mariages. »
' '\'. Pièces et flocuments, n" XIII.