‹ Antoine CourtChapitre 230 sur 251 · LETTRE DE CORTEIZ A VESSON LUI ANNONÇANT SA DÉPOSITION · texte numérisé non relu

LETTRE DE CORTEIZ A VESSON LUI ANNONÇANT SA DÉPOSITION

13 décembre 1720.

Monsieur, vous serez informé comme nous nous sommes assemblezen colloque, le 13 du courant, au nombrede25 anciens, entre lesquelsil y avait unministre etdeux proposans. Après avoir invoqué le saint nom de Dieu pour luy demander sa protection, son amour, sa grâce, son esprit de lumière, de sagesse et de santification, nous avons celon les règles de ladissipline exclesiastique étably un modérateur, après quoy les députés du sinode du 20 Tbre ont informé « la vénérable compagnie de tout ce que s'y étaient proposé et délibéré. Après quoy ont et venu a parler de vous et de la letre par laquelle vous étiez prié de vous rendre au présent sinode. Un Encien a dit que peu être vous ne l'aviez pas reçue. Pandant cette intervalle, il et arrivé deux hommes de chez vous scavoir un iluslre Encien et un bon fidelle qui ont témoigné comme vous aviez vrayement reçu la letre et déclaré en même temps que vous netiez pas dans le santim^ de venir n'y dans les colloques, n'y dans les sinodes. Alors la vénérable assemblée a été priée d'examiner meurem' et en bonne consience s'il et fort hutille qu'il y ait dans l'Eglise de consistoires et un ordre. Dans ce même instan, a été produit une lettre de M. le célèbre P. prouvant l'hutilitté et la nécessité de la dissipline, disant que le fils de Dieu, ny les apôtres, ny les prophètes, non jamais combatu lordre. Ils travaillaient à destruire les erreurs et les préjugez, mais non jamais touché à l'ordre, bien que la doctrine fut corrompue, qu'on ne peut jamais établir une bonne doctrine sans établir en même tems un ordr£ et une bonne dissipline pour la soutenir. Les apôtres premiers fondateurs de la religion Chrétienne ont etably des reglem's et esprecement

recommande l'exatte observation de l'ordre. S. Paul dit a l'Eglise de Gorinthe (1 Corinth. 14, v. 40) que Dieu et un Dieu d'ordre et de paix et non pas de confussions, de même les enfans de Dieu sont des enfans de paix et d'ordre et non pas de trouble. Le même apotre dit a son dissii)lo Titte (chap. 1, v. 5j, qu'il lavait laisse en Crète afin qu'il continue ametre toutes choses en bon ordre et qu'il établisse des enciens de lieu en lieu. S. Cyprien, nonostonant les cruelles persécutions, ont voit dans ces lettres apologiques, que quelques uns appellent apostoliques, qu'ils établissent partout oij il passait des Enciens et un ordre. La même chose ont lit dans les écrits deBeze. Helas ! que serait un corps, une société, une Republique, un royaume, une armée, sans un ordre, sans une dissipline. L'ordre a de grandes hutillitez. Il est bon pour reunir les esprits, pour reconseiller les afiections, banir les esquandalles, humilier les pécheurs, corriger les vicieux ; trez bon pour conduire les assemblées duement convoquées, pour secourir les pauvres, pour dissiper l'erreur ; en un mot, l'ordre donne une double force pour combattre les ennemis de la piété, les averssaires de la paix et de la concorde; ce n'estpassans de grandes raisons (jue l'ordre et appelé lame de l'Eghse et le nerdt de la religion.

Après que la vénérable compagnie a leu reconnu la nécessité de l'ordre, tant par les livres des Pères que par lecriture Sainte, comme aussy par les lettres de nos très et honores frères des pais étrangers, l'assemblée a unanimement convenu que ch.imatiques et sectateres soient bannys de la paix de l'Eglise, qui soients ministres, qui soients proposants, qui soients Enciens, qui soients lahiques de quelque ordre qu'ils soients, après la !'■<', la 2, la 3 admonition, qu'on le tienne pour hérétique. Cela et la santance de S. Paul, et le fils de Dieu veut (ju'on les regarde comme des payents et comme des infidelles ceux qui ce raidis.sent contre les Enciens et contre l'Egli.se. 11 faut dont convenir que Celuy ([ui refuse de ce soumettre à l'ordre et aux Ijons règlements que la sagesse de Dieu a etalily pour la

conduitto et gouvornem' de son Enlise ne sont pas les j)|iis humbles ny les meilleurs cretiens. Là dessus, un de la conipaiçnie a raporlé en belles paroUes de S. Paul aux Romains chap. Hi V. 17 prenez garde a ceux qui font des partialitez et qui causent du esquandalle. En efl'et une personne, qui fait secte a part, cause des orii)les ex({uandalles, il ce cepare de la paix de l'Eglise, il ront le sacré ugnion de l'Eglise par son injuste ceparation .

La vénérable compagnie, au nombre dfl laquelle il n'y a personne i[u\ vous j)uisse être suspecte, vous a trouvf^ coupable de tous ces crimes. Prouvant que vous aviez refusé cette fois de vous randre dans le présent sinode ou colloque, la compagnie a justem' dit que, sy vous étiez innossant des crimes dont Ion vous imi)ute, vous seriez venu pour maniffester votre innossance, mais vous seriez encore venu tant plus volontiers parce que vous pouviez venir e ])arler sans craintes .Mais ce n'est pas la M. le seul crime dont vous étiez coupable, quoy que cela suffirai! pour mettre en prison et entieremi de mettre tan un minisire que un prêtre quy refuserait de ce rendre dans un lieu qui serait appelle et ou il pourraient parler sans danger.

En 2 lieu, vous êtes coupable d'avoir baptizé des enfans dans le tems que, bienloin qu'on vous leut commandé, ont vous l'avait defandut, et qui y a de ministres qui ontreçeu toutes les formalités requisses pour faire cette S''- fonction; c'est encore un grand crime, car c'est faire revivre lerreur des Marcionites et autoriser celle de l'Eglise Romaine qui simagine que la nécessité autorise hommes et femmes, sans produire de sollides raisons. Mais ceux qui sont heureusement instruits dans la religion ('hretienne croient avec tous les ortodoxes qu'il n'est permy d'aministrer les sacrements (ju'a ceux qui ont reçu une légitime vocal ion, dans un tenqis de paix, par une assemblée dos pasleurs et propliesseurs. Alors il est permis a des Enciens helus a lu ]jluralité des voix delablir un lioniinc en qui ils connaisseni lies (|u;ilil(>z requises au S. Ministère, de hiy ibjnner la puis-

sance et lautoritt'' do t'nirp loutes les fonctions d'un jiiislcar; et vous n'otos otably ny dans un consisloiro do ministres, ny dans un consistoire d'Enciens. Vous jiouvoz donc lire votre condamnation au '35 article de la l'oiifcssion de fo\ dressée d'un commun acord de loutes les ei>lises reforuK'es di' France, (|nc l'Eglise ne jieut sulisister, s'il n'y a un ordre sacré, inviolalilc, et au ;il article que nul ae ce doit ingérer de son autorité propre. Vous êtes encore condamné au '25 article de la discipline o\clésiastique que, ([uand un pasteur serai I ap]irouvé ili' sonl troupeau et du ministre prochain, il faut que la cliose soil autorisée par le sinode.

En S" lieu, vous êtes coupable d'avoir leu(a Meyrueis) une lettni disphamatoire et supposée, di.sant faussement que M. Elgaire l'avait envoyée a Durand et aux autres, et d'avoir méprisse et calonnié les Enciens lielus a la pluralité des voix les appelans ivrognes, couquins, voUeurs.

En 4 lieu, vous êtes coupable de parjurre n'ayant pas obtenu ce que vous aviez promis a la crote du château de Presac et de n'être pas alé avec le frère Deleuze, comme vous l'aviez promis en plain sinode.

En f) lieu, vous êtes coupable de soutenir enseigner des sentiments improuvés.

En G lieu, vous êtes coupable de ne vouloir vous rendre dans les assemblées de vos frères, lors qu'ils sont assemblez avec que les fidelles pour rendre à Dieu leurs omages religieux. Des ilustres lidelles oui témoigné en plaine assemblée (|ue vous aviez refussé sans sujet do vous y rendre dans le tems même qu'ils vous epriaient, et sertainem' vous n'avez jamais fait voir aucun amour i)our vos frères.

En 1 lieu, vous êtes coupables de n'avoir pas Iravailliez a etabUf de reglends pour la conduite et biense(>nce des assemblées, couformem' à vos frères et celon l'exhortation de S. Paul fl^bilip. :i V. I(i suivani lous une mémi- règle, ayaiil un même sentiin'. 'l'out cela l'ait (pie vous vous rendez du lout

inilii^no d'occuper la chargo dans laquelle vous vous êtes ingéré. A raison de quoy, la compagnie vous impose silence par une liatte de bonne consience et vous ascigne devant Dieu d'obéir à la voix de lecriturc Sie , qui vous dit que l'esprit de prophétie est soumis aux proi)hotes M Gorinlli., 14, v. 32). Cependant, par une charité incomparable, la compagnie, a unanimement convenu et arrêté que vous pouvez revenir dans la paix de l'Eglise en composant vous même un sinode général a la face (lu quel vous 'vous jusliliere/, sy vous croyez le pouvoir l'aire, et fairez voir votre innocence, sy vous croyez en avoir.

Fait ce 13 Dessembre 1720. Dieu veuille avoir pitié des errans et ramener ceux qui cé garent, amen.

(N- 17, vol. G, n" 10.)

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