‹ Antoine CourtChapitre 23 sur 251 · DISCUSSION DES PROJETS · texte numérisé non relu

DISCUSSION DES PROJETS

une multitude résig-née, Louiri XIV renoncera à vaincre l'hérésie par la persécution. Ce projet n'avait pas prévalu. On avait préféré attendre silencieusement les violences (jue de les reg"arder en face et leur présenter l'attitude courag-euse de l'innocence qui se sacrifie. Aussi arriva-t-il que trompée par de faux rapports, croyant à la conversion des uns et à l'indifférence des autres, ne pouvant soupçonner que ceux qui souffî'aient si patiemment les drayonnades et la suppression des lieux de culte finiraient par recourir à la force pour repousser la force, la cour brusqua le dénoîiment et révo([ua, sans tarder, l'Edit de Nantes. La plupart cherchèrent alors la liberté dans la fuite, les autres dans la révolte. Quant à ceux qui par une conversion simulée voulurent éviter les périls de la lutte et satisfaire leurs convictions, ils ne trouvèrent dans cette situation ambig'uë ni là sécurité vis-à-vis des catholiques, ni l'estime auprès de leurs coreligionnaires. Cette conduite avait eu des conséquences déplorables. La majeure partie des protestants avait émigré, les Camisards avaient été soumis, et parmi les nouveaux convertis, combien perdaient peu à peu dans des pratiques journalières leur ancienne haine contre le catholicisme ! Ainsi la liberté de conscience n'avait été conquise — au prix de quels sacrifices ! ■ — que par les exilés. La g-uerre n'avait abouti qu'àlaruine et à l'éditde 1715. Fallait-il donc une seconde fois recourir à la fuite '( Fallait-il se jeter dans une nouvelle insurrection ? Ou bien se résigmerait-on à souffrir, dans l'espérance que cette résignation muette toucherait enfin les persécuteurs ?

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