PLANS ET PROJETS
comme un coup de foudre. Dans sa solitude, tous ses projets, tous ses desseins, tous les rêves qu'il avait jadis formés, ap})arurent subitement à la lumière de son amour.
La situation du protestantisme, prospèresâns doute, n'était point florissante encore. Comment la rendre plus satisfaisante? Quel moyen pour arriver à ce but? — Continuerait-il de courir la province et d'organiser la discipline? Il l'avait fait depuis sa plus tendre enfance, et les résultats obtenus étaient excellents. La limite du possible était atteinte; on ne pouvait guère la dépasser. Mais éveiller l'attention de la France et la piété des Puissances étrangères, former et préparer au ministère des jeunes gens dévoués et instruits, faire entendre dans la grande mêlée du dixhuitième siècle la voix de la tolérance , demander hautement réparation et justice, c'était la seconde et la plus importante partie de l'œuvre, et voilà ce qui restait à faire.
Court le dit quelque part. Expliquant les motifs qui le poussèrent à se réfug'ier en Suisse :
« Je voulais, dit-il, contribuer de tout mon jiouvoir, en [nv,nant soin de ma famille qui était depuis six mois à Genève, à l'établissement d'un séminaire ; aider aux études des jeunes gens qui y seraient envoyés, les diriiJif'r sur la manière de ixouverner l'Eglise et sur les moyens qu'il y aurait à suivre pour les progrès de la religion; faire ce qui dépendrait de moi pour faire consacrer ces jeunes gens dans les académies étrangères; établir des correspondances avec toutes les églises du royaume; contribuer à ce que le nombre de ces églises augmentât tous les jours; les aider toutes, autant que j'en serais capalile, ])ar mes lumières et par mes conseils ; rassembler les matériaux })our la
DÉPART D'ANTOINE COURT Eo")
coinposition d'une hbtoire destinée à transmettre à la postérité les miracles qu'une Providence, aussi maguiri([ue dans ses voies qu'impénétrable dans ses vues, avait opérés en faveur d'une Eglise dont un puissant Roi avait résolu la jicrte, et s'était félicité d'avoir éteinte; et mettre ensuite les matériaux en œuvre ; faire enlin tout ce qui dépendrait de moi en faveur de ceux que la persécution chasserait de leur patrie et les forceraità chercher des asiles dans des bords étrangers.»
Vers la fin du mois d'aoïit 1729', Antoine Court se décida donc à partir. Accompag-né de Claris, jeune proposant qu'il atïectionnait entre tous, il se dirigea vers la Suisse où devait s'écouler la seconde partie de sa vie.
Il avait alors trente-trois ans. Depuis quatorze ans, il évangélisait le Languedoc.
Au début de son ministère, quand il accompagnait Brunei, il avait trouvé cette province dans une bien triste situation. Le protestantisme y était défiguré, la discipline inconiuie, les relig'ionnaires rares et découragés, les populations misérables et ig'norantes, les prédicants erraient à l'aventure, les Lispirés étaient honorés. On sait quel était l'état dans lequel il la laissait. Et c'est à quoi assurément il songeait avec orgueil, lorsqu'il traversait une dernière fois ces contrées qu'il avait si souvent parcourues, et où il avait marqué la forte empreinte de ses pas. Oui, certes, il avait le droit de se glorifier de son œuvre. Cette pro\ince lui appartenait, c'était sou ouvrag-e, c'était son bien ; il l'avait
* N° 37, p. 14. Méiauiru aux arbitres.
* Court dit (N° 37, p. 14) qu'il quitta la France en septembre; cependant il arriva îi Lyon, le 2 septembre (N" 7, t. II, p. 363), 11 est probable que ses souvenirs le trompent et qu'il i);\rlit dans les derniers jours d'aoiit.
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faite ce qu'elle était. De tous côtés, les reliyiouuaires efiï-ayés lui disaient : « Vous nous abandonnez ! » Mais lui : « Oui, Jérusalem, si je t'oublie, que ma dextre s'oublie elle-même, que ma langue s'attaclie à mon palais'. » Il n'abandonnait pas ce qui avait été l'objet de ses soins et le but de sa vie; il allait lui clierclier au loin de nouveaux appuis et de nouveaux soutiens.
ïln 1729, les églises sous la croix avaient pris pour devise : « Sauve-nous, Seigneur, nous périssons! » Désormais, elles allaient graver sur leurs sceaux : « Sous la croix, le triomplie ! ^
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