PROTESTANTISME DANS L'ORLÉANAIS
parvenir à faire arrêter le noininé ('liai)el, écrivait-oii à l'intendant de Poitiers, la recherche ([Vi'on a faite de ce prédicant prodnira un bon efîet, et intimidera les relig'ionnaires qui favorisent les assemblées (jui sont devenues depuis quelque temps plus fréquentes, mais qui seront bientôt interrompues par les ordres que vous me marquez que vous venez de donner et par l'arrivée des troupes qui doivent hiverner dans la province'. » Et plus lohi : « Il y a lieu de supposer qu'en continuant de traiter sévèrement, comme vous vous le proposez, ceux que vous soupçonnez encore d'entretenir ou d'exciter le trouble, les mouvements des religionnaires deviendront moins fréquents^. »
Les documents manquent à cette date sur les autres provinces du royaume, mais il est très-probable ({ue les relig'ionnaires commençaient de s'y remuer à la voix de prédicants inconnus, et que leur conduite était assez audacieuse pour qu'ils ne passassent déjà plus inaperçus.
L'Orléanais en est un curieux exemple. Cette province comptait peu de protestants à la Révocation, cependant, en 1729 déjà, les rares descendants de ces derniers ne craig-naient pas de jeter le masque et s'avouaient hautement hug-uenots. L'évêque d'Orléans, tout ému, s'en plaignait, l'intendant s'en préoccupait sérieusement, et la cour était obligée de ])reudre des mesures pour arrêter le mal.
n M. le cardinal de Fleury m'a remis la lettre que vous lui avez écrite au sujet du grand nombre de familles protestantes
1 Archives nationales. Qi 376, p. 400. (1729.)
2 Ibid., \i. 414. (Novembre 1729.)
RN NORMANDIE, BRETAGNE, ETC. m
i\uc vous avoz dans votre diocèse, et qui se perpétuent, faute de pourvoir à l'éducation des enfants, et par les mariages que font des prêtres étrangers. A l'égard du premier article, si vous voulez bien envoyer un état des jeunes personnes des deuxsexes que vous croirez devoir être mises dans les couvents, collèges ou pensions, je vous enverrai les ordres du Roi à cet effet. Quant aux prêtres qui font des mariages entre gens de la religion, lorsque vous ferez procéder contre eux, soit à votre ofiicialité, s'ils sont de votre diocèse, soit à. la requête du sieur procureur du Roi du Ghâtelet, s'ils sont étrangers, un seul jugement de rigueur qui interviendrait ferait cesser ces abus »
Et encore :
« Je vous envoie plusieurs ordres du Roi que M. l'évéque d'Orléans m'a demandés pour faire mettre dans les couvents, collèges et hôpitaux, plusieurs enfants des protestants pour êtr(> instruits. \'ous tiendrez, s'il vous plaît, la main à ce que leurs pensions soient exactement payées par leurs familles ^ »
L'exemple des religùounaires de l'Orléanais n'était assurément pas isolé. Dans l'Ile de France, où le clergé, en 1715 déjà, se plaignait des protestants; en Picardie, où plusieurs familles émigraient en 1724 ■'; en Normandie, où les religionnaires se signalèrent plus tard par leur zèle ; en Bretagne, où depuis 1715 ne cessaient de s'agiter quelques hommes dévoués, — les protestants devaient certainement commencer de se voir, se groupaient, reprenaient courage, et, quoique épiés, surveillés, menacés, tendaient à s'isoler pour
1 Archives nationales, 0 ' 376, p. 346. (Octobre 1729.) « Ibid., (Novembre 1T2V.)
' V. aussi un « Etat de ceux qui font profession de la R. P. R. erl l'élection de Péronne, et qui vont au prêche à Tournay par la route (le Cambrai, Vicogne et Saint-Amand. » (1731.) Essai sut- les Eglises de r Aisne, p. 127.