N° VU
OHANSON NOrVEl.LK Sur l'air : Si vdii.i piit/fz , vntix iannere? ; puint (Vnnieni, pnim il,' Inunli'.
Aujuurd'liui on inuic do paix :
() la bonne nouvello !
lion Dieu, veuille iju'il soit vrny !
Qu'elle soit banie ù jamais Cette guerre crufille!
Des aujourd'hui, qu'il soit permis Lil)erté aux fidellos !
Les protestants du temps présent Qui sont dedans la France Demandent tous bien humblement A ce grand Dieu tout puissant L'ouverture des temples.
Donnés nous, grand Dieu tout puissant, Liberté de conscience!
Car, depuis trente un an Que nous sommes en misère.
Que nous sommes tristes et dolons D'avoir souilert tant de tourmens Donnés nous, û grand Dieu puissant. Liberté des prières.
Tous les dragons et cavaliers Avec grande violence Nous ont partout traînés A la messe, et tous forcés
Et forcent les consciences.
Ils attirent pour le sur La misère à la France.
Faut oublier le temps passé
Et vivre comme frères.
Nous voyons le ciel irrité
Par les orages qu'il a fait
Et tremblements de terre.
Faut s'assembler tous de bon cœur
Et dire nos prières.
La grande troupe des protestants
Faut qu'il se multiplie.
Faut bâtir des temples au levant
Et même dedans l'occident
Et dans la Barbarie
Dans le pays mahométan
Et dedans la Turquie.
Venez promptement, les maçons
Et les tailleurs de pierre,
Venez battir cette maison
Qui est tombée de Sion
Par la fureur des guerres.
Venez promptement, menuisiers,
Pour y poser la chaire.
Venez promptement, chers pasteurs, Pressés dedans les isles.
Venez y comme ambassadeurs De Jesus-Christ, notre Sauveur.
Sans qu'aucun vous chagrine.
Venez prêcher la vérité De son St Evangile !
(Archives nationales, TT, 3>2.)
N« Vlll
nEQUÈTE DES RELIGIONNAIUES AU RÉGENT
Ecrite d'Alais en Sévaines, ce 16 juillet 1716.
Monseigneur et Souuerain Prince,
On se flatoit en France qu'après la mort du Roi les Religionnaires trouueroient du soulagement tant sur ce qui concerne la Religion que sur bien d'autres pésents fardeaux a eux imposés. En effet, il sembloit paroitre un grand soulagement par raport aux réclamations du puple qui ne sauoitpar ou exprimer la joye excessiue qu'il auoitet qu'il a en effet de voir un si digne Prince, couronné de hautes vertus et d'une sy grande naissence, qui aloit être leur m(aitre) absolu et leur pere commun par le pouuoir de la Régence a luy légitimement diie. C'étoit alors que presque tout le monde croyoit avoir liberté de leur rebgion, ou du moins que, s'ils n'avoient un exercice public et permis de l'ordre du souuerain, qu'à tout le moins on les laisseroit libres entre eux de prier a leur manière, de s'assembler ou de ne pas s'assembler en ne fesant tort ny mal à quy que ce soit.
Cette espérance avoitnoury plusieurs personnes pendant tout le temps que 'V. A. R. a gardé le silence, mais lorsquelle a bien voulu s'en expliquer, et qu'on a vu que c'étoit tout autrement, c'est alors qu'on a cessé de se flatter, et malgré le penchant que chacun a a aimer et a vouloir professer la Rebgion, ils vous ont voué une prompte obéissance; je suis très assuré qu'on ne vous dira ims autrement. Mais, Monseigneur, qu'il vous plaise de considérer la perte commune du Royaume par rapport à la désertion des Religionnaires aux pays étrangers, les sommes d'argent qu'ils y ont fait passer, et le nombre des familles qui l'a suivi. 11 y a longtemps que personne n'avoit daigné sortir de France a cause de leurs belles espérances, mais a présent qu'on
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vous voil. ('\[)liqui'r ilin'iTciiuiiciit ilf l(>urs prcU'iilions, on n'a lilus rien a espérer, on ne se llate plus. Ainsi, Monseigneur, chacun fait son possible pour sortir sa conscience de prison ; l'un s'en va aujourd'huy et l'autre demain. Depuis que l'on sait votre intention, ])]usicurs ont formé leur dessein, (le pauvre puple affligé ne trauaille pour la plus ]iart qu'a chercher de moyens jiour ramasser de l'argent jiour se retirer. Chacun joue son rôle, le mieux iju il ]ieut, pour en auoir. Les uns atendent d'être payés de certaines dettes, les autres atendent la récolte des denrées, et les autres vont chercher à faire un établissement attendant l'occasion de venir quérir leurs familles. J'ai résolu d'en avertir V. A. H. non par autre motif que celui de la charité et du zèle que j'ai toujours eu pour le bien de l'Etal, étant ])ien persuadé qu'on ne vous auertit pas de cela, a cause que ceci n'eclatte que fort peu, parce que rarement s'en va-t-il deux familles à la fois du même endroit. Cependant, ces fréquentes saignées, quoi que douces et légères, ne laissent pas d'alloiblir le malade, au lieu ([ue selon toute aparence il ne tardera pas longtemps a le nombre en venir plus granrl. .
L'exactitude que Mgr le Duc de Roquelaure et Mgr de Bouillé ont fait paroître a exécuttervos ordres et les porter eux mêmes presque dans toutes nos villes et en plusieurs villages, les publiant au peuple, avec cette belle éloquence si ordinaire a ces Seigneurs, nous ote tout espoir de jamais plu? recouurer lilierté. Nous n'avons pu que le croire, et en étant entièrement persuadés plusieurs ont formé le dessein de chercher leur lilierté ailleurs, excepté de ceux qui, par un pur attachement aux biens de cette vie, font la résolution de rester en France et prendre l'habit de temporiseur. Mais de quelle manière qu'on se l'imagine, ces premiers sont avec eux, et ces derniers aussi raporta leur hipocrisie.
En (in. Monseigneur, je me regarderois comme le jilus heul'cux du monde si je pouvois être sur de vous représenter ces choses, sans motiver voire mépris ni votre colère. Je prie V. A. R. de me rendre justice et de vouloir connoitre mon in-
l,(\iilioii LoiUl' vouée au bion public. Jo ue suis pas si stupide rjue je 110 connoisso bien en moi une cll'ronterie trop grande, mais i'eloge de V. 1. et R. P. par ceux qui en savent faire le portrait, m'obligea passer pardessus toutes sortes de raisonnements.
L'on vous représente comme le Hercule de lumières, comme la vertu et la justice même, doué de toutes sortes de grandes iiaaiilés; l'on no l'ait pas dil'Iiculté de cron-e que vous pardonnen'y, les défauts d'un iniinne, et iiue vous écouterez les raisons de lous vos sujets, et (jue eu temps et en lieux V. A. R. leur rendia Ja justice qui leur est due. Sur ces considérations, j'ai cru pouvoir vous prier de la iiart de plusieurs de vos peuples, que puisipi'il n'est pas votre i>laisir qu'ils fassent profession de leur religion sous quel ])retexle que ce soit, que du moins vous ayez la rbarité de les regarder comme des fidèles sujets, sans les difl'érencier des Gatlioli(iues, et sans les charger de logements de troupes, et de toute sorte de contributions, ainsi qu'on a accoutumé de faire depuis plus de trente ans.
Nous sommes tous nés dans un même climat, nous auons tous humé le même air, nous avons le cœur également français; prenez donc a pitié. Monseigneur, notre longue souifrance. Jetez vos yeux de compassion sur tant de misérables qui plutôt se feroient traîner sur la clée que de vous être infidèles. La souffrance a été assez rude et assez longue; il est temps de nous regarder a pitié pour ne pas nous charger plus que les autres sujets; et d'ailleurs que, par se bienfait qui ne vous put jiroduire (jue mille louanges et mille bénédictions, plusieurs et ]ieut-ètre tous ceux (jui ontprojetté dose retirer de France, voyant cette généreuse libéralité, changeront de sentiments, tout ira mieux dans l'ordrOj plusieurs murmures finiront, tous les gens un [lou eleués feront leurs efforts pour faire connoitre a la petite populace la force de leur deuoir. Tout le monde est jiersuadé que s'il vous étoit l)ien connu de la manière qu'on nous a traités et ([u'on nous traite encore, quv V. A. R. y romédieroil . L'on nous on prie, Monbeigncur, d'une manière a fendre le cœur le jilu'- dur. Ha!
plut à Dieu que l'ccho de la Providence lit retentir les [dainles de ces pauures gens jusques a vos oreilles, avec les bénédictions qu'on vous souhaite et (jue toutes leurs intentions vous fussent bien connues ! Personne ne douteroit nullement de votre protection, nous ne serions plus regardés d'œil d'iniquité, en un mot, nous ne serions plus en aljominalion aux Puissances, nous n'aurions plus liesoin de lamanter ny de vous crier grâce et miséricorde, vous sauriez nos desseins et notre bonne volonté, et, connaissant nos bons cœurs, vous n'auriez nulle peine a nous accorder vos faneurs, V. A. R. ne nous ne regarderoit plus indigne. Nous prions le Seigneur qu'il vous en veuille éclaircir par sa grâce, et qu'il vous fasse toucher au vif le tort qu'on nous a fait. C'est une grâce toute particulière que je demande a mon créateur, et a V. A. R. celle de me permettre de lui souhaiter toutes les bénédictions du ciel et le plaisir de voir ses desseins accomplir et qu'elle ne soit point fâchée qu'avec un profond respect et une entière soumission à sa volonté, je me dise d'un cœur le plus sincère du monde, de votre Haute et Royale Grandeur le plus humble, iidele seruiteur et sujet.
P. S. J'ai omis de dire qu'à mes précédentes j'avois employé tous mes soins pour déguiser mon caractère, j'ai agi a celle ci sans aucun fard, et je voudrois du fonds de mon ame avoir le bien d'être propre pour donner ma vie, s'il étoit besoin, pour l'honneur de voire seruice, que, après ce que je dois à mon Dieu, seroit le plus grand de mes désirs, non pas pour la gloire ni par aucune vanité mondaine, a dessein de me tirer de la poussière, mais pour vous oil'rir un seruiteur qui sans doute est l'un des plus sincères et des plus fidèles homme du monde. Les suites \ous en convaincroit, si vous ordonnez la moindre ponpiisition pour savoir qui vous a adressé celle ici dattée du jour cy dessus, en m'assurant de votre part de ne rien craindre.
(Archives nationales, IT,