Voyez le chapitre précédent
6. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe H, du 12 juillet 1560 (Arch. de la secret. d'Etat d'Espagne, leg. 358, f. 52).
du maréchal, après un repos de trois jours à Bordeaux^, les deux Bourbons, peu désireux de le rencontrer dans une des villes du roi , c deslogerent », laissant dire à Tambassadeur des Guises que Fétat de grossesse de Jeanne d'Albret ne permettait pas à son époux de prolonger son absence '• Les deux frères arrivèrent à Nérac à la fin de juin, et le lendemain même assistèrent au prêche de Boisnormand '• Saint- André les suivit à grandes journées et les rejoignit au Mas d'Agenais, dans le duché d'Albret. Là il essuya les récriminations des deux princes et reçut des reproches sur son servilisme de fraîche date. L^accueil abrégea la visite. Après dîner, il repassa la Garonne, rejoignit sa garde de 1 20 arquebusiers, qui l'attendait sur l'autre bord , et revint à la cour sans avoir parachevé son espionnage ^. La mission, à cause de la qualité du messager, avait été remarquée à la cour. Le bruit s'était même répandu à l'étranger que le roi de
i . Lettre originale en espagnol de Gabriel de la Cueva à Philippe II, du 12 juillet 1560 (Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 26).
2. Sommaire de chancellerie des lettres de Ghantonay, du 31 août au 8 septembre (Arch. nat., K. 1493, n« 77). Le prétexte était d'autant plus fallacieux que Jeanne d'Albret n'était nullement en état de grossesse.
3. De Bèze, Histoire ecclésiastique, t. I, p. 203. L'auteur dit que les princes arrivèrent à Nérac le 21 juin. Mais, le 25 juin, le roi de Navarre était encore à Bordeaux {Lettres d^ Antoine de Bourbon et de Jehanne d'Albret, p. 202).
4. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe II, du 12 juillet 1560 (Gop. esp. ; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 858, f. 52). — Autre lettre du même à un des secrétaires du roi d'Espagne, môme date (ibid.). — La Planche, Estât de France sous François II, édit. du Panth. litt., p. 315 et 344, — De Bèze, 1841, t. I, p. 303.
BT JBANNB D*ALBRBT. 341
Navarre avait été emprisonné et que le prince de Gondé allait être traduit devant une cour de justice^. L'échec du maréchal Saint-André ne laissait pas les Guises dans Tignorance des projets du roi de Navarre. Rien de ce qui se passait à la cour de Nérac ne leur demeurait inconnu. Ils entretenaient en Guyenne des agents secrets qui suivaient jour par jour les pas de leur ennemi. Outre Âmaury Bouchard, son chancelier, et François d'Escars, son favori^, ils avaient pouraffidé un ancien officier d'Âgen, nonmié Guy de Godail. Ge personnage, autrefois soutenu par un de ses parents, Robert de Godail, trésorier du domaine, avait reconnu le bienfait, d'après de Bèze, en dénonçant son protecteur à Henri II. Diane de Poitiers, qui devait toucher le produit de l'amende, avait fait recueil- Kr la dénonciation et Robert de Godail avait été pendu à Montfaucon. Le dénonciateur lui succéda et parvint par degrés à l'état de receveur général. Bientôt, poursuivi lui-même en détournement d'une sonune de soixante mille livres, il allait subir le dernier supplice, quand le cardinal de Lorraine le délivra. Le peuple d'Agen l'avait affîiblé du surnom de Cappolette. Il liabitait le château de Guzorn, en Agenais, appartenant au seigneur de Luzech.
1. Lettre de Ghantonay au cardinal Granvelle, du 5 août 1560 (Recueil conservé aux arcb. de Bruxelles, f. 92).
2. De Thou (liv. XXV, 1740, t. II, p. 795) et Bordenave {Hùt.de Béam et Navarre, p. 74 et 87) accusent Bouchard et d'Escars d'avoir trahi le roi de Navarre au profit des Guises. Cependant Le Laboureur observe que ces accusations ne sont pas prouvées et que ce fut peut-être parce que d'Escars contribua à ramener son maître au catholicisme qu'il fut plus tard accusé de trahison (Mémoires de CasUlnau, 1731, 1. 1, p. 760).
312 ANTOINB DB BOURBON
Le roi de Navarre n'ignorait pas qu'il était entouré d'espions et se montrait blessé, dit le duc d'Âlbuquerque , de se sentir surveillé au Nord et au Midi par les agents des Guises et du roi d'Espagne ^ • Mais il ne savait pas se défaire des obsessions de ses familiers. Gondé, plus ferme que son frère, se gardait avec plus d'attention des traîtres. Un jour, suivant un bruit rapporté par l'ambassadeur d'Espagne, il apprit qu'un des gentilshommes de sa suite avait des intelligences à la cour ; il le fit appeler, l'interrogea et le poignarda de sa propre main '.
Vers le mois de juillet, Théodore de Bèze arriva de Genève pour évangéliser la Guyenne. L'illustre réformateur prêcha à Nérac sur la demande expresse du roi de Navarre. Il parcourut la province, et ne rentra à Genève qu'à la fin de novembre'. Le prince ne songeait alors, dit de Bèze, c qu'aux c moyens d'avancer le règne de Jésus-Christ. » Jeanne d'Âlbret, au contraire, c s'y portait fort c froidement^. » Mais Antoine imposait à sa famille l'évolution de sa politique. Le jeune Henri de Béam, âgé de moins de sept ans, dont l'éducation était confiée à La Gaucherie, c honune de savoir et fort c zélé à la religion réformée », n'assistait plus à la messe et traitait les pratiques du culte, dans le sein
1. Lettre du duc d'Albuqaerque au roi d'Espagne, du 22 juin 1560 (Gop. espag. ; Ârch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).
2. Ce fait est certifié par Ghantonay (Lettre de Ghantonay i Philippe n, du 8 septembre 1560; Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 83), mais n'est confirmé par aucun autre témoignage.