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LKTTRE DK PIGTET A MADEMOISELLE SLMART «UR LES INSPIRÉS
Comme j'ai fait, Mademoiselle, un petit ouvrage sur ces prétendus Inspirés, qui s'imprime actuellement, ma lettre ne sera pas aussi longue quelle l'aurait été, parce que vous verrez dans mon petit livre ce que je pense sur cette matière. Je serai bien fâché qu'on put me reprocher de ne pas reconnaître l'esprit de Dieu quand il se manifeste, mais je ne veux pas aussi attribuer à l'esprit de Dieu ce qui ne me parait pas digne de lui. Je conviens que ce que vous voyez est extraordinaire, mais il no faut pas croire que tout ce qui est extraordinaire procède de l'esprit de Dieu. Il y a eu des temps ou une certaine folie saisissait certaine personne qui leur faisait faire mille choses surprenantes. Je conviens que toutes les bonnes choses que ces gens disent sont tirées de la parole de Dieu, qui est l'ouvrage du S. Esprit, mais il ne s'ensuit pas que ceux qui les disent soient inspirés; cela signifie seulement qu'ils ont une heureuse mémoire pour retenir ce qu'ils ont apris. Aussi vous avez sagement remarqué qu'ils disent bien quand ils scavent bien, qu'ils disent mal quand ils ne le scavent pas, preuve évidente que c'est là l'effet de leur mémoire et non du S. Esprit, car si c'était le S. Esprit, ils diraient toujours bien. Il n'est pas surprenant ((u'il y ait des gens (jui se plaisent à entendre la parole de Dieu et a la lire ; c'est une grâce de l'esprit de Dieu qui fait qu'ils trouvent leur délice dans ces livres sacrés, mais il ne s'ensuit pas que ces gens soient inspirés.
On peut aisément concevoir que de gens qui ont entendu parler d'Inspirés, qui ont regardé comme de personnes inspirées I 25
ceux qui cxboilaionL les aiUros à la roiiciUance, s'inuiij.:iiiiMiL cire inspirés eux mémo cl ([ue leur iniagiiialiou échaudéc a jiu causer (les mouvements extraordinaires, semblables a une extase, on a bien veu d'autres eflets de l'imafilnation aussi étranj-es.
Jeconcois aisément qu'une papiste, (jui entendit dire de brllc>et l)unnes cboses dans une assemblée qu'elle ne croxail poini entendre, aye eoneu de l'borreur pour la relifiion Rom'"'. Dieu ayant donné l'efficaee à la parole qu'elle avait entendue dans l'assemblée, e'estun effet de la f,'râco de Dieu, mais il ne s'ensuit pas qu'elle aye été inspirée: plusieurs papistes ont été ailisy convertis sans être inspirés, comme l'on prétend qli'll y eh ait. (^)uand on entend ht pure parole de Dieu et qu'on va ensuite à la nu'sse on y trouve une grande dill'érence, on est étonné que les bommes ayent si l'oi t corrompu les vérités célestes.
11 ne faut pas s'étonnei- si cette lille, ijui avait entemlu ces prétendus lns}Mrés, parle comme si c'était Dieu qui leur disait: mdil entant! ou a (|ui l'on l'avait dit, ait eu l'imaaination IV.ipée et ainsi échauffée.
C-ette iillo u\ait ]iu entendre de gens qui disaieiil i|ue c Clait une gi'ande Iblie de courrir après les richesses, que Dieu l'erail i)ien voir la vanité de ces choses et qu'il châtierait les hommes, mais il ne fallait pas être inspiré ponr deviner cela. Plusieurs ]iersonnes ijui ne se croyent pas inspirées ont tenu le même langage. Dieu lait si souvent de telles menasses aux bommes qu'on n'en scaurait douter. On peut prédire des malheurs aux pécheurs aussi corrompus qu'il y en a aujourd'hui, et être assuri' qu'ils arriveront. 11 y a longtemps que nous denonrons le jugC' ment de ce Dieu aux hommes et nous voyons avec douleur l'accomplissement de ces menasses.
Tout ce ([ue cette lille dit de bon a é(é dit ]ilusieurs l'ois.
Ces grands mouvements, ces convulsions jieuvent être l'ellel d'une imagination trop émue qui cause de grands bouleversemcMits dans le corjis.
Poui'juger si ce qu'elle ditdes peuples de langages inconnu.- qui
iloivciil arrivor et massacrer tout procède de l'esprit, il lUul allendre l'événement. Ainsi, Mademoiselle, pour ne faire aucune démarche dans cette all'aire, ne vous hâtez pas d'attribuer au S. Esprit ce qui peut être de cause naturelle.
Ne dites pas non plus que ces gens sont poussés par le Démon, car quoique le Démon pourrait faire toutes ces choses, alin de tourner en ridicule notre relisrion, cejiendant il n'est pas loujours nécessaire de le faiic intervenir partout.
Deliez-vous un peu de ce qu'on vous dit, car on poui'rait vous tromper, et même de votre jugement, car quand on est avec des iiens qui ont ces pensées d'inspiration, tout ce qu'on voil l'aire surprend et étonne.
Proflitez de toutes les exhortations qu on fait à la reiientauce. Elles sont toujours salutaires. Mais ne croyez pas légèrement (juc ceux, qui l'ont des choses que vous n'avez point vues, sont inspirés.
Je ne vois pas jiourquoy Dieu inspirerait (plutôt) une servante papiste autrefois hii,'ottc (|ue d'autres personnes pieuses.
Je ne vois pas non jilus pourijuoy des gens, (jui vous annoncent la jiarole de Dieu, comme vous l'a annoncée M. tlourt tpii m'a remis votre lettre, ne seraient pas plutôt des Insiiirés que des gens (|ui parlent a liatton rompu. Uien n'est si dangereux que de don lier dans ces visions. Dès qu'on se croit inspiré, on prend tout ce (pi on débite pour des doctrines du S. Esprit. Quels desordres n'ont pas causé en tout temjts ces sortes de gens, mais vous vei'rez cela dans mon livre d'une manière plus étendue.
Je suis de tout mon cœur et avec une parfaite estime, Mademoiselle, votre très humble et obéissant serviteur.
'N' 17, vol. G, |i. 264.}