MORALITÉ, AUSTÉRITÉ
(]ueiites et publiques ; que le .sig'ual de la cloclie pour la messe, le jour du diinanclie, sert pour (•ouvo(juer les assemblées des prédicauts, et que souveut le prêtre, sortant de l'autel, entend de la porte de son église chanter les psaumes de Marot ' . »
Que dire de cette vie intime, toute de patience, de dévouement et d'austérité, dont le touchant spectacle était bien propre à fortifier le courag'e et la confiance des prédicants. Ici les détails abondent, et il faut choisir. « Nous l'avons déjà dit, écrit Corteiz, on ne laisse communier personne de ceux qu'on est informé qu'ils sont brouillés ensemble ou avec quelqu'un qui est à l'assemblée, sans être réconcilié. Et en cas qu'il n'y en ait ([u'un à l'assemblée, on l'eng-ag'e par de bonnes et fortes raisons de prendre avec lui un ou deux Anciens et d'aller se réconcilier. Que s'il s'agit de partagée de terres, de maisons, ou connaissance de papiers ou actes, chacune des parties intéressées prend un homme impartial et conuaissable et on s'entretient pour la réconciliation de ces deux hommes. » « On vit dans cette assemblée, ajoute-t-il ])lus loin, un nombre (•(jusidérable de réconciliations, et l'on put heureusement calmer les procès » C'est un Synode qui, en pleine Rég*ence, édicté les peines suivantes :
« deux ()ui auruiil ,iur('', Maspliènu'' h' nom do Dieu, seruiil rondamnés à donner v\i\i\ sols pour les ])au\"rcs; ceux qui auronl violé, profané le jour du dimanelio [)a.v jeux, déi)auches. payeroul aussi cinii sols pour les pauvres; jiour toutes les ])aroles sales et deshonniMes, six ileniers: pour chaque faute,
' Archives de riléraull, 2'' division, paquet 81). (1721.) * N" 17, vol. H Relation historique, etc.
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PROSPÉRITK I)K LA SITUATION
mensonge, médisance, moqueries et autres jiaroles condamnées dans l'Ecriture sainte, six deniers'. >■
On apprit un jour que quelques jeunes gens avaient assisté à « des fêtes votives. » Grand émoi. On s'assemble aussitôt, et pour arrêter le cours d'un mal aussi dangereux, on ordonne de lire dans toutes les assemblées du Désert cet article de la discipline : « Les danses et jeux seront réprimés ; et surtout ceux qui font état de danser ou d'assister aux fêtes votives, après avoir été admonestés plusieurs fois, seront excommuniés » Plus tard, on connut qu'une demoiselle s'était permis d'aller à la comédie. « Auraitelle insulté de cette manière , s'écrie Court , les souffrances de nos confesseurs et les cendres de nos martyrs? Aurait-elle fait cette injure à notre Eglise affligée? Aurait-elle donné un si mauvais exemple à tant de personnes qui ont les yeux sur elle et qui jus- (£u'ici l'avaient regardée comme un exemple de piété et de sagesse ? Ha! si cela était, que le ciel s'en étonne et que la terre frémisse ^ ! »
Tant d'activité et tant de zèle, une piété si intense, une telle austérité dans les mœurs, toutcela rapproché, groupé, devait naturellement encourager les espérances et faire voir sous un jour favorable la situation du protestantisme. Antoine Court et ses collègues, rassurés par ce spectacle, se laissaient séduire par son charme. Ils redoutaient la cour, sans doute; mais ils se reposaient sur la fermeté des religionnaires. Si malgré
. 1 N° 17, vol. G, p. 372. Synode de 1721.
2 N" 7, t. I, p. 424. Synode de 1723.
3 N° 7, t. II, p 345.
œi^EKK DU CLliRCiÉ ET DE LA COUR 241
les édite, pensaieut-ils, malgTé les espions, les soldats et les iuteudants, ils avaient pn en moins de huit années relever une religion tombée si bas qu'on la croyait perdue, — que ne pouvaient-ils pas entreprendre, faire et achever, aujourd'hui que tout était en voie de réorg'anisation et que plusieurs éléments de succès étaient déjà solidement constitués!
Cette restauration du protestantisme ne })0uvait cependant passer inaperçue; elle ne pouA.iit surtout s'accomplir sans que le clerg-é n'employât toute son énergie à l'entraver et à l'empêcher. En 1716 déjà, au commencement de la Rég-ence, il avait fait promulguer un édit pour prohiber les assemblées ; depuis lors, il n'avait cessé de pousser le pouvoir à une impitoyable répression; et quoique ses efforts n'eussent encore obtenu aucun succès, il n'était pas plus disposé en 1723 qu'en 1715 à abandonner la cause pour le triomphe de laquelle il luttait depuis tant d'années.
On a vu qu'en 1723 les assemblées tenues à Montpellier chez Mademoiselle Verchand avaient été surprises ; on avait pendu, le même jour, trois prisonniers, et bientôt après Huc-Mazel subissait le dernier supplice *. La cour fatig'uée et exaspérée espéra « que cet exemple contiendrait les nouveaux convertis ^. » Elle était dé-
' « Je joins, Monsieur, à cette lettre une ordonnance de mille livres avec l'état de la distribution jjour le remboursement de pareille somme qui a été payée k celui qui n l'ait prendre le nommé Mazelet, le Roi voulant que cela soit remboursé sur-le-champ. » Histoire de l'Eglise de Montpellier, elc , p. 369 (Mars 1723.)
* V, Nouvelles recherches sur la secte des Multipliants, etc., p. 75 I 16
Kl'ITH DE DUPLAN
cidée d'ailleur.s à user de iiietiures rig-oureu.ses, et elle avait ordoiuié (|u"<)n aj^-ît sans liésitatioii, prompte- ]iieiit.
Beniaye a\ ait tnjin é dans les papiers des Multi- })liants des pièce» compromettantes. Tl connaissait les noms des j)rédicants et des li(jmmes <jni avaient (pielque influence parmi les relif^-ionnaires. Duplan fut aussitôt poursui^ i et obligé de quitter la maison paternelle. Les prédicants furent en même temps prévenus ]iar les subdéléyués de l'intendant (pu^ le roi voulait l)ien leur faire >4'ràce de la \ie, mais (pi'ils de- \aient se rendre « aux conditions d'être envoyés aux pays étrang'ers, dont ils ne pourraient revenir, sans être punis de mort. » Dès (|ue ces nouvelles furent connues, Corteiz réjiondit : « .l'apprends (pi'on nous offre or et arg-ent i)our nous accomp;ig-uer hors de France; soyez persuadé que ce n'est ni or ni arguent (pii nous fait ag-ir, mais le pur mouvement de notre conscience, la seule connaissance de la vérité, et la nécessité indispensable de réveiller les consciences cpii dorment dans une malheureuse létharg'ie et dans une criminelle sécurité'. » Lorsque le subdélég'ué fit prier
1 V. BuUet., t. Xni, p. 286. — Ces quelques lignes étaient en postscriptuni à une belle et longue lettre que Corteiz envoyait M. Campre- (ton, commandant en Cévenues. Voici la lettre.
« Monsieur, on m'a dit que vous promettez à tous ceux auxquels vous parlez de mettre tout en usage pour nous livrer entre les mains des bourreaux; mais je ne le crois pas, selon le témoignage que d'ailleurs on rend h votre douceur, bonté, équité naturelle Je crois qu'on vous l'ait tort de diro que vous êtes animé d'un esjjrit meurtrier ef sanguinaire. Il est vrai que (]Uel(iue-. |)as(,eurs de TP^glise romaine, (|ui sont nature loment méchants et qui liaïsssenc mortellement les protestants, pourraient bien surprendre voti e lion té (cl vulre) équité Car, au tond, je ne puis pas comprendre qut» pourrait-il (v) avoir en
Menaces contre les prédicants
Court de sortir du royaume et lui offrit la permission de faire vendre ses biens, le jeune prédicant repoussa la proposition avec la même fierté. « S'il était bien connu de la cour, disait-il dans sa lettre, elle travaillerait au contraire à le retenir, — persuadée qu'il lui
nous qui fut capable d'attirer sur nous votre juste indignation »
Venait ici l'apologie des protestants.
«... Messieurs les prêtres, pour nous noircir auprès de votte periuiuie, vous disent que nous assemblons les fidèles au Désevt contre les ordres du Roi: mais, si c'est un crime d'assenilder les fidèles dans le Désert [wur y venir entendre la parole de vérité, les premiers i lirétiens qui s'asseniljlèreut contre les édits des Rois ont ilonc été cou|);d)les ? l.ei Prophètes, les .\pôtres, et le F'ils de Dieu lui-même serait digne de blâme en assemblant les fidèles dans les déserts contre la volonté des gouverneurs et des magistrats?... Monsieur, ceci demanile liien d'atleiiiioii ; il .s'agit de la gloire de Dieu et du salut des âmes; il serait bon de ne plus écouter ces sortes de prêtres qui ne donnent que des conseils de violence et de cruauté, et examiner en même temps quel dommage porterait la religion protestante en France. Je ne crois pas qu'il y ait homme sage et prudent qui, parlant .sincèrement, y puisse découvrir aucun mal; il est évident ^[ue bien loin que la religion protestante portât coup à la splendeur du royaume de France, elle servirait certainement à le rendre i)lus fort en peuples, en or, en argent, plus pomjjeu.^ et plus florissant. Monsieur, vous vous êtes acquis, aussi bien que M. de Celestot, la louange et l'eslime de tout ce qu'il y a d'honnêtes gens dans votre voisinage ; le j)euple vous aime et vous cliérit; ils disent à voire digne louange que vous travaillez heureusement à soutenir le droit de la veuve et la cause de l'orphelin, que vous excitez le monde à vider leurs procès h l'amiable. Toutes ces belles vertus seraient-elles chassées en cherchant îi répandre le sang des fidèles? Non, je ne puis me le persuader.. Nous espérons. Monsieur, que vous serez touché des gens qui croient sincèrement ce qu'ils soutiennent, et, quand notre créance .serait autant fausse comme elle est véritable, nous serions toujours plus dignes de compassion que de haine. Soyez jjcrsuadé que notre religion est de Dieu, que tant que durera (le) soleil, tant aussi durera notre religion. L'expérience montre que dans ce royaume les massacres exercés environ deux cent cinquante ans n'ont i)U étoufl'er du tout la religion protestante, mais liien que ceux qui ont été les iiislrunients de la violence ont fuit une fin misérable. -Vujourirhui, nous béiiisson- Dieu de ce que nos princes sont radoucis; nous espéron.' que
MENACES COiNTRE LES PRÉDICANTS
rendait d'utiles services eu lui donnant de bons su • jets »
Grands dangers cependant. Les })rédicants étaient prévenus que, s'ils étaient arrêtés après le temps tixé ])Our leur reddition, leur mort était certaine et le dernier supplice les attendait. Bernag-e avait fait publier au son de trompe leurs noms et ceux de leurs collègues ; mille livres étaient offertes à qui les ferait prendre. Sur cette liste fatale étaient inscrits Corteiz, Durand, Rouvière, Court, Bombonnoux, Gaubert et un autre prédicant; les autres n'étaient point connus ou ne paraissaient pas encore dignes du gibet ^. On faisait cependant quelque différence entre ces futurs martyrs. La tète de Corteiz «le plus dangereux de tous » valait deux mille livres^. Celle de Court depuis juelque temps avait renchéri. x\utrefois on n'en offrait
le grand Dieu qui a fait le ciel et la terre, lequel nous adorons, nianilestera notre innocence, nous donnera des jours de paix et de rafraî • chissement. Alors ïious éclaterons en actions de grâces, nous oublierons tous les maux que nous avons soufferts, nous donnerons des vœux et des supplications au ciel en faveur de tous nos bienfaiteurs du nombre desquels nous vous tenons.
Je suis, Monsieur, votre trè.s-bumble et très-obéissant serviteur.
« Signé : Corteiz. »
Campredon communiqua cette lettre à Bernage, et Beriiage il La Vrillière. Celui-ci répondit :
«... Son Altesse Royale, qui est plus persuadée que jamais de la nécessité de s'assurer de cet homme, a très-fort approuvé lapromes.se qui a été faite de donner trois mille livres à celui qui en procurera la capture. Ainsi, vous pouvez faire agir en conformité. Je mande la même chose à M. de Rothe, qui m'en avait aussi écrit.
« Signé : La Vrillière. «
Meudon, le 12 août 1123. — Bvllet., t. XIII, p. 154 et 280.
> N" 46, cah. V.
s N" 17, vol. G, p. 353.
8 V. Pièces et documents, n' Xll.
MEXACES CONTRE I.A SUISSE 24r.
(|ue mille francs; la somme avait i)ai'u minime : on l'avait portée à mille écus. M. d'Yverni d'ailleurs, pour empêclier les erreurs et exciter le zèle, avait pris le soin de répandre sou sig'ualement et de promettre lui-même la récompense ' .
A la même époque % à Genève, se passait une curieuse aventure. Bernage était convaincu que l'obstination des relig-ionnaires à fréquenter les assemblées était entretenue par les ministres étrang-ers. Il en écrivit à la cour. La cour cliarg-ea aussitôt le Résident de France de foire des remontrances aux MM. de Genève. « Il y avait des preuves certaines que M. Pictet avait des correspondances avec les Réformés, qu'il leur donnait des instructions et des conseils, qu'entre autres choses il leur faisait entendre qu'ils pouvaient se choisir des pasteurs pour prêcher et administrer les sacrements dans leurs assemblées, ce qui était contraire aux ordres du Roi. » Le Résident s'acquitta de l'ordre, et le syndic fit comparaître Pictet devant lui. Pictet répondit (|u'il n'avait jamais écrit aux religionnaires, sinon en réponse aux lettres qu'il avait reçues d'eux, que, bien loin de les avoir exhortés à faire des assemblées, il les en avait dissuadés, qu'il avait écrit au temps d'Albéroni une lettre bien vue par la cour pour les détourner de toute idée de révolte, et qu'au reste on avait pu lui "attribuer de fausses lettres. Le syndic était convaincu. Mais, comme il fallait ménag'er les susceptibilités de la France, il porta l'aflFaire devant son conseil, et pria la compagnie des pasteurs de lui envoyer
« N- 46, cah. V.
î Juillet 1723. "
240 ASSRMIiLÉK GÉN'ÉIIAI.K IW. CLKRGK
quatre députés. Alors, solenuellement, de inauiére à ce (ju'ou n'en iyuoràt, il les eng'ag'ea à se conduire à ré<i'ard des protestants français avec toute la modération et la prudence possibles'.
Toutes ces mesures , la condanmation des Multipliants, les menaces contre les ])rédicnnts, les observations du Résident de France devaient rassurer le clerg"é sur les intentions de la cour. Il se rassura en effet. On le vit bien lorsque, le 2 juin, réuni à Paris en assemblée g"énérale, et Louis XV ayant atteint sa majorité, il fut admis en présence du jeune lioi. Il ne dit pas une seule plirase sur les reli<.i-ionnaires. Il n'en l)arla])as, n'y fit même pas allusion : son discours roula en entier sur la piété du feu Roi, sur celle de Louis XV et la gTOSse querelle théolog"ique qui divisait le catbolicisme français
Deux mois cependant ne s'étaient pas écoulés depuis la dernière luirang-ue, que l'on reçut à Paris, de l'évèque d'Alais, un long; mémoire sur l'état de la relig'ioii dans les Cévennes Il était navrant.
(i Quelques soins que l'on ait pris de|iuis la révocation de l'Edit de Nantes ])0ur détruire l'hérésie et le fanatisme dans les Cévennes, quelques ePlbrts qu'ayent fait, au risque même de leur vie, les personnes qui étaient chargées de l'autorité du Roi en Languedoc pour y étoull'er l'esprit de rébellion, et quelque dépense que l'on ait été obligé de faire pour tâcher d'y par-
* Archives de la vénéralile Coiiii)agnie de Genève, p. :i03, .'i04. (Juillet 1723.)
* V. Procès-verbal de l'assemblée géiu'i'ule d^i clergé de France en 1723.
3 Réflexions sur l'iMat |irésent île la religion dans les Cévennes (ly août 1723 )
MKMOIRK DF, l/KVKQl'F, D'ALAIS
venir, soiL on construisant do nouveaux eliemins dans ces nioiitajines auparavant inaccessibles, soit en y établissant des |)ostes uarnis de troupes et des coinniandans pour les conduire, ou en y répandant des missionnaires /.él(''s et en irrand nomhi-e , soit enfin pour les frais ([uo la liuerre des C.aniisards a occasionnés, il semble que tout cela n'a servi jusqu'à présent qu'à diminue]- ou suspendre dans les temps les progrès du mal sans en atta(iuer la source, (|u'il prend de nouvelles racines et devienl tous les jours plus à craindre. En sorte que l'on reconnaît avec douleur que, dans les trois premières années, ou i)our garantir le royaunu! de la peste, on a été obligé de se relâcher à l'égard des nouviHiux convertis des mesures qui les tenaient dans le devoir. 11 s'est commis plus de désordres, et l'hérésie a fait plus de progrès que l'on n'en avoit vu jusque là dejjuis 35 ans.
» En effet, les assemblées qui étaient auparavant très rares et très secrètes sont devenues si fréquentes, si publiques et si nombreuses, qu'il s'en estfaitde plusde 3, U()() personnes, qu'il s'y est trouvé jusqu'à 400 chevaux, que l'on y administrait le liaptème et la Cène, que l'on y donnait la mission aux prédicans, et que le chant des psaumes se faisait entendre jusque dans les villages voisins, et, quoiqu'ils sussent que le port des armes rendait leurs assemblées encore plus criminelles, il ne s'en est presque pres(}ue point fait où il ne se soit trouvé un nombre de gens armés pour favoriser la retraite en cas de surprise.
" Nos églises qu'ils fréquentoient autrefois, du moins par respect humain, sont maintenant abandonnées; il y a de grosses paroisses où à peine se trouve-t-il un catholique ]iour servir les curés dans leur ministère. Les pères et mères cessent d'envoyer leurs enfans à nos écoles, aimant mieux les laisser vivre dans l'ignorance absolue de la religion et de tout devoir ([ue de les livrer quf^lques mois à nos instructions. Ceux que nous avons élevés avec graïul soin dans la iloctiine de l'Eglise tomlient bientôt dans l'erreur et succombent aux caresses ou aux mauvais traitemens de leurs parens. 11 y a parmi eux des zélés uniquement occupés à détruire le bien que nous lâchons d'établir. Ce sont eux qui ari'angeni les mariages pour éviter l(>s alliances avec les rninilles des anciens catliolirpies, qui vuni
MKMolItK l/ÉVKQUK l' AI.Als
(l.-ins li's maisons i>\|)lii|Lif>r l l'lci'ituro suiiilo duiil ils Ibnl soii- \eiit (les applications Irrs (lansercnsps ; ils y l'ont la prière el récitent les sermons de hnirs ministres; ce sont les mêmes gens ([ui s'iMiijiarent de la chamhre des mourants, et souvent do ceux qui nous avaient donm'' ((uelque espérance de retour et qui nous en l'ont refuser l'entrée.
" Il commence même à se trouver des l'amilles (jui se dispensent d'envoyer baptiser leurs enfans à l'église ; il y en a déjà eu des exemples dans le diocèse d'Alais : et il a paru dans les papiers de Mazelet ([ue le sentiment de ne plus recevoir le Ijaptème à l'i'glise ni la liénédiction du mariage s'accréditait parmi eux et devenait celui du jilus grand nombre de leurs prédicants. La facilité avec laquelle ils reçoivent dans leurs assemblées et à leurs jirières ceux ([ui \ivent dans un concubinage public en est une forte preuve.
« On s'est aperçu depuis peu d'années qu'un grand nombre de nouveaux convertis, i[uiavaient ])aru revenir sincèrement et avaient persévéré très longtemjis dans la foi catholique, ont tout d'un coup cessé de fréquenter nos églises et se sont replongés dan.s l'erreur et dans le désordre.
« Mais ce qui nous touche le plus vivement et qui peut avoir de très fâcheuses suites, c'est la chute d'anciens catholiques qui se pervertissent. 11 n'y a presque point de ville, ni de village, où on n'en voye de tristes exemples, et le nombre en augmente tous les jours.
" Quoique la levée des lignes ait oté aux huguenots les moyens de faire impunément des assemblées aussi nombreuses que celles qu'ils ont faites dans le temps de la peste, ils ne laissent pas d'en former tous les jours qui tiennent sans cesse les troupes en haleine, le supplice des fanatiques de Montpellier et celui de Mazelet n'ayant fait sur eux qu'une faible impression.
H Tant de désordres, après quarante ans de travaux et de soins des plus habiles hommes du dernier règne et au milieu d'une paix soHde et générale, l'ont craindre avec justice de très grands maux par la suite, et font sentir la nécessité de prendre des [)artis décidés.
c. (jomme il n'est jjoinl de not,re ministère de les jiroposer,
MÉMOIRE DK I/KVKQIÎK D'ALAIS
nous nous contenterons d'indiciuor re ([ui nous parait mériicr le plus d'attention de la part de la cour.
« Les prédicanls sont sans doute le premier ohjet; mais comme ils prennent de grandes précautions pour n'être pas reconnus et ({u'il est rare que ces gens là les trahissent, ce n'est guères ipie iiar ceux qui ont coutume de les loger que l'on peut être instruit de leurs marches. C'est donc à ces recéleurs, à leurs familles, et à tout ce qui les fréquente que l'on doit ]irentlre garde de préférence.
« Les livres de Genève contre la religion cathalique se sont multipliés à l'infini; il s'en débite une grande quantité dans les foires; il y a partout des gens qui font métier d'en répandre dans les maisons ; il est important d'arrêter ce débit et de tâcher même de retirer ceux qui sont entre leurs mains, quoique les moyens en soient difficiles.
» 11 est notoire qu'ils ont travaillé à établir dans chaque lieu une sorte de ministère public, par la considération où jiaraissent être parmi eux ceux qui se mêlent d'instruire dans les maisons. Ils sont plus à craindre que les prédicants, parce que ce sont eux qui sont reçus chez les riches et qui entretiennent les gens aisés dans l'éloignement de notre religion. Ils sont l'âme de toute l'intrigue et ont des relations partout, même dans les pays étrangers. Il y en a d'autres qui travaillent sous leurs ordres et leur obéissent aveuglément; rien n'est si dangereux que ces deux espècesde gens, étonne craindra pas de dire qu'il paraît nécessaire d'éloigner ceux que l'on connaît pour toujours de la province.
» Les anciens catholiques nouvellement pervertis sont d'un trop pernicieux exemple pour n'y pas faire une attention particulière; il y en a peu d'aisés dans ce cas, si ce n'est quelques femmes qui ont passé dans des familles huguenotes, mais il y a beaucoup de domestiques, d'ouvriers et de pauvres qui ont eu le malheur de succomber.
« Il parait encore absolument nécessaire d'obliger les pères et mères, sous des peines considérables, d'envoyer leurs enfans à nos écoles et à nos catéchismes.
« 11 est également important d'obliger tous les nouveaux convertis d'assister aux prières, et aux sermons, et aux inslruclions
CONDriTR DR LA COrR DEPriS ITin
publiques. 11 y a beaucoup de familles, même des [dus apparentes, (|ui depuis plusieurs années n'ont pas mis une seule lois le pied à Véiilise ; cette contrainte, qu'il ne faut cependant ])as étemlre ]dus loin, serait salutaire à un grand nombre; et nous sommes ])resque surs de les ramener, lorsque nous aurons l^al;né sur eux de nous entendre et de surmonter la crainte des rejiroclies el des memices de la part de ceiix- de leur reli^rion ' »
Tons ce.s dét;iil.N (|ue donnait l'évèque d'Alais .sur la situation du protestantisme dans les C'éveniies étaient déjàconnus de ]a{•our^ BHville,Roquelauve et Bernag'e l'en avaient depuis long-temps informée. Et si elle savait quel était le mal, elle savait aussi quelle en était l'étendue. Ce n'était pas dans les Cévennes seulement que les protestants s'ag-itaient, c'était dans le Langniedoc entier, en Dauphiné, en Guyenne, en Saintongv, dans le Poitou, en Picardie, et ju.squ'en Bretag-ne. Comme l'évèque d'Alais, elle était vivement préoccupée ])ar leurs mouvements; comme lui, elle cliercliait les moyens de les faire définitivement cesser. Depuis 1715, elle y travaillait sans relâche. Emprisonnements, amendes, g-alères, elle avait tout employé ; n'était-ce point hier qu'elle avait fait mettre à mort à Montpellier les malheureux qui s'étaient permis de braver ses deniières ordonnances. Le protestantisme cependant continuait dans l'ombre, avec opiniâtreté, >on (euvre; et c'était
' Bibliotlièque nationale, Mss n" 7040. p. 40. (Août 1723.)
* On y prêta cependant grande attention. On lit k la tin du manuscrit ; « Il a été délibéré, dans le conseil des alTaires ecclésiastiques du 19 août 172.3, que le pré.sent mémoire serait envoyé à M. le procureur général du |)arlement de Paris pour avoir son avis.
« Signé : l'Evêque de Nantes.
« Ecrit et envoyé au douljle duilit mémoire, le 25 août 1723. »
ELLE PRÉPARE UNE DÉCI-ARATION 251
;iu lendemain d'inie quadruple exécution capitale, au moment même où elle le croyait dans la terreur, qu'un évèque venait à elle et lui dénonçait l'inanité de ses mesures et la vanité de sa répression ! . . . Eng-ag-ée malg-ré tout, autant par honneur que par intérêt, à terminer glorieusement l'entreprise qu'avait commencée Louis XIV, poussée par le clergé qui avait la direction des affaires religieuses, elle ne pouvait ni ne voulait revenir sur ses actes ; elle se proposait bien plutôt d'appliquer avec une fermeté et une sévérité croissante ce (ju'elle avait décidé. Le moment était décisif.
« La mort du feu Roi, dit: Joly de, Fleury, suivit de trop près les traités de paix de 1713 et 1714, pour réiirimer les excès dos relifi;ionnairps du Languedoc. Les liaisons que M. le Régent jirit avec les Anglais, releva leur courage. Ils publiaient dans tout le royaume que l'exercice de la R. P. R. allait être permis... On songea alors à y remédier par une loi qui renfermerait la disposition de plus de deux cents édits, déclarations ou arrêts qui étaient presque ignorés. M. le chancelier d'Aguesseau y travailla. Son séjour à Fresno suspendit l'ouvrage : on en reparla à son retour.
« Pendant le ministère du cardinal Duljois, on reçut des nouvelles de la Guyenne, de la Saintonge, du Languedoc où les religionnaires s'assemlilaient et méprisaient les lois duroyaume surtout relativement aux baptêmes ou aux mariages •>
La Régence avait en efiet ordonné, depuis 171(5, une enquête g-énérale sur la situation du protestantisme et s'était fait adresser, sur les questions dont la solution la préoccupait, des rapports détaillés par les hommes les plus compétents en cette matière -. On en possède en-
' Bibliothèque iKilionale. Mss. n" 704(j, p. 212.
* Nous insistons ;i dessein et nous tenons ;i donner toutes les preu-
ENQUÈTR (tKXKRALF.
fore nii résumé; et ce résumé, l)ieii (|u"iiirom])le1 . ne laisse pas d'offrir ([uelque intérêt
Quatre sujets y sont traités : les relaps, le retour (les réfugiés en France, l'éducation des enfants, la célébration des mariag'es.
Des relajjs et duretoiu' des réfug'iés, il est inutile de parler ici : le rapporteur ne disait rien (jui n'eût été déjà dit. — (^uant à l'éducation des enfants ;
« 11 p.sl très-!)oii. écrivail-il, de ronouvoier les dispositions de la déclaration du 13 déoembre lf)98, niais il semlile qu'il faut aller plus loin et Irouver les moyens de la faire exécuter. Rien n'est si important i[ue l'éducation de ces enfants, et, l'on peut dire, rien de jilus négligé. Ceux qui ne veulent pas les envoyer demeurent dans l'impunité; les curés n'ont aucune attention pour déclarer aux juges ceux qui y manquent : ils ont sur cela le même principe (jue sur les relaps, que pareille dénonciation qui doit produire une amende les rend ha'issables et les mettent hors d'état de pouvoir convertir les pères. Il y a beaucoup de négligence dans la plupart, et peu de zèle dans les juges et les procureurs du Roi. Il semble même que cet article est un peu trop négligé de la part des évèi[ues qui n'entrent sur cela dans aucun détail. Il arrive décela que tous les enfants, sans éducation pour aucune religion, deviendront les plus méchantes gens du monde, et également pernicieux pour la religion et pour l'Etat. >■
ves que nous avons entre les mains. Il importe que la responsaliilité de la déclaration de 1724 remonte à qui de droit.
1 Bibliothèque nationale, Mss. n°704G, p. 44.— En tète du mémoire Rulhière a écrit : «Une lecture attentive de cette pièce prouve qu'elle contient un résumé des différents mémoires composés pour rendre la déclaration de 1724. (J'en ai trouvé l'original dans le manuscrit de M. le chaucelier d'Aguesseau.) Cependant le premier mémoire ici à côté, concernant les relaps, paraît fait avant 171.5, puisque dans l'énumération des lois sur ce sujet, il ne cite que les trois précédentes et ne fait pas mention de celle-lk. — Ce mémoire m'a paru de la même main dont le sont presque tous ceux de M. de Bàville. »
Mort du duc D'ORLÉANS 253
Et sur la g-rosse (juestion des iiianayes, le rapporteur, après avoir constaté les fâcheuses proportions que le mal tendait à ])rendre, après avoir regretté que les évèques ne voulussent pas fixer sur la durée et la forme des épreuves des mesures uniformes :
H Comme cette décisiun, ajoutait-il. pourrait durer loui^teaips par la diversité d'avis, et même par la diniculté que plusieurs forment de se soumettre à la décision, chacun pi-étendant devoir suivre en ce point ses lumières particulières, il serait bon de leur en écrire; mais il ne faudrait pus différer la Dcclaration sur ce prêleste, qui ne peu/ para'dre trop tôt. On pourrait réserver la décision de ces questions pour une autre Déclaration ou en faire la matière d'une instruction, sans en faire une loi. »
îl est ainsi manifeste que la Régence s'était proposé et avait décidé de promulguer une nouvelle Déclaration contre le protestantisme, qu'elle en avait préparé les matériaux, et qu'elle était prête vers la fin de l'année 1723 à la faire enregistrer par le parlement. Mais Dubois et le duc d'Orléans moururent subitement l'un après l'autre, dans l'intervalle de quelques mois ; tout fut renvoyé.
« A])rès la mort de Louis XIV, dit l'auteur anonyme d'un mémoire important ', les religionnaires répandirent le bruit qu'on devait leur permettre l'exercice public de leur religion. S. A. R. Mgr le duc d'Orléans, pour faire cesser la vaine espérance dont se flattaient les religionnaires et faire exécuter les Déclarations du feu Roi concernant la révocation de l'Edit de Nantes, lit travailler par des personnes habiles et
1 Bibliothèque nationale, Ms.s, n° lOiê, p. 43. — Ou lit en tête du mémoire : « . . . E.\trait d'un mémoire intitule : Mèmoive historique des Edits et Didarations^ etc.. Ce inemoire est bien fait, mai? on en ignore l'auteur... »