‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 101 sur 133 · De Bèze, Histoire ecclésiastique, 1841, 1. 1, p · texte numérisé non relu

De Bèze, Histoire ecclésiastique, 1841, 1. 1, p

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duquel il devait mourir, avec une haine enfantine qui ressemblait au fanatisme ^ •

Le duc d'Albuquerque écrit confidentiellement à Philippe n : c Les capitaines du roi en Guyenne ont c très peu d'estime et de confiance en Vendôme, car, c disent-ils, ce personnage a donné des preuves de c mauvais chrétien plus évidentes que celles qu'on c avait vues jusqu'à présent. Lui et sa femme sont c actuellement à Nérac, qui est à dix-huit lieues du c côté de la France, où le roi Ta appelé plusieurs c fois*. » L'autorité du roi de Navarre sur le parti réformé, qui se disciplinait tous les jours et pouvait fournir les éléments d'une armée, préoccupait surtout Philippe II. Ghantonay répétait à satiété à son maître que c Vendôme » était le chef des huguenots. Le duc d'Âlbuquerque , plus clairvoyant, reconnaissait le prince pour le principal adversaire des Guises, mais non sans quelque restriction, c Je crois, écrit-il le c S5 août, que les hérétiques se plairont à le suivre c tant que cela conviendra à leurs intérêts ^. »

Quelques églises protestantes, enhardies par la protection du roi de Navarre, lui adressèrent sous forme de lettre, vers le milieu de l'année 1 560, une sorte d'appel

1. Lettre de Catherine de Médicisau roi de Navarre (août 1560) {Lettres de Catherine, t. I, p. 145). — fiordenave, Histoire de Foix et Navarre, p. 115.

2. Lettre du dac d'Albuquerque à Philippe II, du 25 août 1560 (Gop. espag. ; Ârch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).

3. c Greo que holgaran de sequille en lo que les conviniere i (Lettre du duc d'Albuquerque à un des secrétaires de Philippe II, sans adresse, du 25 août 1560 : Gop. espag. ; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).

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soprftme. Api^ avoir rappelé, par de DOidiMViizpréo^ deote historiques, qu'uD monarque de aeiie ans doit rester en tutelle, l'auteur presse les Bourbons de saisir le rôle qui leur appartient. Les Guises sont qualifiés de tyrans, accusés de c ravir, voler ou brigander la couc ronne..M8enourrirdusangdeland[)le8sefraDçoise, c se saouler de la moelle des os du pauvre peuple, se c crever de bénéfices et confiscations, soubs umJbreda c zèle de la foy catholique. » L'auteur rappdle qu'ib se disaient descendants de Gharlemagne et donne cette prétention comme la preuve de leur ambition, le prélude d'une conspiration contre les Valois et contre les Bourbons. Mais c'est surtout au cardinal de Lorraine que s'attaque l'auteur anonyme. Il reproche au roi d'avoir confié le maniement de ses finances à un prélat que sa qualité met au-dessus de toute responsabilité, idée assez avancée pour le temps. L'ambition du cardinal, son avidité, ses exactions, ses mœurs sont dépeintes en traits sanglants. La lettre se termine par une apostrophe pleine de mouvement : c C'est à toy cardinal, plus rouge de notre sang que d'autre teinture, c'est, dis-je, à tes parjures et desloyautés, à ton ambition et avarice, à la furie de tes frères, exécuteurs de tes maudites et sanglantes entreprinses, auxquels la France redemande la vie de tant de gentilshonmies et grands seigneurs, que tu as envoyés à la boucherie, c'est toy qui as divisé les forces de ce royaume pour te faire pape et ton frère roy de Sicile, dont puis après sont survenus tant de malheurs. C'est à toy qu'on demande compte de tant de millions d'or, en partie desrobés manifestement et en partie employés à ton appétit. C'est à toy que

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c tant de femmes vefves demandent leurs maris^ tant c de maris la chasteté de leurs femmes, tant de pères c leurs enfans, tant d'orphelins leurs pères et mères, c criant vengeance à Dieu contre toy et les tiens. C'est c toy, cardinal, qui nous a donné ton frère comme

c second roy, soubz ombre de lieutenant général

c C'est à toy que ce royaume demande son roy avec c messieurs ses frères et la roine mère que tu nous c as ravie ^. »

A l'extérieur, le roi de Navarre sollicitait l'appui de la reine d'Angleterre et des princes protestants de la ligue de Smalcade, qui n'avaient montré que de l'hésitation au moment de la conjuration d'Amboise. Au mois de mai, il ouvrit même des négociations avec l'empereur Ferdinand P% roi de Bohème, dont les principes de tolérance s'accentuaient tous les jours

1. Cet écrit, où se reflètent sous une si vive image les passions implacables de la conjuration d'Amboise, est rapporté dans V Estât de France sous François II (édit. du Panih. litt., p. 318). M. Mennechet dans son édition de VEstat de France l'attribue à La Planche lai-méme (p. 214, note). Nous serions tenté de Tattribuer à de Bèze qui y fait allusion (t. I, p. 204) ou plutôt à Fauteur de la Franco Gallia, à François Hotman, alors présent en Guyenne. Nul écrivain au xvi« siècle n'a possédé au môme degré Tart de la période cicéronienne. Ces apostrophes, tour à tour larges^et précipitées, CCS phrases vives et serrées sont le caractère de son style. A la môme époque il publiait à Paris une autre catilinaire, VSpitre envoyée au tigre de France, où Ton trouve la môme éloquence et le môme souffle emporté. Le libraire, Martin Lhommet, coupable d'avoir vendu quelques exemplaires de ce libelle, fat sacrifié à la vengeance du cardinal. L'auteur garda l'anonyme et n'a été reconnu que de nos jours, c Si le galant eust esté c appréhendé, dit Brantôme, quand il eust eu cent mille vies, il c les eust toutes perdues. •

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au coDcOe de Treote ^ Ces poorpari^v, germe d'une allianœ qui pouvait réunir en fidaoeau les forces de TÂngletaTe et de F Allemagne, n'âaient pas seulement dirigés contre l'Espagne. Les Guises s'en préoccupèrent autant que Philippe U. B^nardin Bodidd, évéque de Rennes , ambassadeur auprès de la cour impériale, fîit diargé de dénoncer à Tanp^neur les intrigues diplomatiques de leur rirai avec les princes allemands et de Tinviter à les rompre au nom de sa souveraineté '•

Malgré les ^<Nrts des Guises, les négociations continuèrent. A la fin de juin, François Hotman arriva à la cour de Nérac. U venait de Strasbourg ' et remplissait auprès de Condé, de la part de l'électeur palatin, une mission de confiance, qui aurait pu porter des fruits au moment de la conjuration d'Amboise. Il reçut, en récompense de son voyage, des lettres de conseiller et de maître des requêtes de la maison de Condé *. Mais il ne put obtenir aucun encouragement pour la cause

1. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe II, du 26 mai 1560 ^Gop. espag. ; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52)- — Le duc, dans une lettre au roi, du 9 juin, revient sur ce^ négociations.

2. Instruction du roi à levéque de Rennes, datée de Beaulieu-les-Locbes et du 23 mai i560 (Orig. ; Ve de Colbert, voL 391^

3. M. Dareste a raconté ce voyage dans une étude sur Hotman {Revue historique, 1876). Il se trompe seulement, après de Bèze, sur la date de ce voyage, qui est fixée par les lettres patentes de Ck)ndé signalées plus bas.

4. Factum eu faveur de Hotman (Y« de Colbert, vol. 16, f. 70). Les lettres patentes de Condé y sont mentionnées comme étant de juin 1560. — Lettre d'Hotman à lord Burgbley (Calendars, 1560, p. 417).

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calviniste. Le prince, se sentant compromis, prenait moins d'initiative qu'on ne pouvait l'attendre de son caractère hardi. Cependant il pratiquait ouvertement la réforme, c Gondé est très hérétique, écrit le duc c d'Âlbuquerque, et n'est entouré que de serviteurs c hérétiques^. » Arrivé en fugitif, il n'avait aucune ressource. Telle était sa détresse que sa femme, Léonor de Roye, cherchait à vendre au connétable la seigneurie de Germiny*.

Le père de Henri IV se relevait de ces intrigues ambitieuses lorsque l'étranger menaçait le royaume. Le bruit s'était répandu que les rebelles d'Ecosse, unis aux Anglais, voulaient tenter une diversion en Guyenne. Antoine, en fidèle lieutenant du roi, prit des mesures de défense qui rappellent les jours glorieux du gouverneur de la Picardie *.

La conjuration d'Amboise avait laissé à la cour un trouble, une méfiance générale qui menaçait chaque jour la paix du royaume. Le roi avait renoncé au grand voyage en Guyenne, en Bretagne et en Nor^ mandie que les Guises avaient décidé en son nom quelques mois auparavant. Après avoir erré en Touraine et en Orléanais pendant les mois d'avril, mai

i. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe II, du 17 septembre 1560 (Gop. espag. ; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358,

2. Lettre originale de Léonor de Roye au connétable, du 29 septembre 1560 (f. fr., vol. 3260, f. 81). L'affaire fut conclue et reçut sa résolution dans les derniers jours de Tannée (Lettre de Léonor de Roye au connétable, du 29 décembre 1560 ; f. fr. ; vol. 6620, f. 115).

3. Lettres d'Antoine de Bourbon et de Jehanne d'Albret, p. 186.

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et juin, il se retira à Footaindileaa an miBeo de juillet^. Les plus minutieuses précautions étaient prises dans son entourage pour le metlre à Tafan d'un coup de main. Ses fréquents déplacements étaient tenus secrets d'avance. Il ne s'éloignait pas des phœi fortes ou de Paris, de crainte d'être obligé d'y dierdier un refuge '• Dans chaque ville, dans diaqiK djÉtean, il changeait même d'appartement tous les jours, et nul ne connaissait à la cour le logis où le roi passut la nuit'.

Vers le mois de juin , François II , conseillé par le diBDcelier de L'Hospital, se décida, malgré l'opposition des Guises^, à consulter une assemblée de notables^ ki on voit poindre pour la première fois le génie politique de la reine mère. En mettant aux prises ton les ambitieux, les diefs de la réforme et les soutiens de l'orthodoxie catholique, les princes du sang et les Guises, les mécontents et les satisfaits, elle se donnait

1. Expédition du 18 juillet 1560 commandée par le roi (f. fr., vol. 3942, f. 27 et 214).

2. Lettre de Gbantonay, du 26 juin 1560, à Philippe II (Orig. espagnol ; K. 1493, n« 68).

3. liettre de Throckmorton à lord Gecil, du 24 juin 1560, ana- 13^860 dans le Bulletin de la Société du protestantisme fiançais, t. XVm, p. 285.

4. Lettre de Ghantonay à Philippe II, da 26 juin 1560 (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1493» n* 68).

5. Les notables avaient été choisis arbitrairement par le» Guises (Picot, Histoire des états généraux, t. U, p. 12). — Ghan-> tonay dit que le roi n'avait convoqué que les membres du conseil privé (Lettre du 31 juillet; Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 91 v*). M. Ghéruel les a énumérés d'après les Mémoires d'André d'Ormesson {Histoire de l'administration mon4srchique en France, t. I, p. 350). Mais nous croyons que sa liste est incomplète. Ainsi on n*y trouve pas le nom de l'amiral Goligny.

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les moyens de les détruire les uns par les autres et d'élever sa propre autorité. Dans Tétat de minorité du roi et de ses frères, la suprématie de Catherine pouvait devenir le salut du royaume et de la monarchie des Valois.

Lorsque les Guises eurent arrêté l'objet de rassemblée, le roi adressa aux notables désignés et aux seigneurs l'invitation de se rendre à Fontainebleau^ et n'eut garde d'oublier le roi de Navarre et le prince de Gondé. U leur envoya le s. de Carrouges, de la maison de Le Veneur en Normandie^. Le connétable les pressa de se joindre à lui et la reine mère d'obéir au roi ^. Les deux Bourbons répondirent évasivement et parlèrent de leur prodiaine arrivée. Les Guises eux-mêmes se prirent à la feinte et commencèrent à c caresser » la duchesse de Montpensier et le prince de la Roche-sur-Yon, qui q)partenaient à la branche cadette de Bourbon^. L'attente se prolongea pendant tout le mois de juillet. Au coounencement d'août, Antoine insinua qu'il arriverait le SIO du mois ^, puis le 31 , à peu près en même temps

1. La lettre du roi au connétable est datée du 31 juillet 1560 {Mémoires de Condé, t. I, p. 550). L'original de cette lettre est conservé dans le f. fr. , yoI. 3157, f. 47.

2. Lettre de Throckmorton à la reine d'Angleterre, du 9 août (Calendars of staU papers, 1560, p. 222).

3. Mémoires de Castelnau, liv. II, chap. 9. — De Tbou, t. II, p. 796. — Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 146.

4. Lettre de Ghantonay au cardinal Granvelle, du 30 juin 1560 (Recueil conservé aux arcb. de Bruxellos, f. 87). Dans sa lettre du 31 juillet Cbantonay dit que le cardinal de Lorraine lui a assuré que le roi de Navarre assisterait à l'assemblée (Ibid., f. 91 y).

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