‹ Antoine CourtChapitre 240 sur 251 · N" XXII · texte numérisé non relu

N" XXII

HKl.ATION HISTORIQUE DES PIlINCIPAU.'t ÉVÉNEMENTS QUI SONT ARRIVÉS A I.\ RICLIilION PROTESTANTE DEPUIS LA RÉVOCATION DES ÉDITS DK NANTES, l'an 1685, JUSQUES A l'aN PRÉSENT 1 728, PAR CORTEIZ.

Je ne rapporteray pas ici toutes les cruautés qu'on a exercées contre les Réformés, n'y le nom des personnes qui ontsoufl'ert le martire pour la déffence de la vraye foi; je me propose seulement de rajjjtorter icy, comme Dieu, justement irrité pour le mépris fait à sa parole, a voulu transporter son chandelier hors de la France, — mais pour la gloire de son grand nom, et pour le bonhîur de ses élus, Dieu a conservé dans le cœur d'un nombre de fidelles, comme un feu caché sous les cendres ; et Jorsque le temps précis a été accompli, Dieu a fait naître des moyens pour ralumer ce feu caché. — Je ne doute pas que quelques pieux Reformés n'ayent fait une narration exatte de toutes les choses qui se sont passées durant le cours de cette horrible persécution : mais en attendant que cette pièce soit mise aux yeux du public, les personnes qui sont touchées de la froissure de Joseph, liront avec quelque plaisir cette briève relation.

Tout le monde est assés informé que l'Eglise romaine est fort ingénieuse a engager les Roys a la persécution. Ayant malicieusement prévu que la lumière do l'Evangile, qui éclaire la religion protestante, leur étoit nuisible, ils commencèrent en l'an 1085 par un Edit de Louis XIV, Roy de France, d'interdire les ministres de l'Evangile, dedeniolir des temples, de brûler l'Ecrilure Steot touttes sortes de livres de controverse et de pieté (|ui

pouvoient servir aux Reformés ; ils firent en même temps des églises partout, et établirent a chaque paroisses des prêtres pour y chanter Messe, et des régents d'école qui leurs fussent favorables, pour enseigner à la jeunesse leurs dogmes et leurs principes. Voila les enfans de ce siècle plus prudents dans leurs génération que les enfans de lumière; voila de beaux maximes pour détruire entièrement la religion reformée, et pour établir avantageusement le papisme. Mais Dieu, ijui veille pour la conservation de ses élus et qui ne permet pas que leur foy manque et que ses voyes ne sont pas les voyes des hommes. Dieu donc ne permit pas que la plus part des protestants abandonnassent la vérité pour une abjuration que l'Eglise romaine exigeoit, laquelle abjuration fesoit même horreur a la plus part de ceux de leur communion. Et comme les émicaires de la bête trouvèrent des conciences qui leurs resistoient, ils n'épargnèrent n'y le fer n'y le feu pour les faire sucomber, comme toute la terre en est imformée. Ce qui obligeât une quantité considérable de Reformés a former une constante résolution de tout abandonner, maisons, biens, parents, et amis, pour sauver la vie spirituelle de l'ame. Alors les émiçaires du fils de perdiction y formèrent de nouvelles précautions; ils obtinrent un ordre du Roy d'empêcher les Reformés de sortir du royaume, et bloquèrent, autant qu'il dépendit deux, toutes sortes de passages, pour empêcher les protestants de quitter leurs biens et de sortir l'argent de France.

Et comme Dieu ne se laisse jamais sans témoignage en nous bienfaisant, Dieu susçitàt do fidelles témoins pour testifier de sa vérité, car, environ ce temps la, se trouva les nommés Mess" Rey, Brousson avocat au parlement, Vivent, Lapierre qui avoit fait des progrets considérables dans les études, Roman, les trois frères Plants, l'Aloman, Laporte, Dauphiné, Lajeunesse, Holivier et Guest, lesquels, après avoir convoqué pendant quelque temps des assemblées pour conlirmer la foy des fidelles dans la vérité, eux-mènies ont signé celte vérité de leur

]iro]jre sang. Excepté Mess. Lapierre, Roman et Lajeunesse, tous les autres ont souffert courageusement le martire a la gloire de Dieu et a l'honeur de la religion,

L'Eglise romaine ayant aperçu que la religion protestante se conservoit en France par le moyen des assemblées , elle redoubla la persécution pour éteindre la religion , en éloignant tous les moyens qui auroient put la soutenir; elle prit même de nouvelles précautions, a savoir elle enleva les enfans d'entre les mains des pères et mères, les faisants conduire dans les couvants, pour y être instruits selon les préceptes de l'Eglise romaine. Les pères et mères étoient contraints de payer 4 écus le mois pour chacun de leurs enfants qui étoient dans les couvants ; et, lorsqu'on n'avait pas de quoy payer, on envoyoit un détachement de soldats pour emporter ce qu'on trouvoit de meilleur dans la maison.

Mons'" l'abé Du Chailas, grand favoris de l'Antéchrist, faisoit tous ses efforts dans le diocèse de Mande pour entraîner la jeunesse dans les couvents, et faire exatement payer les pensions. Ce fut alors que les pauvres pères et mères, se voyant privés de leurs biens et de leurs enfants, ne purent plus se retenir. Ce fut alors que la patience fit place à l'impatience et que la violence triompha du silence. Tous les Réformés ne pouvoient presque plus se soutenir, étoient comme dans le désespoir; les choses se trouvant dans cette situation, quelques fidelles qui sortoient du royaume, pour pouvoir jouir librement de la religion, furent pris et enfermés dans une prison au Pont de Monvert, diocèse de Mande. Mons'' l'abé Du Chailas qui leurs faisoit souffrir des peines dures et insupportables, les pauvres Réformés infortunés, qui étoient las de supporter la cruauté de ce Pharaon, crurent qu'ils feroient un acte de la dernière charité d'aller délivrer leur frères prisonniers'. Ils se rendirent à la prison de nuit. Ils enfoncèrent la porte de la prison. Mons'' l'abé Du

1 En marge, ou lit : la naissance des Camisards.

Ghailas crut qu'il devoit déffandre la porte do la prison, les Réformés qui étoient déjà las de supporter sa malignité se voulurent jette sur luy, mais M"" l'abé leurs fit feu dessus. Alors les questeurs des prisonniers ne gardèrent plus de mesures : ils mirent le feu à la maison ou étoit M' l'abé ; M"' l'abé voyant que la maison allait être embrasée, sauta par une fenêtre, mais il fut pris, et, pour tout dire en un mot, il fut tué sur le pont*.

Voilà cet inexorable persécuteur mort, voilà aussi les prisonniers mis en liberté ; mais pour cela les Reformés ne furent pas délivrés de leur maux, bien loin de la, ce malheur en attira un autre, même plusieurs autres maux. Car c'est événement irrita si fortement les éclésias tiques Romains, qu'ils crurent qu'il n'y avait point de peines suffisantes pour expiers le crime de ceux qui avoient tué M'' l'abé. Ceux qui avoient fait le meurtre, se voyant avec les prisonniers en quelque manière découverts, crurent quils se pouvoient deflendres contre leurs persécuteurs ; ils formèrent une cabale, ils sacquirent deux prédiseurs qui leurs étoient favorables, savoir les nommés Mathieu, natif de Geno- Ihaac, qui fut tué peu de jours après a Pierremalle d'un coup de fuzil, et Salomon Coudert, de la paroisse de St André de Lamsulcre : ce dernier, après avoir régné quelque temps, sortit de France environ l'an 1704, et ensuitte, s'en retournant en France environ l'an 1706, fut pris à Livron en Dauphiné, et puis conduit et brûlé à Montpelier.

Gonsecutivement après la mort de M' l'abé, Nicolas Jeanni Gony natif des Plos, proche de Genolhaac, s' érigeât" en chef de cette troupe, qui tenoitla campagne, sagrossisoit tout les jours comme un pelotton de nége qui dessant d'une montagne ; ces personnes érantes cherchent a se munir des armes ; ils furent avec violence au château de la Devex, et étant repoussés avec perte, ils se riièrent comme des lions, sans épargner ny hommes ny femmes. Le dit Salomon Goudert, qui faisoit déjà le prophète e

1 En marge, on lit : le pont de Montvert.

le piedicateur, sâmassa unn troupe fort consideralile rte son côté animés tous de l'esprit de cruauté.

En ce même temps la, y parût un nommé Castagnet, de Massevague, paroisse de Fraissinet de Fourgues, proche la montagne de Legoual, qui fit aussy le prophète et le prédicateur; il fut suivit d'un nombre considérable de personnes. 11 se portn aussi de son côté a tuer les prêtres et a brûler les églises. 11 est bien vray que la jeunesse qui suivoit ce dernier ne le voulut ]jas suivre fort longtemps, mais se rendirent sous la conduitte d'un nomme La Rose, qui s'étoit aussy lui même établit capitaine. 11 faut observer que ce dernier ne se disoit point prophète. Ceux cy, c'est adiré ces attrouppés, se tenoient dans les hautes Gévenes ; mais ils furent en même temps secondés par de nouveaux attroupés, assavoir par M"" Ca vaille et par M"" Laporte dit Roland; le premier de ces deux se tenoit du cote de Nisme avec sa bande, le second se tenoit dans les basses Gévenes, avec les Camisards qui le suivoit. Tous deux, reculs prophètes par les fols jugements du peuple, tous deux bruloient les églises, et tuoient les prêtres. Mons'' Gavaillé et les siens, poussés par leurs prétendiies inspirations, firent tuer des femmes et des petits enfans a Sansceries et a Solororgues, proche Lunel. Nicolas Gony en fit de même a Chambourigeau par lavis et conseil de ces prétendus inspirés. Je passe sous silence les actions indignes et cruelles qui furent exercées par lavis du même esprit a Malataverne, proche Alais, en Gévenes.

Tous ces Camisards, après avoir régné quelque temps et s'être vus souvent dispercé, finalement Mons^ le maréchal Duvillard, par une douceur digne de lui et par une prudence trèsloiiable, appaisa ces factions et ces désordres. Mais, avant que de calmer cette furieuse tempête, il y eut quarante-deux paroisses brûlées du diocèse de Mande ou d'Usés et la plus grande partie du monde tués on dispercés. Dieu, qui dirige de tous les événements, disposa ainsi des choses afin de punir et de châtier un peuple qui avoit profané son saint et grand nom, et

foulé aux pieds les exortations et les remontrances de ses serviteurs. L'Eglise romaine a péché contre Dieu d'engager le Roy a persécuter et détruire des gens que, dans le fond de la doctrine et de la créance, ils ne reçoivent que ce que la parole divinement inspirée nous enseigne. lies protestants sont très crimin(>ls devant Dieu de ne prolitter pas des châtiments do Dieu, et d'avoir plus de crainte des hommes qui ne peuvenl luer (|ue le corps, que de Dieu qui a la puissance d'envoyer le corps et l'ùmc tout ensemble dans la gène du feu. Aincy Dieu a justement permis que les persécutés et les persécuteurs, tous ensemble, ayent senti la pesanteur de sa main.

Après tous ces fatals événements, il se passa quelques années que les Réformés se trouvèrent sans pasteurs, sans livres, sans libertés, hormis un petit reste de Camisards, savoir les nommés Pierre Clary, Jaque Bonbounous, Mathieu Mazet, Laveille, Salomon Sabatier de la paroisse de Gros, Etienne Arneau et quelques autres dont la plupart iliterats. Et pourtant ils s'apliquerent a aprendre a lire; quelqu'uns d'en- (reux apprit même quelques sermons par cœur faits par quelques habilles hommes et qu'ensuite ils anonyoient aux fidelles qui les venoient écouter, mais, comme les voisins savoient que c'étoit des novices a Ure, ne faisoient pas beaucoup d'atention a leurs prédications.

Alors les recherches ètoient très exates, les sùplices étoient effroyables, on ne parloit que de rompre, que de brûler, c'est aincy qu'on traittoit le reste des Camisards. Alors reignoit M' Debaville, intendant de la province du Languedoc, hommes cruel et impitoyable, s'il y en a jamais ùt dans le monde. La haine et l'aversion que les jésuites lui inspiroient contre la religion reformée, la cruauté qui lui étoit naturellement en inclination, proiluisoit une grande joie dans son ame, lorsquil trouvoit occation de condamner quelque protestant a un affreux suplice. Laissons ce tiran au jugement de Dieu.

Environ < e temps la, M'' le marquis de l'Holande, qui étoit

alors a Alais, en Cévenes, donna un passeport a Salomon Sabatier, de la paroisse de Gros, et a Etienne Arneau, de Si Hipolite de la Planquette, pour s'en aller a Genève.

Pour revenir a moy et au moyens que Dieu s'est servit jiour m'apeller à sa connoissance, en l'an 1G97, il me tomba entre les mains, le Bouclier de la foy, le Combat chrétien , dix décades de sermons, excebmts ouvrages de Mons"" Pierre Dumoulin , Le Dialogue entre son père et son fils pow voir si l'on se peut sauver en allant a la Messe, pour éviter la persécution, ouvrage des plus convenables pour la situation d'une Eglise comme celle de France, et enfin un Catéchisme de controverse par Dumoulin. Je lù tous ces livres avec une sérieuse attention ; Dieu me donna la lumière d'entendement pour pouvoir discerner la vraye religion d'avec la fauce. Ce fût alors que je conçu un souverain mépris pour les erreurs de l'Eglise romaine, ce fut alors que j'aima et que je m'attacha fortement à la vérité de la religion reformée. J'étois âgé d'environ 16 a 17 ans. Environ deux ans après, 1699, Jean Fegeroles, d'Alicce de Rhunes, paroisse de Frésinet de Losére, diocèse de Mande, avoit fait convoquer une assemblée dans le lieu de ma naissance, qui est Nozaret, paroisse de "Vialas, ancienne de Cartagnol, diocèse d'Usés, en Gevenes ; le dit Jean Felgerole n'étant pas venù a l'assemblée qui étoit convoquée en son nom, quelques personnes qui étoient à l'assemblée, avec lesquelles javois eu de fréquentes conversations, me prièrent de ne pas laisser partir l'assemblée sans leurs donner quelque consolation; tout d'un coup je me trouva rempli de courage et de zèle, et je parla avec beaucoup de fermeté et d'ardeur de la parole de Dieu. Alors je fus ardemment re(juis par mes voisins, tous les dimanches, de leur donner quelque exhortation. Gela éclata dans toute la paroise qui est composée de 14 villages; tout le monde me fit caresse et me donna connoitre qu'il avoit de l'estime pour moi et pour mes exhortations, ce qui ne contribua pas peu a l'augmentation de mon courage. Je con-

tinua ainsy a faire quelques exhortations jusqu'à lan 1702 que les Camisards commencèrent a faire leurs estratagêmes, et que tout le Languedoc et "Vivarès formilloit de prétendus prophètes, disant dans leurs imaginaires révélations qu'il faloit tuer les prêtres, brûler les autels. Par l'avis de quelques amis qui regardoient leurs rêveries comme un zèle précité, je voulus aller réprimer par quelques exhortations et bonnes remontrances leurs cruautés. Je pris donc la liberté de parler a ces Camisards et en particulier a Nicolas Jony , capitaine de la bande, qui battoit nos montagnes, leurs représentant que tuer les prêtres, brûler les églises, ce n'etoit ny de la doctrine de l'Evangile, ny de la pratique des premiers chrétiens, d'ailleur que cela ne fesoit qu'allumer la fureur des ennemis et ruiner entièrement le païs. Mais helas ! mon conseil fut très mal reçut. Les prétendu ts inspirés commencèrent a se détacher contre moy, me traitant d'incrédule et de murmurateur, me menaçant de me faire subir le même sort des prêtres de l'Eglise romaine, et je n'ùtpour ma deflence qu'un grand silence. Cependant je continua a exhorter mes frères de la paroisse de ma naissance jusqu'à l'an 1703.

Alors je ne put rester d'avantage a la maison de mon père, Mons"" le coronel Du Vilard étant venut avec un ordre de la cour, et avec une puissante armée pour bruller notre paroisse, qui se trouvoit du nombre des 42 qui dévoient être brûlées. Mons'' de Juilhen, qui avoit reçut le même ordre que Mons"" Duvilard, faisoit exattement son devoir dans le diocèse de Mande avec une puissante armée pour brûler et tuer tous ceux qu'on trouveroit a la campagne, et qui ne s'étoient pas retirés dans les lieux qui leurs avoient été marqués.

En l'an 1704, Mons"" le maréchal Duvilard* qui se tenoit tantôt à Nimes, tantôt a Montpelier, calma ce feu immodéré des Camisards, comme il a été dit, et donna des passeports dassu-

I Nous copions lextuellemenl. Il y a, comme on le verra, plusieurs orlhographes pour le même mol ou le même nom.

44(i l'IlOCES ET DOCUMENTS INÉDITS

i*dncn pour aller à Genève, afin d'affbiblir la force desCamisards. Ainsi, après avoir reste un an voltif^eant dans les déserts, hors de la maison de mon père, je prolita enlin des passeports de M"" Diivilard jiour aller a fJcnève.

Je sortis donc de France en l'an ITO'i, dans le mois de novembre. Je me rendis a Lauzane, en Suisse, et je fis' connaissance de Mons'' Jean Pierre Secretan ministre et pasteur de l'église de Monts, qui me lit placé pour maitre d'école ilans une de ces églises ou je resta environ 15 mois, aubout duquel temps Mons"' Sobretan i^ontilhomme des Cévenes, réfugié a Lauzane, ayant parlé avec quelques jiorsonnes, soient pasteurs, cjui pouroit-on envoyer en France pour soutenir les Réformés dans la vraye foy, et ayant jetté les yeux sur moy, on m'en lit la jn'opOsition, et je l'accepta. Je m'en fus jus(iu'à Genève, niais les passages eloient si exattement blocqués, qu'il étoil non seulement difficile, mais impossible de jjasser jusqu'en Lan,«uedoc, sans être arrêté. Aincy mon voyage de Franco fut renvoyé jusqu'à lan 1 70".), que, me trouvant a Genève, les nommés Salomon Sabatier et Etienne Arncau, tous deux des Cevenes, ayant tous deux un ardant désir d'aller exhorter leurs frères, me communiquèrent leur dessin et me montrèrent une route qu'on leurs avoit donné, qui me jiarùt fort sure, mais aussi fort longue pai' le grand détour quelle l'aisoit. Je fis dabord comnnuui|uer cette pensée à M'' le marquis d'Argilliés, alors ambas.sadeur d'Angleterre à Genève; j'en donna aussi avis à M"" Sobretan; les uns et les autres trouvèrent fort bon de faire ce voyage. Je me disposa a partir avec les susnommés.

Le jour de notre départ fut le 5 juin ITU'.I. Etant heureusement arrivés en Gevenes, nous étions tous pénétrés de joie; mais notre joye fut bientôt changée en tristesse. Je fus dabord voir mon père et ma mère, qui me reprochèrent mon retour comme la dernière de toutes les imprudences, m'exhortant de m'en retourner au plus vite, si je ne voulois être conduit a un cruel suplice.

Cette voix nous consterna d'abord tous trois ; mais un moment après, nous reprmios courage, et après avoir embrassé mon père et ma mère, nous descendîmes a Enduze. Là, nous trouvâmes trois garçons qui savoicnt quelques sermons par mémoire qu'ils avoient heureusement apris, l'un desquels a été papiste. Mais hélas! a peine trouvions nous quelque maisons de confiance; nous mangions dans les déserts et nous couchions dans les montagnes, sous les arbres. Quelques semaines après nôtre arrivée, nous entendimes dire la funeste nouvelle que les trois jeunes garçons, que nous avions vùs a Enduse, étoient pris a Millueau proche Nimes dans la maison de maitre Paget. Tous trois furent jtenilus a Montpellier

Mous'' Plantier de Nimes étoit alors prisonnier avec les trois garçons, savoir: Antoine Cordese de St Daunis, proche Nage, Jean Abric, — il etoit du coté de Gange, — et le prosélitc nommé Janot. Ce dernier, le matin, quand on fût leurs annoncer qu'ils seroient peuduts,il témoigna une joie, qui ne pouvoit procéder que de l'esprit de Dieu, confirmant le courage de ses frères. Peu de temps après, on prit aussi Claris à Usés qui fut aussi pendu a Montpellier. A peine eu-je resté un an avec mes compagnons de voyage et d'œuvre au Seigneur, que Salomon Sabatier fut arrêté a Sery au pont vieux d'Alais et conduit au fort de la dite ville, et de la a Montpelier ou il fut pendù. Je ne (lois pas obmettre que la mort de ce dernier fut très édifiante; nos propres ennemis ne purent se retenir de du'c (juc, si un verre de leurs sang le pouvoit garantir, ils le verseroient volontiers ; ils dirent cela après lavoir entendu prêcher dans une chambre du fort, que Mons"" de Lolande lavoit tait montrer du cachot pour satisfaire la curiosité de (quelques Messieurs et Dames. Ce fatal événement ne fut pas plutôt passé, en voicy un autre. Un jeune garçon nommé Mathieu Mazel, de Sador-

' « Us furent trahis par un nomme Janot de Caveirac. Celui qui avait été papiste fut celuy qui brava le plus la mort et souffrit courngrusement le martyre. » (Noie (le Corti'iz).

gues, ayant formé une assemblée la nuit dans une maisonnette que Ion se sert pour sécher les châtaignes, les ennemis les surprirent dans la nuit, ayant négligé de mettre les sentinelles nécessaires ; ils firent des prisonniers, ils tuèrent des hommes et des femmes, entre lesquels se trouva, le dit Mathieu Mazel. Le lieu ou ce catastrophe arriva, est le terroir de Milierrine, parroissc de St Martin, en Cevenes.

Toutes ces choses jettèrent si fortement la terreur dans l'àme d'Etienne Arneaux qu'il prit son chemin pour s'en retourner à Genève; mais il fut arété au pont de St Esprit. Et dabordil demanda un capitaine, dissimulant sa route de Genève et qu'il eut été Camisard et prédicateur, mais toutes ces précautions furent inutiles, puis qu'environ sept ans après il fut appelé au martire, ayant déserté des troupes et ayant prêché quelque temps dans le désert : il fut pris a Alais et ensuite conduit a Montpelier, de là à Nimes ou le presidial le jugeât et le condamna a être pendùa Alais, — ce qui fut exécuté le 22 janvier 1718, — ville a laquelle il avoit été pris. La constance, la patience, et l'humilité de ce dernier martir, ne fut pas moins édifiante que celle des précédents, puisque ses juges le grand prévôt et son propre boureau, émùs parles propres mouvements de leurs conscience, ne purent s'empêcher de dire que si la religion protestante est une bonne religion, certainement Arneaux est un saint.

Me voila donc tout seul a prêcher dans toutes les Cévenes et bas Languedoc, me voila seul echapé de la gueule du bon. 11 est vray que Jaques Bonbounous, et Jean Rouvière étoients avec moy ; mais ils ne faisoient point de fonctions de prédicateurs.

Environ ce temps la, je tomba malade. Ce genre de vie dura environ trois ans. Joint les affictions et les chagrains que jerecevois tous les jours de voir mes chers frères enlevés de devant mes yeux, les mauvais allimens que je mangeois, l'umidité de la terre sur laquelle rouchois, les sérénité!» de la nuit que j'en-

durois, m'offencèrent le sang et gâtèrent l'estomac, de sorte que i'etois foible et languissant. Je crû que je devois aller prendre un peu de repos a Genève pour recouvrer la santé ; je party donc le mois de may 1712, ou j'ariva heureusement à Genève et en Suisse pour trouver quelque repos, ou je me maria, mais je n'y trouva pas tout le repos que je m'etois attendu. Dieu fit naître de nouvelles afflictions qu'au millieu de mon innocence j'avois des chagrains qui m'ètoient un espèce de martire. Je connus bien que la divine Providence disposoit toutes ces choses pour m'engager a retourner en France, ce que je fis heureusement.

A mon arrivée, je trouva mes deux confrères savoir Mi^^Bonbounous et Rouvière ; ces deux m' ap rirent comnip Jean Vesson, de la paroisse de Gros, et Jean Hue, de la paroisse de Genolhac, faisoient des assemblées, mais qu'ils trouvoient beaucoup d'irrégularité dans leurs conduittes. Le dernier avoit déjà prêché du temps des Gamisards; le premier se disoit prophète, le second s'etoit volontairement rendu entre les mains des ennemis à Montpelier, après son retour de Genève : là, les ennemis lui fournissoit son viatique ; mais le dit Jean Hue, étant solicité par un bon israélite, qui fesoit tout a bonne intention, sortit de Montpelier et monta dans les Gévenes pour y former des assemblées. J'ai un peu existé sur ces deux personnages, parce que l'un et l'autre nous ont été de grands obstacles et des pierres d'achoi)ement. Pour ramener ces deux hommes a leur devoir, je leurs donna un rcndes-vous dans lequel ils se rendirent ; après leurs avoir fait d'agréables accueils, et la lecture d'un chapitre, et dit la prière, je voulu leur parler en frère, mais, lorsque je voulus un tant soit peu toucher a leur vices, ils ne furent pas du goût de m'écouter; cependant je les embrassa et les recommanda a Dieu et a la parole de sa grâce.

Mons'' Jean Rouvière, natif de Blaisaac, paroisse de Joug, en Vivares, ne me quitta point pendant l'espace de neuf ans; nous des.sendimes du coté de Nimes, ou je trouva un prédicateur du Vivares. En pariant ensembles dos afiaircs par rapport 1 29

n l'etiU prosoiit ilo la religion, ce dit prédicateur, nommé M"" Pierre Brunei, me dit (ju'il y avoit un jeune frarron à Marseille, natif de Villeneuve de Bert, nommé Antoine Court, •lui avoit des talans pour la liredication. Je lui écrivis ilahord a l'adresse que le S'' Brunei m'avoit indiquée. A peine croyois-je que M'' Court eut reçût ma lettre, qu'il fut a Nimes pour me joindre, et nous fumes ({uelques jours ensemldes. ,Ie trouva en lui des dispositions propres pour la prédication.

Comme j'avois ma femme a Genève et que le S'' Brunei me faisoit ])on de m'introduire en connoissance environ 30 lieues par une voye sure, je me détermina a m'en aller avec luy ; mes confrères Bonbounous et Bouvière me voulurent ai compagner liendantccs 30 lieues. Nous quittâmes M'' Court a Usés, entre jjonnes mains.

Apres avoir resté ([Uelque lenqis avec ma fennne, je m'en retourna de nouveau avec mes iVeres. A mon retour, je passa en t3auphiné, ou je lis des assenil)lées presque partout ou il y a des Reformés; j'en fis de même dans le Vivares, dans toutes les parroisses et communautés ou il y a des lidelles disposez a recevoir la Parole de Dieu. Ensuitte je dessandis en Languedoc ou je trouva que mes frères collègues avoient considérablement augmente leur connoissances. La persécution commença a se ralentir un peu; les trouppes espagnoles, qu'on appeloit miquelets, se retirèrent; le zèle du peuple augmenta tous les jours ; les Cevennes qui etoient presque toutes tombées dans l'inditTerence de religion commencèrent a se reveiller par le moyen de la prédication de l'Evangille, à la reserve des paroisses de St Etienne, de St Germain, et de 8te Croix qui vivent encorre dans une extrême tiédeur. Dieu veuille reveiller leurs conscience •endormies !

Avant que de passer plus avant, je crois qu'il ne sera pas inutile de dire que Mess'* Bilard, Dupon, et Abram, — ces deux premiers étoient officiers dans le régiment de M' Cavailler, et le dernier se disoit prophète, — le régiment du dit M'' Cavail-

1er étant dissipé, et n'étant plus remis sur pied, voila Mess. Bilard et Dupon sans employ. Ils formèrent le dessin de se prorurer du travail par le moyen de leur prophète nommé Abram Mazel, natif deFaugière, parroi&se de StJean de Gardonnengue, (jui leur promettoit des victoires infaillibles. Ils s'en vont donc en Vivares sous la conduitte de leur prophète, qui leur faisoit espérer par ses révélations des victoires certaines ; ils s'amassèrent en peu de jours environ cent honunes de la jeunesse du Vivares, ils enlevèrent les armes d'un château, ils battirent (luolquefois leurs ennemis, et en particulier un régiment suisse qui venoitles assaillira l'aurore du jour. Le gouverneur de la iirovincc, ayanf aperçu ijue res nouveaux attroupés devenoient très dangereux, les alla visiter avec un(( forte armée; ils ne manquèrent pas ces nouveaux Gamisards, les battirent et les mirent en ruine, tuèrent leurs deux chefs, les uns sur le champ et les autres après les avoir dispersés. Le prétendu prophète fut blessé, cette innovation n'eut pas un grand .succès, on vit d'abord le pais dans un état déplorable. Une partie de la jeunesse l'ut pendiie ou rompue, le lieu de Vei'noux etoit tout envii'onné de cadavres de cette inFoi tunée jeunesse, qu'on avoit pendus ou i-ompus. Il est digne de notre attention que les fidelles du Vivares jouissoient d'un .urand calme, lorsque ces trois fauteurs y furent allumer par leur faction le feu du désordre, un fidelle proposant y faisoit des progrès admirables, lorsque ces fanatiques y arrivèrent, mais il se retira et s'en alla marier a Genève, lors- (|u'il ajjpi'rçu la iiaissanc'è du malheur. Le nom de ce prcqiosant est Jean Lbruy, dit Jean l'aul a ]u-esent, regent d'école dans les terres de Genève, (^es malheurs et désordres commencèrent environ le mois davril 1709, et linirent dans le mois de septem-' bre de la nuMue année. l;e 8'' Abram Mazid. qui avoit été blessé a la bataille, linalement guérit etdcssancUt en Lenguedoc dans le dessin de se former une nouvelle armée plus nombreuse (jue la précédante, pour établir, disoil il, l;i ielii;ion pi'otestante. Ses révélations [iromettoicnt }iar tout un heuieu.\

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succès. 11 fut joindre Clary dont il a ètû déjà parlé, ils se conseillèrent ensembles et formèrent la resolution de lever de nouveau des Gamisards, de s'établir chefs d'une armée nombreuse ot formidal)le ; et pour encourager le public a donner dans leur sentiments, ils leurs disoient que les Puissances étrangères, ayant guerre avec la France, leur donneroit le secours nécessaire. Il est a notter qu'ils otoient tous fortement confirmés dans leurs résolutions par le moyen do leur prétendîtes révélations. Ils s'etoient déjà ramassés une quinzaine de jeunes gens qu'ils avoient fait entrer dans leurs idées. Après leur complot formé et arrêté, ils m'envoyèrent chercher pour me communiquer tout ce qu'ils avoient déjà déterminé. Je fus consterné d'une telle entreprise et je sentis bien les maux qui s'en alloit résulter. Je les proposa a ces Mess", mais ils ne voulurent point se désister de leurs résolutions, disant que l'esprit de Dieu n'étoitpas menteur, qu'il leur promettoit de très heureux succès. Alors voyant que je ne pouvois rien gagner de 'leur coté, je parla aux personnes qui êtoient capables de les détourner de ce pernicieux sentiment, et je leurs représentât qu'on alloit faire revivre tous les malheurs précédents, qu'ils voyoient bien aquoy avoit abouty l'entreprise de Mess. La Porte, Cavailler, la Rose, et Jony; et «vous voyés, dis-je encore, ce qu'on vien de faire en Vivarés ; nous avons un peu de calme, on ne nous constraint point d'aller a la messe, ne nous faisons pas massacrer et n'exposons jamais nos frères aveuglement et témérairement dans le danger. » Cette proposition trouva heureusement (lieu) dans leurs cœur, et furent favorablement tournés de mon coté. Alors ils me répondirent, et me dirent : «Tout ce que vous nous dittes est vray; mais on ne saurait interrompre le dessin de ces Mess", savoir Abram, et Clary. » Alors je leurs donna pour avis de gagner du temps, leurs faisant entendre qu'on ne peut rien entreprendre durant la rigueur de l'hiver, mais qu'il faut attendre l'arrivée du beau temps. Mon conseil fut reçu, et, pour tout dire en un mot, les Gamisards qu'on avoit déjà ramassés,

mais qui n'etoieat pas connus des ennemis, furent renvoyés chacun chés soy. Le printemps arrivé, Abram fut tué, au Mas de Couteau proche Usés, Glary fut pris et blessé au dit mas de Couteau et ensuitte justicifié à MontpeUer. Voila le progrés rompu, et la lin de ces vaillans guerriers.

Poursuivons les événements arrivés a la religion, en France.

Je hsun troisième voyage a Genève, pour voir ma famille et pour parler aux personnes sencibles des maux de la chère Sion. Après avoir resté quelque tems a Genève, je m'achemina pour aller en Languedoe^; mais, en passant en Dauphiné, je fus arrêté par nos frères, qui me prièrent de leur donner quelques prédications. Mess" Bonbounous et Rouviere, dont le premier m'avoit accompagné jusqu'à Genève; le second nous attendoit en Dauphiné. Nous fîmes avantageusement rencontre de Mons'" Roger qui etoit nouvellement de retour en Dauphiné. Nous lui proposâmes la nescésité d'un ordre dans nos Eglises opprimées, nous lui montrâmes quelques articles des règlements que nous avions déjà dressés en Lenguedoc. M"- Jaques Roger approuva fort ce procédé et dit que, avant se séparer, il faloit ajouter quelques articles aux règlements de la discipline selon roi)curence du temp aux règlements précédents, ce que nous limes heureusement le 22*= août de l'année 1716; articles que nous avons encore dans nos règlements. Mess^* Rouvière, Bonbounous, et moy, après avoir embrassé M. Roger, nous nous rendîmes en Lenguedoc et nous montrâmes a Mess''^ nos colégues et aux Anciens, dans un sinode qui se tint, ou les articles dressés en Dauphiné furent reçus. Comme le nombre des assemblées et prédicateurs s'augmentoient tous les jours, on commença do former des églises. Mons'' Rouvière, proposant, et moy, qui savions mieux le terain, nous fumes employés a faire cette œuvre, et voicy de la manière qu'on forma les Eglises :

Vauver, le Caila, St Gille, Genairhac, Beauvoisin ; une église.

Gaisargues, St Cesarié, Nimes; une église.

454 l'IKClvS ET DOCUMENTS INÉDITS

QuiivaiiMC, l'Anglade, Clarensac; une ('-glifiP. Bernis au bord Ucheau, Millieau; uno ('(glise. Calvison, Cinq sens, St Daunise, St Cosme, Manèges; une église.

Gongénies et les ameaux voisin; une église.

St Lauran, les Ayniarguos, Massiiiargues, Lunol, (îalargues: une église.

Aiguës Vives et ses ameaux ; une église.

Aubay, Junas, Villeviclli', Sauniicre ; une grande église avec Aujargues.

Au de la do Yidourle, et Munredon, Favas, Espère, St Baussille; mais beias tous les protestants de ces cartiers sont devenus fanatiques jusqu'aux Gariyues.

Conbas, Fontanés, Savanwrgues; une église.

Canne, Vise, St Febx; une égbse.

Sauve, Quisac ; une église.

St Hipolitp, la Cadière ; une église.

Lésant, Ladignant font une église.

Mariege, Massane, Cassagnole: une église.

Bouquairan, Ners, Lascours; une église.

St Gincy, Sausel, St Gausille; une église.

La Kouviere, la Galmette, Dion ; une égbse.

Periniargues, St Mamert; ime église.

Blausac, Senilhac; une église.

Usés, Pailardgue; une église.

Montaren, Labeaume, Fuisargues ; une égbse.

Garrigues, Coulorgues, Aurilhiae; une église.

Fuisac, Gatigues, Banon, Aigailliés ; une église.

St Hipolite, St Jean, Yausset, St Geux ; une église.

Saine, Sausine, Bouquest, Mailairargues; une église.

Lussant, Vendras, Fonds, les Tavernes, Rochegoude; une église.

St Laurons, Fonlagnés, St Quintin; une église. St Embrois, les Mages, Milieu; une église.

Si Jean des Aneiiux, Haijat, Salavas. Valoii, la rion o; une i;raiide église.

Toutos ces églises sont du resord du Sinode du païs bas : nous avons ensuilte les églises des Cevennes. Toutes ces églises n'ont pas étées établies a la ibis, et il n'y a pas plus d'un an (ju'on a reveillé les consciences de la ville Dovalou et ilu vilage deSalavas; on a établit des Anciens acha(|ue endroit a proportion qu'on y a ti'ouvé de peisonnes de pi(''té pour s'y pouvoir confier; les commencements, dit-oa, son i très diliiciies, mais surtout dans un ouvrage de cette nature.

Comme les fidelles savent que Dieu a joint les sacrements a la prédication de l'Evangille, ils requièrent l'un el, l'autre. I\)ur faire cette fonction fut élu M'' Court et moy, mais parce que plusieurs personnes etoient esr-andalisés de voir adnjinistrer les sa.crements par des gens qui n'avoient pas reçu l'imposition des mains, a cause de quoy il fut délibéré dans le sinode, tenu le mois de mars en l'an 1718, qu'un prédicateur d'entre les proposants s'en allât auprès des pasteurs qui exercent légitimement la cbarge du Bt ministère, pour être exanuné dans la doctrine, laccompagnant de bonnes et valables atestations, pour leurs represanter la nécessité qui d'essigneroit sa vie et ses mœurs pour recevoir l'imposition des mains pour la consolation des personnes requérantes.

Alors l'assemblée sinodale jetta les yeux sur moy, et me ])riei ent de faire ce voyage. Que je partis donc pour aller voir les pasteurs qui ont droit de conplierier l'ordination, étant nmni de bonnes attestations, pour leurs représanler la neseésité du saint ministère en France.

Mon premier abord fut a Genève, où j'eu tliverses conférences avec feu M'' le professeur Léger qui, après avoir pris la l)eine d'examiner ma connoissance et ma créance, ils m'envoyèrent à Messes les pasteurs de la République de Zurich, — première de la bienheureuse Reformation, — et ce fut la (jue je reçus, le lO'-' aousl 1718, l'inposition des mains, a la grande

joie et consolation des fidelles protestants de France, eschapés de la grande tribulation.

Ces bienfaits renuts, je party environ le mois de septembre, pour aller voir mes frères. En descendant par le Uauphiné, je fus voir les fidelles de ma connoissance ; je forma quelques assemblées, après quoy, je passa le Rône et je fù donner quelques prédications en Yivares. J'assembla même les prédicateurs du dit Vivares, pour leurs représenter la nescésilé d'un ordre pour éviter les confusions elles désordres qui etoient arrivés diverses fois parmi eux, par faute d'un bon ordre; et enfin je descendit sur la lin d'octobre en Lenguedoc. Y étant heureusement arrivé, j'y fus le très bien venù. Lorsque je fis la relation a mes colégues, aux Anciens, et fidelles, de toutes les choses qui setoient passées par rapport a la religion, ils furent pénétrés de joye et glorifièrent Dieu.

On fit dabord assembler un sinode, dans lequel se rendirent les prédicateurs et les Anciens. Les églises etoient alors encorre fort foibles et les Anciens en petit nombre ; la première proposition qui fut apportée dans ce sinode fut celle-cy : puisque la bonté do Dieu a fait parvenir le saint ministère parmi nous, il est expédiant, pour la conservation du dit ministère au milieu de nous, de compherrer le dit ministère a un autre prédicateur des plus dignes et des plus capables; et, comme M"" Court avoit déjà eteelu pour l'administration des sacrements dans un autre sinode, comme il a été dit, il fût prié de se presanter pour être examiné en vie, mœurs et doctrine. Ayant répondii d'une manière fort satisfaisante, je lui donna dans une assemblée assés nombreuse la main dassociation, selon la manière de l'imposition des mains reciie dans les églises reformées. Yoila deux ministres en Lenguedoc que Dieu a conservés jusqu'à aujourd'huy, a la grande joye et consolation des fidelles, voila la vérité qui a commencé a triompher de l'erreur; le zélé du peuple se ranime, la rehgion se reveille, la foy se fortifie, la discipline prend un peu de force, et toutes choses commen-

cent de prendre un bon train. On vit en peu de temps augmenter le nombre des prédicateurs et des Anciens, la persécution étant un peu relâchée par une agréable tolérance de feu Mons'' le duc d'Orléans, alors Regent de la couronne de France.

Ce fut l'an 1719, le SO^ septembre, que Jean Hue dit Mazel, de la paroisse de Genolliaac, dioceze d'Usés, fût déposé, et demis de la charge de proposant, pour avoir trouvé en lui des erreurs capitales, savoir : l^qu'il enseignoit qu'on pouvoit cacher la vérité de la religion devant les juges, lorsqu'on ne pouvoit la confesser sans danger, que la dissimulation et l'hipocrysie n'est pas un grand mal; 2° qu'on peut librement assister a une dévotion idolâtre, lorsqu'on n'y aporte point la foy; 3" et enfin que c'est en vain que l'on attend la resurection de la chair : il avait encorre quelque autre erreurs que la pudeur et bien séance ne permettent pas de nommer. 11 est a notter que, avant que d'en venir a cette extrémité, on employa toute sorte do moyens pour guérir les erreurs détestables du d' Jean Hue. On lui procura des bons et excellents livres, les -précis de Théologie de Mons"" Sezard Pégouried, V exavien des Religions , parMonsi^Pitect, des bons catéchismes ; mais tout ces remèdes etoients inùtiles : sa maladie etoit incurable et ce pernicieu ignorant nous fut une pesante croix après son interdition. Il se glissa dans les hautes Gevennes, et avec sa morale favorable a la chair et qui s'acconiodait a la mode des tiedes, il fut favorablement reçut et enseignoit là ses pernicieuses erreurs ; il se détacha de notre corps et se moqua de notre discipline, jusqu'à ce qu'il fut abandonné peu a peu du peuple, et enfin pris par les ennemis et pendu a Montpelier, après avoir déclaré qu'il mouroit bon papiste, ce qui obUgea les eclesiastiques romain de l'enterrer dans l'église de sairft Pierre, avec toute la ponpe ceremonielle pratiquée dans l'Eglise romaine. Si l'on me demande pourquoy lit-on mourir Jean Hue, puis qu'il obeïssoit a tout ce que l'Eglise romaine exige? il faut savoir qu'il avait déjà trompé deux fois les puissances; ainsy, on ne s'en

tt'iioit pas a son dire; jiourquoy r(!ns(!V('lir avec jiompe dans uno église d'une si {irande remarque que celle de St Pierre? pour éljranler la loi dos protestants et affermir les papistes, comme disant qu'un prédicateur même du Désert n'avoit pas crû se pouvoir sauver dans sa religion, puisque a ses dernières heures il avoit aliandonné la Retormation et avoit embrassé l'église romaine. D'ailleur, la colectte ([ue l'on lit pour tirror son ame du purgatoire fut fort considérable.

La même année, Mons"' Rouviere etmoy nous funes des progrés fort considérables, a Faugerre, a Bedarrieux, a Larnac, a Abrusque, a Montagnac, a Villemanne, et a Gornouteral. Il est bien vray (jue j'y avois déjà fait un voyage avec Mon'' Court, mais la der" visite fut beaucoup plus fructueuse que la première. Et surtout a l'égard de la jeunesse par l'introduction des catéchismes.

Lan 1720, le 1.5 janvier, les prisonniers de l'assemblée de Nimes furent pris, les uns condamnés a la tour de Constance, les autres traînés de prison en prison, jusqu'à Londre en Angleterre^, comme il est emplement dit dans la relation imprimée.

La m^me année, la peste parut a Marceille et parcourut quelques villes de la Provance, la peste parut aussi en Lenguedoc, comme a Alais et a Genolhaac. Elle parut aussi en Auvergne, comme a la ville de Mande. Le 13" de décembre de la ditte année, Mons"" Jean Gaubert, natif Darphy, jiaroisse Daulas en Cevenes, fut reçu en plain sinode proposant; après un sérieu.x examen, il fut admis pour prêcher l'Evangille comme les autres proposant, sans toucher aux sacrements. La même année, les églises de Lozère, du pont de Monvei-t, de Castagnol.de StJui.- Ihan, de Florac lirent de grands progrés et se relevèrent par une merveilleuse assistance de Dieu, étant favorisées par la conliigion, qui avoit fait retirer toutes les trouppes de nos montagnes et des Gevenes. Lan 1721, la peste continua a faire J)eaucoup de mal dans la Provance et dans le Gevaudan, et en Languedoc ; la crainle de la mort, que la poste donnoit, servoil

heaucouii a laiiiinuMiliition du courai>t> et du zelle do nos peujiles.

Javois obniis de dire que, l'an IT^O, Jean Vesson iqm) s'etoit ingéré dans la charge de proposant environ l'an 1713, fut interdit le 1:5 déceniiire 1720, pour se dire proi>liète, et avoir été convaincu de mensonge, pour mépriser l'ordre politique et ecclésiastique et avoir refusé de se rendre aux sinodes lorsqu'il en etoit prié, et pour s'être servi de mensonges pour s'en dispenser, pour avoir calomnié les Anciens et méprise les prédicateurs, et enfin pour avoir enseigné que Jésus Christ avoit menti, fondé sur un passage mal entendu de l'Evangile. Ce son! la ces griefs sur lesquels il persévéra avec obstination. Ce niechant garnement nous causa divers troubles pendant quelques années, après quoy, il se retira a Montpelier, dans la maison de Mad'« Deverchant, avec quelques femmes qui se disoieni prophetesses. Vesson de son coté se disoit prophète infaillible, et promettoit de grands avantages a tous ceux qui le suivroit. Se voyant abandonné du peuple qui le reconnut pour un verilable fourlte, se laissa conduire par ces femmes. Ils faisoient jouer toutes sortes d'estratagemes pour agrandir leurs secte, mais enfin ils furent pris le 7" mars 1723, conduits a la citadelle et ensuitte pendus. Un femme subit le même sort. Le pauvre Bonnissel, du pont de Monvert, qu'on avoit fait étudier pour être abé, mais qu'ensuilte prit le party de marchand, étant garçon de boùliqueà Montpelier, se laissa aussi entraîner dans la secte de Vesson, fut aussi condamné a la corde, ijuelques uns des hommes en galères, quelques femmes a la tour d'Aiguë Morte. Yoila nos prophètes prétendus, mais très dangereux, dissipés.

Sur le bord de Lereau, il y a une petite vilette nommée Gange, hal)itée depuis la reformation par des protestants, mais qui s'e. loient si fort relâchés dans ces dernières années, qu'on n'avoit encorre pù reveiUer leurs consciences. Mais par le secours ce- U'ste, l'année 1721, la prédication y a produit un ell'et admira-

Lie, on y a vu le zelle s'augmenter, le vice se ralentir, les cabarets ne furent plus tant visités, ni les livres de piété tant négligés. Cette église s'est maintenue jusqu'à aujourd'huy, a la grande gloire de Dieu et à l'honneur de la religion. Je no dois pas oublier de dire dans cette année les plaintes de plusieurs prêtres dans les Gevenes contre les maîtres d'écoles, de ce qu'ils ne faisoient pas leurs devoirs, a leur gré, de mener les enfants a la messe. Les maîtres d'écoles repondirent aux prêtres que, depuis quelque temps, les enfants avoient conçu une si grande horreur pour le sacrilico de la messe, que lorsqu'ils entendoient le son de la cloche pour aller à la messe les enfants disparoissent de part et d'autre. On les a fouêtés diverses fois, mais pour cela on ne les sauroit y faire aller. 11 est a notter que les catéchismes de feu Mons"" Drelincour ont produit un effet merveilleux pour donnera la jeunesse des idées claires et des vérités importantes de la religion.

Dans le mois de septembre de la ditte année 1721, on vit de nouveau accroître les églises des Cevenes dans un sinode qui fût tenu. On fût obligé d'augmenter le nombre des Anciens des églises de Lassalle, de Saumanne, de Sadorgue, d'Alais, de Mouleron.

Il faut observer que les Anciens sont premièrement choisis, par la pluralité de voix de leurs voisins, secondement examinés en présence de tous les Anciens de l'Eglise assemblés (en) colloque, pour cette énomination, et ensuitte anoncés aux sinodes, afin que les autres Anciens des autres éghses les regardent pour leurs collègues.

Dans ce dernier sinode, il se dressa trois articles, savoir : que puis que le nombredes fidelles, des églises, des Anciens, s'augmontoit, ilfaloit aussi augmenterle nombre des sinodes pour la sûreté et la facilité du public et écrire a M"" Court qui etoit a Genève de venir. Il fut donc convenû et arrêté que jusqu'à nouvel ordre on tiendrait trois synodes l'année, le premier dans le bas Languedoc, le second a Losere, le troisième dans les basses Cevenes.

Le second article qu'on dressa (fut' que désormais on donnera la route que doit tenir chaque prédicateur des églises qu'il doit servir, en les rechangeant tout les sinodes, afin que les églises soient mieux servies et qu'on ne voye point de confusion. Le 3'' article est qu'a l'avenir on ne recevra aucun Ancien dans le sinode, s'il ne porte un billiet du colloque de sa deputation.

Le 21» septembre, M"" Roux, proposant, ayant convoqué une assemblée à St Hipolite de la Planquette, l'assemblée fut découverte par le moyen de Mons' Daudé, juge criminel du Vigan, que, en sen retournant d'Alais auVigan,il trouva, a l'embouchure de la nuit, les fidelles qui alloient a l'assemblée dans un Désert. Mons-- Daudé en informa Mons"" de Rambion le gouverneur de St Hipolite. Mess" Daudé, et le gouverneur ne savoient pas ou l'assemblée ètoit formée. Ainsy pour les surprendre, ils s'avisèrent d'investir le matin toutes les avenues afin de surprendre les fidelles le matin a leurs arrivée. Les sentinelles des tidelles, qui etoient a la ville, ne manquèrent pas de donner avis a l'assemblée par les flambeaux qu'on devoit sortir a la fenêtre au cas de nescésité, mais quelques uns, malgré l'avertissement, se voulurent retirer le matin; pour tout dire en un mot, onze furent pris, tant hommes que femmes, et après les avoir gardés quelque temps dans la citadelle de Montpelier, finalement, ou les laissa aller, excepté deux qui furent envoyés a Alaix du temps de la peste pour ensevelir les corps morts.

Le î^" may 1721, le dit François Roux, natif de Cavaignac, en "Vaunage, se présenta pour être examiné en vie, mœurs, et doctrine, afin d'être admis dans le corps des proposants. Le dit Roux avoit déjà proposé dans quelques endroits, sous les yeux des proposans, je dis des Anciens, lorsqu'il fut examiné, et reçut dans le dit corps.

La même année, un des prédicateurs du "Vivares, nommé M"" Pierre Durand, vint on Languedoc pour assister au Sinode, et voir le livre de nos règlements. 11 en fut si édiffié qu'il se promit d'établir même ordre, mêmes règles et mêmes maximes

diuis lus églises du Vivarps ; ce auroi( l'ail larillcinenl,, si les jirétt'iHlus Inspirés nv. si fussfiiil opposés niaiicieusomciil. Ayant trouvé dos obstacles du coté de ces prétendus prophètes, le dit M"" Durand auroit prié par une; lettre le Sinode d'envoyer' quelqu'un d(ï notre corps en ^'ival•és, pour lui donnei' le secour nécessaire.

Le 22"^ may, (ut tenu un sinode dans lequel il lut arrêté que les jiasteurs. projiosans et Anciens servant les églises, exhorteront le iieujile d'être lidelle a la couronne, de ne rien l'aire i|ui ail le moindre soupçon de rébellion, de ne soullrir jioint des armes dans nos assemblées de jiioté. de prier Dieu {)Our le Roi et jiour tous les ol'liciers de la coui'onne. Cet article lut coiilirmé dans li> Sinode suivant, dans lequel on dressa les articles suivants : le h'', que désormais tant ministres que proposans signeront la confession de l'ov , dressée d'un commun accord par les Eglises protestantes du royaume de France, et notre dicipline, — le -l", qu'on doit l'aire peu d'assemblées dans un même endroit, a cause de la triste cirronstance du temps, comme aussy de ]iouvoiravec |ilus grande facilité visiter toutes les églises, — le 3«, que ceux qui suivronts un " prédicateur après sa démission ne seront ]ioint admis à la Ste (Jène, — le quatiième, i[uo les Anciens s'appliquei'on Is davoir toujour (pielque chose de prest dans leurs consistoires pour secourrir les familles désolées, ou qui le pourroient être, au sujet des assemblées, — le 5", que Mess" Betrine et Pierredon proposans ne quitteroienl Jioint la Vannage de quelque tem]is, afin que l'iieresie de Vesson ne passe plus avant, — le 0'", que les lidelles seroient priés de jeûner le premier de juin de la dilte année 1721, pour émouvoir les entrailles de la miséricorde, alin qu'il abrège nos jour d'aflliction, et qu'il nous [ireserve du tleau de la peste, et qu'il soulage ceux qui en sont attaqués, et (ju'enfin il fléchisse le cceur de nos schimatiques et les ramener a leur juste de\oir, leurs faisant connoiti'e le tord (ju'ils causent a la religion, — le 7«, (jue les Anciens et tous les fidelles seront

exhortés do ne laisser point communier ceux qin seront allés a la messe jusqu'à ce qu'ils auront donni' des marrjucs d'une sérieuse repentance, — le 8'^ article, que ceux qui auront juré, blasphémé le nom de Dieu, seront condamnés a donner fi sols pour les pauvres, ceux qui auront violé, prophané le jour du dimanche par jeux et déltauches, payeront aussi 5 sols pour les pauvres, pour toutes les paroles sales et deshonnète six deniers, pour chaque faute, mensonge. médisance, niocqueries, cl autres paroles condamnées dans l'Ecriture Ste six deniers. On avoit déjà parlé dans le Sinode précédent', mais la ciiose avoit demeuré sans décision. On èloit fort exat a faire jiayer ces amandes, jusqu'à la pei sonne d'un ]in''tre, savoir a la parroisse de Vialas, ancienne de Castagnols. M'' François Guin se trouvant en conversation avec M"" Bulin curé du dit Vialas, jurant et blasphémant, Monsi^Guin lui dit : « M' Bulin, nous [U'otestant. avons arrêté (jue, jiour interrom|ire le cours des jiaroles malhonnêtes, il faut se condamner soi même a donner quelijue chose pour les jjauvres, on ne sauroit moins donner d'une piastre, c'est adiré une iiiècede six deniers.» Mons'' Bulin, curé, répondit, et dit: «Cela est bon, voila la piastre. >> C'est ainsy qucM"" le curé eut part a c'est article, et que ce remède fût très favorable contre les blasphémateurs et insolants, et contre les paroles sales et deshonnette <[ui n'avoient (|ue troji de cours dans la bouche d'un peuple qui s'etoit nourri sans pasteur, sans correction et sans dicipline.

Venons a l'an IT"?^. Tout ce qui se passa de ]ilus reniar(iual)le cette année là, est que les fidelles d'Alais, assiégés de la peste, s'assembloient pour prier et jeûner tous les dimanches et les jeudy, jusqu'à ce quon defl'endit toutte communiquation d'une maison a l'autre, comme ils nous en infornicrenl par une lettre ([ui me parvint le 5'^ janvier de l'an t7'2'L Aussi defl'ence fut faitte a l'ange destructeur de toucher aucune personne de la maison de nos Anciens.

1 En marge on lit : li; 7 de septembre 172U.

Le mois de janvier, la communauté de Montaren, proche Usés, qui avoit vécu dans une extrême tiédeur, commença a prendre un peu de zélé : on y étal)lit quelques Anciens qui ont bien fait honneur a la religion. Le mois de mars, les églises de Lvmontagne de Bouquest furent ornées des Anciens. Sur la lin d'avril, je fù attiré a Calvison pour la célébration de laSteCène a des personnes qui avoient faim et soif de justice, mais dont la conscience avoit été fort longtemps dormante, et pour l'établissement de quelques Anciens, qui furent joints aux précédents.

Mons"" Puchagut se présenta pour être reçu dans la charge de proposant, dans un Sinode qui se tint le 20" mars; mais ayant vù de la manière qu'on y procedoit, les peines, les fatigiies, voire même le martire qu'il falloit supporter, il se retira. Ceci soit dit pour aprendre le lecteur qu'on ne fait pas les choses en France avec autant de négligence qu'on pourroit se le persuader.

Dans ce dernier Sinode, il fut conclu qu'il faloit se séparer entièrement de l'Eglise romaine et ceux qui ne se feroit pas devoir d'y renoncer, et qui se souïUeroientdans ces idolâtries, ne seroients points admis a laSteCéne; on y reçut aussi un nombre considérable d'Anciens. Et parce que Mons»" Court se trouvoit a Genève du temps de la peste, et tous les passages bloqués a ne pouvoir entrer en Lenguedoc pour me soulager, me trouvant seul a faire les entières fonctions du ministère, je pria l'assemblée sinodale de me donner Mons'' Rouviere proposant pour m'assister, sans cependant qu'il touchât aux sacrements. Ce qui me fut gracieusement accordé.

Ainsy nous partîmes, le 16 avril, deNimes pour aller administrer la Ste Gène a l'église de CanauUes. Quelques Mess'^ de Saumière blamoit les assemblées, mais ayant entendu la prédication de l'Evangile, ils voulurent aussy participer a la Ste Cène, tant il est vray que, quand on ne voit que de loin ou par les yeux d'autruy, ou qu'on est aveugle par un sordide interest, on n'y sauroit voir clair: mais lorsqu'on envisage les choses de prés.

que Dieu ouvre les yeux de rentendcment, qu'on se laisse fléchir a la vérité, et qu'on n'y résiste pas : on juge et on parle plus sainement. — Le 23'", nous allâmes administrer la Ste Cène à l'Eglise de Manoblet. — Le 27«, nous allâmes rendre le même office à celle de Gros. — Le 5"^ may, nous donnâmes la même consolation a l'Eglise de Lassale. — Le 8", nous fimes de même a l'Eglise de St. Jean de Gardonnengue.

Ce qui se passa de singulier dans cette assemblée, est que les Anciens qui se tiennent a la porte du parquet, qu'on fait avec des pièces de bois, dans lequel parquet ils se tiennent pendant la prédication, jusqu'à la célébration de la Ste Cène qu'ils se retirent pour laisser passer les communiants les uns après les autres ; mes ils se tiennent a la porte pour prendre garde que personne de ceux, qui ont fait quelque actions escandaleuse, ne s'aprochent,qu'il n'ayent fait premièrement réparation, selon l'exigencedu cas. Ceux qui se trouvent avoir fait quelque action digne de reconnoissancc publique, les Anciens les font tous rester les derniers et venir ensembles devant la table du Seigneur; la on leur dresse les exhortations et les remontrances, selon leurs faute. Quelquefois la faute requiert de se mettre a genoux devant la table sacrée pour demander pardon a Dieu et a l'assemblée qu'ils ont escandalisée. Dans le temps que jefaisois la censure a ceux que les Anciens m'avoient amenés, un homme dont le péché étoit caché au monde, mais découvert au grand Créateur des cœurs, sa conscience se reveilla tout d'un coup, qui poussa cet homme a se venir mettre a genoux devant la table du Seigneur pleurant et lamentant, confessant son péché de lâcheté et d'idolâtrie. Toute l'assemblée (qui etoit d'environ deux mille ames) pleura. On n'entendoit que sanglots de tous cotés. Mess" Betrine, Bonbounous, Bouvière, proposans qui etoient avec moy, étoient de leurs côtés extrêmement emus, et pleuroient ; j'ùtois fort attendry, et certe il auroit fallu être bien incencible pour n'en être pas touche de voir la repentance de cet

homme, qui de lui môme vient se mettre a genoux devant la I 30

■m PIÈCES KT DOCUMENTS INÉDITS

table sacréu tout couvert do larmes ijuc ses sanglots étoullbient ses paroles, supiiliant la vénérable asseml)Iée de prier Dieu eu sa faveur, qu'il ètoit indigne d'être admis a la table du Seigneur et a la communion de l'Eglise.

En sortant de cotte assemblée, uii établit quohiue Anciens pour les Eglises de Lassalle et de St Jean. — Le lO, nous limes l'assemblée en faveur des parroisses de Pairolles, de 8t Roman, de Sadorgues, de St Martin de Saumanne. Une se passa rien d'important dans cette vocation. — Le 17", l'assemblée fut formée on faveur des parroisses de St André de Grabiac, de MouIeson,des Plantiers. Il ne si passa rien de particulier, sice n'est que quelques familles divisées furent heureusement reconciliées. — Le 24", l'assemblée fut convoquée en faveur de Cassagnacetdos 4 parroisses voisines, savoir les Beaumes.St (iermain, St Martin et partie de St Juilhan et de St Priva : l'assemblée etoit d'environ deux mille âmes, car bien que l'assemblée ne fusse convoquée qu'on faveur de 4 a 5 parroisse, il en vint de plus de G. Plusieurs firent réparation devant la table du Seigneur, étant sur tout coupables du crime de lâcheté d'avoir assisté au prétendu sacriflîce de la messe ; beaucoup de personnes furent heureusement reconcilliées. — Le ^1'', nous al' làtties au bourg St Germain, nous ébranlâmes un peu les consciences de ces temporisateurs; mais enfin n'ayant pas continué a les frequenters, ils sont restés dans leurs criminelle tiédeur. — Le 30'^, nous nous rendîmes au champ Domergues et l'assemblée fut faite, en faveur des parroisses de St Endiols, de St Fraisai, du Collet de Dose, de St llhaire, de St Priva, de St Michel.

Jean Hue dit Mazel, méchant schimatique, faisoit son séjour dans ces communautés, étant soutenù par quelques ignorants.

Le 13"' juin, je lu bénir un mariage, batiser six enfans dans Un village qui m'attendoient depuis longtemps. Je fis encorre une assemblée proche le Collet de Dese. — Le 24«, nous formâmes une assemblée dans une grande forest, nommée le Faux des Armes. L'assemblée çtoit très nombreuse, la Céne du Sei-

PIÈCES ET nuCl'Ml'lNTS INÉDITS ACi.

•^iii'iir y l'ut ailininistrée, un iiiiiria.uo ht'iii, un ciil'anl halizi'». lilusk'urs i)(M>onnes reconcilliÙL's. Je ne dois pas obnieUrc iiiic les Réformés de la ville de Vans m'écrivirent qu'ils vouloient donner i^loire a Dieu, el que je Icuis [iresciivis les réj;les (ju'ils doi\eiit etalilir. Je leurs répondis ([u'ils dévoient s'établir de^ Anriens qui lissent honneur a la relii^ion par une sainte vie, et se l'ormer un eoiisistoire, ec que ces Mess'* firent saiicnu'iit.

Axant |}(>rclu les mémoires du mois d(> juillet et d'aoust jusqu'au que nous limes convoquer une assemblée dans une grande forest ]iroehc Ladij;nant, dans laquelle je batisa une lille âgée de dix huit ans qu'on a\oit dérobée aux erreurs de l'Eglise romaine, le jour précédant, j'assistat a un coloque assemblé en faveur de l'église de Boucoiran, à loccation do ([ueN ques afî'aires qui étoient survenues.

Et ce fut la ou je parla prennerement a M'' Court, a son retour do Genève. Mais comme il etoit malade de la fièvre, il ne me j)ouvoit donner grand secours.

Le 30*^ septemlire, nous assemldames l'Eglise de Lascours. Le jour suivant, nous assemblame l'Eglise de St Hypolite de Catau. Il ne se passa rien de singulier, cy ce n'est que deux hommes furent heureusement reconciliés ; il est bon de dire <jue nous ne laissons communier persormes de ceux qu'on sait (jui sont brouilliés avec ([uelqu'un. qu'ils ne soient premièrement réconciliés, et nous leurs annonçons avec l'Aiiotre quC; si leurs reconcilliation n'est pas sincère, ils conmuinient a leurs condamnation : c'est par la que nous disposons ceux, qui ont quelque désirs de se sauver, a une heureuse reconciliation. — Le novembre (1722) M' Rouvière et moy, nous nous rendîmes a la ville d'Usés ; le S'- du même mois, nous y assemblâmes les hdelles dans cette assemblée, on vit un nombt-c considérable de réconciliations et heureusement calmer les procès. — Le ll<", nous allâmes à St Laurens, proche St Quintin 'fort l'cnommée par la belle vaisselle ([u'il sy fait}. (iCtte Eglise ctoit tellement tombée dans les erreurs de l'Eglise romaine

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qu'on (lesespeioil de leurs retour; cette Eglise renferme trois parroisse très coiisidorahles, savoir : StLaurens, St Quintin, et Fontaneclie. 11 a fallu bien de peine pour les ramener des ténèbres a la merveilleuse lumière. Mons"" le baron de Fontaneclie, bon protestant, nous a donné des secours très considérables pour y avoir entrée. Dieu nous a suscité ce moyen sans lequel a peine en serions nous venus a bout. Cependant par un merveilleux efl'et de la grâce de Dieu, on vit en j)eu de jours la jeunesse instruite dans la vraye connoissance de Dieu par le moyen des catéchismes. — Le 14*, nous assemblâmes l'Eglise de Lussan; la dévotion finie, on augmenta considérablement le nombre des Anciens des parroisses déjiendantes du ressort de cette Eglise. — Le 16«, on assembla tous les Anciens pour quelques affaires surveniies, qui derangeoint cette Eglise, comme aussi a loccation des deniers des pauvres ; le même jour j'envoya une lettre a St Ambrois pour voir si l'on ne pourroit pas établir des Anciens dans cette ville et y établir un consistoire. Le Mons"" a quij'avois addressé cette lettre me repondit que le temps et les affaires ne le permettoient pas encorre; cependant je dois dire a mon pieux lecteur que du depuis on y a formé un bon consistoire, qui subsiste jusqu'à ce jour, le maire du lieu ayant une femme protestante, quoy qu'il soit papiste de naissance et gouverneur du dit lieu : il n'est pas loin du royaume des cieux. — Le "22«, nous assemblâmes l'Eglise de Vendras, mais il ne sy passa rien de singulier. — Le 23"^, ijuelques résidus de fidelle de la ville de Bagnols, proche Usés, ayant apris que les tidelles du Pin s'etoient assemblés pour donner gloire a Dieu, m'envoyèrent un exprès pour me dire que leur ville étoit autre fois une Eglise considérable, mais qu'a faute de la prédication de l'Evangile, ces pierres mistiques s'etoient dejointes, et qu'elles servoient a former une Eglise idolâtre. On ne voit, me dirent ils encorre, que mariages bigarés, que bénitiers dans les maisons, qu'empressement a se rendre dans la dévotion romaine. Quel remède a un si grand malheur ? Je leur

repondit, qao je ne voyois point de remède plus efficace et plus souverain, que de leur porter le flambeau de l'Evanf^ile, la lumière de la parole de Dieu; mais, comme je n'eu ni le courage ni le loisir d'y aller, j'ay apris avec douleur qu'ils croupissent dans leurs erreurs. — Le 29«, lassemblée fut convoquée en faveur de l'Eglise de Foisaac, de nuit, dans une bergerie ; lassemblée est la ordinairement fort nombreuse. Plusieurs .se mirent a genoux devant la table sacrée; deu.x hommes qui plaidoient furent accommodés.

Gomme j'ay perdu la plus grande partie des papiers qui me pouvoient servir de mémoires, je ne saurois suivre, mois par mois, et décrire toutes les assemblées; d'ailleurs quilneme parroit pas fort nescesaire. Et je ne l'aurois pas fait, n'etoit que j'ay cru de faire quelque plaisir a ceux qui ont a cœur l'avantage de la religion, de voir la vaste étendue du païs ou il se convoque des assemblées.

Nous desçendimes a Nîmes environ les fêtes de Noel. Nous administrâmes la Ste Géne dans une chambre secrette de la ville a environ quatre vingts personnes distinguées, et, comme toutes les ames afamées ne pouvoient se rendre dans un même endroit, a cause de l'ennemy, aincy les Anciens cherchèrent un lieu pour la consolation de ces fidelles : ils trouvèrent une cave fort propre dans laquelle les Anciens y firent prudemment assembler dans la nuit environ cent personnes de Mess""* et des dames et des personnes incommodées, qui ne sauroient aller à la campagne sans de grandes difficultés. Les larmes que ces ames pieuses et dévotes versèrent a l'ouïe de la prédication, et auprès de la table sacrée, etoient capables de toucher les cœurs les plus endurcis.

Le 2^ janvier, (1723) l'assemblée fut convoquée en faveur de l'Eglise de Vauver, et des lieux dépendant du resort de cette Eglise ; l'assemblée etoit composée d'environ mille personnes.

Le 5« avril, les Anciens assemblèrent, de nuit, dans une chambre particulière, les personnes distinguées de la ville

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irUsi'ïsiini ne sniiroiont n;rimi)Or, lu iiuif, ilnns Ir-s Dosort.ot, la, nous leurs .iiliTiinist,nimes la Sto Céno, los Anciens faisant lo ^uet a la porto des razernos et du commendant, afin que,, si les soldats fussent sortis, de nous jiouvoir oter do devant. — Le l.j",nous nous riMidinies ,i liaganl.— Lo Ki'', nous limes uneasscniMéo en faveur de trois Eglises, savoir: d'Enduze, de St Sahalian, et d'Alais. D'ordinaire les assemblées sont fort f^randes dans cette jilace. Si (t'est le diinauclie, (en) iilain .jour, il y a 2,000 ames. — Le 5« may, nous allâmes aBrenous. Le 9«,nous fîmes assembler les fidelles des communautés do cette Eglise, la nuit, dans un ruisseau. — Le 20* may, nous assemblâmes en Sinode los prédicateurs et les Anciens dépendant dos Sinodos de la montagne.

La question affligente qui entretint un fort longtemps l'assemblée sinodale, ce fut de ne pomt se marier dans l'Eglise de Rome. Le dessin est très bon, mais lexecution difficille, lorsqu'on n'est pas soutenu par le magistra, ou plùtot que le magistra fait la guerre et persécute la personne tidelle. La chose fut pourtant décidée de ne point se marier dans l'Eglise romaine, et principalement a cause des abjurations horibles exigées par icelle. Il faut donc se délibérer de faire la volonté de Dieu de sortir de la Babilonne, et les prédicateurs de se fg-ire devoir d'y e.xhorter le peuple, montrant a la jeunesse la nécessité de garder lapùreté de la foy et l'innocence, sortir du royaume, ou bien, si l'on veut rester, se marier par ceux (ju'on reconnoitpourses légitimes pasteurs, sans avoir égard ni a la confiscation des biens, ni aux misères de la vie, ni aux emprisonnements, ni en un mot a toutes les peines que l'Eglise romaine infligent a ceux qui no veulent pas ansencer a la bote.

Le 2'!" may, nous assomldames les (idelles a la haute montagne du Bougés, liassemblée fut fort nomlireuse, deux familles y furent l'oconcilliéos. Après qu'elle fut congediép, Mons"' (jouri, qui scrcncontra dans colin assemblée, en consullant cusoinbles, n(jii^ jugeâmes que. pour éveiller les ronsi'i(^ii('('s endormies

(ift Lnusrro, il nous fnlluil, |iron(li'i\ l'un la roullp du |]onl ile^ MoMlvorl.do Racoullés, de Fiaissinot, de I.aliroussc, el l'aulro du roté do Cassagnias, de. Si Privai, de Si Fraisai ol de Castagnol, Mous'' Cuui t jiril avec luy M'' H(juvii"'re ayant la connoissance du terrein, et moy je jjris Mons'' Bonbounous ; le rendes vous fut donné, en nous quittant, de nous trouver tous dans une assemltlée que je me chargeât deconvoquer au Feau des Armes, qui est une l'orest impenetraliie, le diniandie jjiocliam. Chacun devoit faire deux assemblées dans la semaine étant assisté par le secour céleste. Ce que nous fîmes grâce a Dieii. Le dimanche 31«, nous fumes tous au rendés-vous ; l'assemblée fut formée, elle etoit d'environ 2,000 ames, quatre mariages furent bénis, un garçon batisé; après que l'exercice de piété fut achevé et le peuple congédié, Mons"' Rouvière et moy nous embrassâmes les frères M''* Court et Bonbounoux, (jui partirent pour le Lenguedoc, etMons''Rouviere etmoy, nous allâmes batizer quelques enfans qui m'attendoient, et bénir quelques mariages dans les Cevenes du cotédeGenolhac. — G'estainsy que nos Eglisesse fortilioient dans nos montagnes, et que les prêtresperdoient toutes espérances de voir jamais la religion protestante rangée dans l'Eglise romaine, comme ils se l'etoient promis en l'an 1685.

Dans le mois de septembre, M. Rouvière et moy nous allâmes en Vivarés, nous y assemblâmes les prédicateurs, avec un nombre considérable de personnes distinguées qui ont du zelle et de la pieté ; après avoir imploré le secours de Dieu, et représenté la nécessité d'un ordre dans l'Eglise et que ces Mess" en uront convenus, nous rengeames les parroises en Eglise, comme en Languedoc, savoir : la paroisse d'Agoù, la paroisse du Gag, et sa voisine, font une Eglise, ainsi des autres. La mémoire ne me fournit pas combien il y a d'Eglises dans le Vivarés; toutefois il me semble qu'il y en a 24. Après les Eglises formées, Mess" les prédicateurs du Vivarés prièrent M. Rout vien; et moy di' faire une assemidèe dans toutes leurs Eglises pour établir des Anciens dans tous les vilages et paroisses (|ui

formoient leurs Eglises, ce que nous fîmes heureusement. C'est ainsy que Dieu forma les Eglises du Vivares qui se fortifient tous les jours. Nous avons dit qu'on a pratiqué les mêmes maximes à l'établissement des Eglises du Languedoc, je ne suis pas bien informé comment M. Roger a réglé celles du Dauphiné, et s'il aura suivi le modelle que nous avons poséen Vivarés et en Cevenes.

On ne trouvera pas mauvais que je marque icy que, le 12« mars 1724, quelques fidelles de la parroisse de Vais (ou les sources d'eaux minérales sont si renommées) étant informés par leurs parents qu'on faisoit des assemblées dans les Boutières, ils s'y rendirent un samedy au soir (et c'est endroit est trois grandes lieues du dit Yals). Ces pauvres fidelles se trouvèrent dans lassemblée que nous avions convoquée, et à la fin de la dévotion, ils me tirèrent à part et me dirent en pleurant : « Nous sommes de trois lieues d'icy, de la parroisse de Vais, paroisse où autrefois il y avoit un temple et environ trois milles communiants, mais étant depuis si longtemps sans pasteur et sans sacrements et tout environnés de papistes , tout le monde tombe dans l'idolâtrie et dans le dérèglement; si vous vouliés, cher pasteur, nous faire la grâce de passer chés nous, vous ne pouriés jamais faire une plus grande charité. » Ce résonnement me toucha, je me rendit le lundy, et lemardy je les pria de former une assemblée. A peine purent ils trouver 40 personnes de confiance. Lacté de dévotion fini, on me pria de leurs donner une seconde prédication, que le nombre s'augmenteroit; mais je me douta que l'ennemi s'en aperçu et qu'on ne fit des prisonniers, ainsy je me contenta d'écrire aux prédicateurs du Vivarés d'y faire quelques visites, comme plus proche que ceux du Lenguedoc. Du depuis, j'ay appris avec joye que cette communauté commence a se reveiller et de donner lieu aux prédicateurs d'y faire quelques visites.

Pour abréger, le mois de may je fus à Montpelier, pour combattre la tiédeur, mais comme il n'y a ny ministres, ny propo-

sants, ny assemblées, ny sacrements, ny discipline, la corruption y est grande, les préjugés funestes, autant de personnes a qui je parlois, autant de religion je trouvois; il y a une crasse ignorance, quelques uns sont de la religion parce seulement que leur père et mère en étoient; dailleur, la jeunesse élevée dans l'Eglise romaine n'ont pas de grandes lumières pour dicerner le vray d'avec le féaux, les préjugés de l'enfance sont ordinairement très dangereux, et fort succeptibles en fait de religion; aincy l'intérêt, l'amour, l'ambition sont des motifs assés capables de les faire tomber dans l'erreur; mais grâce à Dieu, il n'en est pas de même dans les lieux ou les assemblées sont fréquentes, et les catéchismes en usage, et la discipline établie : la connoissance est beaucoup plus considérable, et les mœurs infiniment plus sages -et mieux réglés, et la religion établie.

A mon retour de Montpellier , Mons' Maroger , natif de Nimes, me vint trouver pour me déclarer son sentiment sur le dessin qu'il avoit de se consacrer pour le service des Eglises. Je l'exhorta d'augmenter ses lumières et ses connoissances pour être capable de pouvoir soutenir lexamen en présence des An^ ciens, et des prédicateurs; je lui représentai les peines, les duretés, les contradictions, et le martire, auquels on sexposoit en embrassant ce party : rien m'intimida Mons"" Maroger, ce qui me donna lieu de croire qu'il étoit apellé de Dieu. Il resta quelques jours avec moy, dont l'humilité et la pieté m'étoit fort agréable. Il est âgé d'environ 24 ans, et il fut reçu dans la charge de proposant environ un an après, à la grande joye et consolation des fidelles.

Je n'ay point de mémoires qui fassent mention des choses remarquables de cette année 1725, et de la suivante, si ce n'est que, le 28* juillet, ayant convoqué une assemblée dans le bois de Sourlieres, montagne de Legoual, le matin à l'aurore du jour, un détachement de soldats de la garnison de St André y parut au Colsaly des environ, un quart de lieuë de l'assemblée ; mais une montagne et un bois nous mettoient à couvert. Notre assem-

lilôp, sachant l'onnomi si près, cominengoil de s'allarmer. Les anciens, qui faisoiont guet, observoient toutes les démarches di's* soldats, nous envoyoront de nous rassuror, (ju'ils voyoient hion que les soldats étoiout incertains d'une assemhh'îo, que cela |i;n'ioissoit par la démarche qu'ils tenoicnt, et en filet, un moment après, on nous raporta que les soldats s'étoient retirés. Ainsi nôtre dévotion se lit avec des ardantes actions de grâce; cecy soit dit pour nous rappeler un vif souvenir, combien on est heureux de trouver dans un lieu ou lont peut servir Dieu sans crainte de l'ennemi.

Le 13*^ septembre, le Sinode des Cevenes se tint. Mons'' Rouviere que nous avions député dans le Dauphiné et dans le Vivarés, pour assister au Sinode de ce pais la, il fut de retour avec les députés de ce Sinode, qui dévoient se rendre au nôtre des Cevennes, savoir : Mons"" Roger ministre, député du Sinode de Dauphiné, et M"" Durand, alors proposant, député du Vivarais. Ce fut dans ce Sinode qu'on traita une étroitte alliance, et qu'on dressa des règlements pour serrer d'avantage cette etroitlo union. Voicy quelques uns des règlements qui furent unanimement dressés. En premier heu , que le Languedoc ne recevroit point de proposants dans le plain ministère, sans le consentement des ministres du Dauphiné et du Vivares, et, quoy réciproquement le Dauphinés et Vivarés ne recevront point de ministres sans laprobation du Lenguedoc. Ce qui a donné la naissance a cet article, cest qu'on a douté que la nescésité et la complaisance ne mit le sacré ministère entre les mains de personnes indignes de la manier. Secondement, que nous serions tous attachés aux 40 articles de la confession de foy, en un mot, que nous aurions même doctrine a l'égard des dogmes, même discipline, et que nous nous donnerions mutuellement le secours nescesaire dans tous les cas de nescésité, sans qu'il y ait jamais rien qui put avoir le moindre air de rébellion contre le Roy.

Voicy un événement sinuiilier (|ui ;irriv;i le .")'■ mars 17''.").

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.l'avols fnil convfxiuor une asspnil)l<''c, jiroclie de (]oulougnac, dans la nuit. Nous fumes découverts ])arun soldat ijui deroiioit des choux dans un jardin, lequel connut i)ar la demarelie du peuple, qu'on l'aisoit une assemble-e. Ce soldai cruL i|U(^ cette dernière jiroyo seroit plus consideral)lo (juc la |ireniiere: il se rendit avec avidité chés son officier jiour lui reveller ce niislere. l/oflicior, ravit d'aprendre un tel giliicr, fit. promjitement armer lous les chasseurs pour cuurrir dilligement a la suitle. Noire scnitinelle qui les guettoit ne man{jua pas de nous en prevenii', ef nous fimes dilligence pour nous ôter de devant, ce qui nous servit d'un fidelle garant. Cet, événement marque bien quelle est la faveur d'un peujde qui peut aler en triomphe a la maison de Dieu et les divers moyens dont Dieu se sert pour conserver ceux ([ui sont sous la croix.

On ne trouvera pas étrange que je rapporte icy que je fùs appelé par les Anciens de l'Eghse de St-Hipolite de la Planquette pour y administrer la Ste Gêne a 40 Mess" et Dames; mais les Anciens furent fort trompés, puisqu'au lieu de 40, nous fumes passé six vingts personnes, ce (jui nous apprend que ceux qui convoquent des assemblées, ne sont pas toujours les maitres, et qu'il n'est i:)as fort facille de conduire un peuple composé de bons et de mauvais, Lyvroye fait toujour beaucoup de mal au bon grain, comme cela parroit par un événement arrivé le 22" avril 1727. Mons"- Roussel proposant, me pria de me rendre dans un colloque tenu le même mois, pour calmer quelques divisions, surveniies a loccation de (juelques jiretpndus Inspirés. Je m'y rendis et j'employa tous nies soins ; le bon Dieu me fit réussir et bénit mon charitable travail. Mais je puis protester qu'on ne sauroit trouver des personnes plus inraisonnables ([ue ces prétendus Inspirés ; ils se servent des Erriluros, mais ils les expliquent (!t a])pliquent si mal, que cela fait pitié de voir coninui ils ont l'audace de profaner les misteres sacrés.

Voicy uiKî auli'e chose admirable arrivée au Faux des Armes, monlagne de Lozère, dans une assemblée convoquée jiour la

célébration de la Ste Céne. Une Dem"« marchande se présenta a la table sacrée. Un Ancien lui dit qu'elle avoit assisté, il n'y avoit pas beaucoup de temps, au prétendu sacriffice de la messe ; alors je lui demanda si elle y vouloit renoncer pour jamais, a quoy elle me repondit quelijues paroles basses, co qui me rendit comme Elie extrêmement jaloux pour la gloire de l'Eternel. Et je parla à ladite demoiselle d'une manière forte, en sorte quelle fut fort consternée, et demeura la comme immobile. Quelques Anciens me dirent de la consoler, quelle etoit deja fort humiliée, et de la recevoir à la Ste Cène. Je répondis qu'il s'agissoit de la gloire de Dieu, et qu'on ne pouvoit point lâcher ses interesl, et que cy la dite Dem"" ne renoncoit a la Babilonne mistique, l'entichretienne, elle ne pouvoit pas être reçiieà la Ste table du Seigneur. La Demoiselle saprochant de la table sacrée, dit qu'elle n'y retourneroit jamais, et de prier Dieu en sa faveur qu'il ne l'exposa point aux tentations. Ainsy elle fut reciie à la Ste Céne, en faisant entendre a toute lasseinblée qu'on ne peut joindre Christ avec Belïat, et le temple de Dieu avec le temple des idoles.

Dans une autre assemblée, se présenta aussi une Demoiselle inconnue aux Anciens de l'Eglise qui président a l'assemblée, et l'arrêtèrent, parcequ'il y a un article dans notre dicipline que chacun doit communier dans son Eglise ou porter un billiet du consistoire de son Eglise. Les Anciens arrêtèrent donc auprès de la Ste table cette Dem"", lui demandant de quelle Eglise elle étoit. LaDem^'" toute tremblante repondit quelle étoit native de St Juilhan, en Gevene, et mariée au Port St Marie, environ 60 lieuës du dit St Juilhan, avec un papiste, mais qu'elle avoit toujours conservé dans son cœur la pureté de la religion reformée, qu'il y avoit fort longtemps qu'elle n'avoit point souillé son ame dans l'idolâtrie, qu'elle avoit des excellens livres de nos docteurs, anciens et modernes, et, qu'ayant apris qu'on faisoit des assemlilées en Cévenes, elle y étoit venue pour communier. Gomme elle finissoit ces parolles, voila l'Ancien de l'Eglise de

StJuilhaii, aqui étoit recommandée, qui s'aprochaet quicontirma ce quelle avoit dit; ainsi elle fut reçue a la Céne du Seigneur, après avoir promis qu'elle n'iroit jamais plus à la messe, car nul serviteur ne peut servir deux maîtres. On peut aisément conclure de ces deux dernières aventures dequelle manière se conduisent les Eglises qui sont sous la croix, et comme Dieu conserve quelquèfois la Iby de ses élus au millieu des infidelles, comme est arrivé a cette dernière Dem"e nommée Gabrielle Castaide.

Une assemblée étant convoquée proche Gange, en Cevene, la nuit, dans un ruisseau, les niies se brouillèrent, de sorte que la pluye.les éclairs et les (unnorres, étoient si forts qu'il sembloitque le ciel se fendoit. Pareil cas nous arriva le premier juin 1727 a la montagne de Losere : il est vray que la seconde fois c étoit de jour ; cinq dimanches de suite nous fumes exposés a souffrir la pluie, mais le dernier dimanche il pleuvoit si fort, pendant le temps de la dévotion, et n'ayant autre couvert que le ciel, jugés, lecteur, de quelle façon nous fumes mouillés. Au moins je puis dire que je sentois couller l'eau, le long de lépine du dos et de ma chemise. Qui no voit la peine qu'il faut souffrir pour trouver la parole de Dieu, et heureux encorre si Ion eloit dans un Désert en sûreté ! Cependant, je n'aperçois jamais la dévotion plus vive et plus ardente, que quand on se tiouve dans ces extrémités.

Voicy la découverte de quelque lieux qui nous étoient inconnus. Le 29'' de juin de lan 1727, en sortant d'une assemblée que j'avois fait convoquer a la haute montagne de la Lusette, d'environ 2,000 personnes, dans laquelle Mons' Court, Mons"" Bonbounoux etM"" Roussel proposants de ces Eglises se trouvèrent, — je fus a Cornus, à St Jean de Bruel, et St Félix, jusqu'à St Afrique. A ce dernier lieu, je n'étois pas inconù, puisque j'y avois été autrefois. Je serois passé volontiers jusqu'au pont de Camarès si l'on ne m'eut pas dit que les Cdelles du pont du dit Camarès m'attcndoient avec impatience. Je me doutta d'abord qu'un zélé inconsidéré pourroit jetter ces fidelles dans un dan-

^er iinn iUihli' , (luo le,-: eniieniis s'en apercevroiciit , l't qu'il!- Icroioiit beaucouj) do prisonniers; ainsi je m'en rotourna sur nies pas. Il est bien vray que M'' Maroger y (Huit, jiassé quelques mois devant inoy, et que même y avoit établit des Anciens, mais ce ne lïit i]u a]irès avoir soull'ert lieaui-oup do peines el beaucoup de duretés et de refus. Ce qui se passa de remarquable dans cette nouvelle découverte, se fut de voir des gens (jui avoient refusé niéchaniment toute voyc de reconciliation, lanl la haine et l'animosité étoient implacable , qu'ils vinrent euxmêmes s'humilier devant la table sacrée et se reconcilier heureusement. Voilà l'excellent fruit delà prédication de l'Evanf^ille, comme dit l'Apolre; le bon iilaisir de Dieu est de sauver les ames pour la prédication de l'Evangile.

Les Sinodes des Cévenes de cette année la se tint le |-2'' septembre 17-27. Les députés de la Guienne et du Rouergue s'y rendirent avec une lettre de remerciements , de ce que notre corps leurs avoit envoyé un proposant ; secondement, ils présentèrent une requête a l'assemblée sinodale, pour la prier de vouloir bien leur donner un pasteur et un proposant pour le service de leurs EgUses; ce que nôtre assemblée leurs auroit volontiers accordé, si les Eglises du Lenguedoc ne ne trouvoient dans une si grande nécessité ; mais n'ayant pour le jjresent que deux pasteurs, elles ne sauroient s'en passer, sans grande perte. Ainsi fut délibéré, a la requête de Mess, de Rouergue et de la Guîeue, de leurs envoyer notre très cher frère Mons'' Maroger proposant, et que les pasteur leurs rendroient quelques visites. 11 fut lù une lettre de Mons^ Rogert, ministre en Dauphiné, de leurs envoyé un député de notre Sinode, selon nos règlements, pour se rendre a leurs Sinode. Comme le nombre des pasteurs est a presant fort petit, l'assemblée sinodale jugeât bon d'en dispencer les pasteurs par des grandes raisons, mais d'y envoyer un proposant avec un Ancien. — Voila tout ce que la mémoire me fournit de la tenue de ce dernier Sinode.

Le 22"^ octobre de la même année 1727, j'ussista à uncolotjue

(lue M. Coiiiho, natif de St-Cîpnnain de Galherte, iirop^tsaiil ilans nos Eglises, avoit convoqué, et qui m'avoit écrit de m'y icndro. Tous les Anciens de l'Eglise de Losère s'y transporlerent. Après la lecture de l'Ecriture sainte et la prière , j'in- 1 arrogeât les Anciens , ce ijuils avoient a dire touchant leurs villages, soit a l'égard de l'Eglise en gênerai ; cela fait, on vint a parler des galériens et prisonniers et fût délibéré d'envoyer a nos jiauvres frères de Marceille 121(iYres) et a nos sœurs de la tour de Constance a Aiguës Morte 41(ivres).Onconnoit aiséement par cette petite somme, quelles sont les forces et les moyens de iTOS pauvres Eglises, leurs forces ne s'étendent pas bien loin et leurs moyens sont fort bornés, il y a bien plus de volonté a secourir les frères que de moyens a le pouvoir faire.

Voicy une avanture de remarque et qui nous aprend de quoy est capable la peur et surtout lorsqu'elle est emparée de nos cœurs. Le 15'' novembre 17'27, l'assemblée fut formée la nuit dans une maisonnette de laquelle on se sert pour sécher les chatagnes, dans un bois proche de nos formidables ennemis. L'Assemblée étoit formée en faveur des paroisses do St-Martin, et de la Mialouze, du Castagnet, de Déze. Comme la maison étoit petite on pria les Anciens de ne mener que des communiants; mais bien qu'on eut enjoint à ceux qui faisoient la l'onction des cloches de ne mener qu'un petit nombre, il en vint beaucoup plus que la maison ne pouvoit contenir. Mais la peur y pourvu. C'est que les deux sentinelles virent 4 hommes, avec, chacun, un flambeau a la main i)Our s'éclairer : à la vérité c'èloit des ennemis, mais qui ne pensoient point à nous. Nos sentinelles se donnèrent peur; ils leurs parût que ces flambeaux venoient à nous; bien qu'il ne fut pas vray, ils vinrent donner l'alarme a l'assemblée; je sortis promptementjjour voir de quoy il s'agissoit, j'apcrçu ces quatre flambeaux, et je dis aux Anciens : ces Ilambeaux suivent le ruisseau, et ne croyés pas que l'ennemi vint avec de la lumière pour nous surprendre, calmés vous et ne iaittes pas du bruit. Si cependant une partie de l'assem-

blée s'enfuit, ot la maison qui étoit trop petite fut assés grande : ainsi les restans nous achevâmes heureusement nôtre dévotion; le lendemain les fuyards se reprochoient leur lâcheté.

Le 30" du dit mois de novembre, nous célébrâmes le jeune dans une assemblée d'environ trois mille ames. Ce qui donna lieu a rendre cette assemblée si nombreuse, fut trois choses : la première que Mons"" Boyer proposant fit venir les fidelles d'environ deux lieiies , la seconde que la place, ou l'assemblée étoit convoquée, favorise divers endroits et des bourgs considérables, comme Enduze, la Salle, St-Jean; la 3" c'étoit un dimanche , et jour de jeune, par aincy une dévotion extraordinaire.

Pour faire mieux sentir la misère des Eglises persécutées dans les lieux ou règne le fils de perdiction, il faut raporter icy ce qu'arriva le 14« mars de l'année 1728. Je fis convoquer une assemblée a la haute montagne de la Lusette, lieu qui favorise divers fidelles, ou il se fait des assemblées de deux mille ames. Le samedy au soir, la veille de l'assemblée, il se leva un vent, si fort et si froid que l'eau glaçoit sous les pieds, ce qui fit que dans cette haute montagne, ou il se fait des assemblées si considei'ables, il ne se rendit qu'environ mille ames qui forcèrent contre le vent impétueux. Je leurs exposa la prédication que j'avois méditée, mes hélas ! a tous moments le vent me fermoit la bouche, et me coupoit la parole. Ah! qu'on est malheureux de se trouver dans un lieu ou l'on ne peut prier Dieu, qu'au risques des galères et de la mort même, — ce qui jette les réformés des Eglises qui sont sous la croix dans la terreur et dans la crainte, comme cela paroit par un événement que je va rapporter. Le 21^ mars de la même année 1728, après avoir fait une assemblée pour la communauté de la ville et paroisse de Mairaix dans un Désert, je fus attiré par les Anciens dans la ville, pour la reconcilliation de quelques familles distinguées qui étoient fort divisées. Estimant que mes paroles feroient plus d'impression dans l'esprit de ces personnes, le 24« du dit mois

les Anciens requirent que j administrat laSte Géno aux Mess''* et Dames de cette ville qui le demandoient ardemment et que c'étoit le grand moyen pour les reconcillier, ce que nous fîmes la nuit dans une chambre de leur ville ; les personnes divisées se reconcilièrent heureusement, a la grande consolation des Anciens, et a la salutaire édification de l'Eghse. Voila nos Mess" et nos Dames pénétrés d'une grande joye, mais cette joye fut deux jours après interrompue par une terreur panique, en ce que le 26<-' mars du susdit mois, le fds de Mons'' De Jean, commandant d'une petite garnison de St André, fut a Mairaix étant venu accompagner le curé de la ditte ville. Ces Mess"'*, Dames et Demoiselles se mirent dans l'esprit que mon Dejean étoit la pour faire des perquisitions de l'assemblée qu'on venoit de faire, ils m'envoyèrent trois exprés consécutifs pour m'engager a fuir pour aincy dire tout le païs. J'aurois en effet pris la fuite, n'étoit que, deux jours mediatement après, je devois me trouver a la grande forest de la haute montagne de Lagoual, dans une assemblée qu'un proposant et les Anciens de trois ou quatre parroisse nous avoient donné rendés-vous de faire pour la célébration delà Paque chrétienne. Ors la communauté de Mairaix sont terres touchantes avec celles de la Valeraugue, de St André, du Bassorez; en un mot la grande forest de Lagoual dépend de plusieurs paroisses, et de plusieurs directes. Lalarme de Mess""* de Mairaix ne se donna point dans mes cartiers et n'entra point dans mon cœur; ainsi je ne quitta point leurs terres, mais je me retira dans un désert ou je me sentois bien que j'étoit, avec le secours de Dieu, en toute sûreté : quelques jours après, les Mess" et Dames de Mairaix avoient douleur ddvoir manqué de venir a l'assemblée du dimanche et honte de s'ctres épouvantés sans sujet.

Apres cette assemblée de l'Egouul, je m'achemina pour me rendre du coté de Nimes parce que le temps du Sinode ailoit tomber, que nous avoins arrêté M'' Court et moy de le tenir l^Gavril 1728. Mai.- quand je fus proi'hf>Endu/e, en desseudant, je I 31

Liuuva uiiti(lc'lle(juimc dit : «Ne passés pas dans la villo, car on a fait la nuit passée une exattc recherche a deux maisons, croyant de trouver quelqu'un do nos chers frères, nos ennemis marchoient avec un air furieux et un aparel cruel, la ])ayonnelle au liut du fuzil. » Go qui me donna lieu de passer hors la ville. Mons'' Gombe propoi^ani qui se trouva dans la ville, mais non pas a la maison qu'on clien;lioit, ne fit pas le i)aresseux à sortir do la ville. Le Sinode se tint donc le 6 avril 1728. Il ne s'y passa rien qui m(!rite d'être inserré dans cette Ijriève relation, si ce n'est que Mons'' Betrine avoit demandé congé pour six mois et puis il en prit dix-huit pour aller étudier à Genève, au bout d'un an ou le pria de venir, mais il crut que ses éludes le dispcnçoit d'un si prompt retour, cependant M'' Betrine fut rendu le ij" avril, il se présenta au Sinode et reçut les sençures (|ue lassemblée sinodale crut être en devoir de lui faire : ainsi il continua dans sa charge de proposant. Par ce dernier événement on conçoit aisément qu'il y a une discipline qu'on exerce contre les deliquants et les rebelles. Ainsi je finis mon histoire, en laissant diverses choses arrivées dans les assemblées, dans les coloques, dans les Sinodes , dans lesquelles on pourroit aiséement voir la sagesse de Dieu dans la conduitte de son Eglise, et en tirer des conséquences admirables; mais cela auroit rendu l'histoire extrêmement longue, ce qui auroit été contraire à mon dessin qui est de faire un petit abrégé de? choses passées en Lcngucdoc, ne parlant que trè.s peu du Dau' phiné et de la Guienne.

Si quelqu'un souhaite une relation moins circonstanciée, je le prie de me le faire savoir, on pouroit les satisfaire tant de la Guienne, du Dauphiné, que du Lenguedoc, et surtout me trouvant porté sur le lieu. Le Seigneur veuille avoir pitié do son Eglise affligéfe et mettre fin a nos tribulations, et nous donner la précieuse liberté de le servir, sans crainte de nos ennemis, tous les jours de notre vie. Amen.

Le 14' juiu 1728.

ai'1'i;.ni)Ii;k

yi quelqu'un souhaitte de savoir le nombre des parroisscs ([ui forment les Eglises des Gevenes de la montagne de Losere, les voicy : 1 Gange, 2 Sumaine, 3 la Rivière de Vis, etc., etc. Ces douzcs dernières Eglises forment le Sinode de Losére, savoir : les Anciens de cha(jnes Eglises étant aseniblées en collociuo y font deux deputtés jiour se rendre au Sinode, pour y rapporter les choses et y être décidées.

Voicy une aventure railleuse.

Environ lan 172G, le prêtre de Cardet chantant dans une maison, un soldat de la garnison de Ladignant, layant eiitendii, il crut que c'étoit une assemblée, il s'encourut promptement a son capitaine qui ne manqua pas d'y aller incessamment avec un fort détachement. Y trouvant le prêtre, le prennent et le conduisent en prison a Ladignant, se forgeant dans la tête que c'étoit un ministre déguisé en prêtre, le pauvre prêtre bien affligé de se voir lié et attaché, et surtout de le prendre pour un calviniste, lofficier qui ne se vouloit pas delronq)er. Comment faire? il falut avoir recours au témoignage des consuls et habitants de Cardet, qui sont tous des reformés, pour desabuser Tofflcier, et lassurer que le prêtre est bon serviteur du pape.

On n'a pas rapporté ici la réception des proposants dans la liberté de prêcher sans toucher aux sacrements, dont l'examen est fort édifiant, de même que l'exhortation qu'on leurs dresse, qui est en particulier de ne point embrasser ce party, s'ils ne sont dis])osés a soutfrir toutes les duretés, toutes les peines, voire la mort même, non seulement avec patience, mais aussi avec

Je n'ai rien dit de la réception au St ministère de M' Durand^ du Yivares, environ l'entrée du mois de may 1726. Pour faire cette réception, après un examen de deux jours en présence des proposants et d'un nombre d'Anciens des jilus experimantés, on avoit donné a Mons'' Durand deux textes, un de théologie

el l'autre de morale. Le premier jour, il exposa un sermon qu'il avoit fait sur un de ces textes et lit la lecture de l'autre qu'il avoit aussi fait sur le texte qu'on lui avoit donné, le reste de ce jour avec le second fut employé à l'examen de la doctrine, a lui faire des questions sur la créance et sur les dogmes de la religion. Ayant répondùt d'une manière satisfaisante, il fut rcru, le soir, dans une assemblée fort nombreuse.

Je n'ay pas non plus parlé comme dans le Lenguedoc, il y a des écoles pour la science de la musique. L'hyver dernier 1727, il y avoit une école a Losere, une a la parroisse de Vialas, ancienne de Cartagnol, une a Sadorgues, une a Pairoles proche St. ilcan, une a Anduze, Mons'' Fauché a présent réfugié a Zurich a lait aussi quelque temps cette pieuse fonction, avec beaucoup dedihcation, a la ville de Nimes, et a rendu de charitables visites aux malades, lors qu'il y a été employé, le tout a labsence et a linçu des catholiques romains.

Je crois de pouvoir dire icy que le chantre et les ecolliers de la parroisse de PairolIes,en sortant de dire leur leçons, se rendirent dans une chambre, dans laquelle Mons'' le prieur de la dite parroisse êtoit dans un litpour se reposer, mais incomïo. Les musiciens parloient de leurs musique, de leurs psaumes, de leurs prédicateurs, de leurs assemblées, enfin la matière de leurs entretient rouioit sur ce sujet, n'apercevant pas Mons'' le prieur, caché dans les rideaux du lit. Comme cette jeunesse étoit sur le point de partir, voila Mons'' le prieur qui sortit du lit et leur dit : «Hé bien! Mess''*, vous aprenésla musique des psaumes. » Cette pauvre jeunesse fut bien consternée. Mons'' le prieur prit encore la parole etleurdit: «Etmème parce que j'en ai entendu, vous ne la savés pas a fond la musique, » Et se mit a chanter avec eux queques versets, disant que c'est ainsi qu'il faut clianter. Alors la jeunesse lui dit : « Mons"" le prieur, vous nous fériés bien plaisir de nous l'aprendre, a quoy il répondit : « Je m'en garderai bien, vous vous vanteriés que vous l'avés aprise de moy. »

Jp ne crois pas faire un mal do raporter un aventure arrivée environ le mois de septembre 172G, entre Briou et Moulhiere. Mons"" Maroger et moy nous avions convoqué une assemblée d'environ 2,000 ames : la place de l'assemblée favorise 4 a 5 villettes, savoir Homessas, Moulhière, Briou, Aulas, le Viguan. Les fidelles do cette dernière ville, en venant a lassemblée, trouvèrent en leurs chemin, a l'entrée de la nuit, trois de nos ennemis qui connurent bien qu'on alloit a lassemblée ; un do ces trois étoit le frère de M' Daudé, juge criminel du Vigan, qui ne manqua pas de l'aller dire a son frère. Mons"" le juge dit cela a son frère, parce que les Gamisards ont tué leur père, qui étoit cruel et méchant contre les protestants. Mais cette exhortation ne fit aucune impression dans l'esprit de M. Daudé qui avoit trouvé les reformés allant a l'assemblée, de sorte qu'il s'en fût parler au capitaine dos dragons ; le capitaine prit un détachement de dragons et mit Mons"" Daudé a la tête ; ils marchèrent ainsi jusqu'au pont d'Andou, ou le capitaine dit a Mons'' Daudé : « Hé bien ! ou faut il passer pour aller voir et prendre ces assemblées? » A quoy il répondit : «Je ne sai pas positivement ou ils sont. » Alors le capitaine s'emporta et injuria M"" Daudé de l'avoir fait sortir avec ses soldats, sans savoir ou aller ; ainsi le détachement s'en retourna au Viguan, Nos sentinelles ne manquèrent pas de nous informer du départ des soldats du Yiguan, ce qui nous donna lieu de renvoyer l'assemblée par un chemin couvert de nos ennemis. Je ne dois pas obmettro que le dit Mons"" Daudé qui avoit conduit le détachement au pont d'Andou, fut attaqué le jour suivant par une Demoiselle avec qui M"" Daudé avoit beaucoup de confiance, qui lui dit en ces termes : « Monsieur, vous avez découvert une assemblée, vous avés été a la tète d'un détachement ; je ne donnerois pas six deniers de vôtre vie. Vous savez ce qui a attiré la mort de Monsieur votre père; vous vivés au milieu du même peuple; il faut certe que vous soyés bien las de vôtre vie; et qu'el avantage vous revient-il de détruire des gens qui no vous font point de

mal y » Alors Mons'' Daudé fut fort épouvan té et tout, I reml)lan t ; il dit : « Madomoispllo, je m'en repent, et jo ne l'ai fait que par le conseilJeMons''F'iniel, prieur d'Aulas, mais jamais on n'entendra plus rien dire de somblalde de moy, je vous prie M"'' d'en assurer les réformés. » C'est ainsi ([ue en formidable ennemi fui humilié.

"Voicy les noms des proposants du Languedoc : Mess''* Jean Betrine, Jcaii Combe, Jean Rouvière, Jacque Bonbounoux, Jean Gaubert, Jean Couest, François Roux, Jacques Boyer, Clary, et Maroger, et Roussel. 11 ne faut pasoublierM. Rivière, qui, quoy qu'il ne soit pas encorre reçu dans le corps dos proposants, il s'est déjà consacré pour cet usage. Le nom des ministres est P. Corteiz et Antoine Court.

Voicy les noms de ceux qui servent les Eglises du Vivarés : Messieurs Pierre Durand, celui-cy est ministre, Lasagne, Clergué, Brunei, Bernât, Guïllot.

Le nombre est fort polit dans la province du Dauphiné savoir : Mons"' Rogert ministre, Mons^ Yillevaire proposant, et deux autres dont lo nom m'est inconnu.

(N" 17, vol. II.)

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