Baschet, Diplomatie vénitienne, p
mer, les vents devaient le pousser sur les côtes de France. < Que ce vent serait heureux !» dit la princesse * . Le cardinal de Lorraine releva le mot et le rapporta à l'ambassadeur Ghantonay, qui n'eut garde de le cacher à son maître et de vanter la beauté de la nouvelle reine. Dans une autre dépêche, il la loue de grandir chaque jour et ajoute, en fin courtisan : c G^est € l'eflFet de son bonheur^. »
A son arrivée à Valladolid, le roi d'Espagne avait reçu la nouvelle qu'Elisabeth était malade < de fièvre c et flux de ventre ' ». Le 29 août, Ghantonay annonce le rétablissement de sa souveraine ^ Philippe envoya aussitôt à la jeune reine un gentilhomme de sa chambre, don Juan de Acùna, comte de Buendia. Outre la chai^, purement honorifique, de saluer les trois reines, Élisa-^ beth, Catherine et Marie Stuart, le comte de Buendia emportait une série de prescriptions qui attestent la prévoyance de son maitre. Il devait exposera la princesse la sollicitude du roi pour elle et la prier d'arriver à Rayonne à la fin de novembre, par la route de Saint-
1. Oh, que buen aventurado séria aquel vientol — Ârch. nat., K. 1494, n9 65; Dépêche originale de Ghantonay à Philippe II, en date du 16 août 1559.
2. Greo lo debe causar ol contentamiento en quo se ve (Lettre de Ghantonay du 16 août, ibid.).
3. Lettre de Ghantonay à Marguerite de Parme, du 5 septembre 1559 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 4). Une lettre du comte d'Egmont à Philippe II, du 16 septembre, que nous ne connaissons que par la réponse du roi, mentionne aussi l'indisposition de la reine Elisabeth (Arch. nat., K. 1492, n* 8).
4. Lettre orig. de Ghantonay à Philippe II, du 29 août (Arch. nat., K. 1492, n* 68). Dans une autre lettre, du 8 septembre, Ghantonay constate le bon état de santé de la reine Elisabeth (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 6).
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Jean-Pied-de-Port. Les prinœs et seigneurs de Tescorte française devaient s'arrêter à la frontière, où le cardinal de Burgos et le duc de Tlnfantado recevraient leur souveraine suivant un cérémonial dont tous les détails avaient été spécifiés. Buendia apportait un double de ce règlement ^ Le mariage serait célébré à Guadalaxara. Quant aux dames françaises de la suite, le roi leur permettait d'accompagner leur maîtresse jusqu'à Tolède, mais il avait disposé des emplois, et les dames titulaires devaient entrer en fonction après le passage de la frontière. Cette clause fut plus tard modifiée. A ce programme Philippe II avait ajouté de sa main quelques lignes afiectueuses pour la princesse et Tautorisation de retarder son voyage jusqu'au 10 ou 1S déœmbre, s'il était nécessaire^.
Le comte de Buendia était aussi chargé de lettres du roi pour le cardinal de Lorraine, le duc de Guise, le connétable de Montmorency, le maréchal de Saint- André et le comte d'Egmont, contenant de nombreuses protestations d'amitié ^. Il arriva à Blois dans les premiers jours de novembre avec un pompeux équipage^ et demanda aussitôt une audience
i. Une copie de ce règlement, modifié à la suite de la mission du comte de Buendia et daté du 23 novembre, est aux Arch. nat., K. 1643, n* 31.
2. Instructions au comte de Buendia, du 11 octobre 1559 (Orig. e«p.; Arch. nat., K. 1493, n» 9).
3. Minutes de lettres de Philippe II, du 7 et du 9 octobre (Orig. espag.; Arch. nat., K. 1492, n«* 5, 7 et 8).
4. Pour le recevoir à Blois le roi avait raccourci son séjour à Valéry chez le maréchal Saint-André (Lettre de Ghantonay à la duchesse de Parme, du 22 octobre 1559 ; recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 14).
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à Catherine de Médicis, qui le fit introduire dans sa chambre par Guy Chabot de Jarnac. Après avoir présenté ses devoirs aux trois reines, il parla du désir de son maître de voir la reine d'Espagne prendre possession de sa couronne. Catherine répondit que sa fille se mettrait en route le 8 ou le 1 0 du mois de novembre. L'ambassadeur demanda quelle serait la durée du voyage ; on lui promit la liste des étapes et l'état des personnes de l'escorte. L'entrée du roi, du cardinal de Lorraine et du duc de Guise, qui revenaient de la chasse, rendit la conversation générale. Au moment où l'ambassadeur abordait les graves questions politiques pendantes entre les deux cours, Marie Stuart et Elisabeth passèrent dans le jardin. Buendia les V suivit bientôt.
A la suite de l'audience royale, le comte de Buendia, accompagné de Chantonay, alla rendre visite au roi de Navarre. Ce prince, traité comme un cadet de Gascogne, était relégué dans les combles du château de Blois. Lorsque les ambassadeurs entrèrent dans sa chambre, il avait la fièvre et était couché. Jeanne d'Albret était assise auprès de son lit. L'honneur d'une telle visite remplit d'orgueil le faible Antoine; il le montra dès les premiers mots ; mais l'ambassadeur, pour le ramener à l'humilité, dit qu'il venait de son propre mouvement, sans caractère officiel, s'excusant de n'avoir point reçu de mission, sans doute parce que le roi d'Espagne ignorait sa présence à Blois. Après maint propos de pure courtoisie, Antoine renvoya ses serviteurs et dit à l'ambassadeur, dans le plus grand mystère, qu'il voulait mériter les bonnes grâces du roi d'Espagne, qu'il avait formé de grandes intelli-
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genoes en Barbarie, que, si Philippe II goûtait le projet d*iin coup de main sur une ville mauresque, il en fournirait les moyens et ne proposerait rien qu'il n'allât hii-méme exécuter^. Les ambassadeurs espagnols accueillirent la proposition avec une extrême réserve, mais Antoine prit leur silence pour un acquiescement. Ses anciennes illusions sur Tefiicacité de Talliance de Philippe II se rallumèrent. Ghantonay écrit, le 2 décembre, à son maître que < Vendôme » est plein d'ardeur et qu'il parle de rendre les plus éclatants services à son puissant voisin^. Tel était le peu de faveur de ce prince que, en transmettant ses propositi<ms, les représentants de Philippe II s'excusent de lui avoir rendu visite. Du reste, leur démarche obtint l'approbation du roi ^.
Le roi de Navarre n'attendit pas à la cour la fin des préparatifs de voyage de la reine d'Espagne. Au commencement de novembre, il emprunta 4,000 livres € pour déloger de Blois* », et partit avec Jeanne d'Albret afin de préparer l'entrée de la princesse Elisabeth dans les villes de son gouvernement de Guyenne. Il s'était fait précéder de quelques officiers de service, chargés d'ordres minutieux pour les gou-
1. Dépêche originale en français de Ghantonay à Philippe, moitié en chiffres, du i«' novembre 1559 (Arch. nat., K. 1492, n* 75). Cette pièce nous a fourni tous les détails de l'ambassade de Baendia.
2. Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 2 décembre 1559 (Arch. nat., K. 1492, n* 82).
3. Minute d'une dépèche de Philippe II à Ghantonay, du 24 décembre 1559 (Orig. esp.; Arch. nat., K. 1493, n® 13).
4. Comptes de la reine de Navarre (Arch. des Basses-Pyrénées, B.8).
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verneurs des villes, et prenait ses mesures pour étonner les agents espagnols eux-mêmes, habitués aux splendeurs des fêtes flamandes, par la magnificence et Téclat de sa réception.
Philippe II avait demandé que la reine d'Espagne arrivât avant la fin de novembre à Bayonne^. Le moment était venu d'obéir. La cour attendait à Blois le signal du départ. Les seigneurs et les capitaines de l'escorte étaient au complet, mais plusieurs des dames désignées se faisaient attendre. Le départ fut fixé au 1 5 novembre^, puis renvoyé au 1 7 par la reine mère*. Le trousseau de la princesse était d'une opulence royale. Les robes de drap d'or et d'argent, envoyées de Flandre par Philippe II, les bas de soie de Venise, en usage depuis les guerres d'Italie, les chemises de toile blanche que Catherine de Médicis avait mises à la mode, les tapisseries, les bijoux, lescoUiers, les bracelets, les bagues, les pierres précieuses sont énumérés avec orgueil par les chroniqueurs espagnols. Une foule de varlets et de pages conduisaient les haquenées et les mules des charrois. Au moment du départ, la reine parut inquiète de la difficulté de faire passer les Pyrénées aux plus lourds équipages. Ghantonay conseilla de les diriger sur Bayonne, où ils pourraient être embarqués à bord des navires de la marine espagnole. Il envoya cependant des instructions pour réparer les
1. Lettre de Ghantonay à Marguerite de Parme, du 22 octobre (Recueil conservé aux archives de Bruxelles).
2. Lettre de Ghantonay à Marguerite de Parme, du 8 novembre (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles).
3. Lettre originale de Ghantonay à Philippe II, du 15 novembre (Arch. nat., K. 1492, n' 77).
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routes, construire des ponts et laisser dans les principales étapes des chars et des mulets de rechange ^ .
Le cortège royal partit de Blois le 1 8 novembre, passa à Verteuil et s'arrêta, le 23 novembre, à Châtellerault^. Catherine de Médicis, François II, Marie Stuart accompagnaient Elisabeth et y firent une entrée solennelle^. Le froid était déjà très vif et la terre couverte de neige ^. La reine mère désirait accompagner sa fille jusqu'à Lusignan ^, mais les ordres du roi la retinrent auprès de lui^. Avant de laisser partir sa fille, Catherine la garda trois jours qui s'écoulèrent dans les larmes. Jamais, disent les contemporains, séparation royale ne fut plus douloureuse. L'ambassadeur espagnol, malgré sa raideur castillane, fut luimême ému par le spectacle de ce déchirement. Le 25 novembre, au matin, la princesse fît ses adieux à sa mère et partit pour Poitiers, où elle coucha le jour même''.
1. Lettre de Chantonay à Philippe II, en date du 15 novembre 1559 (Arch. nat., K. 1492, n* 77).
2. Lettre de Killegrew à la reine Elisabeth, du 29 novembre (Forbes, t. I, p. 266). — Lettre de Chantonay à la duchesse de Parme, du 1«' décembre 1559 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 20).
3. Ibid. L'agent anglais constate que le roi et la reine de France prenaient dès lors les armes d'Angleterre.
4. Lettre originale de Chantonay à Philippe II, de Chàtellerault et do 23 novembre 1559 (Arch. nat., K. 1492, n* 78).
5. Lettre de Killegrew à la reine Elisabeth, du 29 novembre (Forbes, t. I, p. 266). — Chantonay dit jusqu'à Poitiers (Lettre du 8 nov. 1559; recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 19).
6. Lettre de Catherine au Connétable (Orig., f. fr., vol. 3157, f. 98).
7. Dépêches de Chantonay à Philippe II, du 23 et du 25 novembre (Orig. esp.; Arch. nat., K. 1492, n«» 78 et 79). — Palma
Malgré sa douleur, la reine mère ne voyait pas sans une joie secrète sa fille aînée monter sur le premier trône du monde. Elle espérait que la séparation du 25 novembre ne serait que momentanée, et avait déjà offert, avec insistance, une entrevue à Philippe II ^ La proposition avait été froidement accueillie; mais Catherine se promettait de la renouveler à propos et de rendre l'entrevue inévitable^.
Avant de quitter Ghâtellerault, le roi avait diargé le prince de la Roche-sur-Yon de remettre le cdlier de Tordre de Saint-Michel à Philippe 11^. Après le retour de la cour à Blois, on s'aperçut que le roi avait oublié de donner au roi de Navarre un pouvmr officiel pour la conduite de la princesse. L'oubli fut immédiatement réparé et le pouvoir envoyé à Pau par un courrier*.
Le cardinal de Bourt)on, archevêque de Rouen, celui même que les ligueurs devaient opposar à Henri IV sous le nom de Charles X, le prince de la Roche-sur-Yon , heureux de sortir sain et sauf des mains des Guises ^, frère et cousin du roi de Navarre,
Gayet a écrit que la reine mère s'avança jusqu'à Ghenonceauz (Ck)ll. du Panth. litL, p. 176). — De Thou désigne Ghatellereult (liv. XXIII).
i. Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 22 août (Orig. esp.; Arch. nat., K. 1492, n* 6*7).