‹ Antoine CourtChapitre 239 sur 251 · DU SAINT ÉVANGILE · texte numérisé non relu

DU SAINT ÉVANGILE

Le 30 avril 1729.

Monsieur et cher amy.

Depuis ma lettre ecritte, il est arriué d'autres événemens que j'ay cru(dignesde)merittervotreattention.Lanuitdu l"marsi729 et sur le matin du mercredy matin, le commandant d'une ville de cette province, à la teste de la garnison et accompagné d'un officier, fit comprendre que je n'étois pas encore oublié. Il fut me chercher exactement dans deux maisons de la ditte ville. Lallarme fut chaude pour bien des gens et la mienne, pendant un moment ne fut pas des ])lus petittes. Le mouuement que les troupes se donnoint ayant été apperçu par une des personnes qui me savoint en ville, et cette personne, ayant scu qu'on en avoit déjà fouillé une maison et qu'on on auoit inuesti une autre, courut sur le champ pour m'en donner avis, et, comme elle me jiarioit encore, nous entondimes heurter à coups redoublez la I 28

m pir';cES et documents iniîdits

porto (le la maison ou j'étois. Ce qui nous lit rraindni rlabonl quo co ne lut le dctachomcnL ; mais mieux inlornicz nous en fumes, îîraces au Seigneur, quittes pour la peur. Du depuis, dans le mois d'auril, le mesme commandant suivi d'une partie de sa garnison a été me chercher avec la mesme exactitude dans une autre maison. Cest ce qui arriua à deux heures après midy, le 2"^ du mesme mois. On voit i)ar tous ces mouvemens qu'on ne manque pas d'espions , (juc je fais beaucoup de la peine à l'ennemi, et qu'on no néglige rien pour me surprendre ; mais on voit en mesme temps que les soins de la Prouidence no se lassent pas en ma faveur; qu'elle veille pour ma conseruation ; que les ennemis et les espions quelques rusez qu'ils puissentètre sont souvent confondus dans leur maligne sagesse.

Mais un seul projet ne roule pas dans l'esprit de l'ennemi poiiti(iue; il n'est pas seulement attentif à la destruction du jiaslour, il niî néglige rien de tout ce qui peut contribuer à la dissipation du troupeau. Vous auez sans doute ouï parler des arrondissemens qu'on a faits de tous les lieux ou on a fait des assemblées, par les(|uels chaque quartier doit répondre de fout ce qui s'y l'ait et payer, quand mesme ils n'auroint ]tas assisté aux assemblées, des amendes arbitraires. Vous n'ignorez pas non plus l'ordonnance (ju'on a surpris de nouueau à la Cour contre nos assemblées; mais les peines afflictives, soit qu'elles regardent les corps ou les biens, ne sont pas asses efficaces pour détourner un peuple conuaincu do l'excellence et de la nécessité de ses deuoirs envers Dieu et de la praticjue de nos assemblées qui intriguent tant l'aduersaire. C'est le grand article qui lui tient à cœur. Cest pourquoy sa politique embiasse avec avidité les mesmes occasions pour ruiner les protestants en confondant l'innocent avec le coupable. On vient aussi de renouueller les ordres qui condamnent à l'amende les pères et les mères, (jui n'enuojeront pas leurs enfans à la messe et aux instructions catholiques, et on voit les jirêtres, les ofhciers des troupes et ceux de justice, connncnn'r nvoc beaucou]) d'appli-

l'IECES KT DOCI'iMENTS INÉDITS 43o

cation, se ilonnri' dos moiuuMiions pour (juo cet article soit observé.

Voicy un événement de fraiche datte, une ville, apiielléc Andu/e, vient d'éprouver ce que peut la haine catholique. Depuis la contai-ion. M'' Diverny auoit conçu beaucoup de ressentiment contre cette ville, qui est presque toutte de protestans, et cela au sujet de quelque prétendu mépris; mais il n'auoit pas trouvé jusques icy aucune occasion d'exercer sa vengeance, (juelque attention quil se fut donné pour cela. Enfin il a cru l'auoir trouvée dans un événement que voicy. Quelques jeunes garçons, protestans de théorie ou de naissance, mais mal reformnz de pratique et de réalité, se trouvant à une heure fort avancée dans la nuit sur le pavé, la veille de Noël, rencontrèrent sur leurs pas ([uelques bergers qui reuenoint de la deuotiou que les catholiques célèbrent cette nuit-là; ils les insultèrent par des paroles peu conformes sans doute au respect que lus callioliques apportent à ces dévotions. Les bergers insultez se recrièrent, iirent du bruit; le bruit entendu parle corps de garde attira une troupe de soldats au secours des insultez, c(! c|ui étant apparçu par ces jeunes garnemens, qui auoint apparemment bù, les obligea à faire voler des pierres en l'au' i)Our les empêcher daproclier. Une de ces pierres jtorta couji et blessa un soldat, ce (jui irrita tellement les autres (ju'ils poursuiuireni avec ardeur la téméraire et criminelle troupe. On arrêta un des coupables; on le mit en prison; les bergers portèrent leurs plaintes; ces plaintes arriuèrent aux oreilles de M"" Diverny, qui se tenoit dans une autre ville; ce commandant des Couennes s'irrita si fort qu'il courut sur le champ vers la ville ou la scène s'etoit passée II fit arrêter un autre des mutins, et dénonça de seueres cliatimens contre tous les babitaus reformez. L'action étoit particulière, il ni auoit tout au plus que trois ou (jualre jeunes drôles qui étoint coupables; n'importe, la peine deuoit rejaillir sur tous les rerormcz qui etoint renfermez dans le sein des mesmes murailles. Une chose inanquoit jjourtant,

c'étoit une ajtparenco de justice; elle se présenta. Les drôles, qui etoint prisonniers a loccasion de cette affaire s'étant apperçus qu'un tambour de la garnison, qui étoit prisonnier avec eux, desccndoit touttes les nuits par lemojen de quelques draps de lict quil auoit attache/ à la fenêtre, voulurent profliter un soir du même mojen ; ils se sauvèrent et emportèrent en mesme temps les draps. Le tamijour, qui auoit accoutumé de se remettre en prison par le mesme artifice quil en descendoit, ne trouvant plus sa commode machine, fut fort surpris et embarrassé; mais la crainte du mauvais sort qui lattendoit lui ajant fait inventer un nouveau mojen pour se remettre en prison, il fit fracture de la serrure de la prison, et, des quil y fut rentré, il se mit à crier : Au secours, Au secours, les prisonniers se sauvent, ce quil soutint par lellronterie suiuante : Des proteslans masquez ont forcé la prison et ont enlevé les prisonniers. Là dessus on verbalise, le juge et quelques autres donnèrent leur seing, le procez de mensonge futenuoyé à M" de la Farre, Lintendant, et Diverny ; voila tous les Reformez de cette ville coupables. Vous les allez voir aussi condamnez au mesme châtiment. A peine cet inique verbal eut été porté à Montpelierque M"" Diverny arriva dans Anduze à la teste de deux compagnies de soldats, le fusil monté et la bajonnette au bout, comme sil étoit entré dans une ville prise dassaut. 11 joignit les deux compagnies de la garnison quil mena auec les siennes dans une des places de la ville, c'est là quil les prépara à bien faire leur devoir, pendant que linfortuné habitant reformé se pamoit de frayeur ne sachant comment se termineroit un si terrible appareil. M"' Diverny ne les laissa pas longtemps en suspens. U decoupla à chaque reformé deux soldats avec ordre de payer à chacun dix sols par jour avec les ustencilles; et les officiers deuoint auoir à proportion. Le croiriez-vous? cette rongeante vermine a eu le bonheur de loger 22 jours chez ces infortunées victimes immolées à la passion du S'' Diverny. N'est-ce pas un jiomme bien vengé? Il y a apparence quil l'auroit été encore

flauantage si quelques catholiques plus pitojables, et d'une autre équité que ne l'est l'ennemi déclaré, n'auoint secondé les protestans de cette ville qui trauaillérent à faire de nouvelles informations par lesquelles il a été aueré que les prisonniers n'auoint eu d'autre secours que la machine du soldat tambour, ce qui a esté mesrae déclaré et confessé par ce dernier. L'injustice étoit donc grande et toutte visible. Mais vous vous tromperiez néanmoins, infortunés habitans! Vous vous attendiez d'en recevoir quelque dédomagement ; on connoitra votre innocence ; on verra linjustice que vous avez soufferte; on sera persuadé que ce n'est que l'elfet d'un caprice violent et emporté, celui d'une vengeance qui se sent delà fureur: mais vous n'en serez pas moins malheureux ; vous n'en perdrez pas moins les taxes ruineuses que vous auez été contrains de pajer, heureux encore d'en échaper à si bon marché et de n'auoir pas été passez au fil de l'épée. Je conte que, si la chose n'auoit tenu qu'à M"" Diverny, l'aftaire étoit faite. Il falloit y passer.

Vous apprîtes par notre cher frère, M''Betrines, comme nous auions tenu notre assemblée synodale du païs bas, le S»-" du courant, et les délibérations qui y ont été prises; c'est pourquoy je ne vous en parlerai pas. Depuis la tenue de cette assemblée 130 soldats, deux officiers à la teste, ont été me chercher dans une maison de Nismes auec la dernière exactitude. G'étoil le 24' Avril. Ces recherches fréquentes et inutiles servent à nous faire admirerer la Providence, à ranimer notre zèle et à redoubler de précautions pour ne pas tomber entre les mains de l'ennemi.

Tous les vrais fidèles qui s'intéressent à l'avancement du règne de Notre Seigneur J. C, et qui prennent part à la froissure de Joseph, sont priez de se souvenir dans leurs oraisons de leurs frères qui gémissent sous la croix et de leur fournir les secours spirituels qui dépendront deux, afin de supléer en quelque manière à la rareté des pasteurs que Dieu a suscitté en France pour y ralumer la chandelier de sa Parole. Le Sei-

fiiu'ur (jui pst la source dp tout bien aiTrera leurs ollVamles et leurs prières, et leur communi([upra ses prràces les ])lus précieuses.

(Ardiives de rilérauit, 2' division, paquel 90.)

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